Husserl, Ideen 1

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Message par Bergame le Ven 21 Sep 2007 - 21:28

D'Olaf, sur Philautarchie


Ideens, section 1 : Les essences et la connaissance des essences



Ce sujet fait partie de l'ensemble de sujets portant sur les Ideens.

Cette section est très dense, et difficile, je vais essayer de présenter les choses pas à pas. Ces propos n'engagent que moi.


*** *** ***


Philosophie des essences

La philosophie de Husserl est une philosophie des essences, c'est-à-dire du fond constitutif des choses empiriques. Par exemple, qu'est-ce qui constitue cette pomme en face de moi ? C'est l'espace, le temps, la causalité, la qualité, la quantité... Bref, un ensemble de propriétés constitutives de cet objet. En ce sens, nous sommes dans une démarche kantienne, quand bien même Husserl prend plusieurs fois dans cette section ses distances avec Kant.

Le regard de Husserl se place au niveau de la constitution de l'empirique. Le Je transcendantal constitue le Je mondain. Ma vie quotidienne avec les objets, avec mon histoire et avec les autres est régie selon un ensemble de formes idéales qui vont construire cette quotidienneté. L'ordre transcendantale, l'ordre éidétique va s'appliquer à la matière (hylé) pour construire la représentation du monde.

Est-ce qu'une loi physique, par exemple la formule 1/2gt² pour la chute d'un corps, est-ce que cette loi peut-être considérée comme une essence ? Non, nous ne sommes pas dans le même domaine. La loi va réguler des faits empiriques accidentelles, mais il faut avant tout des conditions qui permette la loi et qui permette le fait empirique. Par exemple, pour 1/2gt² et la chute d'une pomme, il faut d'abord la forme pure de l'espace qui permet les corps étendus, il faut le temps qui va permettre de penser la succession de la chute. Il faut la quantité qui va permettre de penser la mathématique. Cette région de l'étendue physique va nécessiter un ensemble d'essences régionales. Je vais revenir sur ce terme.

*


La hiérarchie des essences

Cette première section s'attache en effet à, d'une part présenter la distinction entre fait et essence, et d'autre part, déployer une hiérarchie des essences. Bref, Husserl va différencier différentes ontologies, différentes sciences de l'être, selon leur importance constitutive. Il distingue deux ordres :

    1 - L'ontologie matérielle, c'est-à-dire régionale, qui s'attache à différentes zones de l'expérience empirique et essaye de penser leur fond éidétique constitutif. Par exemple, l'essence du rouge, c'est la qualité. Ce qui n'est pas sans rappeler les catégories kantiennes.

    2 - L'ontologie formelle, un cran au dessus de l'ontologie matérielle, qui elle, s'attache à penser l'essence de l'ontologie matérielle, l'essence des essences si j'ose dire. Par exemple, si l'essence du rouge, c'est la qualité, l'essence de la qualité, c'est une forme vide en relation logique avec une autre.

L'ontologie formelle, c'est ce qui permet l'ontologie matérielle. C'est, pour Husserl, la logique formelle, qui permet, avec ses formes vides, de penser la liaison, la contenance, la disjonction... L'ontologie formelle, c'est une sorte de grammaire, une sorte de matrice vide qui permet l'ontologie matérielle régionale. Husserl aspire alors la mathesis universalis, mathématique universelle pure et vide.

Et c'est précisément pour cela que la philosophie de Husserl n'est pas un réalisme platonicien. Pour Platon, il existe réellement une Idée, une essence de la couleur, qui se ballade quelque part dans le cosmos. Pour Husserl, penser l'essence de la couleur, c'est un acte objectal de penser quelque chose. Fondamentalement, l'armature de "je pense l'essence de la pomme", c'est "je pense un objet", et donc, cet acte est régi par des relations logique d'objectité.

Le fond absolu de l'ordre éidétique, c'est d'abord une armature logique vide :

    « Dans la Mathesis Universalis, on ne rencontre que des formes vides. » (p.48 )


Encore une petite chose :
L'ontologie matérielle synthétise (comme l'entendement kantien). C'est-à-dire qu'il attribue des propriétés à la matière pour la constituer comme représentation. La rencontre de la matière pomme et du concept de quantité permet la représentation "une pomme". Bref, l'ontologie matérielle subsume.
En revanche, l'ontologie formelle, elle, subordonne, elle régit aussi bien les essences que l'activité empirique des par ses contenants formelles vides, mais sans synthétiser.

