L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne

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Message par Vanleers Mar 22 Mar 2022 - 16:00

benfifi a écrit:
Vous êtes sur un chemin. Et vous ignorez où il vous conduira. J'espère que ce chemin ne vous apportera pas que des souffrances. J'espère tout autant qu'il ne vous apportera pas que des joies. J'espère juste que l'harmonie des joies et souffrances rencontrées vous mènera loin.

« La joie est le signe que notre destination est atteinte » (Bergson).

Un jour vient où l’on constate qu’on est arrivé au bout du chemin, là où il n’y a plus de chemin.
En ce point, un certain Juan de Yepes Álvarez avait écrit :

« Ya por aqui no hay camino porque para el justo no hay ley »

(Ici il n’y a point de chemin car il n’y a pas de loi pour le juste)

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Message par Vanleers Dim 3 Avr 2022 - 10:17

On se référera, ici à l’article de Chantal Jaquet : « La fortitude cachée », qu’on peut lire en :

https://books.openedition.org/psorbonne/156?lang=fr

C. Jaquet introduit son sujet comme suit :

Chantal Jaquet a écrit:À la servitude s’oppose la « fortitude » (fortitudo), cette force d’âme qui mène à la béatitude et contrarie les affects tristes. Elle regroupe sous sa juridiction « toutes les actions qui suivent des affects se rapportant à l’esprit en tant qu’il comprend ». La fortitude témoigne d’abord de la vertu de l’intellect et se définit avant tout par référence à l’attribut pensée, puisqu’elle englobe l’ensemble des actions nées d’affects liés à l’esprit en tant qu’il comprend. Spinoza divise la fortitude en deux catégories : la fermeté (animositas) et la générosité (generositas). « La fermeté, d’après le scolie de la proposition LIX, est le désir par lequel chacun s’efforce de conserver son être sous le seul commandement de la raison », et la générosité est « le désir par lequel chacun, sous le seul commandement de la raison, s’efforce d’aider tous les autres hommes, et de se les lier d’amitié ».

Elle précise :

Chantal Jaquet a écrit:La fermeté est la force d’âme appliquée à la conservation de soi, la générosité, la force d’âme appliquée à la conservation d’autrui, conservation entendue au sens large non pas comme simple survie, mais comme déploiement rationnel de tout ce qui est inhérent à l’essence d’un être.

En vertu de la définition de la joie chez Spinoza, la fortitude est la force (conatus) qui pousse l’homme à vivre dans la joie et à aider les autres hommes à vivre dans la joie.
Ceci rejoint le fondement des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola :

Ignace de Loyola a écrit:L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, [...]

En effet, « louer, révérer et servir Dieu », c’est s’efforcer de vivre dans la consolation au sens d’Ignace, c’est-à-dire la joie qui vient de Dieu, et aider les autres hommes à vivre, eux aussi, dans la consolation :

Ignace de Loyola a écrit:C’est le propre de Dieu et de ses anges de donner, dans leurs motions, la véritable allégresse et joie spirituelle, en supprimant toute tristesse et trouble que suscite l’ennemi. Le propre de celui-ci est de lutter contre cette allégresse et cette consolation spirituelle, en présentant des raisons apparentes, des subtilités et de continuels sophismes (E.S. n° 329)

A partir de ces éléments, on peut concevoir une thérapie « spirituelle » (cf. Lytta Basset) dans laquelle le thérapeute se place sous l’égide d’un Tiers, qu’il l’appelle Dieu ou autrement, afin d'aider le patient à vivre dans la joie.

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Message par Vanleers Sam 9 Avr 2022 - 9:20

Lytta Basset, pasteure et théologienne protestante, montre comment l’Évangile annonce que l’homme est destiné à vivre dans la joie.
Nous l’avions déjà vu sur ce fil mais L. Basset insiste tout particulièrement sur la place de Jésus-Christ dans cette destination de l’homme à la joie.

Dans La joie imprenable – Albin Michel 2004 :

Lytta Basset a écrit:A mes yeux, la seule base de cette joie, c’est la relation à un autre être humain (Jésus de Nazareth) qui, lui, était déjà dans la joie à laquelle eux étaient destinés. Et il continue d’en être ainsi : si nous sommes destinés à la joie sur cette terre, c’est parce qu’à la suite du Christ, à l’image de sa relation aux personnes qui le suivaient, la joie continue à se jouer entre les humains, dans l’ici et maintenant de notre champ interpersonnel.
Or, autant la promesse de Jésus est claire, autant elle est couramment passée sous silence. Si ce témoignage n’est guère entendu, cru, pris en considération, c’est bien que la joie dont parlait Jésus n’est pas naturelle : n’est-ce pas le « vieil homme » paulinien qui se ferme en nous à une telle potentialité ? La joie aurait donc sa place dans le Credo, à côté de l’affirmation « Pour nous les humains et pour notre salut il est descendu des cieux » (Symbole de Nicée-Constantinople) : il s’est incarné « pour que notre joie soit parfaite » dans cette vie-ci. Nous aurions à croire à cette réalité qui nous vient, qui nous est offerte par Quelqu’un dont il est dit d’entrée de jeu qu’il nous veut du bien.
Croire cela nous met en mouvement et nous pousse à acquiescer de plus en plus à la vie telle qu’elle nous échoit. Nous ne savions pas que nous sommes capables d’accéder à la « joie parfaite ». Notre adhésion est requise : comme tout élément du Credo, il y a là à la fois un donné et quelque chose que nous avons à nous approprier, car si nous n’y prenons pas part, de manière éminemment personnelle et unique, cela reste une abstraction. Imaginons tout ce qui peut bouger en nous, naître ou renaître à partir de cette conviction intime : je crois que je suis destiné-e, sur cette terre, à la joie dont parlait Jésus ! (pp. 36-37)

