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La rubrique à brac du Neopilina.

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Message par hks Lun 17 Jan 2022 - 19:51

ben non ... et j'ai pourtant cherché...et même dans les monogrammes de l'époque

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Message par neopilina Lun 17 Jan 2022 - 21:36

hks a écrit:ben non ... et j'ai pourtant cherché... et même dans les monogrammes de l'époque

Merci hks. Je comptais sur tes innombrables lumières, notoirement dans un cas pareil ! Le plus agaçant, c'est que je " connais " ce coup de crayon. J'ai grandi avec des volumes reliés à l'année, au semestre, c'est selon, de journaux de cette période (la nuit, je fais encore des cauchemars, les horreurs des uns et des autres en Crimée, Thiers sur son lit de mort, nan, je déconne !). Bon, bon, je vais me débrouiller.
Et du temps que j'y suis, pas de tuyaux pour les fragments de poésie (un lien, un site, etc.) ?

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Message par neopilina Mer 27 Juil 2022 - 17:00

neopilina a écrit:La rubrique à brac du Neopilina. - Page 2 31018710

Salut à tous !

Je suis toujours à la recherche du nom de l'artiste qui a réalisé la gravure de droite. Aujourd'hui il m'a semblé voir un coup de crayon qui ressemblait, c'était de Amédée de Boret (1837-1916), ça inspire quelqu'un ?

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Message par hks Mer 27 Juil 2022 - 19:21

Ta gravure ne me semble pas au niveau du talent d'Amédée de Boret.

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Message par neopilina Jeu 28 Juil 2022 - 2:27

hks a écrit:Ta gravure ne me semble pas au niveau du talent d'Amédée de Boret.

Du coup, suite à cette intuition, " ressemblance ", j'ai regardé ce qu'il a fait cet Amédée de Boret. Pour commencer, j'ai vu que je le connaissais, certaines oeuvres, sans connaître son nom. Et effectivement, il y a des choses superbes, extrêmement travaillées, fouillées, soignées, on voit un artiste tout à son oeuvre, qui donne tout ce qu'il a. Et donc, a contrario, on voit aussi le reste, le " tout venant ", le " pain quotidien " (et toute personne qui vit de son art connaît ça, et on a jamais vu personne tout le temps à fond, au top), pour la presse, etc. Mais ça ne va pas avec le monogramme. De Boret signe très rarement sur l'oeuvre, et quand il le fait c'est avec son nom " A. de Boret ", etc.


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Message par neopilina Mer 24 Aoû 2022 - 3:00

