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La liberté selon Sartre.

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Message par kercoz le Mer 25 Mar 2020 - 20:28

Une phrase de Sartre qui a été beaucoup critiquée et qui me semble devoir être réexaminée à la lumière des évènements actuels :
""L' homme n'a jamais été aussi libre que durant l' occupation"".
Probablement pas les termes exacts mais l' esprit y est.
Je ne préfère pas développer mon point de vue immédiatement, mais il me semble que cette affirmation devrait intéresser certains d' entre vous.

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Message par Vanleers le Mer 25 Mar 2020 - 22:06

Vous auriez pu, au moins, faire l'effort de donner la citation exacte.
Ce n'est quand même pas si difficile en consultant internet.

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Message par hks le Mer 25 Mar 2020 - 22:38

https://www.dailymotion.com/video/x2f4jq
Lisez-le:
« Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. Nous avions perdu tous nos droits et d’abord celui de parler ; on nous insultait en face chaque jour et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques ; partout sur les murs, dans les journaux, sur l’écran, nous retrouvions cet immonde visage que nos oppresseurs voulaient nous donner de nous-mêmes : à cause de tout cela nous étions libres. Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête ; puisqu’une police toute-puissante cherchait à nous contraindre au silence, chaque parole devenait précieuse comme une déclaration de principe ; puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement. Les circonstances souvent atroces de notre combat nous mettaient enfin à même de vivre, sans fard et sans voile, cette situation déchirée, insoutenable qu’on appelle la condition humaine. L’exil, la captivité, la mort surtout que l’on masque habilement dans les époques heureuses, nous en faisions les objets perpétuels de nos soucis, nous apprenions que ce ne sont pas des accidents évitables, ni même des menaces constantes mais extérieures : il fallait y voir notre lot, notre destin, la source profonde de notre réalité d’homme ; à chaque seconde nous vivions dans sa plénitude le sens de cette petite phrase banale : « Tous les hommes sont mortels . » Et le choix que chacun faisait de lui-même était authentique puisqu’il se faisait en présence de la mort, puisqu’il aurait toujours pu s’exprimer sous la forme « Plutôt la mort que… ». Et je ne parle pas ici de cette élite que furent les vrais Résistants, mais de tous les Français qui, à toute heure du jour et de la nuit, pendant quatre ans, ont dit non . La cruauté même de l’ennemi nous poussait jusqu’aux extrémités de notre condition en nous contraignant à nous poser ces questions qu’on élude dans la paix : tous ceux d’entre nous – et quel Français ne fut une fois ou l’autre dans ce cas ? – qui connaissaient quelques détails intéressant de la Résistance se demandaient avec angoisse : « Si on me torture, tiendrai-je le coup ? » Ainsi la question même de la liberté était posée et nous étions au bord de la connaissance la plus profonde que l’homme peut avoir de lui-même. Car le secret d’un homme, ce n’est pas son complexe d’Oedipe ou d’infériorité, c’est la limite même de sa liberté, c’est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. À ceux qui eurent une activité clandestine, les circonstances de leur lutte apportait une expérience nouvelle : ils ne combattaient pas au grand jour, comme des soldats ; traqués dans la solitude, arrêtés dans la solitude, c’est dans le délaissement, dans le dénuement le plus complet qu’ils résistaient aux tortures : seuls et nus devant des bourreaux bien rasés, bien nourris, bien vêtus qui se moquaient de leur chair misérable et à qui une conscience satisfaite, une puissance sociale démesurée donnaient toutes les apparences d’avoir raison. Pourtant, au plus profond de cette solitude, c’étaient les autres, tous les autres, tous les camarades de résistance qu’ils défendaient ; un seul mot suffisait pour provoquer dix, cent arrestations. Cette responsabilité totale dans la solitude totale, n’est-ce pas le dévoilement même de notre liberté ? Ce délaissement, cette solitude, ce risque énorme étaient les mêmes pour tous, pour les chefs et pour les hommes ; pour ceux qui portaient des messages dont ils ignoraient le contenu comme pour ceux qui décidaient de toute la résistance, une sanction unique : l’emprisonnement, la déportation, la mort. Il n’est pas d’armée au monde où l’on trouve pareille égalité de risques pour le soldat et le généralissime. Et c’est pourquoi la Résistance fut une démocratie véritable : pour le soldat comme pour le chef, même danger, même responsabilité, même absolue liberté dans la discipline. Ainsi, dans l’ombre et dans le sang, la plus forte des Républiques s’est constituée. Chacun de ses citoyens savait qu’il se devait à tous et qu’il ne pouvait compter que sur lui-même ; chacun d’eux réalisait, dans le délaissement le plus total, son rôle historique. Chacun d’eux, contre les oppresseurs, entreprenait d’être lui-même, irrémédiablement et en se choisissant lui-même dans sa liberté, choisissait la liberté de tous. Cette république sans institutions, sans armée, sans police, il fallait que chaque Français la conquière et l’affirme à chaque instant contre le nazisme. Nous voici à présent au bord d’une autre République : ne peut-on souhaiter qu’elle conserve au grand jour les austères vertus de la République du Silence et de la Nuit. »
Situations III, Paris, Gallimard, 1949, 311pages, pages 11-14

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Message par kercoz le Jeu 26 Mar 2020 - 8:45

Oui, bien sur. J'ai sorti la phrase de son contexte mais elle conserve un sens plus général, du moins il me semble. Même certaines phrases impliquant les circonstances spécifiques à la période de guerre ont une portée plus générale:
"""L’exil, la captivité, la mort surtout que l’on masque habilement dans les époques heureuses, nous en faisions les objets perpétuels de nos soucis, nous apprenions que ce ne sont pas des accidents évitables, ni même des menaces constantes mais extérieures : il fallait y voir notre lot, notre destin, la source profonde de notre réalité d’homme ; à chaque seconde nous vivions dans sa plénitude le sens de cette petite phrase banale : « Tous les hommes sont mortels . » Et le choix que chacun faisait de lui-même était authentique puisqu’il se faisait en présence de la mort,""""

Mais ce qui m' interroge le plus c'est que Sartre montre par cette phrase contradictoire qu'un évènement exogène fort peut entrainer une déprise de la société sur l' individu. Des circonstances non évitables peuvent induire une désagrégation d'un empilement de comportements perçus comme "naturels" et indiscutables (plutôt peu discutés). La cessation de ces comportements entraine une interrogation sur la réalité et la nécessité (en terme de qualité ou de quantité) de ces comportements. Comportements individuels comme sociétaux ou économiques.

De mon expérience personnelle, le silence qui règne actuellement dans ma rurbanité est stupéfiant et curieusement paradisiaque. C'est juste factuel. Plus de bruits de moteurs, de quad moto, suv, 4x4, camions.....même plus d'avions ce qui, en négatif révèle l' importance de leurs nuisances sonores et visuelles...
Il y a comme un réveil (je reviens sur Sartre) à la réalité comme si la déprise, désaliénation qui pousse à s'interroger sur la nécessité d'hier (et probablement de demain) de cette forme d'aliénation. L' homme étant un animal social, il ne peut quitter une aliénation que pour une autre, mais est il nécessaire qu'elle soit "suréquipée".

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Message par kercoz le Dim 29 Mar 2020 - 21:06

Bon . Ca n' inspire pas grand monde, les paroles de Sartre ....Une autre phrase peut être : """L' Enfer c'est les autres""""

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