Le Deal du moment : -37%
Couette 2 places (220×240) – Polyester ...
Voir le deal
29 €

Une promenade chez Spinoza

2 participants

Aller en bas

Une promenade chez Spinoza Empty Une promenade chez Spinoza

Message par gregorirlande@hotmail.fr Mar 15 Nov 2022 - 9:09


La prétention est un sentiment fort, car en tant que sentiment exagéré de sa propre puissance il est, pour ainsi dire, encouragé par notre propre nature, qui s’efforce autant qu’elle peut d’affirmer sa puissance.
Voilà pourquoi nous sommes si sensibles aux louanges des flatteurs, qui, même si ce n’est que sur un plan imaginaire, nous donne l’illusion de notre puissance.
Or, cette illusion est néfaste car nous sommes entravés par les causes réelles de notre impuissance, que nous ne voyons pas, aveuglés par les illusions de notre toute-puissance. Par exemple, si quelqu’un s’imagine qu’il est très bon au tennis, au lieu d’essayer de s’améliorer, parce qu’il verrait les limites de son jeu, pensera qu’il peut affronter n’importe qui et perdra. Mais sans doute imaginera-t-il, s’il est vraiment prétentieux, d’autres causes à sa défaite, que la supériorité de son adversaire : la météo, un défaut de sa raquette, un arbitrage partial etc.
La prétention, si elle est néfaste individuellement, ne l’est pas moins collectivement, car les prétentieux ont tendance à rabaisser les autres afin de se croire exceptionnels. Une telle société, où chacun, pour des causes imaginaires, essaie de dévaloriser les autres, devient vite un enfer sur terre.
Un sentiment qui se rattache à la prétention est celui de la vaine gloire. En effet, nous sommes poussés par mimétisme à adopter les sentiments des autres. Ainsi, si quelqu’un se réjouit de l’une de nos actions, nous nous réjouirons également de cette action, qui ayant nous-mêmes comme cause, flattera notre amour propre.
Voyez dans quelle situation nous sommes : nous recherchons l’approbation, même futile, de ceux qui ne recherchent pas moins une telle approbation pour eux-mêmes, avec toujours comme arrière-pensée de se hisser au-dessus des autres.
Cette vaine gloire s’oppose à la véritable gloire, que nous obtenons quand nous sommes reconnus pour nos justes mérites. Or, notre nature n’est pas constituée de telle sorte qu’elle soit cause d’elle-même, mais nous ne sommes qu’une partie de la nature, limités par bien des causes qui nous façonnent et nous permettent d’accomplir des actions plus ou moins méritantes. Aucun de nos mérites ne saurait nous revenir entièrement mais à travers notre personne c’est une longue série de causes qui se réalisent. Si cette série de causes permet d’accroître le bonheur des hommes et, au sein de ce milieu, d’accroître notre propre puissance, nous sommes dans le vrai et nous accomplissons notre nature.
Encore faudrait-il se demander quelle est notre nature et comment celle-ci se manifeste pour nous à travers la conscience que nous avons de nos affects.

Des affects chez Spinoza

L’idée des affections de notre corps enveloppe en partie la connaissance de notre corps et en partie la connaissance des corps extérieurs qui nous affectent. Ainsi par l’intermédiaire des affects nous ne connaissons ni notre corps ni les corps extérieurs et nous avons des idées mutilées et confuses.
Mais tous les corps conviennent en certaines idées, qui ne sont plus seulement l’effet de notre corps ou d’un corps extérieur, sans que l’on sache précisément quel corps en est la cause, mais qui leur sont communes. Plus nous multiplieront ces idées communes et plus nous auront des idées claires et distinctes des phénomènes : plus nos idées seront adéquates. Car, par ce moyen, peu à peu, nous saurons démêler ce qui n’est causé que par notre corps, ce qui n’est causé que par d’autres corps et enfin leurs manières d’interagir.

En outre, nos corps ne sont pas de purs réceptacles de sensations, ils agissent en vue de leur intérêt, tel est le sens du conatus.
On pourrait dire qu’ils persévèrent dans leur être, mais en réalité, les gènes cherchent également à se reproduire, ce n’est donc pas la seule persévérance du corps qu’ils « recherchent » mais également la reproduction de ce corps dans un autre qui les continuera. Le terme « rechercher » est impropre car les gènes n’ont pas de volonté, c’est seulement que ceux qui ont été sélectionnés par l’évolution possédaient ces propriétés.
Je remets donc en question la doctrine de l’essence du corps telle que la pense Spinoza, qui n’est, selon moi, pas éternelle et ne cherche pas à persévérer éternellement dans son être.