Du 1 juin au 30 août 1987, j'ai fait un stage scolaire dans les Pyrénées. Le plus officiellement du monde, contrat, fiches de paie, couverture sociale, je travaillais pour l'O.N.C. (L'Office National de la Chasse devenu depuis O.N.C.F.S. puis O.F.B.). Le maitre de stage est un docteur de l'O.N.C. qui travaille sur le massif pyrénéen, principalement sur le grand tétras (Tetrao urogallus), mais pas que. Il a besoin de données (tout le monde a besoin de données !, nan, je déconne ! En fait, non !). Je suis là pour lui en fournir. Une fois que j'ai bien compris ce qui est attendu (instruments, méthodes, etc., etc.), il aborde quelques sujets adventices, annexes, et néanmoins très utiles. Lui : " On a perdu la trace d'un randonneur de Toulouse dans le secteur ... " Il hésite. Moi : " Depuis quand ? " Lui : " L'année dernière ... " Je suis prévenu. Si le monsieur est toujours dans le secteur, après un hiver, il est plus que mort. Et donc, si je fais une découverte macabre, je ne dois pas être trop surpris. Je passerais à coté de ce corps des dizaines de fois. Mais je ne le verrais pas, je ne le sentirais pas, et pour cause, après une chute de plusieurs dizaines de mètres, il est tombé dans un petit ruisseau, et même une petite vasque, de 30 ou 40 centimètres de profondeur. La microfaune aquatique, et l'eau de la montagne, ont fait un boulot impeccable : peu après mon départ, c'est un forestier (?, en fait je ne sais plus) qui a trouvé un squelette, blanchi, dans des vêtements, très propres. Il continue. Lui : " Sinon, t'es en zone à ours, donc là, je te le demande, tu relèves tout [jour, heure, localisation, description]. Rarement, il y a des dégâts sur le bétail [peu de bétail sur ma zone de travail : du mouton en marge, et un petit troupeau de chevaux de Merens, l'un d'eux ayant chuté mortellement, les vautours s'installeront dans le coin en attendant qu'il soit " mûr "]. Dans ce cas, les gardes de l'O.N.C. viennent verbaliser, et le propriétaire est indemnisé ". Effectivement, j'étais en zone à ours. Une fois, je tombe sur des griffures sur un résineux tellement fraiches que la résine coulait encore, j'ai pris les notes de rigueur le dos collé à un arbre en scandant intérieurement : " Vite ! Vite ! " et me faisant violence pour ne pas détaler. Je me suis senti devenir minuscule. A plusieurs reprises, toujours au même endroit, c'est des roches, rochers, souvent énormes, retournés : l'ours les retourne et ramasse toutes les bestioles qui se croyaient à l'abri. Des fois, la terre mise à l'air libre n'est pas encore séchée. Le maître de stage m'avait expliqué la conduite à tenir. Lui : " Si tu te fais courser ... " Moi : " Ha bon !?, on peut se faire courser !? " Lui : " Oui : si, sans le savoir, tu passes entre la mère et ses petits, là, elle va mal interpréter la chose ". Moi : " Mais encore ? " Lui : " Tu n'as aucune chance de la semer ... ". Moi : " Fantastique ! " Lui : " ... sauf si tu cours dans le sens de la pente, l'ours ne peut pas te suivre, il est obligé de ralentir à cause de son poids et de l'arrière train qui va vouloir passer devant, c'est lui qui va se vautrer, si tu ne t'es pas vautré avant, bien sûr ". Moi : " Bah oui ". Les pentes du coin affichent une moyenne de 70%, toute la journée, on lève les genoux, très haut. En dehors de ma zone d'étude, j'assisterais à une verbalisation pour dégâts d'ours. Les deux gardes examinent plusieurs carcasses de moutons qui ont dérochées (chutées). Thèse du propriétaire : à cause de l'ours. Les gardes font la tête, ils remplissent le P.V., l'homme sera indemnisé, bien. Une fois qu'il est parti, ils m'expliquent que l'ours n'y est pour rien. A peu près tout et n'importe quoi a pu faire chuter ces animaux, mais pas l'ours : aucune trace de consommation sur les carcasses. Alors je demande pourquoi, au bénéfice d'un doute, inexistant, ils ont rempli un P.V. Réponse : on achète la paix. Pendant ces trois mois, outre les petits chevaux de Merens qui sont sur zone, je verrais de temps en temps un troupeau : je n'en verrais aucun de gardé. Le maître de stage continue : " Les loups. Il y en a du coté espagnol [toute la limite Sud de ma zone d'étude suit la frontière, parfaitement invisible si on ne le sait pas], mais on ne les voit jamais de ce coté ". Malgré toute sa bonne volonté, le maître de stage a oublié une chose : les " contrebandiers ". Hé oui, il y a des endroits où on dit encore " contrebandiers ". Pour mon séjour, on m'a prêté un refuge de l'O.N.F. Il y a deux portes, une métallique, renforcée à outrance, etc., pour protéger le refuge quand il ne sert pas. Et juste derrière, à l'intérieur, une porte vitrée, pour avoir un maximum de lumière. Il n'y a pas d'électricité, l'eau courante, très, est à deux cent mètres, c'est une source glacée même en été, quant aux toilettes, elles sont portatives : une pelle et un rouleau de papier idoine près de la porte. Derrière le refuge, il y a une jungle luxuriante, on ne se demande pas pourquoi. Je positionne le lit de façon à voir à travers la porte. Une nuit de pleine Lune, forcément, on voit beaucoup, beaucoup, mieux, vers trois heures du matin, je suis réveillé par des bruits de pas, sur ce sentier, impossible de ne pas heurter quelques cailloux sauf à prendre une heure pour faire cent mètres. On monte ou on descend ? Les bruits se rapprochent : on descend. Et je vois passé un type avec un colossal sac à dos, ça dépasse de cinquante centimètres au dessus de sa tête. Il ne tourne pas la tête et, littéralement, passe son chemin, par la suite je comprendrais qu'il ne doit pas avoir l'habitude de voir ce refuge ouvert. J'en parle au maître de stage. Lui : " Ha oui, c'est un contrebandier ! Sac énorme, c'est léger, c'est des cigarettes ou du cheet ou les deux. Y'a quelqu'un qui est venu le chercher à une heure convenue à un endroit convenu au bord d'une route. C'est des courageux, d'un coté à l'autre [de l'Espagne vers la France], c'est des courses de 7, 8, heures. Y'en a qui raccourcissent, mais plus tu raccourcis la course, plus tu te fais choper ". Bah oui, les routes en question, au pied des plus hauts massifs, c'est des culs de sac des deux cotés, et les gendarmes, aussi, connaissent la musique. Plus le type va rester en montagne puis en forêt, mieux c'est. Bon, les routes qui passent la frontière, faut oublier, c'est, si n'est du suicide, de la loterie, de la roulette russe. J'avais un ami douanier dans l'Ariège. Un jour, dans un pierrier chauffé à blanc par le soleil, je capture un petit lézard, même pas 15 centimètres de long, sachant que chez les lézards, la moitié de la longueur c'est pour la queue, c'est une toute petite bestiole. Je m'assoie, je sors le carnet et le stylo, j'examine délicatement la petite bête, qui se calme rapidement, et je prends note de tout ce que je peux avec le vocabulaire adapté. J'ai su au premier coup d'oeil que c'est un lézard de la famille des lacértidés. J'essaye donc de l'identifier aux lézards français de cette famille. Impossible. Il ne rentre dans aucune " boite ", ce n'est pas un des lacértidés français, que je connais. A contrario, je sais qu'avec cette famille de lézards, " on a des soucis " dans les Pyrénées. Il y a des choses à éclaircir, très manifestement, mais en même temps donc, faute de mieux. Non, non, je ne vais pas mettre cette petite bête dans un flacon de conservateur. Je le relâche, mais j'ai toujours la description !! Et puis, des années plus tard, c'est deux herpétologues (salariés ou pas, peu importe) espagnols qui décident de prendre à bras le corps le " souci " pyrénéen avec des petits lacértidés. Tout de même : en 1987, un séquençage coute encore une fortune et ça prend un temps fou, je ne suis pas du cru, etc. Aujourd'hui, on séquence à tour de bras. Les polynésiens sont allés jusqu'à l'Amérique du Sud : c'est ce que montre les séquençages de la patate douce et de la volaille d'Amérique du Sud, l'origine polynésienne est indubitable. Et les polynésiens, comme c'était déjà occupé, ils sont repartis, etc. La génétique, c'est fabuleux, et ça ne fait que commencer. Il y en a certain que l'intelligence artificielle inquiètent, ils ne regardent peut être pas au bon endroit. Aujourd'hui on cultive des masses importantes de neurones dans des environnements artificiels et contrôlés, etc. Je reviens aux lézards problématiques des Pyrénées. Les deux espagnols vont s'apercevoir que les sommets, ou des vallées bien isolées (géologiquement), des Pyrénées fonctionnent comme les iles de l'archipel des Galapagos : les populations isolées en altitude par la forêt qui occupe les versants évoluent dans leur " coin ". Et à terme, ça nous donne des espèces, à la fois proches et bien distinctes, comme les fameux pinsons de Darwin. Dans les Pyrénées, beaucoup d'animaux, et pas seulement des lézards, vivent au dessus de la limite supérieure de la forêt (notamment pour des rasions d'ensoleillement, bien compréhensibles pour les reptiles). Les espagnols ont commencé et terminé, pour l'essentiel, le travail : ils ont décrit et nommé (un petit privilège dans le domaine, en respectant les règles d'usage, quand on découvre une ou plusieurs espèces) les petites espèces de lacértidés des Pyrénées, au nombre de trois, et pour fêter ça, le nom de genre choisi est " Ibero- ", on a donc le lézard des Pyrénées, Iberolacerta bonnali, le lézard d'Aurelio, Iberolacerta aurelioi, et le lézard du val d'Aran, Iberolacerta aranica. Le maître de stage continue de me briefer : " Dans la zone d'étude, t'as le massif de ..., tu vois, là [sur la carte], alors là, il faut que je te prévienne, le versant Sud est infesté de vipères aspics, on n'a jamais vu des densités pareilles ... " Moi : " Ha bon ? [j'ai un mal indescriptible à faire le candide] " Lui : " Quand il a fallu faire une réserve de chasse sur la commune de ..., les chasseurs ont mit de suite ce massif, ils perdaient des chiens, y'avait des accidents. Sur ce massif, avant de t'asseoir, de poser une main, de faire quoi que ce soit, avant, tu regardes, le pantalon et les guêtres, c'est obligatoire, etc., etc., etc. " La densité est effectivement insensée, je n'ai jamais revu ça pour une espèce de serpents en France. Les individus occupent des territoires de quelques dizaines de mètres carrés. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que l'endroit est incroyablement favorable à l'espèce, cette espèce. Hormis sur les sentiers, l'homme est absent, les chasseurs ont déserté, l'ensoleillement est idéal, et ça grouille de micro-mammifères, les proies de prédilection. Le paradis, de la vipère aspic, dans les Pyrénées. Sur les massifs contigus, mitoyens, je n'ai vu qu'un autre serpent lors de ces trois mois, c'était une couleuvre à collier. C'est de très beaux spécimens de la sous espèce zinnikeri. On ne sait pas trop pourquoi, ce taxon a développé un venin très différent (notamment neurotoxique) de celui de l'espèce mère. Différent et beaucoup plus dangereux. Je me ferais mordre, à 1 700 mètres d'altitude, à une heure de marche de l'être humain hypothétiquement le plus proche, etc. " Bon, bon ". Le maître de stage, sur indication d'un bucheron, retrouvera son stagiaire aux soins intensifs, aveugle (une semaine), avec une septicémie sévère (rien à voir avec le venin, mais, c'est bien connu, les vipères ne se brossent pas les dents) qui a hypertrophié, raidi et blanchi une main et un bras, et découvrira, forcément, que si je récolte très bien des données sur le grand tétras, Tetrao urogallus, je le fais très bien aussi avec la vipère aspic, Vipera aspis zinnikeri ! En tout, je serais en " arrêt maladie " 15 jours. Dans la semaine qui suit la reprise du travail, marchant derrière le maître de stage, je vois une vipère qu'il n'avait pas vu, je la capture tranquillement, il me regarde, ne trouve pas les mots, en fait, il ne sait même pas quelle tête il doit faire, et opine du chef. Son " truc ", ce n'est pas les reptiles, et pour tout dire, les serpents encore moins (lui, c'est les oiseaux), mais il peut comprendre. A la rentrée, au lycée (et le directeur de ce lycée était un lieutenant-colonel " à la retraite ", et le bus du lycée, un bus de C.R.S. réformé, etc.), le professeur principal m'attrape : " Qu'est-ce qui s'est réellement passé ? " Pendant ce cursus, je serais également hospitalisé pour des orteils gelés, et pour une omoplate complétement fendue. Le scientifique, entre autres, certains d'entre eux mais plus que notoirement, récolte des données. Et puis un jour, c'était en été, il faisait beau, je m'en souviens (pas l'année, j'ai un mal fou avec les chiffres, mais je peux retrouver), j'étais assis sur un bord de fenêtre au rez de chaussée, à l'extérieur, je commence la lecture du " Discours de la méthode ", un texte de 1637 d'un certain René Descartes, comme un imbécile, j'ai emboité le pas du gaillard, allons-y, allons-y, et je fais l'expérience du cogito. Je m'arrête, interloqué, stupéfait, sidéré, etc. Et le donné, ne l'est plus, donné. Il est fou ou quoi ce René Descartes !? Le cogito, sa mécanique, son intimité, infernale, renversante, littéralement, copernicienne, me fera suer des années.

P.S. Mais je l'ai eu !  La rubrique à brac du Neopilina. - Page 2 644465191

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Message par neopilina Dim 11 Sep 2022 - 3:13

Sur la plate forme d'Arte, l'intitulé d'un documentaire sur la reine Elisabeth II attire mon attention : il est commenté par elle-même. Et il a été réalisé au mois de mai 2022 ! Malin !! Et c'est effectivement des adieux personnels, oui, oui, à toi, à moi, etc., qui le veut : quelque chose qu'elle n'a jamais eu le droit de faire. On connaissait tous l'opération " London Bridge ", conduite à tenir suite à sa mort. C'était pour mieux cacher l'opération " Unicorn ", en cas où la reine meurt en Ecosse. Il était tout à fait certain, que sauf accident et autres infarctus, qu'elle s'éteindrait à Balmoral (20 000 hectares, 200 km2, moi aussi je signe !), qui est depuis son enfance, je la cite : " le havre de paix ". Elle a géré d'une main de maître, avec des médecins de valeur, sa fin de vie. Mon oncle paternel a eu cette chance. Le matin de sa mort, il a décidé de se raser, tranquillement, et assis, forcément. Et ce n'était pas une première dans la vie d'Elisabeth : quand son père meurt, elle n'est pas en Angleterre, c'est tout sauf un accident. Même la grande Elisabeth II, et ce dans un Cadre horriblement imposé, a fait quelques erreurs, comme tout le monde, mais ce n'est pas présentement le sujet. Elle a tenu sa parole : servir son pays. Elle était d'un Métal d'excellent Aloi. Salut Majesté !

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Message par neopilina Sam 17 Sep 2022 - 23:42

" Vide maison ".

