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Apologie de Socrate

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Message par cedric le Lun 15 Avr 2013 - 11:34

« C'est justement en m'assignant pareille tâche, me semble-t-il, que le dieu m'a attaché à votre cité, moi qui suis cet homme qui ne cesse de vous réveiller, de vous persuader et de vous faire honte, en m'adressant à chacun de vous en particulier, en m'asseyant près de lui n'importe où, du matin au soir.
Non, citoyens, vous ne trouverez pas facilement un homme comme moi ; aussi, si vous m'en croyez, allez-vous m'épargner. Il est fort possible cependant que, contrariés comme des gens qu'un taon réveille alors qu'ils sont assoupis et qui donnent une tape, vous me fassiez périr inconsidérément en vous rangeant à l'avis d'Anytos. En suite de quoi, vous passeriez votre vie à dormir, à moins que le dieu, ayant souci de vous, ne vous envoie quelqu'un d'autre. Mais que je sois, moi, le genre d'homme que la divinité offre à la cité en cadeau, les considérations suivantes vous permettront de vous en convaincre.
(…)
Une chose toutefois pourra sembler étrange : alors que, bien sûr, je prodigue à tout vent mes conseils en privé et que je me mêle des affaires de tout le monde, je n'ai pas l'audace de m'occuper des affaires publiques et de monter à la tribune de l' Assemblée du peuple, dont vous êtes les membres, pour donner des conseils à la cité. Cela tient à ce que, comme vous me l'avez maintes fois et en maints endroits entendu dire, se manifeste à moi quelque chose de divin, de démoniaque, dont précisément fait état Mélétos dans l'action qu'il a intentée, en se comportant comme un auteur de comédie. Les débuts en remontent à mon enfance. C'est une voix qui, lorsqu'elle se fait entendre, me détourne toujours de ce que je vais faire, mais qui jamais ne me pousse à l'action. Voilà ce qui s'oppose à ce que je me mêle des affaires de la cité, et c'est là pour ma part je le crois – une opposition particulièrement heureuse. Car sachez-le, Athéniens, si j'avais entrepris de me mêler des affaires de la cité, il y a longtemps que je serais mort et que je ne serais plus d'aucune utilité ni pour vous ni pour moi-même. Et ne vous mettez pas en colère contre moi, car je vais vous asséner une vérité. Il n'est en effet personne qui puisse rester en vie, s'il s'oppose franchement soit à vous soit à une autre assemblée, et qu'il cherche à empêcher que nombre d'actions injustes et illégales ne soient commises dans la cité. Mais celui qui aspire vraiment à combattre pour la justice, s'il tient à rester en vie si peu de temps que ce soit, doit demeurer un simple particulier et se garder de devenir un homme public. »
( 30e-32b )

Plusieurs choses dans ce très riche passage.

Dans le premier paragraphe, Socrate se présente lui-même comme l'offrande de la divinité à la cité Athénienne. Et sa posture, qui est Ethique, est comparable à la piqure d'un taon. Socrate a pour rôle de réveiller les athéniens, de par la discussion, et par le biais du sentiment de la honte. En faisant honte aux athéniens, en leur montrant que leur comportement est honteux, Socrate les réveille. L' Ethique ( qui peut se définir comme la recherche et la poursuite du Bien, par un accord entre les pensées et le comportement ) est ainsi assimilée à quelque chose qui permet de se maintenir éveillé, et qui, lorsqu'elle n'est pas présente, laisse les individus dans une situation de sommeil. L' Ethique, la pratique de l' Ethique est ce qui permet de se maintenir en état d'éveil.

Ici, il est remarquable qu'un lien clair soit fait entre la posture Ethique, le discours Ethique et le sentiment de la honte, la honte se présentant comme un révélateur, un révélateur que tout un chacun reconnaît comme naturellement, par le bon sens.

Le deuxième paragraphe nous renseigne sur un autre aspect de la posture de Socrate.

Socrate dit lui même présenter le paradoxe suivant : alors qu'il prodigue ses conseils à tout le monde en privé, en tête à tête mettons, il n'a jamais eu la volonté de s'occuper des affaires publiques afin de donner des conseils à la cité.

Il semble que Socrate, qui ne s'intéresse qu'aux affaires humaines, leur donne des « conseils » mais uniquement du point de vue Ethique. Et plus précisément, la forme de conseils qu'il délivre, par le biais de la discussion, est bien plutôt une prise de conscience de son interlocuteur des manquements de son comportement vis à vis de l' Ethique et de la recherche du bien, du bon, du juste, du bonhneur. A l'inverse, Socrate n'a pas la volonté de donner des conseils au niveau politique de la cité. Socrate n'est pas, n'a jamais été, et n'a jamais eu pour vocation d'être un homme public et politique ! Voilà encore un de ses enseignements, qu'il va expliciter à la suite.

Socrate explique donc que, s'il n'a jamais eu l'audace de s'occuper des affaires publiques de la cité, cela tient à la voix divine qui se manifeste à lui, et qui l'en a empêché. Se disant, il nous renseigne sur la qualité de cette voix qui se manifeste à lui, et dont il donne une définition. Nous apprenons en effet que le rapport qu'il entretient à cette voix divine, démoniaque, remonte à son enfance. Et cette fois à pour particularité de le détourner des actions qu'il compte réaliser, mais jamais ne le pousse à réaliser une action. La définition de la voix qui se manifeste à Socrate est donc toute négative : elle l'empêche de réaliser certaines actions, mais jamais ne le pousse à commettre une action. Cette voix, il me semble qu'on peut l'appeler la « voix de la conscience ».

Or, c'est cette voix de la conscience qui l'a dissuadé de se mêler des affaires publiques de la cité. Ce qui, de son point de vue est particulièrement heureux. Et là, Socrate va présenter un discours remarquable : il dit que s'il s'était mêlé des affaires de la cité, il serait mort. Socrate semble ici opérer une critique « réaliste », « pragmatique », de la puissance du nombre, représentée par l' Assemblée, face à laquelle quiconque périt s'il compte empêcher de nombreuses actions injustes et illégales. Implicitement, Socrate place l'injustice du côté de cette puissance du nombre, des décideurs politiques. De sorte que, la seule manière de combattre pour la justice pour tout individu, consiste à demeurer un simple particulier et de se garder de devenir un homme public, politique. Ce point est remarquable car Socrate montre une grande retenue à l'encontre de la possibilité de la posture politique, disant même en substance : celui qui met un doigt en politique et devient un homme public se retranche de la possibilité de défendre réellement la justice. Ce qui présuppose que Socrate ait en tête, de manière « réaliste » et « pragmatique » que, pour le grand nombre, l’intempérance prévaut sur la tempérance.

Du reste, cette posture qu'il adopte semble véritablement s'opposer au projet politique d'une république par Platon, et nous permet d'ores et déjà de voir une différence fondamentale entre la posture du maître ( Socrate, homme du peuple ) et de l’élève ( Platon, homme issu de l'aristocratie ).

Socrate se présente donc, de même que sa place dans la cité, selon une posture que l'on peut qualifier d'objecteur de conscience, avec la particularité de l'omniprésence de l' Ethique.

cedric
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