De ce fait, ayant conscience de nos appétits, ce que nous désirons, nous l’appelons bon, parce que nous estimons qu’il augmente notre puissance d’agir et donc notre joie.
Mais si nous estimons que la chose qui réprime notre puissance d’agir est libre, donc, que nous lui attribuons l’ensemble de la causalité de l’affect qui nous brime, alors nous la haïssons au maximum de ce qu’un tel affect nous lèse. Or, rien dans la nature n’est libre, à savoir : cause de soi ; donc une telle haine est toujours injuste. Et cela, nous le comprenons d’autant mieux que nous saisissons à quel point chaque chose, y compris la plus infime, est une expression de l’infini. Mais si nous ne voulons pas « sauter » immédiatement vers l’infini, il nous suffit de concevoir combien chaque chose est déterminée par de multiples autres choses et combien d’implications en implications : tout est impliqué dans tout.
Ainsi si nous concevions la véritable nature de la cause qui nous lèse, nous devrions tellement diviser cette haine entre tous les différents acteurs, qu’il n’en resterait pas suffisamment pour l’un d’entre eux et qu’il faudrait en définitive nous révolter contre l’ordre universel des choses, ce qui est absurde.
Une autre manière de conjurer la haine est de considérer que rien n’est censé être fait pour nous : croire que le monde a été conçu en vue de notre propre fin est un enfantillage. De ce fait, que nous soyons lésés n’est ni improbable ni injuste. Les choses agissant selon leur propre nature n’ont pas en vue notre intérêt, donc on ne peut pas leur faire grief de diminuer notre puissance.

Affectuum definitiones
I. Cupiditas est ipsa hominis essentia (…)
I. « Le désir est l’essence même de l’homme (…) »

Diximus (…) Cupiditatem esse appetitum cum ejusdem conscientiâ; appetitum autem esse ipsam hominis essentiam, quatenus determinate est ad agendum, quae ipsius conservationi interviunt.

« Nous avons dit que le Désir est l’appétit avec la conscience de l’appétit ; et que l’appétit est l’essence même de l’homme, en tant qu’elle est déterminée à faire ce qui sert à sa conservation. »

Nous voyons que nous sommes très proches de Spinoza, sauf sur le fait que la nature de l’homme soit seulement déterminée à conserver l’homme. Nous devons comprendre cette « conservation » dans un sens plus large, où les gènes, qui se répliquent, conservent tout en évoluant de façon aléatoire, une certaine forme, qui, selon la faculté qu’elle aura de s’adapter à son environnement, sera ou non en capacité de se reproduire et donc de conserver une grande partie (celle qui n’aura pas muté par erreur de copie) de cette forme, à la génération suivante. Notons au passage que dans la reproduction sexuée, deux êtres humains s’associent pour en former un autre, ce n’est donc pas d’un seul individu qu’un autre individu naît mais de deux : une forme naît de deux. Ce n’est donc qu’une moitié de sa forme qu’un être humain peut espérer reproduire, du moins en tant que corps.

Je cite Pierre Macherey :

« En effet Spinoza ne cesse de répéter, c’est même l’un des thèmes majeurs de son Éthique, que l’âme ne trouve rien en soi qui la conduise à penser à la mort, car de sa nature se tirent seulement des raisons d’être qui ne peuvent être déterminées négativement : le de Libertate expliquera que c’est précisément en cultivant, par l’intermédiaire de ses affects actifs, cette disposition affirmative essentielle que l’âme découvre en soi-même une part irréductible d’éternité, révélation qui jusqu’à un certain point le détache de l’existence du corp, sinon de son essence. On comprend en conséquence que le souci purement conservatoire de la survie, qui amène à cataloguer les choses comme bonnes ou mauvaises selon qu’elles différent ce souci ou l’alimentent, concerne prioritairement l’existence du corps et n’intéresse l’âme que de manière dérivée et par contrecoup, sans qu’elle y mette directement du sien, tant elle est naturellement éloignée de ce type de préoccupation, à moins qu’elle ne se trouve dans une situation pathologique qui la contraint à y prêter attention. »

Nous voyons qu’en tant que corps, l’essence de l’être humain est essentiellement limitée, elle n’est qu’une partie du tout. Mais en tant qu’esprit, son essence se rapproche de celle de Dieu, c’est-à-dire du tout. Pourtant la puissance limitée de cette essence corporelle peut se démultiplier lorsque les hommes s’associent. Voilà pourquoi la vie en société, qui n’est du reste pas un choix de vie que nous ferions mais qui fait partie de notre nature, est si favorable à l’homme.