    « L'ontologie formelle contient en soi en même temps toutes les formes d'ontologie possible » (p.40).

*


Husserl critique vivement les tendances psychologisantes qui pensent l'essence comme une construction du psychisme, alors qu'en réalité, ce qui est construit par le psychisme, c'est la représentation de l'essence. Ce n'est pas le nombre idéal "13" qui est construit, mais le sens que je lui attribue (porter malheur). "13" est un donné, un donné mondain ou éidétique, qui remplit l'intuition.

Car une grande avancée de la phénoménologie, c'est de placer au même plan, pour l'étude transcendantale, les objets géométriques, tel le triangle, ou les images fantaisistes, comme un centaure joueur de flûte (exemple de Husserl). Ce sont tous des donnés de l'intuition qu'il faut envisager comme tel.

Jusqu'ici, il n'est pas question de phénoménologie. D'ailleurs, qu'est-ce que la phénoménologie lorsque l'on regarde ce schéma ? Et bien c'est précisément l'ontologie matérielle de la région "conscience". Comme le dit Ricoeur, à ce titre, elle est le fondement de la psychologie.

*


Bref... Contre le Naturalisme et le Réalisme

Pour l'instant, Husserl établit le système dans lequelle va se déployer la phénoménologie. Son système est éidétique en ce qu'il est constitué d'essences constitutives des faits empiriques. Si l'armature la plus profonde est une logique formelle ontologique, l'intérêt de Husserl va se porter sur la région de la conscience pour en établir les fondements éidétiques. C'est par cette méthode qu'il sera possible d'éviter le scepticisme de l'empirique et les déboires du naturalisme.

Une certaine ambiguïté persiste sous le terme d'essence : si au niveau de l'ontologie formelle elles n'est pas, qu'au niveau de l'ontologie matérielle elle est, et qu'au niveau de la nature elle n'est pas, qu'est-elle ?

Il me semble que la réponse de Husserl est la suivante : ce sont des objets pour la conscience, de nature idéale. Les essences ne sont pas réelles, sont irréelles, ce ne sont pas des choses de la nature.

Le concept "13" reste un irréductible, une forme idéale pour la conscience, quand bien même je lui attribue tout le sens du monde. Mais jamais on ne trouvera de 13 dans la nature. Husserl s'oppose alors de manière farouche au naturalisme, prône l'existence des sens, sans tomber dans le réalisme platonicien.

En fait, je crois qu'une manière assez simple pour résumer tout ça, c'est que l'essence est pour moi, et non pas en soi.
Car en effet, si l'on ne trouve pas de chiffre 13 dans la nature, dans la sphère du pour moi, le chiffre 13 reste en dehors de tout contenu intentionnel, un fond irréductible idéal pour la conscience.

Bref, nous avons :
    1 - La nature en soi. Sans essence idéale comme chez Platon. Pas de 13 dans la nature.
    2 - La nature pour moi, telle que je la rencontre. Je rencontre ainsi des formes idéales qui résiste à l'intentionnalité. Je rencontre 13.
    3 - La charge signifiante intentionnelle. Le chiffre 13 porte malheur.

Bref, l'essence, comme le fait empirique, vient buter contre l'intentionnalité.

*


Je viens de continuer, et sans anticiper sur la section 2 (sur l'attitude naturelle), je crois que l'interprétation précédente est la bonne. Je m'explique :

Si par exemple, je suis un mathématicien, qui se ballade dans sa maison. Mon bureau, ma chaise, ma bibliothèque font partie de mon champ de perception. Mieux, ils sont fixes. Je peux aller dans ma salle de bain, je sais que mon bureau continuera d'être. Cet environnement mondain est là, permanent.

Si je me perd dans mes pensées, que je me mets à réfléchir sur des nombres, des formules, des formes idéales, le monde naturelle ne va pas disparaîre, il restera là, présent, au fond de ma pensée. Si ma chaise se casse, elle va brusquement me rappeler la présence du monde naturel. Et lorsque j'arrêterai de penser mathématique, ce monde idéal, lui, ne sera plus. Bref, le monde idéal n'est que pour moi, l'attitude naturelle étant bien plus profondément enraciné dans le cogito. Ces deux univers ne se mélangent même pas !

