La beauté féminine

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Message par Kokof le Sam 11 Mai 2019 - 12:29

La beauté féminine

L’esthétique classique méprise la beauté féminine, qui selon elle n’est qu’une beauté relative à l’espèce, une beauté purement sexuelle, sans dignité ni valeur artistique ou spirituelle. La nature essentiellement féminine de la beauté (représentée en français par le genre du nom) est même niée grammaticalement, l’esthétique ne parlant pas, à propos de l’art, de beauté mais du « beau ». Ce concept masculin parachève l’exclusion de la beauté féminine en esthétique. Pour les philosophes, l’art doit être moral, spirituel et philosophique. Introduire la beauté sexuelle en art détruirait leur idéal moral. Contre ce courant misogyne, nous devrons d’abord montrer que la beauté féminine est artistique et objective. Nous verrons ensuite qu’elle est l’objet de l’art. Enfin, nous examinerons la rivalité entre la beauté féminine et la beauté artistique.

Dans la Critique de la faculté de juger, Kant distingue la beauté adhérente (beauté géométrique ou régulière), qu’il attribue aux beautés naturelles (comprenant la beauté féminine) et aux objets mathématiques, de la beauté libre (irréductible à la géométrie), qu’il attribue à l’art. Il est vrai que la géométrie est essentielle dans la beauté du corps et du visage féminins, mais la beauté féminine ne s’y réduit pas.

Le corps féminin n’est pas géométrique mais harmonieux (c’est le corps masculin qui est géométrique). Or l’harmonie est une beauté complexe qui ne se réduit pas à la symétrie ou au nombre (la meilleure illustration de cette complexité étant le cercle, figure incarnant l’harmonie, et dont l’essence (Pi) est irrationnelle). C’est une beauté libre. En tant que beauté libre, la beauté féminine est donc artistique.

D’autre part, la physionomie féminine a un agrément et une nouveauté qui ne se réduisent pas à la beauté plastique. Chaque visage féminin est une beauté originale. Enfin, le fait que la nature fasse sur le même modèle (le type féminin) des variations infinies égalant ou surpassant ce modèle, créant des beautés à la fois originales et conformes, démontre un génie artistique hors du commun. La nature arrive à recréer la Femme avec chaque femme, comme si elle n’avait pas de modèle, faisant de chaque femme une nouvelle Ève (en cela, le Paradis n’est pas perdu mais toujours retrouvé et recréé). La nature est donc plus créative que l’art, car il est plus difficile de faire des variations égalant ou surpassant le modèle, que de créer un nouveau modèle.

Nous avons montré que la beauté féminine est artistique. Il faut maintenant montrer qu’elle est objective. D’après Héraclite, nous trouvons la femme belle parce que nous la désirons, et non l’inverse. Si c’était vrai, n’importe quelle femme nous plairait et nous paraîtrait belle simplement parce qu’elle est femme ! En réalité, si nous désirons une femme et pas une autre, c’est parce que sa beauté est frappante, éblouissante. La beauté féminine ne peut étonner l’homme que si elle dépasse son imagination. Si elle était seulement l’effet du désir, elle semblerait ordinaire et naturelle à l’homme, alors qu’elle lui semble extraordinaire et surnaturelle. La nature a donc créé une véritable beauté pour séduire l’homme.

Mais comment répondre au relativisme héraclitéen, qui soutient que nos goûts sont relatifs et dépendent de nos désirs naturels ? Si la femme a une beauté objective, pourquoi n’est-elle désirée que par l’homme ? D’abord, c’est faux. Certains animaux sont sensibles à la beauté féminine : Hérodote rapporte dans ses livres historiques l’histoire d’animaux tombés amoureux d’une femme. Ensuite, si l’on en croit la mythologie, les dieux s’éprenaient des femmes. La beauté féminine peut donc séduire les dieux. Enfin, si les déesses ont une forme humaine, c’est parce que la beauté de la femme est réelle et idéale.