Le christianisme est un eudémonisme, particulier en ce sens que le bonheur est conçu comme une joie qui se joue entre les humains, les autres, dans la relation à l’Autre via la relation à Jésus-Christ qui, lui, était pleinement dans cette joie.

Cette joie « nous pousse à acquiescer de plus en plus à la vie telle qu’elle nous échoit », pour reprendre les mots de L. Basset, ce qui rejoint l’acquiescentia dans l’Ethique comme on l’a déjà vu sur ce fil.

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Message par Vanleers Dim 24 Avr 2022 - 12:18

Ignace de Loyola pose, au fondement des Exercices Spirituels :

Ignace de Loyola a écrit:L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, [...]

Le salut, selon Ignace, consiste donc à se décentrer de soi et à se recentrer sur Dieu.
Cette notion de salut est explicitée par Lytta Basset dans La joie imprenable – Albin Michel 2004.
Elle donne des extraits de 3 livres de Nicolas Berdiaeff (cf. notes 40 et 43 p. 581), livres qui ont fait l’objet d’une édition électronique.

Berdiaeff – Cinq méditations sur l’existence p. 204 a écrit:Deux conceptions du sens de l’existence humaine s’affrontent constamment : l’une lui assigne pour fin un salut tout négatif, qui n’est libérateur que par rapport à la perdition, à savoir l’exemption de toute souffrance dans le temps et dans l’éternité, l’autre consiste dans la réalisation de la personne, dans son élévation et son ascension qualitative, dans la conquête de la vérité, de la beauté, c’est-à-dire dans la création. La recherche du salut peut n’être qu’une projection surnaturelle de l’égoïsme terrestre. Mais on peut aussi, il va sans dire, entendre par salut, la conquête de la plénitude et de la perfection de la vie. La réalisation de la personne exige un courage intrépide, la victoire sur la crainte de la vie et de la mort, sur la crainte engendrée par l’utilitarisme, par le souci du bonheur, de la préservation de tout mal, sans aucune recherche de la liberté et de la perfection.

http://classiques.uqac.ca/classiques/Berdiaeff_Nicolas/Cinq_meditations_existence/Cinq_meditations_existence.html


Berdiaeff – Esprit et réalité p. 208 a écrit:Le salut personnel n’est accordé qu’à ceux qui cherchent le salut de tous, c’est-à-dire le Royaume de Dieu. L’idée du salut personnel est un égoïsme transcendant, une projection de l’égoïsme sur la vie éternelle. Les rapports envers Dieu deviennent intéressés, et la spiritualité pure devient impossible. On sépare les rapports envers Dieu des rapports envers le prochain, et on enfreint ainsi le commandement du Christ et de l’Évangile, on détruit l’intégrité divino-humaine du christianisme. On ne peut se sauver seul, le salut isolé est impossible. On ne peut se sauver qu’avec le prochain, avec les autres hommes, avec le monde. Chacun doit prendre sur lui la douleur et la souffrance du monde et des hommes, partager leur destin. Tous répondent pour tous. Je ne puis me sauver si les autres hommes et le monde périssent. L’idée du salut n’est du reste qu’une expression égocentriste du désir de plénitude et de perfection de l’être, de la vie dans le Royaume de Dieu.

http://classiques.uqac.ca/classiques/Berdiaeff_Nicolas/Esprit_et_realite/Esprit_et_realite.html

Berdiaeff – De la destination de l’homme p.376 a écrit:L’éthique religieuse fondée sur l’idée du salut personnel de l’âme, est l’éthique de l’égoïsme transcendant. Elle convie la personne humaine à s’assurer un avenir heureux en face du malheur des autres hommes et du monde, elle nie la responsabilité de tous vis-à-vis de tous, rejette l’unité du monde créé, du cosmos et aboutit ainsi à la défiguration de l’idée du paradis et du Royaume de Dieu. Dans le monde spirituel, point de personne isolée et renfermée en elle-même. La béatitude ontologique m’est refusée à moi, qui me suis dégagé du tout cosmique et qui ne me préoccupe que de moi-même. Elle est refusée aux seuls bons ayant revendiqué une situation privilégiée.

http://classiques.uqac.ca/classiques/Berdiaeff_Nicolas/Destination_de_lhomme/Destination_de_lhomme.html

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