*** *** ***


Question :


Alors il y a un passage qui me semble obscur dans le 1er message :
L'ontologie formelle, c'est ce qui permet l'ontologie matérielle. C'est pour Husserl, la logique formelle, qui permet, avec ses formes vides, de penser la liaison, la contenance, la disjonction... L'ontologie formelle, c'est une sorte de grammaire, une sorte matrice vide qui permet l'ontologie matérielle régionale. Husserl aspire alors la mathesis universalis, mathématique universelle pure et vide.
Et c'est précisément pour cela que la philosophie de Husserl n'est pas un réalisme platonicien. Pour Platon, il existe réellement une Idée, une essence de la couleur, qui se ballade quelque part dans le cosmos.

Les idées chez Platon sont immatérielles et immuables, elles ne peuvent pas se ballader dans la nature matérielle comme le ferait un animal ou une pomme. Le platonisme mathématique accorde précisément ce statut immatériel et immuable aux relations mathématiques.

Sur cet aspect-là, il me semble donc qu'Husserl rejoint Platon lorsqu'il considère une ontologie formelle ! En effet, une relation idéelle comme 1+1=2 me semble indépendante de mon esprit (elle reste vraie que l'on y pense ou pas, et quelle que soit la personne qui y pense). L'essence d'une telle relation semble remplir les conditions requises pour faire partie de l'ontologie formelle ... et par conséquent, les mathématiques feraient partie de cette ontologie.

Surtout que chez Husserl, d'après ce que j'ai compris, l'ontologie formelle est constituée des relations logiques entre formes vides. Les maths étant construites, formellement, à partir de la logique, elles me semblent donc justement faire partie de cette ontologie formelle. Et donc, Husserl serre la main de Platon.

*** *** ***


1 - Je suis pas fortiche en Platon, mais je mettrai ma main à couper que chez Platon, il y a l'ordre du cosmos. Elles ne sont pas dans la nature, mais sont, quelques part. L'Idée de la pomme participe à la pomme réelle.

2 - Mais de toute façon, la question n'est pas là. "13", c'est un concept plein, tout comme l'Idée de la pomme pour Platon. C'est un point de butée pour la conscience. Ce qui n'est pas le cas de la forme vide du connecteur logique.

On est ainsi sur deux champs différents : le champ de l'essence matérielle, et le champ de l'essence formelle. Et je ne suis pas sûr que Platon soit dans le champ de l'essence formelle, bien qu'en fait j'en sais rien. Seulement, dans tes propos, j'ai peur que tu mélanges l'Idée de pomme, l'essence de la pomme, avec l'essence formelle logique qui permet par exemple d'inclure la pomme dans l'ensemble des fruits.

Alors, si tu me dis que le connecteur formelle chez Platon est idéale et est une forme vide, ok, soit. Husserl et Platon sont ok sur ce point là.

3 - Sauf que c'est plus compliqué encore pour Husserl. Puisqu'il y a une hiérarchie des essences. L'Idée de pomme n'est Idéale que pour moi. Avec Husserl, de toute façon, on est dans le champ du sujet, et on y reste. Je serai tenter de dire qu'Husserl ne dépasse pas les toutes premières méditations de Descartes, qu'il reste dans la sphère de l'ego, mais qu'il va penser les conditions transcendantales de l'ego, pour et seulement pour l'ego.

Husserl ne pose pas la question du réalisme, ni du naturalisme. D'autant plus que je serai tenter de dire qu'il suspend les deux. Il ne dit ni les essences sont dans la nature, ni qu'il n'y a pas d'essence, il dit : les essences sont pour moi.

Mais bon, cette première section est compliquée, et puis c'est pas le Husserl dont on parle d'habitude, alors je suis vraiment pas à l'aise avec tout ça... Alors mes propos sont vraiment toutes proportions gardées.
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Message par Phydias le Lun 1 Sep 2008 - 16:58

1- « Husserl critique vivement les tendances psychologisantes qui pensent l'essence comme une construction du psychisme, alors qu'en réalité, ce qui est construit par le psychisme, c'est la représentation de l'essence.

Une certaine ambiguïté persiste sous le terme d'essence : si au niveau de l'ontologie formelle elle n'est pas, qu'au niveau de l'ontologie matérielle elle est, et qu'au niveau de la nature elle n'est pas, qu'est-elle ?

Il me semble que la réponse de Husserl est la suivante : ce sont des objets pour la conscience, de nature idéale. Les essences ne sont pas réelles, ce ne sont pas des choses de la nature mais de la conscience.

Husserl ne dit ni les essences sont dans la nature, ni qu'il n'y a pas d'essence, il dit : les essences sont pour moi. »



Dans ce petit condensé de citations extraites de votre article, une question persiste à moins que ce soit moi qui ne parviens pas à saisir l’idée d’Husserl.

Si les essences sont des objets de la conscience (j’entends par là des objets simplement saisis par la conscience et non créés par celle-ci) mais qu’elles sont des objets qui ne sont pas réellement dans un espace, qui ne sont pas dans la nature… d’où viennent les essences ? Soit elles existent en soi (autrement dit, sans l'intervention du sujet pensant) mais dans ce cas peuvent être "localisées" (telles les Idées de l'ordre cosmologique platonicien), soit elles existent pour soi mais dans ce cas elles sont nécessairement créées par soi. Non ?




2- « Si par exemple, je suis un mathématicien, qui se ballade dans sa maison. Mon bureau, ma chaise, ma bibliothèque font partie de mon champ de perception. Mieux, ils sont fixes. Je peux aller dans ma salle de bain, je sais que mon bureau continuera d'être. Cet environnement mondain est
là, permanent. Si je me perd dans mes pensées, que je me mets à réfléchir sur des nombres, des formules, des formes idéales, le monde naturelle ne va pas disparaître, il restera là, présent, au fond de ma pensée. Si ma chaise se casse, elle va brusquement me rappeler la présence du monde naturel. Et lorsque j'arrêterai de penser mathématique, ce monde idéal, lui, ne sera plus. Bref, le monde idéal n'est que pour moi, l'attitude naturelle étant bien plus
profondément enraciné dans le cogito. Ces deux univers ne se mélangent même pas ! »


Est-ce à dire qu’il y a un monde empirique lorsque celui-ci est fixe ? N’y a-t-il pas toujours un monde idéal fait d’intentionnalité qui se calque sur le monde permanent ? Lorsque je vois une chaise, même si celle-ci est fixe, je la pense nécessairement. En quoi pourrait-on dire qu’elle ne fait pas partie d’un monde idéal ? L’en soi ne se mélange-t-il pas nécessairement au pour soi chez Husserl ?

PS : Si je ne suis pas très clair dans mes questions, ce qui est fort possible, n'hésitez pas à me faire préciser le sens.

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Message par Phydias le Mar 2 Sep 2008 - 14:22

EDIT

Je rapporte ici une question qui se pose à moi lorsque je lis la section 2 des Ideens car elle se rapproche entièrement de ma question 2 dans cette partie.


"4 - Cogitatio immanent

Seulement voilà, avec toutes ces découpes éidétiques, il ne faut pas perdre de vue l'expérience empirique. Avant que je ne prenne conscience de ma perception du livre, lorsque je contemplais encore innocemment sa couverture sans me soucier des caractéristiques éidétiques de cette expérience, lorsque j'étais immergée dans l'attitude naturelle, est-ce que cette cogitatio consistait en un objet intentionnel pour la conscience qui résulte de la synthèse du flux sensoriel ?

Et bien non. Ce livre était un, total. C'était juste un livre. Si ma conscience unifie le flux du divers et qu'elle impose sa forme, tout cet ensemble de mécanismes transcendantaux est immanent à l'objet. Ma conscience du livre est immanente à son objet :

"La perception et le perçu forment par essence une unité sans médiation, l'unité d'une cogitation concrête unique."
Husserl, Ideen, p.123


Bref, ma conscience est profondément entrelacée au monde. La perception est immanente au perçu."



Est-ce à dire qu'il n'y a pas d'expérience empirique pure et que cette expérience, en ce qu'elle est perception, est nécessairement mêlée à une synthèse de la conscience ? Formulé autrement, si lors d'une expérience empirique je saisis le livre comme un, total, immédiatement, est-ce à dire que la conscience est omniprésente et qu'elle ne peut se détacher d'une perception empirique, ou bien qu'au contraire il y a absence de conscience et que l'unité est saisie par la perception sensible pure ?

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