Ce matin je suis allé à un " vide maison ". Un homme, un abbé nonagénaire, est mort il y a plus d'un an. L'héritier, il n'y en a qu'un, a fait le tri : les louis d'or, les décorations de l'aïeul, etc., ne sont plus là, forcément. Et on brade le reste. L'héritier n'est pas là, on conçoit bien. C'est la famille de voisins qui assure ce service. L'abbé a été ordonné en 1946. En 1998, il prend sa retraite et revient dans cette maison où il est né. Il fera des services quasiment jusqu'à sa mort, en 2021, pour quelques ouailles du coin qui trouvent ça très pratique. L'abbé avait une soeur, qui s'est faite religieuse, et un ainé dont je n'ai rien pu apprendre : le voisinage ignorait son existence. Le père de l'abbé a fait la guerre 14-18. Au début de l'année 1917, il est blessé, par la suite, il touche une pension pour une invalidité de 20%, et il a fait partie d'une amicale de " Gueules cassées ". J'ai donc appris aujourd'hui qu'il y avait des amicales d'anciens combattants aussi spécifiques. De son hôpital militaire, il écrit beaucoup à sa fiancée, sur des cartes postales, dans des enveloppes affranchies. L'une de ces cartes est archiconnue connue en Lorraine : c'est une vue intérieure d'une grande église lorraine éventrée par les bombardements allemands. Même en noir et blanc, on dirait une toile impressionniste ou un Turner, la lumière qui jaillit des ouvertures plus ou moins naturelles éclabousse les ténèbres environnantes où on distingue à peine quelques éléments d'architecture. On ne sait pas si le photographe a fait exprès, mais c'est très bien, gros succès. Les tourtereaux se marient en juillet 1918. Outre leurs trois enfants, ce couple accueillera des enfants de l'assistance publique jusqu'à sa retraite, ce qui n'empêche pas d'être paysan. L'abbé s'était fait faire une armoire bibliothèque, il y a quelques tiroirs fixés sous les étagères, avec serrures trois points !!! Une simple tige en acier qui court sur toute la hauteur d'un battant enclenche les trois points. Je ne savais pas que l'idée était aussi ancienne. Je demande : " L'armoire ? " " Déjà vendue ". A question idiote, réponse à l'avenant, pourtant ça " ouvrait " à 9H00, et j'étais là à l'heure. L'armoire est quasiment vide, forcément. Sur la table de la cuisine, il y a deux bougeoirs et un crucifix en cuivre, je les connais ceux là, ils servaient pour l'extrême onction, mais cette fois, il y a la petite " valisette ", le service est complet, ce qui est beaucoup plus rare, même si à un moment ce service dote tous les curés de France. Les voisins n'ont pas compris ce que c'était. Je mets les bougeoirs et le crucifix dans la " valisette ", où se trouve quelques bougies, je prends la poignée, on peut y aller ! Ils ont compris !! Par acquis de conscience, je jette un oeil sur les trucs " muets " de la bibliothèque, c'est à dire n'étant pas du premier coup d'oeil considéré comme merdouille. Je trouve un livre de Maurice Barrès, auteur lorrain, pour ne rien dire d'autre, bien connu, édition de 1916, brochure de 1917. Sur la couverture, il y a une dédicace manuscrite de l'auteur : " Au soldat X Y [le père de l'abbé] au gaits muguet, remerciements d'un lorrain. Maurice Barrès ". Tiens, même Barrès fait des fautes d'orthographe ! " Gait " est anglais, est signifie " marche, allure, etc. ", et a été utilisé tel quel en français, quant au " muguet ", c'est un type de petit poème. Et effectivement, dans cette brochure, je trouve un muguet plié, dactylographié : " SION. (A Maurice BARRES.) ... ", à la fin duquel on trouve la mention : " (Muguet, le 24 Juin 1917) ". Le soldat à l'hôpital écrit beaucoup à sa fiancée et il écrit des poèmes. Je trouve un recueil d'Alfred de Musset, et il y a des poèmes du soldat collés (soigneusement, le texte de Musset reste toujours parfaitement accessible) ou volants un peu partout dans l'ouvrage, et il est toujours à l'hôpital de, je cite : " Hôpital d'Evacuation n° 1/8. Secteur 45 ". Pas d'indication géographique, normal, c'est la guerre. Dans l'un d'eux, il envoie un trèfle à sa mère, et le brin de trèfle séché est là. Un autre évoque deux aviateurs, nommés, abattus, etc. Un marque-page bricolé porte " Hic jacet lepus " (c'est là que git le lièvre). J'ai toujours su que le courrier des soldats passait par la censure, j'en ai déjà vu. Et systématiquement, tout ce qui vient du soldat et sort de cet hôpital, est caviardé. Mais là, aujourd'hui, j'ai encore appris quelque chose. Le soldat écrit à sa fiancée sur des cartes postales. Au recto, on a donc une belle image, en noir et blanc (sauf une, de 1917 !, en couleur), et les caviardeurs ont poussé le zèle très loin, ils ont gratté certaines indications des libellés des cartes. On a un très beau " Pont suspendu ", mais on ne saura pas d'où, c'est caviardé, etc. Et avec des cartes postales, ça fait bizarre !! J'imagine la fiancée qui reçoit cette carte : " La Haute - [caviardage] - [caviardage] - Le quartier du [caviardage] Hussards " ou encore " [caviardage] - Abside de l'église ", on est très heureux de ne pas savoir où se trouve cette belle abside ! Il y a aussi des camarades qui écrivent au soldat. L'un d'eux écrit le 26 novembre 1918 : " ... je vois que tu es bien rétabli moi ça n'est pas cela tout à fait je crois que je vais être obligé de retourner à l'hôpital pour quelques temps ... " Il y a un petit truc qui m'échappe dans cette correspondance via cartes postales sous enveloppe (manifestement adopté par tous), le soldat a envoyé de très belles cartes postales à partir de cet hôpital militaire qui montrent de très belles vues de Metz et de Strasbourg, annexées depuis 1870, mais aussi de très belles vues du Berlin de l'époque, et tous les intitulés sont en français. Là, il y a un petit quelque chose qui m'échappe. Metz et Strasbourg, je peux comprendre, mais Berlin ! Il y a également un petit volume manuscrit, calligraphié avec le plus grand soin, de l'abbé, qui très manifestement faisait des colonies de vacances : " Chants de marche ", " Chants religieux ", " Repos et feux de camps ", avec de très jolis dessins à l'encre bleue, il y a une pie bavarde au naturel bluffante et l'abbé connaissait manifestement le Mont Fuji !! Et un canon et un artilleur qui font un peu désordre. Je montre mon petit paquet à la voisine, elle me dit : " Dix euros ? " " Vendu ! "

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Message par neopilina Jeu 6 Oct 2022 - 17:20

" Saladin ".

Pendant mon service militaire, en semaine, je déchiffre un petit message classé. Un gros porteur de l'armée, un C160 Transall, décollera tel jour à telle heure de Chypre (un sas, portail, bien connu), et atterrira chez nous, dimanche à 10 heures du matin : j'ai un poil de sourcil qui se lève. Cargaison : classement supérieur à celui du message. J'ai un deuxième poil de sourcil qui se soulève. On ne va pas se mentir, même pour les troupes des forces spéciales, la légion, les parachutistes, tous les soldats du monde, il y a un temps normal. En temps normal donc, il y a des heures de service en semaine, des week-end, des jours fériés, etc. L'armée est aussi une formidable administration ou entreprise. En temps normal, il y a des gens de service, de garde, d'astreinte, etc., un effectif in situ minimal en dehors des heures de service normal (désolé !). Et c'est donc valable pour un régiment de parachutistes et pour les camarades " gonfleurs d'hélice ", de l'armée de l'air, qui sont l'autre coté des pistes. L'avion repartira trois heures après l'atterrissage, à vide, on n'est pas des sauvages, que ça soit au mess de mon régiment ou au mess des gonfleurs d'hélice, lentement mais sûrement, l'heure des chips, du saucisson, de l'apéritif et du diner ne sera pas loin. Et je suis de permanence ce week-end là. Dimanche matin, je serais en train de prendre l'air, de me promener, aussi près que possible des pistes. Le transall est à l'heure, moi aussi. Il va tranquillement en bout de piste, fait son demi-tour, et revient vers les bâtiments. Alors ?, il va où, chez nous ou chez les cheveux longs ? Chez nous. Quatre homme descendent, trois se dirigent vers les bâtiments de l'armée de l'air, le quatrième vient vers moi. Petit calcul intérieur, je retranche l'age du capitaine, calcule ma " course ". Quand il aborde la pelouse, ça fait longtemps qu'il m'a vu, c'est plutôt, et même très franchement, la très très rase campagne à cet endroit. J'ai cru voir " Saladin ", l'Arabe idéal selon Platon : la peau, les cheveux et la barbe. Il est en civil, plutôt déglingué, chaussures usagées, mais c'est des bonnes, sac à dos moyen. Il est certain que ma présence l'a un chouia interpellé. Comme il est en civil, c'est un peu délicat, on se salue de façon minimale d'un coup de menton. C'était donc cela : un clandestin qui rentrait à la maison. Dans la semaine, j'ai oublié " Saladin ". Je me déplace du bâtiment de l'état major à un autre, j'ai une bonne vue, je vois les trois barrettes de capitaine du soldat en tenue standard que je vais croiser, je me prépare à le saluer. A moins d'un mètre, je le reconnais, " Saladin " n'a plus de cheveux, plus de barbe, il remarque ma surprise et sourit.


