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Nietzsche, la destruction du sujet

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Message par Bergame le Jeu 20 Sep 2007 - 22:10

Déterré de Philautarchie


Nietzsche se place dans une étrange posture, en marge de ceux qui l'ont précédé : loin de Platon dans sa quête de l'anhypothétique, dans sa quête du "Bien" ; de Descartes aussi, dans sa recherche d'une "vérité", d'un point d'appui, de croyance ; et à l'écart de Kant qui a "platonisé" Hume pour le rendre acceptable, tolérable ;

L'un des points sur lequel Nietzsche se distance de Descartes et de Kant, c'est le sujet : Nietzsche est à cent lieux d'une philosophie du sujet, de l'ego ; pire ! Il ne croît pas au Moi, ou tout du moins en son statut d'universel.

    Rien n'est plus illusoire que ce "monde interne" que nous observons à l'aide de ce fameux "sens interne".
    Nietzsche, La Volonté de Puissance, Livre I, $95, 1888

L'unité est chimère, le moi un leurre, et c'est ainsi à l'ego cogito que Nietzsche s'attaque, pilier des philosophies du sujet. Mais nien loin des critiques logique / ontologique que Gassendi adressa à Descartes, Nietzche critique l'attribution de la pensée au sujet qui ne va pas de soi :

    Dans ce célèbre cogito il y a : 1° quelque chose pense ; 2° je crois que c'est moi qui pense ; 3° mais en admettant même que ce deuxième point soit incertain, étant matière de croyance, le premier point : quelque chose pense, contient également une croyance, celle que "penser" soit une activité à laquelle il faille imaginer un sujet, ne fût-ce que "quelque chose" ; et l'ergo sum ne signifie rien de plus [...] Faisons donc abstraction de ce "quelque chose" problématique et disons cogitatur, pour constater un état de fait sans y mêler d'articles de foi [...]
    Nietzsche, La Volonté de Puissance, Livre I, $98, 1888

Ça pense, quelque chose pense. Pourquoi serait-ce moi ? Ou plutôt pourquoi serait-ce seulement moi ? Pourquoi serais-je le centre de ma pensée, la cause de ma pensée ? Car en bien des endroits, Nietzsche fait dériver la pensée d'une activité organique, pulsionnelle. La pensée est un plan second, l'homme apparaissant comme un ensemble de strates. L'erreur consiste ainsi à autonomiser le plan de la pensée, à la couper de ses racines pulsionnelles, des instincts profonds qui la motive, l'anime (on peut évoquer par exemple l'instinct de domination qui régit le logicien).

Bref, Nietzsche décentre le sujet, le place en périphérie :

    Poser comme cause de la vue une perspective de la vue ; c'est le coup de maître par lequel on a inventé le "sujet", le "moi".
    Nietzsche, La Volonté de Puissance, Livre I, $100, 1888

Ça pense, la perception est une perspective, la pensée un dérivé : nous sommes confronté à une multiplicité. Croire en une unité du Moi, en un Je Transcendantal, c'est finalement ascétiser les organisations énergétiques et les hiérarchies internes qui ont conduit à cette pensée.

Car le Cogito est une espèce d'accident de parcours, de contingence historique. C'est un montage issu des formations de pouvoir. Par exemple, Nietzsche entreprend la généalogie de la mauvaise conscience, au regard de l'exigence des "vieux instincts" et de la pacifisation de l'ordre sociale :

    Tous les instincts qui ne se déchargent pas vers l'extérieur se tournent vers l'intérieur — c'est là ce que j'appelle l'intériorisation de l'homme : c'est alors seulement que pousse en l'homme ce qu'on appellera son "âme". Tout le monde intérieur, aussi mince à l'origine que s'il était tendu entre deux membranes, s'est élargi et gonflé, a acquis de la profondeur ; de la largeur, de la hauteur à mesure que la décharge vers l'extérieur des pulsions de l'homme a été inhibée.
    Nietzsche, La Généalogie de la Morale, Second traité, $16, 1887

L'intériorité est une formation historique, un compromis entre l'exigence pulsionnelle et l'ordre sociétal. L'intériorité est un accident et non pas le point de départ de toute chose, de toute réflexion. Prendre comme sol apodictique l'ego cogito, c'est s'engouffrer de plein pieds dans l'illusion. Car l'unité est organisation, coopération, elle assure la coexistence des multiples rapports de forces qui animent un même individu.

L'unité est une "contrition" de l'énergétique, un noeud qui lie sans dissoudre. L'intériorité apparaît comme un gant que l'on retourne, créant une poche dans laquelle se dessine un monde interne avec des différentes zones géographiques, comme la mauvaise conscience. Mais l'intériorité est un accident, le sujet un point de vue, car en premier lieu sévit un ordre énergétique ponctué de faits (ça pense).