Nous pourrions penser que la véritable essence de l’homme est le tout, l’Absolu.
Mais d’un autre côté diverses essences, dans le cadre du vivant, entre en conflit et s’affrontent sur un terrain, qui certes, peut être envisagé d’un un point de vue plus élevé (celui de l’essence absolue), mais qui prouve tout de même que des essences particulières s’efforcent de persévérer dans leur être et de perpétuer leur essence.
Ces essences particulières méritent bien leur nom et vivent et agissent selon les lois de leur nature, leur conatus.

Pour ce qui est de l’essence de l’esprit humain, je voudrais parler des idées adéquates.
Il me semble, c’est du moins mon interprétation du fameux parallélisme entre l’esprit et le corps chez Spinoza, que ce n’est qu’en tant qu’idées adéquates que les idées sont séparées du corps. En tant qu’affections elles sont les idées des affections de notre corps, en tant qu’il est affecté par des corps étrangers. Je parle ici de mon point de vue, car pour moi, il est évident que notre corps est sensible et touché par d’autres corps et que ces contacts sont traduits en pensées. Pourtant il est tout aussi indubitable que notre pensée n’influence pas le monde extérieur directement et l’exemple des cent thalers de Kant le montre assez clairement. De même, je conçois, avec Spinoza qu’une idée vraie soit sa propre norme. Ainsi l’exemple de la définition du cercle utilisé par Spinoza, comme l’ensemble des points situés à égale distance d’un point fixe, est parfaitement adéquate. Une idée adéquate est donc telle qu’elle doit définir tous les éléments qu’elle décrit d’après la seule norme de la pensée et non en se référant à un objet extérieur qui viendrait la corroborer. La définition du cercle, qui suppose celle du point et de distance, n’étant donc pas parfaitement adéquate. Or, la définition du point est extrêmement problématique en géométrie, puisqu’il ne contient aucune partie de l’étendue, il ne correspond à rien de réel et pourtant il pose une limite entre ce qui est, par exemple dans notre exemple, en dehors ou à l’intérieur du cercle. De même, la notion de distance suppose que l’on puisse limiter l’espace par des points, qui eux-mêmes ne mesurent rien, et ne sont là que pour indiquer le début et la fin d’une mesure. Mais de quoi est composé ce qui sépare un point d’un autre ? Il n’est pas composé de points, qui en eux-mêmes ne mesurent rien. L’espace n’est donc pas vide mais plein, les point eux sont vides, de pures limites entre du plein.
Pour en revenir aux idées adéquates, elles sont formées sur ce modèle, où tout en elles doit être déterminé par la pensée et rien d’autre.
Mais en relisant la cinquième partie de l’Éthique, je me suis aperçu que la théorie de Spinoza contient peut-être un élément que j’ai omis. En effet, l’ordre et la connexion des choses corporelles et des pensées étant le même, le fait de pouvoir avoir des idées adéquates et d’ordonner et clarifier sa pensée, ordonne simultanément les actions de notre corps en le rendant plus puissant et plus actif.
Cette idée est intéressante et je ne connais pas assez bien le fonctionnement du cerveau pour pouvoir être en accord ou en désaccord avec elle.
Cependant l’idée que je m’en suis fait pourrait avoir quelque lien avec cette théorie de Spinoza.
La pensée correspond à ce que j’ai nommé souvent la conscience et qui n’est pas le maître absolu du corps, comme le supposerait la théorie du libre arbitre. Et que je sache, à ce jour, rien dans le cerveau n’a été trouvé qui correspondrait à l’organe du libre arbitre. Le cerveau est plutôt le résultat du travail de différents modules qui coopèrent. Or, nous avons conscience de certains de ces résultats. Mais quel est le rôle de la conscience dans tout ce fonctionnement global du cerveau ?
Spinoza dit que nous pouvons ordonner nos idées et les rendre claires et distinctes, c’est-à-dire, adéquates. Or, de telles idées sont puissantes, elles sont pleinement causes des conséquences qu’elles impliquent et sont donc nécessaires, à la différence des idées mutilées et confuses qui n’impliquent pas les conséquences qu’on leur prête.
Je me demande donc comment il est possible, sans action de la conscience, que le fait d’avoir des idées adéquates et nécessaires puissent permettre au corps d’agir en connaissance de cause et de devenir plus puissant.