Dernière édition par neopilina le Jeu 6 Oct 2022 - 18:10, édité 1 fois

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" Tout Étant est à la fois a priori Donné (c'est, il est, et ça suffit pour commencer) et Suspect, parce que Mien (c'est, ça existe, par, via et pour Moi) ", " Savoir guérit, forge. Et détruit tout ce qui doit l'être ", ou, équivalents, " Tout l'Inadvertancier constitutif doit disparaître ", " Le progrès, c'est la liquidation du Sujet empirique, notoirement névrotique, par la connaissance ". " Il faut régresser et recommencer, en conscience ". Moi.
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Message par benfifi Jeu 6 Oct 2022 - 18:09

En mode démonstration j'ai du mal à te suivre. Ta pensée m'apparaît telle un sac de nœuds. Trop de références savantes. Une avalanche de faits. Je m'y noie.
Alors que là je te lis avec facilité et plaisir. Formidable conteur.
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Message par neopilina Jeu 6 Oct 2022 - 18:13

benfifi a écrit:En mode démonstration j'ai du mal à te suivre. Ta pensée m'apparaît telle un sac de nœuds. Trop de références savantes. Une avalanche de faits. Je m'y noie.

Gênant ça, vraiment.

benfifi a écrit:Alors que là je te lis avec facilité et plaisir. Formidable conteur.

Merci, mais bon, là, je me détends, je m'amuse, c'est une rédaction !! Je ne suis pas un " littéraire ", une prof de français me rend une copie, textuellement : " Un diamant dans un tas de fumier ". Je suis au courant, et chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.

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Message par benfifi Jeu 6 Oct 2022 - 18:36

neopilina a écrit:Je ne suis pas un " littéraire "
Ce n'est pas mon avis. Mais il s'agit là de goûts et de couleurs.
neopilina a écrit:là, je me détends, je m'amuse,
Ben c'est peut-être ça justement. Tu envoies paître ton sur-moi qui te lâche le temps de ta rédaction.
Même tes exposés sur Sade ou Homère ne dégagent pas la fluidité enfantine de tes articles.
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Message par neopilina Jeu 13 Oct 2022 - 17:54

" Les bonbons ".

J'ai fait mon service militaire dans un régiment qui avait, à juste titre, en charge la sécurité extérieure du bâtiment de l'état major de notre division (devenue brigade suite au redimensionnement induit par la fin du service militaire)."  A juste titre " ? Oui : ce régiment est l'articulation opérationnelle entre la " tête " de la division, l'état major, et tous les régiments qui la composent : aucun d'entre eux ne fait quoi que ce soit sans que cela passe par chez nous. " Sécurité extérieure du bâtiment " ? Oui, il faut être précis : de l'espace qui se trouvent entre les différentes enceintes et le dit bâtiment, ses murs, stricto-sensu, en l'occurrence un joli hôtel particulier du XVIII° siècle reconverti, sans être défiguré. Aucun soldat de cette garde, même l'encadrement, ne dispose de l'habilitation nécessaire pour pouvoir entrer dans ce bâtiment. Pour la minuscule histoire, moi, si. Pendant mon service, je me rendrais à plusieurs reprises dans ce bâtiment. Mais en montant cette garde, je n'ai aucune raison d'y rentrer. On me désigne pour monter et encadrer cette garde qui dure 8 jours. Dans ce genre de missions, statiques, ennuyeuses, monotones, etc., à souhait, on estime à bon droit que le mordant, la vigilance, l'oeil, etc., s'émoussent, après 8 jours, on relève. On n'a pas le droit de rentrer dans ce bâtiment, la garde a son propre petit cantonnement. L'officier de l'état major responsable de cette garde, un capitaine, vient me voir, il va me brieffer. Le général invite. Il y a une " Sauterie ", pardon, une " Garden Party " au programme. C'est moi qui contrôlerais les entrées des invités. Il m'explique comment faire, me donne des consignes, que j'imprime aussi profondément que possible, il prend son temps. " Des questions ? " " Oui, etc. " Le jour et l'heure venus, je suis du coté de la barrière où se trouveront les conducteurs des véhicules, de l'autre coté, il y a deux, trois camarades, l'un d'eux ne me quittera pas des yeux, l'un d'eux ne quittera pas des yeux le ou la conductrice du véhicule qui se présente. On a des chargeurs à balles réelles, comme d'habitude. On se détend : on est sur le territoire national, en paix, bien avant les attaques barbares des " Barbus " : les chargeurs sont sous film plastique et dans les poches, c'est l'ultime recours contre une attaque avec arme à feu et dans le cadre de la légitime défense. Le forcené du carrousel du Louvre est toujours vivant, ça n'a rien à voir avec la chance. Nous sommes des garçons bien élevés. Je m'égare. De façon standard, un véhicule s'arrête devant la barrière, à ma hauteur, le conducteur baisse sa vitre. Grand sourire, détendu : " Bonjour Monsieur / Madame ! " " Bonjour, je viens sur invitation du général " " Une pièce d'identité et votre laisser-passer individuel [ici, un badge] s'il vous plaît ". Je prends les deux pièces, compulse le document remis par le capitaine, punaisé sur une plaquette en bois. Je fais toutes les vérifications requises, je côche quelques petites croix sur mon document, je rends les deux pièces. Au cas échéant : " Madame / Monsieur, Il faut pincer le laisse-passer de façon bien visible, tout le monde doit pouvoir le voir une fois que vous serez à l'intérieur du bâtiment, merci, bonne journée ". Je recule. Un micro-geste de ma part suffit, un camarade fait lever la barrière. Un homme arrive comme un bolide. Il a déjà baissé sa fenêtre. Politesse d'usage, je réclame les deux pièces requises, il est un peu agité, me dit qu'il a oublié son laisser-passer, me file une pièce d'identité. " Désolé Monsieur, vous ne pouvez pas entrer sans celui-ci ". Il s'énerve : " Je suis le maire de ..., vous ne me reconnaissez pas !? " " Désolé Monsieur, je suis originaire de l'Est, je ne vous reconnais pas, et surtout je ne peux pas vous laissez entrer sans le laisser-passer ". " Allez me chercher quelqu'un !! " " Non monsieur, aller chercher votre laisser passer " Il a un coup d'oeil instinctif sur sa droite, il a bien vu mes deux camarades bouger sans le quitter des yeux. " Votre nom !! Vous allez entendre parler de moi ! ". Je lui fais bien voir ma bande patronymique : " Ça ira ? " Il s'en va furieux, en brutalisant sa monture. Il se trouve que je l'ai reconnu, et ça n'a aucune espèce d'importance. Et l'épouse du général arrive : " Ma générale ... " Elle fait un geste de la main, un autre de la tête, je traduis : " Je t'en prie, tu m'évites les mondanités, c'est pour ça que je sors, justement ". On échange des banalités. D'une poche, elle sort un paquet de cigarettes, en prend une, me tend le paquet, j'en prends une, elle fait le même geste aux camarades près de la barrière, y'en a un ou deux, je ne sais plus qui viennent, qui prennent une cigarette et rejoignent leur poste. La générale : " Vous venez de quel régiment ? " " Je suis un appelé Madame, j'ai fait mes classes au ...(A), je sers au ...(B) ". " Vous saviez que le ...(A) était rentré d'Indochine dans un carton ? " " Oui Madame, je le savais ". On dit d'un régiment, d'une compagnie, etc., qu'il est rentré " dans un carton ", quand ils sont tous, officiers, sous-officiers et soldats, morts ou portés disparus, il n'y a que la paperasse relative aux dits personnels qui rentre en métropole, d'où le " carton". Je reprends l'initiative : " Ma générale, je suis sûr que vous le savez mieux que moi : l'armée hait la IV° République ". Cette fois elle me regarde en face, droit dans les yeux, qu'elle plisse, elle me sonde. " C'est vrai, il n'est pas rare que la République ne mérite pas ses soldats et la IV° a fait très fort ". Le capitaine chargé de la garde arrive. " Ma générale ... " " Oui, oui ". Il s'adresse à moi : " Tu peux m'expliquer ce qu'il s'est passé avec monsieur X ". " Bien sûr ". Et je lui rapporte la plus stricte des vérités, je dis même que je l'ai reconnu. Il opine du chef : " C'est bien. Ma générale ... ". " Oui, oui " Et il s'en va. La femme du général sort une poignée de bonbons de son autre poche, les étale dans sa main. Comme on dit, " c'est de la marque ". Ça, c'est pour l'odeur du tabac dans la bouche ! " Vous en voulez un ? " " Je veux bien ", elle fait un signe aux camarades. On choisit chacun un bonbon, j'hésite entre framboise et citron. Il y a un enrobage translucide, et une fois que celui-ci se brise, il y a une pulpe sucrée correspondant au parfum. Excellents ! Tellement bons que par la suite j'en achèterais pour les moments où on est un peu coincé, au repos, etc.

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Message par neopilina Sam 22 Oct 2022 - 1:11

Dans le Charlie Hebdo du 19 octobre 2022, n°1578, dans la rubrique de Luce Lapin :

Luce Lapin a écrit:Lundi 26 septembre, Emmanuel Macron invite Bougrain Dubourg, président de la Ligue de Protection des Oiseaux, " en tête à tête à l'Elysée ". Il paraît plein de bonnes intentions envers " la biodiversité meurtrie ", et à l'écoute de ce qu'Allain lui expose sur " l'épineux dossier de la chasse ". Bizarre, suspect...[sic] Vendredi 7 octobre, retour à la réalité, avec un nouveau (gros) cadeau aux chasseurs : " plus de 100 000 alouettes des champs [pourront être] capturées par piégeage " dans le Sud-Ouest.

Tout le monde n'est pas familier de ce genre de problématiques, moi si, j'ai grandi et je vis encore dedans, je suis diplômé et j'ai travaillé à ce titre, dans les secteurs public et privé. Je vais donc fournir les éléments requis pour se faire une " petite " idée.