C'est bien un matérialisme énergétique que nous livre Nietzsche en brisant l'illusion du moi : les instances dites "supérieures" du sujet, de la raison, plongent en vérité leur racine dans des rapports sociaux, des rapports de forces, de pouvoir. L'entreprise de Nietzsche consiste finalement à creuser pour débusquer ces rapports, à se montrer interprète de la morale, géologue.
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Message par Invité le Ven 18 Jan 2019 - 11:40

Je ne suis pas en accord avec l'idée d'un "matérialisme énergétique" bien que je propose l'idée d'un réalisme structurel aux intensités polarisées sur le topic Nietzsche, Par-delà bien et mal reste que le propos d'une "destruction du sujet" (en plus d'un non-matérialisme) est je crois éclatant dans le paragraphe suivant tiré de Par-delà bien et mal :
12.
Pour ce qui en est de l’atomisme matérialiste, celui-ci appartient aux choses les mieux réfutées qui soient. Peut-être, parmi les savants, personne aujourd’hui, n’est-il assez ignorant pour lui accorder une importance quelconque, si ce n’est pour la commodité personnelle et l’usage courant (je veux dire pour abréger la terminologie) — grâce surtout à ce Polonais, Boscovich, qui fut, jusqu’à présent, avec un autre Polonais, Copernic, le plus grand et le plus victorieux adversaire de l’apparence. Tandis que Copernic nous a persuadés de croire, contrairement à l’affirmation de nos sens, que la terre n’est pas immobile, Boscovich enseigna à abjurer la croyance en la dernière chose qui passât pour « établie » sur la terre, la croyance en la « matière » et l’atome, dernière réduction de la terre. Ce fut le grand triomphe remporté jusque-là sur les sens. — Mais il faut aller plus loin, et déclarer aussi la guerre au « besoin atomique » qui survit encore de la façon la plus dangereuse, sur des domaines où personne ne le soupçonne, au même titre que ce fameux besoin métaphysique, et ce sera une guerre au couteau et sans merci. Il faudrait aussi, avant toute autre chose, donner le coup de grâce à cet autre atomisme, plus néfaste encore, l’atomisme des âmes que le christianisme a le mieux et le plus longtemps enseigné. Qu’il me soit permis de désigner par ce mot la croyance qui considère l’âme comme quelque chose d’indestructible, d’éternel, d’indivisible, comme une monade, comme un atome. C’est cette croyance qu’il faut expulser de la science ! Il n’est d’ailleurs nullement nécessaire, soit dit entre nous, de se débarrasser de l’« âme » elle-même et de renoncer à l’une des hypothèses les plus anciennes et les plus vénérables, comme il arrive de le faire à la maladresse des naturalistes qui, dès qu’ils touchent à l’ « âme », la perdent aussitôt. Mais la vie reste ouverte à de nouvelles conceptions plus subtiles de l’âme, considérée comme une hypothèse, et des idées comme celle de l’« âme mortelle », de l’ « âme, pluralité de sujets », de l’ « âme, coordinatrice des instincts et des passions », veulent dorénavant avoir droit de cité dans la science. Cependant, le psychologue nouveau, en mettant fin à la superstition qui pullulait jusqu’à présent autour de la notion de l’âme, avec une abondance presque tropicale, s’est, en quelque sorte, rejeté lui-même dans un nouveau désert et une nouvelle méfiance. Il se peut que les psychologues anciens s’en soient tirés plus agréablement. Mais, en fin de compte, le nouveau psychologue se voit condamné par là à inventer — et, qui sait, peut-être aussi à découvrir.
C'est plus proche des psychanalyses dont les modèles de simulation sont "énergéticiens" mais il n'est pas permis de raccorder le nietzschéisme au matérialisme bien qu'à strictement parler c'est ici l'atomisme qui est visé. En fait dans tous les cas on est dans une forme de réalisme structurel, mais dire "matérialisme énergétique" c'est rester sur un plan absolu qui me semble totalement absent chez Nietzsche malgré le fait que son système ait des points cardinaux (une structure de polarités réalistes entre lesquelles circulent des intensités perspectives d'interprétations de valeurs ou "volontés de puissance").

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Message par Invité le Ven 1 Fév 2019 - 23:26

Comme je le faisais remarquer à Emmanuel sur le fil *** (4) dans cette partie du forum il y a chez Nietzsche aussi un tel propos que "Nous ne savons pas encore ce que c'est qu'un individu" (probablement dans Ainsi parlait Zarathoustra) à savoir qu'il y aspire mais probablement dans les termes du sujet j'imagine, seulement une telle individuation est décrite comme douloureuse dans le chapitre les Voies du créateur du même ouvrage je renvoie à Wikisource : https://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Premi%C3%A8re_partie/Des_voies_du_cr%C3%A9ateur

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