D’autre part, ce n’est pas parce qu’on ne désire pas une chose qu’on ne peut pas reconnaître et apprécier sa beauté. La beauté sexuelle est objective et peut être appréciée par les individus du même sexe (les femmes reconnaissent et jugent correctement la beauté féminine) ou par une espèce étrangère. Il suffit d’éduquer son jugement, comme on le fait en art (dont la beauté n’est pas toujours évidente). Les éleveurs, les dresseurs et tous ceux qui connaissent bien les animaux, savent apprécier la beauté sexuelle d’un animal, qu’il s’agisse d’un beau mâle ou d’une belle femelle. On peut être esthète de la beauté animale (ce qui ne serait pas possible si cette beauté n’était pas objective et n’était visible que par l’espèce concernée).

Si l’on compare les espèces, l’homme est le moins beau et le moins viril des mâles (chez les animaux, le mâle est le beau sexe, l’homme est une exception) : il ne peut pas se mesurer au taureau, au bélier, ni même au coq. La preuve est que les dieux ne prennent pas l’apparence d’un homme pour séduire une femme, mais d’un animal (Zeus, par exemple, a pris la forme d’un taureau pour séduire Europe) ou d’une puissance naturelle (fleuve, rocher, etc). Inversement, la femme est la plus belle et la plus féminine des femelles. C’est la compagne idéale (chez les animaux, la femelle est féroce et indépendante), y compris par rapport aux déesses, qui sont divinement belles, mais sont jalouses, querelleuses et insoumises (la femme, Dieu soit loué, est plus douce et plus docile).

La beauté féminine n’est pas seulement de l’art, c’est aussi le principal objet de l’art (c’est évident pour la poésie) et la première muse de l’art (c’est pourquoi les Muses sont toutes des déesses). Elle est donc à la fois le principe et la fin de l’art. Mais il faut distinguer la beauté physique de la beauté intérieure. La première est l’objet des arts figuratifs (la peinture et la sculpture), la seconde l’objet de la littérature, qui peint les sentiments. Il faut aussi distinguer la femme vue par l’homme, de la femme elle-même. La poésie peint la première, la littérature la seconde.

La beauté féminine n’est pas l’objet du cinéma, mais sans elle le spectateur se désintéresserait. De ce point de vue, Kant a eu tort de dire que le spectacle de l’art est désintéressé, car c’est par son érotisme que l’art nous captive. Nous ne lisons pas L’Iliade pour Achille mais pour Hélène, et ne suivons les périples d’Ulysse que pour voir Pénélope. De même, l’Œdipe de Sophocle ne fascinerait pas sans son érotisme, qui vient de l’inceste entre Œdipe et Jocaste. C’est donc le féminin (l’amour et la beauté) qui justifie et soutient le spectacle artistique.

 Mais l’art peut-il égaler la beauté féminine ? La rivalité entre ces deux beautés idéales est selon nous le principal problème de l’esthétique et de l’art. Si la beauté féminine (beauté naturelle) est supérieure à la beauté artistique, alors l’art est inutile. Mais si la beauté artistique est supérieure, elle nous rendrait malheureux et mélancolique à cause de son irréalité. Nous appelons cet état le syndrome de Pygmalion, parce que le paradoxe de l’art, dans lequel l’art découvre sa vanité en atteignant la perfection, est représenté par le mythe de Pygmalion. Ce mythe soutient que la beauté féminine, parce qu’elle est vivante, est supérieure à la beauté artistique, qui est inanimée. Mais il soutient parallèlement que la beauté artistique, parce qu’elle est idéale, est supérieure à la beauté féminine. Les beautés féminine et artistique n’ont donc pas les mêmes qualités : l’une est idéale, l’autre vivante. Elles sont donc complémentaires, mais aucune n’est parfaite.

Il manque aussi à l’œuvre d’art un élément essentiel de la beauté féminine, auquel on ne pense pas : l’odeur. Pygmalion sait qu’il manque quelque chose à sa sculpture, mais ne sait pas exactement quoi, parce que l’odeur est généralement sentie inconsciemment. L’odeur est l’élément invisible, inconscient et impalpable qui parachève la beauté féminine. C’est un défaut majeur de l’art d’être inodore. L’odorat est méprisé en esthétique (un peu moins depuis Proust et son histoire de madeleine), alors que c’est un sens délicat et érotique. L’odeur existe dans la danse, qui est le seul art majeur vivant (organique). D’après notre esthétique, la danse d’une femme serait donc le plus beau spectacle artistique. N’est-ce pas le divertissement même des rois ?

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