Dans la théorie de la conscience que je me suis forgé, cela peut s’expliquer par le fait que la conscience n’est qu’un reflet de l’activité de notre cerveau, qui sans avoir forcément d’action directe, peut avoir accès à certains des résultats de ses calculs qui eux, exercent une influence sur l’activité du corps. Mais je ne suis pas tout à fait certain que la conscience ne soit qu’un reflet passif et il me semble que la théorie de Spinoza est dans le vrai et que l’on peut agir sur notre pensée mais d’une manière qu’il m’est difficile de cerner.
Si j’essaie de me prendre comme exemple, il me semble que le fait d’avoir des idées adéquates peut effectivement rendre plus actif. Cependant j’ignore à quel moment et comment notre conscience peut influencer l’activité de notre cerveau.
Ou pour le dire autrement j’ignore où se situe notre liberté (au sens du libre arbitre).
J’ai cru trouver une solution, qui même si je n’ai pas les moyens de la prouver, peut être considérée comme assez équilibrée, dans le sens où elle ne choisit pas pour ou contre la liberté et la volonté au détriment du déterminisme. En ne s’interdisant pas de faire des efforts (peut-être volontaires) pour essayer de comprendre la nature des phénomènes, nous ne nous interdisons pas non plus de nous considérer comme déterminés par des causes naturelles, que sans cet effort de compréhension nous ne pourrions pas adéquatement accomplir.
Or nous voyons que nous croyons agir (peut-être illusoirement) lorsque nous nous efforçons de comprendre ou d’agir.
Spinoza semble cantonner le pouvoir de l’esprit à sa seule faculté de comprendre et le corps agirait uniquement parce que d’une certaine manière (parce que l’attribut de l’étendue et de la pensée sont l’expression d’une seule et même substance) l’ordre des idées est le même que celui des corps. J’avoue que je ne vois pas bien le lien entre ces deux attributs. Pour moi, il est évident que la pensée est corporelle. Ce que nous, nous appelons pensée n’est d’ailleurs qu’une partie, consciente, de la pensée en général, qui est une information que le cerveau envoie aux parties du corps afin de coordonner les opérations de celui-ci : des signaux électriques entre des synapses, qui circulent dans les nerfs etc. Nous ne pensons d’ailleurs pas uniquement avec des mots, la théorie du mentalais est assez intéressante à ce sujet : nous traduisons une sorte de langage pré-verbal, le mentalais (dont nous avons en partie conscience, lorsque par exemple nous cherchons des mots pour exprimer une idée), en phrases verbales. Que ces phrases verbales n’aient aucune influence directe sur le corps, c’est possible. L’exemple du somnambule, que prend Spinoza est assez intéressant. En effet, nous voyons que même sans conscience le corps peut (tout seul) accomplir des choses prodigieuses. Donc, s’il est capable de le faire sans la conscience, la conscience n’est pas une cause nécessaire des agissements du corps. De là à dire que la conscience n’influence en rien les actions du corps, c’est une autre question. Mais devant cette impasse pour nous, nous choisissons une voie médiane, qui n’exclut aucune des deux hypothèses : si nous pouvons influencer librement notre vie, ne nous l’interdisons pas (mais une telle restriction serait vraiment étonnante), et si nous ne sommes absolument pas libres et totalement déterminés, essayons de comprendre ce qui nous détermine, par pur plaisir contemplatif, puisque même cette pure contemplation désintéressée n’aura aucune influence sur nos actions. Spinoza lui-même ne semble pas suivre une telle alternative et il semblerait que chez lui, grâce à la mystérieuse corrélation des attributs de la substance, comprendre et avoir des idées adéquates se répercute positivement sur nos vies.
gregorirlande@hotmail.fr
gregorirlande@hotmail.fr
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 80
Date d'inscription : 14/04/2022

Revenir en haut Aller en bas

Une promenade chez Spinoza Empty Re: Une promenade chez Spinoza

Message par Vanleers Mer 16 Nov 2022 - 10:24

gregorirlande@hotmail.fr a écrit:
Ou pour le dire autrement j’ignore où se situe notre liberté (au sens du libre arbitre).
J’ai cru trouver une solution, qui même si je n’ai pas les moyens de la prouver, peut être considérée comme assez équilibrée, dans le sens où elle ne choisit pas pour ou contre la liberté et la volonté au détriment du déterminisme.

