Proust

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Sam 7 Sep 2013 - 17:53

euthyphron a écrit:De mémoire, donc sans garantie,
1) ce n'est pas Albertine qui crache sur le portrait de son père, mais la fille de Vinteuil (le musicien de la sonate)
2) ce n'est pas le père d'Albertine qui a épousé une pute de luxe ressemblant à un Botticelli, mais Swann, car il s'agit bien d'Odette
3) l'ami doit être Bloch, occasion d'un jeu étrangement léger avec l'antisémitisme. Bloch est souvent ridicule et odieux, mais pourtant pas sans qualités, plus intéressé en tous cas par l'univers de l'art et de la littérature que par la finance.
4) il n'y a pratiquement que des homosexuels dans La Recherche, et j'ai oublié de quelle scène il s'agit. Je me demande cependant si Saint-Loup n'en ferait pas partie, sans doute parce que c'est ainsi que je me représente les moeurs des officiers.
5) il y a deux scènes de négation de la mort, qui ne vont pas jusqu'à la dissimulation physique d'un cadavre, mais constituent un déni, afin dene pasdéranger la soirée. Je crois que chez les Verdurin, c'est avec le souffre-douleur Saniette. Basin de Guermantes fait semblant, lui, de ne pas croire à l'état désespéré de son frère (?) pour ne pas écourter sa soirée.
Au suivant de corriger mes erreurs.:D
J'ai mis en valeur ce qui me semblait intéressant au regard du sujet proposé par ma petite personne sur Proust.

Pour le reste tu as parfaitement raison. Les erreurs que tu y as décelées sont bien commises par moi. J'ai en fait forcé le ton sur des passages de la Recherche dont je ne me souvenais pas très bien.

Cela pour illustrer l'un des deux volets du mécanisme dévoilé par Proust sur la mémoire.

Le premier volet, c'est celui de la mémoire automatique, qui est extrêmement fidèle. Le phénomène est mis en valeur par Proust avec sa fameuse madeleine et par ses fameux pavés. Il a été étudié en neurosciences et ces études ont confirmé tout ce qu'en dit Proust, à savoir qu'un événement inattendu peut déclencher une suite de souvenirs très précis et parfaitement exacts dans le moindre détail.

Le second, c'est celui de la mémoire volontaire, qui se détériore un peu chaque fois qu'elle est mise à l'épreuve. Le phénomène est plus dilué dans l'œuvre, et je ne l'ai vu que par bribes éparpillées, mais un prix Nobel de médecine a travaillé dans son laboratoire de neurosciences sur cette question de la modification progressive de la mémoire à mesure qu'elle est sollicitée, et c'est un des ses collaborateurs, épris de littérature, qui a fait le rapprochement entre ces travaux en neurosciences et la Recherche de notre ami Proust.

Le prix Nobel, c'est celui-là : http://en.wikipedia.org/wiki/Eric_Kandel

Eric Richard Kandel is an American neuropsychiatrist who was a recipient of the 2000 Nobel Prize in Physiology or Medicine for his research on the physiological basis of memory storage in neurons.

Le collaborateur du prix Nobel, c'est celui-là : http://en.wikipedia.org/wiki/Jonah_Lehrer

Jonah Richard Lehrer is an American author, journalist, blogger and speaker who writes on the topics of psychology, neuroscience, and the relationship between science and the humanities. Lehrer graduated from Columbia University in 2003 with a major in neuroscience; while an undergraduate, he examined the biological process of memory in Nobel Prize-winner Eric Kandel's lab.

De dernier a d'ailleurs écrit ce bouquin : http://en.wikipedia.org/wiki/Proust_Was_a_Neuroscientist

Proust Was a Neuroscientist is a non-fiction book written by Jonah Lehrer, first published in 2007. In it, Lehrer argues that many 20th and 21st-century discoveries of neuroscience are actually re-discoveries of insights made earlier by various artists, including Marcel Proust.

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Dernière édition par victor.digiorgi le Sam 7 Sep 2013 - 18:22, édité 1 fois

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Sam 7 Sep 2013 - 18:15

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Pour mémoire, c'est le cas de le dire, signalons que depuis le moment où le phénomène de la modification de la mémoire par la sollicitation de celle-ci a été découvert, on sait exactement pourquoi un interrogatoire de police mené pendant des jours en forçant tout suspect à chercher à se rappeler des faits qui lui sont reprochés débouche à tous les coups sur une modification de la mémoire du suspect, qui finit par avouer le plus sincèrement du monde que c'est lui, le coupable, car après modification de sa mémoire, il se souvient parfaitement d'avoir commis lui-même tout ce qu'on veut qu'il avoue, même s'il est parfaitement innocent ! ...

Voilà un cas à mon avis très intéressant de passerelles solides entre l'Art (littérature de Proust), la Science (neurosciences des souvenirs) et la Philosophie (éthique douteuse de l'innocence accusée par elle-même).

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Cons s'le disent !

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Re: Proust

Message par euthyphron le Sam 7 Sep 2013 - 18:39

Très judicieuses remarques sur les deux mémoires. Du coup, je repense au plaisir de la relecture, étonnamment intense avec Proust, dont tous les admirateurs confessent que la première lecture, si révélatrice qu'elle fût, a été surpassée par les suivantes en bonheur de lire. Il me vient à l'esprit une explication de ce phénomène : relire Proust, c'est passer de la mémoire indirecte du récit à sa réminiscence, c'est-à-dire à sa présence.

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Re: Proust

Message par Courtial le Sam 7 Sep 2013 - 19:12

euthyphron a écrit:4) il n'y a pratiquement que des homosexuels dans La Recherche, et j'ai oublié de quelle scène il s'agit. Je me demande cependant si Saint-Loup n'en ferait pas partie, sans doute parce que c'est ainsi que je me représente les moeurs des officiers.
Saint-Loup n'est pas présent, sauf erreur, dans aucune scène homo.
Victor songe sans doute plutôt à la scène entre Charlus et Jupien (qui est giletier de son état). Jupien doit tenir sa boutique de gilet dans la cour de l'immeuble où vivent aussi les Guermantes. C'est au début de Sodome et Gomorrhe, une des scènes culte, à mon avis.
C'est très particulier parce que la description est très prégnante. Alors que, par son propos même, les "scènes" dans Proust sont toujours un peu nimbées dans ce qu'y ajoute le souvenir, elles sont un peu éloignées, effacées. Là c'est cru et net comme une scène primitive.  

Pour le reste, je suis tout à fait d'accord, je confirme (sauf l'histoire du prêt, j'avais oublié).

La scène de baiser entre filles sous le regard (photographique) du Père implique en effet la fille de Vinteuil, cela se passe à Monjouvain, une maison de campagne. C'est au début de Du côté de chez Swann. Faire une chose pareille ne serait pas du tout dans le genre d'Albertine.
Hélas, je ne sais plus si c'est Rosset (?) ou Deleuze (? ou un autre) qui fait un bon commentaire de cette scène, en faisant ressortir (joli paradoxe) de ce passage la moralité (ou le moralisme, je ne me souviens plus les termes exacts) de la fille Vinteuil !!

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Re: Proust

Message par poussbois le Sam 7 Sep 2013 - 20:52

euthyphron a écrit:Bon, j'arrête, mais tu vas essayer à nouveau j'espère.
:D

Evidemment !

Je réessaye environ tous les 5 ans. Suite à des discussions comme celle-là Wink

En plus je suis en plein changement, de tout. Peut-être que d'accompagner ces changements parfois difficiles par une grande découverte me permettra d'y trouver une forme de plaisir.

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Re: Proust

Message par Courtial le Sam 7 Sep 2013 - 21:17

Merci pour cet effort dans la bonne voie. Tu as encore une chance d'être sauvé.

En lisant ton "coming out", comme tu as dis (!), j'avais eu tout de suite une réaction négative : "que l'on m'écartèle sur-le-champ ce pelé, ce maradona" !
(Je n'ai jamais compris pourquoi l'on parle toujours de Galeux, qui n'a jamais joué qu'en Troisième division, alors qu'il serait plus logique de dire : ce pelé, ce maradona, ou ce pelé, ce zidane, non ? Mystère de la langue française ? Mais je crois que je trolle, là...)

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Re: Proust

Message par Courtial le Dim 8 Sep 2013 - 2:30

[quote="Courtial"]
euthyphron a écrit:4) il n'y a pratiquement que des homosexuels dans La Recherche, et j'ai oublié de quelle scène il s'agit. Je me demande cependant si Saint-Loup n'en ferait pas partie, sans doute parce que c'est ainsi que je me représente les moeurs des officiers.
Saint-Loup n'est pas présent, sauf erreur, dans aucune scène homo.
Victor songe sans doute plutôt à la scène entre Charlus et Jupien (qui est giletier de son état). Jupien doit tenir sa boutique de gilet dans la cour de l'immeuble où vivent aussi les Guermantes. C'est au début de Sodome et Gomorrhe, une des scènes culte, à mon avis.

A moins qu'il ne songe et se souvienne vaguement d'un autre passage, dans le Temps retrouvé, cette fois, qui comporte, je crois, un moment où un type se fait taper dessus (avec son plein consentement, naturellement), les uns comme les autres étant des militaires. Y a un passage comme ça, mais je ne le retrouve plus maintenant.
Cela m'avait frappé parce qu'on trouve quelque chose de très ressemblant dans un auteur qui peut sembler le plus éloigné de Proust, je veux dire Kafka, où les mêmes choses sont présentées et décrites.

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Re: Proust

Message par poussbois le Dim 8 Sep 2013 - 10:46

Courtial a écrit:Merci pour cet effort dans la bonne voie. Tu as encore une chance d'être sauvé.
J'accepte tout à fait d'être sauvé. Ceci dit, je comprends d'autant mieux la peine que tu ressens face aux Proustophobes que j'ai également beaucoup de peine pour ceux qui n'ont toujours pas découvert les univers de Schulz et Gombrowicz. Des écrivains qui ont redessiné le rapport de l'écriture à la réalité et à la poésie. De même que ceux qui n'ont jamais fait la plongée complète dans la sécheresse des paysages de Giono, de Collines à l'Iris de Suze, ceux-là ne savent pas ce qu'est la soif de lire, que les livres ne désaltèrent pas, ils épuisent et peuvent créer des désert de cailloux écrasés de soleil même au plus profond de la Normandie humide.
J'ai déjà cité Rulfo. Employé administratif anonyme, il n'aura publié que deux livres, sans pareils. Il renoncera à l'écriture après ces deux chefs d'oeuvre. Cet homme est l'écrivain ultime : contrairement à Antunez, les horreurs n'ont pas terni son âme, elles auront amplifié son acuité et son humanisme.
Que dire de Ramuz également ? Petit auteur suisse qui ne publie que de petites histoires montagnardes, mais dont la beauté de la langue rend caduque tout jugement académique sur la construction des phrases et sur le patois. Tout jugement de valeur cède le pas devant sa poésie.
Tout cela sans parler également des plus connus qu'on ne lit plus parce qu'ils font partie d'un inconscient collectif et que les discussions qu'on en a nous font croire qu'on les connait, de Marquez à Hugo (hélas).

Des génies de l'écriture, il y en a à un point qu'on ne peut imaginer et je suis affolé du nombre que je rate encore...


Et que ce soit clair, avant de me retrouver pilorisé, écartelé, ébouillanté et démembré comme le mécréant que je suis, mon discours initial était un peu provocateur, mais si j'abandonne Proust essai après essai, ce n'est pas parce que je déteste absolument. C'est très lisible et plutôt bien écrit. C'est uniquement parce qu'on m'a tellement promis de merveilles de plaisirs littéraires de cet Himalaya romanesque, que je me refuse de m'y plonger sans que la magie opère. J'attends que la lecture m'emporte, comme l'a décrit Victor, s'immerger à en avoir l'impression de créer l'oeuvre à mesure de la lecture...

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Re: Proust

Message par euthyphron le Lun 9 Sep 2013 - 15:28

Courtial a écrit:
Victor songe sans doute plutôt à la scène entre Charlus et Jupien (qui est giletier de son état). Jupien doit tenir sa boutique de gilet dans la cour de l'immeuble où vivent aussi les Guermantes. C'est au début de Sodome et Gomorrhe, une des scènes culte, à mon avis.
 Scène culte, en effet, en plein milieu de l'oeuvre. C'est la révélation de l'homosexualité faite fortuitement au narrateur, qui découvre Charlus reconnaissant Jupien comme l'un des siens et jouant le jeu de la séduction, comparé à la fécondation (humour subtil) d'une fleur par un gros bourdon (humour plus direct).
C'est l"occasion d'un très long discours à double détente (dans lequel s'insère d'ailleurs la phrase la plus longue de toute la Recherche) qui feint de plaindre et de dénoncer à la fois les habitants de Sodome, en les comparant aux juifs, autre espèce de réprouvés, condamnés au malheur "d'en être". Mais n'attendez pas un discours sur les "minorités".
Le malheur de l'homosexuel est de ne désirer que la virilité, par conséquent les hommes qui ne veulent pas de lui, et de devoir se rabattre sur ceux qui souffrent de la même infirmité. Mais cette loi de l'homosexualité est la loi du désir, et de même que le peuple juif (on peut peut-être rappeler que Proust avait des origines juives) est le peuple réprouvé parce qu'élu, mais aussi élu dans sa réprobation, de même les habitants de Sodome, exclus de l'amour, sont ceux qui révèlent la loi de l'amour, qui est de ne pouvoir être aimé de qui l'on aime.
Tout ceci bien sûr n'est pas un traité philosophique, mais un jeu littéraire.

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Lun 9 Sep 2013 - 16:30

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Je me demande parfois si justement Proust n'est pas un philosophe du type de Montaigne.

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Re: Proust

Message par neopilina le Lun 9 Sep 2013 - 17:14

victor.digiorgi a écrit:.

Je me demande parfois si justement Proust n'est pas un philosophe du type de Montaigne.

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Peut-être parce qu'il rend compte, avec le génie de l'artiste, de " l'immeuble " Proust, de la cave au toit !
J'arrête de troller, mais vous lit avec plaisir !

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Re: Proust

Message par Courtial le Mar 10 Sep 2013 - 18:41

victor.digiorgi a écrit:.

Je me demande parfois si justement Proust n'est pas un philosophe du type de Montaigne.

.
Il a fait une licence de philo, je crois. Il avait été initié par le fameux Daru, qui était paraît-il un prof exceptionnel, en classe de Rhétorique.
Il n'était pas ignorant et les aperçus philosophiques ne doivent rien au hasard.
On le compare plus souvent à Bergson : même époque, une certaine parenté de style, de thématiques,( le temps, évidemment, mais pas seulement) etc.

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Re: Proust

Message par Bergame le Mar 10 Sep 2013 - 19:47

Moi je n'aime pas trop Proust -et j'adore Giono, il y a peut-être une piste, là :).

Et d'ailleurs, je cherchais en fait dans vos contributions une réponse à cette question : Pourquoi aiment-ils Proust ? Des raisons, quoi, des trucs à côté desquels je serais passé, des clés. Et je n'en trouve pas vraiment, vous faites plutôt référence à votre relation, presque à votre intimité avec l'œuvre -ce que je comprends, on aime toujours à 40 ans ce qu'on a aimé à 20. Alors voila, question : Qu'est-ce qu'il a de si grand, en tant qu'écrivain, Proust ?

J'en vois 2-3, éventuellement : Une finesse psychologique impressionnante, et parfois même déroutante ; une extraordinaire précision de la métaphore (là-dessus, clairement, c'est le plus grand -de ceux que je connais) ; un côté entomologiste vis-à-vis de ses personnages ; effectivement, un style -les phrases qui n'en finissent pas, le vocabulaire recherché limite ampoulé, etc.
Mais bon, pour ce qui est de l'action, de l'intrigue, de la construction formelle...
Et puis c'est pas léger, comme style, quand même. Et ça n'est pas non plus très varié. :)

Par ailleurs, n'était-il pas un parent de Bergson -son neveu ou quelque chose comme ça ?

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Mar 10 Sep 2013 - 22:27

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On aime Proust par goût. Il ne faut pas trop chercher plus loin, je pense.

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Re: Proust

Message par poussbois le Mer 11 Sep 2013 - 9:53

Ha si il faut aller plus loin. Je fréquente pas mal de grands lecteurs avec des belles bibliothèques. Comment se fait-il que tous, quand je leur annonce m'ennuyer à la lecture de Proust, me regarde au mieux avec pitié, au pire comme un fan de la collection Arlequin ? J'ai cité Rulfo et Schulz qui au-delà du fait qu'ils me touchent moi, sont véritablement des plumes extraordinaires. Je ne vais pas décrédibiliser l'opinion d'un lecteur qui ne connaît ni l'un ni l'autre pour autant.
Il faut aller plus loin car en France et souvent à l'étranger, Proust s'est taillé une réputation d'écrivain de référence qu'il faut (impératif) savoir apprécier.
A vous lire, il cumule de nombreux atouts : références philosophiques, qualité et originalité de la langue, humour, décalage et déviance, sensualité et sexualité, sociologie, chronique, etc.
Tous les ingrédients d'un excellent bouquin c'est sûr, mais il y en a d'autres. Pour prendre un exemple Français, je dirais Tournier. Qui n'est pas un auteur de référence. Parce qu'il écrit moins bien ? Parce qu'il est trop proche de la fange, trop dur ?

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Re: Proust

Message par euthyphron le Mer 11 Sep 2013 - 10:12

Plus que Proust, c'est la Recherche qui est vénérée. Je connais beaucoup moins de fanatiques de Jean Santeuil ou de Contre Sainte-Beuve. Pourquoi?
Je crois qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'un roman initiatique d'une part, et d'un roman dans lequel "il ne se passe rien" (d'où l'ennui potentiel) d'autre part. En réalité il se passe tout ce que l'on veut, il y a de l'amour, du sexe et de la mort, et même de l'amitié, mais ce n'est pas mis en scène comme "intéressant". L'histoire d'amour entre le narrateur et Albertine est remarquablement ratée de ce point de vue, car on ne parvient pas à s'identifier à "Marcel" et on n'entre pas dans ces histoires de caresses qui nous privent, et pour cause, de l'adorable phénoménologie de la découverte du sexe opposé. Même la mort d'Albertine nous laisse froid. Bref, si on veut de l'émotion, il vaut mieux lire Les Misérables.
Bon alors, quel intérêt? Je l'ai dit déjà, et Courtial aussi. J'ai dit ceci : "je ne juge la valeur de chaque philosophie qu'à l'aune de Proust". C'était sérieux, et ce n'est pas rien. J'adore aussi Giono, mais je ne dirais pas cela de lui. Courtial a dit que la lecture de Proust rendait intelligent, c'est à prendre à la lettre, et j'ajouterai que cela rend tolérant aussi.
PS: Je ne connais ni Rulfo ni Schulz!

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Pour Marcel Proust

Message par Courtial le Mer 11 Sep 2013 - 12:58

Je ne connais pas non plus ces auteurs, même de nom !
Et Poussbois nous a rassurés sans le vouloir : il n'est pas un fan de la collection Harlequin (romans d'amour à l'eau de rose pour mémères), puisqu'il ne sait pas l'orthographier !
Je n'ai pas aimé Giono mais je crois que je l'ai lu trop jeune, il faudrait que je réessaye.

Pour répondre à Poussbois, j'aime beaucoup Tournier aussi - je le cite fréquemment. Je précise que c'est aussi un philosophe. Il était personnellement ami avec Deleuze, je crois me souvenir qu'ils ont préparé l'agreg' ensemble (mais pas avec le même résultat ! Tournier a été recalé. Sartre aussi, hein, ça prouve rien).
Quoi qu'il en soit, Tournier est aussi philosophe que Proust et cela se voit dans son oeuvre.
Je ne tiens pas pour gênant (car je crois sentir cette question sous-jacente) que des philosophes écrivent des romans. La difficulté, ce n'est pas qu'il y ait plus ou moins de philo dans un roman, c'est la façon dont on le fait : le romancier passe par l'imaginaire et s'appuie sur des personnages. Si lesdits personnages n'ont pas d'épaisseur, pas de réalité, ne sont que des ectoplasmes porteurs simplement d'une "idée", le roman sera nul, ce sera de la littérature "à idées", didactique, très mauvais, très chiant. Des auteurs de la dimension d'un Proust ou d'un Tournier ne tombent pas dans ce genre de pièges, c'est clair.
Tournier n'est pas un grand styliste comme l'était Proust. Cela ne l'empêche pas de très bien écrire. Ce que j'admire particulièrement chez lui, c'est l'art du conteur, il sait admirablement raconter, ce qui n'est pas du tout si évident ni si répandu qu'on le croit.
Savoir raconter, c'est par exemple savoir commencer : par quoi je commence, qu'est-ce que je mets avant, qu'est-ce que je dis plus tard, etc.
Sur ce plan, on pourrait dire (mi plaisant mi sérieux) que Proust n'est pas bien brillant, puisqu'il commence son bouquin par un propos qui fait que son livre tombe des mains à 90 % des lecteurs !
A ce propos, un conseil à Poussbois et à ceux qui sont rebutés par ce fameux début :
Y a qu'à le sauter. Laisser tomber la première section (sous-titrée : Combray) et passer directement à la section : Un amour de Swann. Cela peut se lire sans perte sans connaître le reste (je crois d'ailleurs que le livre de poche avait fait une édition avec juste cette partie, qui fait une centaine de pages). Cela permet de se faire une idée de ce que Proust cherche à faire et de reprendre le reste après si on adhère au projet.
On peut même zapper tout Du côté de chez Swann et commencer par A l'ombre des jeunes filles en fleurs. , qui est plus facile.
Ne pas oublier que le projet de Proust ressemble à celui de Balzac, il a lui-même fait la comparaison et a été inspiré par l'idée d'une Comédie Humaine. Les romans sont liés, mais indépendants, et je peux très bien lire un Balzac sans tout me taper.

A Euthyphron : j'ai lu Contre Sainte-Beuve, mais j'ai craqué dans Jean Santeuil, que j'ai abandonné au bout de 100 pages.
Le problème, c'est que cela fait brouillon de la Recherche. On a l'impression d'aller ramasser dans la corbeille de Proust des esquisses, des ébauches plus ou moins abouties. C'est la même chose dans Contre Sainte Beuve, où la partie "théorique" est assez brêve, et toute la fin des bouts de Recherche (il y a question des Guermantes, etc.) en moins . bien. Bref, ce sont des "tours de chauffe", comme on dit en Formule I : on préfère Le Grand Prix.


Dernière édition par Courtial le Mer 11 Sep 2013 - 13:13, édité 1 fois

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Pour Marcel Proust

Message par neopilina le Mer 11 Sep 2013 - 13:10

, bien le nouveau titre !
C'est pas moi, c'est Courtial !   .

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" Tout Étant est à la fois a priori Donné ( C'est, il est, et ça suffit pour commencer. ) et Suspect, parce que Mien ", " Savoir guérit, forge. Et détruit tout ce qui doit l'être ", ou, équivalents, " Tout l'Inadvertancier constitutif doit disparaître ", " Le progrès, c'est la liquidation du Sujet empirique, notoirement névrotique, par la connaissance ". Moi.

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Mer 11 Sep 2013 - 14:43

poussbois a écrit:Comment se fait-il que tous, quand je leur annonce m'ennuyer à la lecture de Proust, me regarde au mieux avec pitié, au pire comme un fan de la collection Arlequin ?
Sauf le respect que je dois à tes amis ou relations, ils se sentent peut-être investis du pouvoir de juger ceux qui n'ont pas lu la Recherche en ayant peut-être le sentiment plutôt mesquin de penser que eux, ils sont supérieurs aux autres car ils sont parvenus à gravir la montagne que représente dans leur petite tête cette Recherche.

(Proust parle justement avec assez de talent du regard que les parvenus jettent sur les autres.)

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Pour Marcel Proust

Message par poussbois le Mer 11 Sep 2013 - 15:21

euthyphron a écrit:
Je crois qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'un roman initiatique d'une part, et d'un roman dans lequel "il ne se passe rien" (d'où l'ennui potentiel) d'autre part.
C'est amusant, ce type de roman intervient souvent plutôt en début de carrière d'un auteur. Son premier morceau de bravoure : "est-ce que je vais arriver à les intéresser par du presque rien délayé sur des centaines de pages ?"
Cette description me fait énormément penser à la Montagne magique de Thomas Mann. Un monument, dans ces premiers romans, d'une longueur et d'une langueur hallucinante. Ou bien "le don" de Nabokov.

Autant vous dire que les lecteurs de la montagne magique sont rares (un bon millier de pages tout de même, pour raconter les états d'âme d'un jeune homme dans un sanatorium en montagne), et encore plus rares ceux qui comme moi l'ont aimé. Pourtant, quand on rentre dans ce livre et qu'on le comprend, on y découvre une sorte d'excitation à anticiper les actions suivantes ; excitation augmentée par la lenteur de la lecture...

Ce qui est étonnant avec Proust, c'est qu'à l'inverse, cette impression de "il ne se passe rien" renvoie à  son oeuvre de la maturité et que c'est également son oeuvre de référence.


PS : j'ai essayé de forcer le titre, ben ça marche po... ce serait pas un bug du site ?

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Mer 11 Sep 2013 - 16:09

poussbois a écrit:Autant vous dire que les lecteurs de la montagne magique sont rares (un bon millier de pages tout de même, pour raconter les états d'âme d'un jeune homme dans un sanatorium en montagne), et encore plus rares ceux qui comme moi l'ont aimé.
Puis-je me permettre de faire un peu le malin en signalant ici que je fais partie des « rares lecteurs » dont tu parles, qui ont lu et aimé « La montagne magique », donc, mais que je fais également partie de ceux qui ont lu et aimé chacun des romans de Thomas Mann ?

(J'ai mis « rares lecteurs » entre guillemets, car je pense que Thomas Mann fait partie des auteurs les plus lus au monde ...)

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Mer 11 Sep 2013 - 16:42

Courtial a écrit:j'ai lu Contre Sainte-Beuve, mais j'ai craqué dans Jean Santeuil, que j'ai abandonné au bout de 100 pages.
Je n'ai encore pas lu « Contre Sainte-Beuve », et je dis « encore » car je vais sans doute m'y mettre un jour avant de passer outre, mais j'ai craqué moi aussi avec « Jean Santeuil », qui m'a donné la même impression que toi.

Cela dit, j'ai lu « Sésame et les lys », de John Ruskin, très intelligemment traduit par Proust et préfacé aussi par lui. La préface s'intitule par ailleurs aujourd'hui « Sur la lecture » et c'est à mon avis un petit bijou des plus finement ciselé.

Mais tout ça ne m'empêche pas d'être un authentique agitateur inculte, ce dont je suis particulièrement fier ! ...

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Re: Proust

Message par neopilina le Mer 11 Sep 2013 - 16:56

On a donc " i " ( De moi. ), " is " ( De moi. ) et " ai " ( De Courtial. ).
Au dessus, j'ai vu de la lumiere " apodictique " !
Mais bon là, apodictiquement, je vais conclure que le bug aime le " i ". Où il est le smiley qui sort !? lol!  .

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Marcel Proust

Message par euthyphron le Mer 11 Sep 2013 - 17:10

J'aime pas le nouveau titre!
Mais j'aime bien La Montagne magique, bien que ce soit assez chiant, comme quoi un bon roman n'est pas forcément distrayant. Et j'ai retrouvé qui est Schulz, bon sang mais c'est bien sûr, c'est le créateur de Charlie Brown!

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Pour Marcel Proust

Message par poussbois le Mer 11 Sep 2013 - 17:26

naaan, c'est pas Charles, c'est Bruno ! Il me semble que tu devrais te renseigner auprès des autorités compétentes les plus proches avant de t'avancer sur ce genre de considérations !!! lol!

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Re: Proust

Message par victor.digiorgi le Mer 11 Sep 2013 - 17:49

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Qu'est ce que c'est, ho, une autorité conpétante ?

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