- L'article de Luce Lapin parle de " piégeage ", pas de tir. Et donc, piégé comment ? Est-ce qu'un animal qui n'est pas classé gibier ainsi piégé peut être relâché vivant, sans blessure, etc. ? Toute méthode qui ne discrimine pas a priori de façon sûre la ou les espèces classées gibier visées doit être interdite. Point.

- Petit rappel sur l'action de chasse. D'abord la " Loi d'Airain " : identifier formellement ce sur quoi on s'apprête à tirer. A titre personnel, je n'ai jamais vu de mes yeux un chasseur qui a tué, blessé, par " accident ", un être humain, et je m'en passe fort bien. Quand j'étais petit, on dinait chez ma grand-mère, une balle a brisé un carreau de fenêtre et " atterrit " dans la cuisine, trois fois rien. Mais j'en ai vu quelques autres. Je prends le premier qui vient à l'esprit. J'ai un " magnifique " spécimen " à 300 mètres de chez moi. Il a tué un cheval. " Défense " du monsieur : " J'ai vu bougé derrière les buissons, etc ". Elle est où l'identification absolue ? Cas suivant, moins grave. S'il y a des espèces classées gibiers, il y a aussi des espèces protégées. En action de chasse, on a quelques secondes, souvent moins, pour prendre une décision, décider d'utiliser une arme à feu, identifier un animal qui appartient effectivement à une espèce chassable, et faire un tir qui ne sera pas dangereux si je rate ma cible (balles perdues). Je pourrais rapporter l'anecdote d'un fils de préfet, qui se croyait intouchable à ce titre, qui a tué un vautour. Quasiment en ricanant, il explique au juge qu'il a confondu avec un faisan. Le juge lui a collé tout ce que le code pénal permet dans ce cas. C'est bien.

- Allez voir sur internet des clichés d'alouette des champs, classée gibier. Puis d'alouette lulu, de cochevis huppé, de pipits (plusieurs espèces), etc., etc., etc. etc., etc., etc., etc., tous protégés par la Loi.

- Alors on pourrait faire une expérience simple. Pour des raisons administratives, légales, etc., relevant de l'organisation de la chasse dans ce pays, il y a des " Fédérations Départementales de Chasseurs ". Dés qu'on chasse, on est affilié à au moins l'une d'entre elles, elles communiquent avec leurs affiliés, peuvent les contacter. Dés lors, on pourrait demander aux membres intéressés, dans les régions concernées : " Comptez-vous, la saison prochaine, chasser l'alouette des champs (Alauda arvensis), oui ou non ? " Pour ceux qui répondent oui, on organise une petite expérience (Allez !, on paye le café, les croissants). On empruntent dans des collections publiques des alouettes des champs naturalisées (on ne dit plus empaillé, ça fait belle lurette que le taxidermiste n'utilise plus de paille pour le rembourrage) et donc des individus des espèces protégées qui peuvent ressembler de près ou de loin à celle-ci, je rappelle que lors de l'action de chasse, ça va extrêmement vite, on les met sur une table, et on demande aux chasseurs d'alouettes des champs de trouver celles-ci, tout à l'inverse de l'action de chasse, les oiseaux sont là, ils peuvent les regarder longtemps, d'aussi près que possible, etc., etc. Vous serez surpris par le résultat : il sera calamiteux. Et donc ? Et bien ce monsieur ne devrait pas avoir le droit de chasser l'alouette des champs parce que tout simplement il ne dispose pas des facultés requises.

- Le cas de l'alouette des champs est un cas emblématique, mais il n'est pas le seul sur la liste des espèces classées " gibier " en France. A cause de quelques espèces figurant sur cette liste on sait, tout le monde le sait, et forcément les chasseurs en premiers, que des centaines de milliers d'animaux protégés sont tués tous les ans.

- " Un jour ", je vois un chasseur de gibier d'eau qui revient de la " passée ", au coucher ou au lever du soleil, quand ces oiseaux gagnent ou quittent les zones diurnes de repos pour les aires nocturnes de nourrissage. Honnêtement, quid de l'identification dans de telles conditions ? On est entre chien et loup, aube ou crépuscule, visibilité et luminosité dégradées, peut-être qu'il pleut, s'il y a du vent, les oiseaux vont lui tourner le dos, en profiter, et donc passer à une vitesse folle, etc. Alors j'examine le contenu du sac poubelle qui contient les animaux tués. Il y a surtout des canards, et c'est effectivement ce qui est principalement recherché, mais l'un d'eux est d'une espèce protégée (d'ailleurs, cette espèce est aujourd'hui un gibier, et effectivement, avec le réchauffement climatique, ses effectifs en France ont explosé, d'autres disparaissent, c'est selon), il y a des limicoles, plusieurs d'espèces protégées. Et un hibou moyen-duc. Je regarde le chasseur, il hausse les épaules et adopte la mine de circonstance, contrite. Il ne s'est pas dit : " Ho, un hibou, je m'en fous, je le tire ". Non, voilà comment ça s'est passé, et comment ça se passe encore très souvent : " Je tire tout ce qui passe, on verra après ". Les plus malins font bien sûr le tri avant de rejoindre un chemin, leur véhicule, etc.

- En France, les gibiers et les pratiques sont tellement nombreuses, variées, que ne pas procéder à un examen cas par cas constitue d'emblée un non-sens, c'est d'emblée empêcher une concertation entre personnes responsables. Sans être anti-chasse, il y a des choses qui persistantes aujourd'hui sont absolument inadmissibles (comme maintenir certaines espèces sur la liste des gibiers, espèces menacées, risque de confusion garanti, et certaines pratiques). Elles sont le fait de toutes petites minorités mais elles sont défendues par les organisations nationales et autres lobbyistes, et de fait discréditent l'ensemble. A partir de là, les chasseurs, dans leur ensemble, portent à faux, prêtent le flanc, à des critiques, qu'ils savent eux-mêmes parfaitement justifiées. C'est un fait. Et ils le savent bien mieux que le citoyen lambda. Je suis le premier à le regretter, mais on a donc bien une mauvaise foi globale assumée des instances représentatives d'une catégorie de citoyens. Lors d'une réunion publique avec le député je finis par dire : " De toute façon, les chasseurs c'est comme les musulmans ". Le député : " J'avoue que je n'ai pas compris ". Moi : " Il faudra faire le ménage ". Tout le monde a compris.

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Message par neopilina Jeu 3 Nov 2022 - 2:23

" Gravelotte "

Pendant mon service militaire, on m'a formé, j'ai fait des exercices, des manoeuvres, etc. En début de service, c'est les classes, la formation d'infanterie de base, légère donc, sans véhicule, etc. Après celles-ci, on sera ventilé dans tous les régiments parachutistes du pays qui accueillent encore des appelés. On ne sert pas dans le régiment où on a fait ses classes, c'est une règle. Un de ces exercices est mon souvenir de soldat le plus pénible : à cause du froid, et pourtant je suis du cru et le froid je connais, j'ai déjà eu des orteils gelés. 15 jours en extérieur, très mobiles, donc très légers, on apprend à bouger de façon coordonnée, etc. On est sur la ceinture de forts à l'Ouest de Metz, en février, ça fait plusieurs semaines que le thermomètre est bloqué à - 5°. Pas question de cantonner, de bivouaquer, c'est voulu, on a été prévenu, et on a vu, tous les soirs, on couche à l'improviste ici ou là. C'est dur, lors d'un exercice de nuit, je fixe les talons du camarade qui marche devant moi et puis plus rien : syncope. " Hé, ça va ? " " Ouais, ouais ", on repart. Avec mon binôme préféré, un vrai frère d'arme, ami pour la vie, et d'autres binômes, on " flanque " un dispositif : si l'ennemi déboule de ce coté, tout le monde couvre tout le monde, le reste du dispositif sera alerté, c'est fait pour. On est en lisière, couchés quelques mètres en retrait. On ne les voit pas, mais il y en a deux autres à 200 mètres à gauche et idem à droite. Et je n'en finis pas de regarder le village qui se trouve en face de nous par delà des parcelles agricoles. D'instinct, le camarade me demande : " Qu'est-ce qui y'a ? " " Tu vois le village en face ? " " ... [à question stupide, réponse à l'avenant] " " Le nom du patelin, c'est Gravelotte, tu connais Gravelotte ? " " Non " " Et ben partout où ton regard porte, à gauche, à droite, pendant la guerre de 1870 y'a eu une gigantesque boucherie. En deux batailles [Rezonville le 16 aout et Saint Privat le 18, mais on dit fréquemment " la bataille de Gravelotte "], l'armée française est coupée en deux, une partie se replie sur Metz et s'y fait piégée. Comme les prussiens sont maîtres du terrain, ils ont pu s'occuper de leurs morts, pas les français, il y a des milliers de disparus, y'en a plein devant nous qui dorment dans les champs, les bois ". Et puis, j'enlève mon casque, je me lève, et je gagne le champ, quasiment courbé à 90°, les mains dans le dos, j'arpente le champ et scrute le sol, sans trop m'éloigner de la lisière. Le camarade : " T'es fou ! Qu'est-ce que tu fais !? " Bien sûr, les camarades à notre gauche et à notre droite se posent la même question. Si un sous-officier me voit, ça va être " Noël " avant l'heure. Et je ramasse, ramasse. Je regagne mon poste, remets mon casque, j'ouvre la main et montre à mon pote : mitraille en plomb, douilles, balles, etc., etc. Il regarde les grosses billes en plomb de mitraille, je lui explique. Et il me dit : " Ha ouais quand même ". Je lui dis qu'en français, c'est un bi-national, il y a une expression qui dit, quand il pleut fort, que " ça tombe comme à Gravelotte ", mais on ne sait pas si c'est les hommes ou les munitions. Et je lui explique qu'en 1944, rebelote dans le même coin pour la bataille de Metz. Les allemands se sont repliés sur la vieille ceinture de forts, il y a de la très bonne troupe, mais aussi des fanatiques, crimes de guerre à l'appui, certaines unités américaines, excédées, en feront autant. Les derniers forts ne se rendront qu'en décembre 1944. En face, c'était Patton. Et c'est la dernière grande bataille de 39/45 sur le sol français. Le secteur a été pollué par deux guerres, et par l'armée française. Dés 1918, elle récupère les forts, et après 1945, elle crée des polygones (terrains militaires, champs de manoeuvre, de tir) recouvrant en grande partie la ceinture de forts. Aujourd'hui la plupart ne sont plus utilisés. Les communes réclament la restitution des terrains, et la dépollution. Le " dossier " court encore.

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Message par neopilina Ven 4 Nov 2022 - 2:29

" Le connard "

A l'armée, on ne perd pas de temps. A 24 heures près, et on va voir comment ces 24 heures sont remplies, on a fini nos classes. Et on assez fier de nous. Il y a eu de l'écrémage, on nous a poussé à bout physiquement, psychologiquement, et on se rend compte qu'on a tous été très bien observés, suivis, qu'on a déjà tous un petit dossier personnel, avec une section " Problèmes ". Aujourd'hui, je me souviens encore de deux abrutis chroniques, ce qui eut égard à mes a prioris d'avant incorporation est très faible. L'un d'eux a déjà pris une grosse tête par un autre appelé, et ce n'est pas fini. Y'en a des comme ça. On ne comprend pas, on se demande même s'ils n'aiment pas ça. Ce dernier jour est réglé comme du papier à musique. Dés qu'on sort du petit déjeuner, on remplit les bâtiments, les salles de cours, on s'assoie tous à une table d'écolier recyclée (qui dans ce pays n'a pas réutilisé ces tables !?). Sur chaque table, il y a un formulaire en trois exemplaires (une sorte de " papier carbone " amélioré) et un stylo. On nous dira d'appuyer bien fort. Estrade ou pas selon la pièce, un gradé prend la parole, solennel. Le ton a changé. Nous ne sommes plus des vermisseaux, des embryons de je ne sais plus quoi, des êtres intermédiaires évoluant dans une dimension tout aussi floue. Le formulaire, c'est une décharge. On est en paix, nous sommes volontaires, on est arrivé jusque là, on nous félicite pour cela, et bien évidemment l'armée va nous traiter comme des êtres humains, des citoyens, qui ont fait un choix courageux et qui leur a coûté. Mais même en France, même dans l'armée française, où la sécurité est une priorité absolue, etc., etc., on n'est pas à l'abri d'un accident. Ils sont pédagogues, francs, ils parlent à des adultes, à des concitoyens. Sur le formulaire il faut indiquer la personne " bénéficiaire " en cas où. Tout le monde a bien compris. Si quelqu'un ne veut pas signer, il ne signe pas, le jour même il part pour un régiment " normal ", ce qui a été convenu et a fonctionné dés le premier jour : c'est sur la base du volontariat. Arrivé ici, que croyez vous ce qu'il arriva ? Tout le monde à signer bien sûr. Place d'armes. " Garde à vous ! " " Repos ". Un officier va faire l'appel, à l'appel de son nom, le soldat répond " présent " et l'officier lui annonce le régiment où il fera son service. Je ne pense qu'à une chose : que mon pote et moi on se retrouve dans le même. Et ça sera le cas. On est fou de joie, soulagé, etc. Mais il ne faut pas trop le montrer, on commence déjà à nous appeler " la couille droite et la couille gauche " ! Ensuite, paquetage renouvelé, etc. Le soir, on prend un train pour la charmante ville de Pau. En fait, je ne sais pas si Pau est charmante, je ne verrais que la gare. A quelques kilomètres de Pau, on trouve l'Ecole des Troupes Aéroportées, on va passer notre brevet de parachutiste militaire avant de gagner nos régiments respectifs.

Il n'y a pas doute : notre session a été maudite. Par la météorologie. En temps de paix, on n'est pas là pour " casser " les gens, les conditions de saut sont très réglementés, etc. Quoi que. J'ai connu un colonel qui a ordonné un saut dans des conditions " limites " : un homme largué sur trois a été blessé, plusieurs sont allés à l'hôpital. Et on a cru voir mourir un type " en direct " : on le regardait descendre la tête en bas, les pieds pris dans les suspentes de son parachute, bien vertical, mais franchement, pas dans le bon sens du tout. On savait tous qu'il allait mourir s'il ne dégageait pas ses pieds, se retrouver avec un cou à angle droit, broyé, etc., j'avais déjà décidé de ne pas y aller, c'était un sergent. Il a effectivement atterri sur la tête, stricto-sensu, le sommet du casque, a rebondi, à plusieurs mètres de haut, après ce rebond de plusieurs mètres s'est re-crashé dans une position improbable, et s'est relevé, ivre de joie, de bonheur. Et nous avec. On n'a pas revu ce colonel. 1 homme sur 3 avec des blessures signalées, prises en charge, il y a des fractures, des ongles retournés, etc., j'avais de la terre dans la bouche, mon ventral est bon pour la poubelle, on a sauté sur un labour, gelé, et il y avait beaucoup trop de vent, au dessus de la limite légale pour un largage de routine, on a été projeté, plaqué, au sol, le temps de pouvoir dégonflé sa voile, on est trainé, et donc empêché de provoquer le dégonflage, on invente ou on réinvente le kitesurf, mais sans eau, allongés dans un labour gelé. J'aurais bien aimé voir la demande d'explication adressée au colonel, qui finira dans son dossier, avec les P.V. d'audition, etc., même si t'es très bon en français, y'a des moments, c'est dur, il y a des " trucs " invendables. Je digresse. Maudits par la météo donc : il pleut, pas de souci, il fait froid, pas de souci. Il y a du vent, beaucoup de vent, et ça c'est pas bon. On enchaine les formations alors que les parachutages, les largages, sont suspendus, et l'E.T.A.P. ne fait absolument rien d'autre, c'est vraiment une école. L'E.T.A.P. est inter-armes (armée de terre, armée de l'air, marine et gendarmerie) et la France a une multitude d'accords, de partenariats, binationaux : c'est l'auberge espagnole, la Tour de Babel, des parachutistes militaires, d'Europe, du monde. Combien de putschistes africains sont passés par là ? Un certain nombre. Mais la France forme des soldats, pas des putschistes. Pauvres appelés, on s'extasie devant les meilleures troupes du monde qui se donnent " rendez vous " à Pau. Je digresse. Ces hommes qui ne peuvent pas sauter, il faut les occuper. Pour la énième fois, au réveil, il pleut, on se masse près des fenêtres, en regardant la cime des plus grands arbres pour estimer la vitesse de ce ****** de vent. Et tout le monde y va de son petit pronostic. Après le petit déjeuner, à sept heures, un sergent chef arrive. On le connaît. La première fois que je l'ai vu en short, je me suis demandé le plus sincèrement du monde si j'avais de toute ma vie vu des mollets aussi gros. La réponse est non. Mais plus tard, en montagne, j'en verrais de plus gros. Il confirme l'annulation des parachutages. Il est en basket, short, maillot. On a compris : footing pour commencer. Mais il enchérit, tonitruant : " Les gars ! aujourd'hui !, je suis en forme, en très grande forme ! " " ... " " Aujourd'hui, je vais courir jusqu'au moment où je n'aurais plus personne derrière moi ". Un original. Il pleut, il fait froid, mais on s'en fout, dans un quart d'heure, ça sera le cadet de nos soucis. Mais quand même, on ne court pas au bord d'une route, il s'enfonce d'office en forêt, et même s'il suit un ou de sentiers qu'il connaît par coeur, c'est détrempé, on se vautre, on aide le camarade à se relever, la végétation fait son oeuvre sur nos jambes, etc. Et puis, peut être au bout d'une heure, il y en a un qui a du demandé l'heure, la question fait l'aller-retour dans le groupe, stupéfaction : personne n'a l'heure sauf le sergent chef. Et il n'y aura personne pour aller lui demander. Tout le monde, lui le premier, gère sa course. Le temps tourne, la colonne s'étire considérablement, de temps en temps un cri, on tourne la tête, et on voit un type qui sautille sur une jambe, claquage, crampe, etc., d'autres s'assoient en silence, reprennent leur souffle, et ils retournent en marchant, claudiquant, vers l'école. A un moment, c'est un colosse bodybuildé de presque deux mètres, fils à papa déjà propriétaire et patron de sa salle de sport et de musculation, qui pousse un cri de sauvage, claquage à la cuisse, on le croit sur parole, il s'y connaît. Ce type, le matin, aux sanitaires, joue avec ses biceps, ses pectoraux, etc., en se regardant dans la glace. " Alors Apollon ?, t'es amoureux ? ", etc., il ne répond pas : trop absorbé ! Et au début du footing, il s'était bien vanté d'être le dernier à pouvoir suivre le sergent, alors en passant je lui lâche : " Alors Apollon ? Une fracture des zygomatiques ! " Bon, c'est entendu, ça dure des heures, j'abrège. Je cours avec mon pote, et on est très bons, on gère en père de famille, de temps en temps, on échange un : " Ça va ? " "Ça va ". Bref : à un moment, le sergent chef se retourne, et à une bonne vingtaine de mètres, il n'y a plus que nous deux. Il accélère, on suit, en gardant la distance. Ce type n'est pas dans la sympathie, on a entériné. Mais mon pote, c'est plus fort que lui, c'est un asticoteur. On se rapproche. Le sergent chef se retourne et cette fois il peut très bien voir nos têtes : et mauvaise nouvelle pour lui, il le voit très bien, on va très bien. Ciel invariable, on n'a aucune idée de l'heure. J'estime qu'on a couru à trois à peu près une heure. Et puis mon pote pousse un peu, se hisse à la hauteur du sergent chef, qui regarde mon pote, qui le regarde en souriant. Le sergent chef se ploie sur le coté et de tout son corps donne un coup aussi puissant que calculé, ça soulève mon pote du sol et ça l'envoie littéralement volé dans un joli massif de ronces où je ne sais quoi. Je m'arrête, je l'aide à se relever, on voit l'autre se retourner et poursuivre sa course. Le camarade, qui l'a mauvaise : " Qu'est-ce qu'ont fait ? " Je regarde l'autre, et puis je dis à mon pote : " Laisse tomber, c'est un connard ". On rebrousse chemin, et pas question de courir, et petit à petit on ramasse, rejoint, les camarades semés, et ça commence à former un petit groupe, et on cause : " Alors !? " Et on raconte. Et chaque fois qu'on rallie un type, il faut recommencer, ça devient un cri universel : " Oh !, mais quel connard ! " On arrive à l'école vers 14 heures 30, on est une bonne dizaine sur les trente au départ, on se pointe à l'ordinaire (le réfectoire), on a les crocs à mort, trempés, couverts de boue, un type nous lance : " Le service est terminé ! " On exige un gradé, qui vient, on lui raconte, il donne des ordres, bien chaud et à volonté ! On est heureux ! J'ai eu des réveillons moins joyeux ! Et on raconte ça à tous le monde, ça fait le tour de la troupe. Et dans l'encadrement, ça la fout mal, embarras, ça porte un nom, quasi-officiel, et péjoratif au dernier degré : " Mauvais esprit ". Le lendemain, à 7 heures, tout le monde est particulièrement bien réveillé, on est trente à l'attendre. Mais on n'a jamais revu le connard.

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Message par neopilina Jeu 24 Nov 2022 - 16:19

Si on n'a pas bien compris le rôle des forêts primaires dans le climat de la planète, voir absolument ce reportage sur la plate forme " Replay " d'Arte, rubrique " Sciences " : " Le mystère des rivières volantes d'Amazonie ".
Les " tarés ", vénaux, qui déboisent à outrance (on sait gérer raisonnablement une forêt) vont transformer leur continent, et pas que, en désert.

Relevés il y a peu :

Johan Rockström a écrit:Nous y sommes : à +1,1 °C, les phénomènes que nous pensions voir à 2 °C se produisent beaucoup plus tôt et frappent plus durement.

Johan Rockström a écrit:Nous risquons de nous diriger vers un scénario catastrophe, non pas parce que nous injectons davantage de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre d'origine humaine, mais parce que le système terrestre lui-même commence à émettre ces gaz.

Johan Rockström : directeur de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact climatique (PIK), professeur à l'Institut des sciences de la Terre et de l'environnement de l'Université de Potsdam (Allemagne) et professeur de systèmes hydriques et durabilité mondiale à l'Université de Stockholm (Suède).

" Climat : des chercheurs envisagent désormais le pire pour l’humanité " par Yves Guillerault : https://blogs.mediapart.fr/yves-guillerault/blog/090922/climat-des-chercheurs-envisagent-desormais-le-pire-pour-l-humanite

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Message par neopilina Ven 25 Nov 2022 - 23:30

Les colonels.

D'abord une précaution oratoire. Le grade de lieutenant-colonel se trouve entre les grades de commandant et de colonel. Mais, c'est une règle, profondément ancrée dans l'usage, quand on s'adresse directement à un lieutenant-colonel parfaitement identifiable et identifié, on ne dit pas : " Mon lieutenant-colonel ... " mais : " Mon colonel ... " C'est comme ça. Dans le régiment où j'ai fait mon service, il y avait deux lieutenant-colonels, l'un d'eux était le chef de corps, le patron du régiment, pour lui, je dirais A, et un colonel, qui était le médecin chef, je dirais C. B et C étaient clairement en fin de carrière. B était un vieux Guerrier qui s'est battu partout où la France s'est battue depuis 1945. On a fait son départ en retraite en même temps que la saint Michel, le saint protecteur des parachutistes, en septembre. Le " colonel " A a demandé une petite enveloppe à l'état major de la division pour la saint Michel et le départ du " colonel " B. Il l'a obtenu. Six mois avant, il a attrapé un capitaine, et il lui a dit : " A partir de maintenant, tu t'occupes aussi de la saint Michel et du départ du " colonel " B, c'est budgété ". Quelques mois avant son départ, le " colonel " B a pris sa plus belle plume pour écrire au général de la division, courrier contre-signé par A, le chef de corps. Il demande la permission de continuer à résider au régiment après son départ à la retraite et ce, bien évidemment, tant que sa santé le permettra. Demande accordée. Le lendemain de son départ, il est toujours là. Il a ses quartiers dans le bâtiment qui accueille le réfectoire, le mess, le foyer. Pour mettre les pieds sous la table, boire un coup, voir quelqu'un, il lui suffit de descendre au rez de chaussée. Lors de la saint Michel et de ce départ, le colonel B a invité des " vieux potes ". Et certains sont plus vieux que lui, ils ont combattu en 39/45. Il y a même un dinosaure, un fossile vivant. Aujourd'hui, et depuis longtemps, le numéro du brevet parachutiste militaire français est à 6 chiffres, l'un des invités du colonel B a un numéro de brevet à 3 chiffres (entre 500 et 600, j'ai oublié), c'est peu ou prou la naissance des troupes aéroportées en France.

Le " colonel " A est encore " jeune ", sa carrière n'est pas, n'était pas, terminée. C'est un bon officier, avenant, bienveillant, quand tout va comme il faut, forcément.

Le médecin-chef, clairement, n'est plus tout à fait avec nous. Il doit lui rester 2 ou 3 ans, et il les fera dans ce régiment. Derrière son bureau et son siège au dispensaire du régiment, il y a une très grande baie vitrée rectangulaire. Quand on est face au colonel, on est aussi pile poil face à son hamac tendu entre deux jeunes arbres à l'extérieur. Petite vérification à droite et à gauche : tout ça a été pensé. Les deux arbres paraissent à équidistance des deux murs latéraux de la baie. Même quand on échange avec lui, il n'est pas complétement là. Il fait son travail, juste son travail, en attendant que ça passe. Et lui aussi, il a vu du " pays ". Et comme c'est un médecin, je n'ai pas trop envie de savoir. S'il y en a un qui sait qu'il n'y a pas de guerre propre, c'est bien lui. Je suis certain que le " colonel " B mourra avec le sourire et en pleine forme, celui là, je suis moins sûr. Les accidents de saut sont rares. Et pas question de glisser la poussière sous le tapis. Chaque incident, accident, fait l'objet d'une enquête, d'auditions, de R.E.X. (retour d'expériences), qui remonteront si besoin est jusqu'à l'Ecole des Troupes Aéro-Portées et ses experts, et s'ils doivent se déplacer, ils le feront, " améliorer ", " améliorer ", encore et toujours. Conclure : " On ne sait pas, on ne comprend pas ce qu'il s'est passé, etc. ", c'est interdit, inenvisageable, impensable. Ils sont capables d'aller déterrer une arrière grand-mère pour comprendre ce qu'il s'est passé. Et le plus souvent, le responsable de l'accident, c'est le parachutiste ou un de ses camarades. Lors d'un saut, le type qui est devant moi ne jette pas assez loin, vers le fond de l'avion, le mousqueton de sa sangle le long du câble, quand je saute, je la prends littéralement en travers de la gorge, la brulure par frottement m'a arraché de la peau. Une fois au sol, au bord de la zone de saut, je retrouve le camarade, je lui dis " pas de souci gros, c'est rien, etc ", je ne vais pas voir les camarades du service de santé, je remonte mon col, baisse la tête, etc. Sauf que le largueur a vu, et bien vu, forcément. Ils vont nous retrouver, nous convoquer. " Pourquoi t'es pas allé te faire soigner ? ". Je minimise, on me fait comprendre que ce n'est pas ce qui est attendu, ce qu'on attend, c'est les faits. Je suis bien certain que le parachutiste R.... n'a plus jamais oublié de bien jeter son mousqueton aussi loin que possible sur le câble avant de passer la porte. Le dossier d'incident est dupliqué et envoyé d'office à l'E.T.A.P. Donc, à une exception près, dont j'ai déjà parlé, un parachutage catastrophique, qu'un colonel a maintenu alors qu'on était au dessus de la limite légale quand à la vitesse du vent, je n'ai vu qu'un seul accident. Plein été, temps magnifique, sauts d'entretien (sans paquetage), carrément un moment de détente, ça nous sort des quartiers. Et cette fois, ils ont vu les choses en grand, plusieurs compagnies de plusieurs régiments de la division sautent, il y a aussi des largages de matériel pour les personnels spécialisés, les avions se succèdent deux par deux, cette zone de saut est assez large, toute l'après midi. Au sol, ballet de camions qui arrivent vides et repartent pleins. Il y a une ambulance, un médecin chef, le colonel C, des infirmiers, militaires aussi, hyper-qualifiés, à volonté, un camion des transmissions, etc., et aujourd'hui, c'est moi qui communique avec les pilotes, pour la première fois, j'ai donc, forcément, un " ange gardien ", ça ira très bien, " l'ange gardien " n'aura pas a se manifester. La zone de saut est un endroit dangereux, un exemple, un des " incidents " les plus fréquents, c'est le type qui perd son casque à l'ouverture de son parachute, c'est de sa faute, tant que l'ouverture n'est pas complète, le menton doit toucher la poitrine. Si ce n'est pas le cas, le parachute lors de son déploiement va heurter le casque et le pousser vers l'avant. Et un casque après une chute libre de plusieurs centaines de mètres, ça ne pardonne pas. Quand un type ne se relève pas, s'il est conscient, il appelle ses camarades, et inversement, si on voit un gars qui ne se relève pas, on va voir. Si besoin est, on ouvre un parachute ventral, sa toile est blanche, à deux, on attrape cette voile et on s'écarte l'un de l'autre en levant les bras bien haut et donc la voile blanche avec, ça fait un grand rectangle blanc qui alerte immédiatement les personnels aux abords de la zone de saut. Ce qui arriva ce jour là. Le colonel C, averti, saute de son hamac, attrape sa trousse, son casque, embarque deux infirmiers, qui embarquent une civière. Fracture simple en plein milieu du tibia, sans déplacement, péroné intact, c'est mieux, il est plus petit donc plus délicat. En matière de fracture c'est très très dur d'imaginer moins grave. Le colonel est pédagogue avec le blessé, il lui explique, une coque immobilise le membre blessé et les brancardiers quittent la zone de saut avec toute la lenteur souhaitable, histoire de ne pas trop secouer le fracturé. Il est déposé pas loin de mon camion. En matière de fractures, je m'y connais un peu. Pour les membres inférieurs, je me souviens très très bien " d'une " triple fracture tibia-péroné, quelques centimètres au dessus de la cheville, c'était enflé comme un ballon de hand avec une jolie couleur violacée, et un pied qui se baladait dans tous les sens. J'ai " dansé ". Pas question d'évacuer le blessé, pas assez grave, et il y a encore beaucoup de sauts au programme, l'ambulance reste là. Et puis, tout doucement, régulièrement, le fracturé commence à geindre. Rétrospectivement, je vais l'appeler le fracturé " oin-oin ". Retour du médecin chef, il s'agenouille, il recommence pédagogiquement. Il lui dit, je résume en substance : la douleur que tu ressens avec ce que tu as, je la connais, alors tu serres un peu les dents, et ça ira. A la radio, un pilote me dit qu'il commence à y avoir des rafales de vent latérales, relativement à l'axe de la zone de saut. En clair, suffisantes pour que les parachutistes en soient informés et puissent en tenir compte lors de la descente et à l'atterrissage. J'appelle un sous-officier, il attrape son casque, des grenades fumigènes, s'engage assez profondément dans un angle de la zone de saut, dégoupille et jette ses grenades. En l'air, impossible de ne pas les voir, la fumée s'élève verticalement et puis dés qu'elle est sujette au vent, celui-ci la pousse dans une direction, on a le sens du vent, et on peut faire ce qu'il faut pour le contrarier à l'atterrissage. Et il y a toujours un ou deux " surdoués " pour rater cette petite manoeuvre, c'est à dire, très exactement faire l'inverse de ce qu'il fallait faire, résultat, à l'atterrissage, au lieu d'amoindrir au maximum les effets du vent, ils les optimisent, la prochaine fois, ils s'en souviendront, c'est le métier qui rentre. Le fracturé " oin-oin " recommence son cirque. Le médecin chef revient, se place à la hauteur de la fracture, lève le pied droit, il y a la hauteur de la civière. Le fracturé " oin-oin ", qui oublie de geindre, tiens, regarde le colonel qui ne le regarde pas. Pas trop dur de deviner ce que pense le fracturé " oin-oin " : " Il va pas faire ça le con là ? " Bah si ! Sublime. Je ne plaisante pas. Un tout petit coup de pied avec le bout sa chaussure de saut dosé avec une précision excédant la dizaine de décimales après la virgule sur la coque en plastique au niveau de la fracture. Syncope. Plus de son, plus d'image, le fracturé " oin-oin " est aux abonnés absents. En moins de deux minutes, il reprend ses esprits, il ne geindra plus, même si c'est en faisant la tronche. Derrière ce tout petit coup de pied, il y a toute l'expérience, le savoir, de cet homme. Ce que redoute le plus le parachutiste, c'est les blessures aux chevilles ou aux genoux, parachutiste ou pas d'ailleurs, la cheville ou le genou, on sait quand ça commence, jamais quand ça se termine. Le fracturé " oin-oin " re-sautera avant la fin de mon service. A contrario, dans ma section, il y avait un adjudant-chef ancien commando, chuteur opérationnel, définitivement cloué au sol par une blessure au genou. On voyait qu'il considérait que sa vie était finie, qu'il vivait une période de deuil, j'espère qu'il a su se réorienter, rebondir.

Un jour, au chiffre, une machine de réception se met en marche, elle produit en même temps un texte tapuscrit sur trois feuillets, une sorte de papier carbone très amélioré, même le troisième feuillet est parfaitement lisible, ça cogne fort, et une bande de papier perforée. A un moment la machine s'arrête, mais produit une foule de petits bruits métalliques, et puis repart, produit à toute vitesse quelques lignes constituées d'un même signe et un bout de bande perforée sur toute sa largeur, et puis reprend normalement. J'ai compris que désormais ce qui sort est chiffré. Pas de panique, aucune alarme sonore, rien de pressant. Une fois qu'elle a terminé, je déchire le texte, qui va à la poubelle. J'insère la bande perforée dans une autre machine qui n'est branchée qu'au secteur, j'appuie sur un bouton et ça lance le déchiffrement. Quand je fais mon service, la loi abolissant le service militaire est déjà votée, mais on imagine bien l'ampleur de la tâche pour réorganiser la majeure partie de l'armée française, c'est colossal, alors ça sera progressif. Bien avant cette loi, la plupart des régiments parachutistes sont déjà complétement professionnels, pas le mien et quelques autres. Il peut encore se permettre un effectif très confortable, on est 1 200, 4 compagnies. On est un régiment à " compagnie tournante ", on en a toujours une en OP.EX, en T.O.E., sans parler du Groupement Commando qui intervient à la demande. Quand une compagnie rentre, une autre part. Là, c'était une OP.EX tranquille dans le cadre d'un accord bi-national avec un pays africain. La machine fait son travail, je regarde l'en tête, le degré de classification est sensible, franchement plus étonnant : destinataire unique, et c'est le médecin chef. Sur les 400 hommes qui vont rentrer 8 d'entre eux sont positifs au V.I.H. Certains, deux ou trois, sont mariés, ont des enfants, qu'ils vont retrouver le lendemain de leur retour. L'armée, ici, a été, comme tout le monde, démunie, on ne connait pas encore bien cette " chose ", moi-même quand je sors, il m'arrive d'oublier le préservatif que j'essaye de m'imposer, mais il va vite falloir prendre des mesures. Par la suite, les types, avant d'être expédiés sous les tropiques, où avec 5 francs, on a la bière et la fille, etc., etc., seront sensibilisés à outrance, etc., mais là, ce n'est pas encore au point. A l'étranger, les " filles " adorent les soldats français, ils sont corrects, généreux, du pain béni comparé à la " faune " locale. Les avions arrivent, les hommes débarquent, un type fait l'appel, une fois qu'il a les 8, il les envoie directement chez le médecin chef, qui va leur annoncer la " bonne nouvelle ". Je connaissais deux de ces hommes. L'un d'eux était un ami, un garçon en or, indestructible, taillé comme un chien de chasse, on lui voyait les cotes, très légèrement métissé, même pas un quarteron, avec un nom bien de chez nous. Lors d'une soirée mémorable, il demande doctement à la " noble assemblée ", si quelqu'un a déjà regardé " 2001, l'odyssée de l'espace " de Kubrick en ayant fumé un peu " d'herbe ". On se regarde, bah non, quelle idée. Alors on a roulé quelques joints, préventivement décapsulé quelques cannettes, et regardé ce film, que je n'aime pas, n'entends pas, mais j'ai joué le jeu, je suis resté pétrifié, halluciné, pendant tout le film. Encore aujourd'hui, je suis totalement incapable de décrire cette expérience. Quelques mois avant, il avait appris qu'il était enfin accepté au 11° " Choc " (régiment dissout en 1993, c'était, c'est, comme on veut, le service action de la D.G.S.E.). Où il n'ira jamais. Ils sont tous morts.

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