Je rappelle la définition de Spinoza :

Spinoza a écrit:Est dite libre, la chose qui existe par la seule nécessité de sa nature et se détermine par soi seule à agir ; et nécessaire, ou plutôt contrainte, celle qu’autre chose détermine à exister et à opérer de façon précise et déterminée.

Avec cette définition, seul Dieu qui est cause de soi et n’est contraint par aucune cause extérieure peut être dit libre.
Toutefois, un homme pourra être dit libre, non pas au sens du libre arbitre mais au sens d’être actif lorsque ce qu’il fait peut être compris clairement et distinctement par lui seul.
C’est ce qu’explique Pascal Sévérac dans Spinoza Union et désunion p. 149 – Vrin 2011) :

Pascal Sévérac a écrit: Comment est-il dès lors possible, pour un esprit comme pour un corps, de devenir actif ? Comment une chose finie peut-elle être à la fois contrainte et active ? Ce ne peut être que parce que la causalité de la cause extérieure par laquelle cette chose est contrainte n’est pas différente de la causalité par laquelle cette chose produit activement son effet : certes, la cause extérieure existe bel et bien, et détermine la chose finie à opérer, c’est-à-dire ici à agir (c’est là la leçon de la proposition 28 d’Ethique I) ; mais l’effet qu’est déterminée à produire cette chose finie n’en demeure pas moins compréhensible par les lois de sa seule nature, et c’est pourquoi elle est active (ce sont là les définitions 1 et 2 de la partie III). La définition de l’agir dit bien, se fondant sur celle de la causalité adéquate : est active une chose dont l’effet « peut être compris clairement et distinctement par elle seule ». Ce qui signifie non pas qu’un tel effet ne puisse pas être compris aussi par une cause extérieure (dont la causalité serait commune avec celle de la chose active), mais qu’il suffit de prendre en considération la seule nature de la chose productive pour avoir la causalité totale de l’effet produit. C’est pourquoi un esprit fini jamais ne s’autodétermine seul à former une idée, au sens où il ne serait déterminé par rien d’autre ; mais s’il est déterminé à produire son idée par une autre idée, suivant une causalité qui ne se distingue pas des lois de sa propre nature, suivant une causalité commune à sa nature et à celle de sa cause extérieure, en somme suivant une propriété commune, alors son effet peut s’expliquer par lui seul : en ce sens, il est extérieurement déterminé à s’autodéterminer.

Pour être libres, c’est-à-dire actifs, nous devons comprendre ce qu’il y a de commun entre nous et les causes extérieures qui nous déterminent.
Cette compréhension, c’est la connaissance par notions communes que Spinoza appelle « raison » (E II 40 sc. 2).
Selon Spinoza, c’est donc la raison qui nous libère, c’est-à-dire nous rend actifs : devenir actif est le projet d’une éthique déterministe qui nie le libre arbitre.

Vanleers
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 3339
Date d'inscription : 15/01/2017

Revenir en haut Aller en bas

Une promenade chez Spinoza Empty Re: Une promenade chez Spinoza

Message par gregorirlande@hotmail.fr Ven 18 Nov 2022 - 9:32

Bonjour Vanleers,
J'avoue que cette question du libre arbitre me taraude.
Je ne comprends pas bien la position de Spinoza, mais c'est qu'en réalité cette question est redoutablement complexe. J'ai acheté un livre qui essaie d'éclairer la question de la conscience humaine à la lumière des neurosciences. J'ai à peine commencé, car j'aimerais finir l'Éthique avant. Mais je peux déjà tirer quelques éléments de mon commencement de lecture. Tout d'abord, les noms propres : je n'en connais quasiment aucun. C'est donc un domaine que j'ignore complètement (ou presque). Ensuite, la complexité : je pense que le livre ne répondra pas à ma question, mais qu'il va juste me montrer combien la question est difficile.
Donc, il faudra bien choisir et pour l'instant ma solution médiane me paraît pas mal.
Comprendre les déterminismes et agir au mieux (comme si on avait la liberté de bien agir).
Cordialement
gregorirlande@hotmail.fr
gregorirlande@hotmail.fr
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 80
Date d'inscription : 14/04/2022

Revenir en haut Aller en bas

Une promenade chez Spinoza Empty Re: Une promenade chez Spinoza

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum