Ricoeur, l'herméneutique

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Ricoeur, l'herméneutique

Message par Bergame le Ven 19 Oct - 21:24

Par Olaf



Ricoeur, l'herméneutique


Qu'est-ce que l'herméneutique ? Littéralement, c'est l'art d'interpréter. L'herméneute est à l'image des exégètes bibliques qui interprètent les textes sacrés, les paraboles.
Mais cela suppose avant toute chose qu'un texte ait un double sens, une signification caché, et dissimule un autre texte qui n'est pas visiblement immédiatement. Voilà ce qu'est l'herméneutique, la traduction d'un texte vers un autre.

Ricoeur se reconnaît trois maîtres :

    1 - Nietzsche, l'homme du soupçon qui interroge les formations de sens, les formations de la morale pour en débusquer les forces secrètes à l'oeuvre. Débusquer ces forces, c'est accroître la puissance de l'homme.
    2 - Marx, pour qui la société est l'oeuvre d'une infrastructure secrète, d'un matérialisme sous-jacent qui ordonne la répartition des biens, la domination d'une classe sur une autre.
    3 - Freud, qui débusque les forces inconscients, les éléments secrets du sujet qui dominent et organisent la perception consciente.

Ces trois hommes ont en commun le refus de l'immédiat, du donné manifeste, pour tenter de trouver le texte caché : le texte du désir libidinal, le texte des flux économiques, le texte des forces.

L'herméneute est homme du soupçon, homme de l'écoute. Son entreprise est la destruction au sens heideggerien. Il vient faire voler le manifeste, il fait mourir les idoles. Sa méthode est l'interprétation du texte, des signes. Le monde de l'homme est finalement un texte, c'est-à-dire un ensemble de signes. Car l'homme qui ex-siste répand des signes, du sens. L'intentionnalité vient bâtir des réseaux signifiants. Finalement, l'entreprise de l'interprétation est une entreprise réflexive.

Mais à la différence de Husserl, qui conçoit dans l'activité réflexive la saisie d'un pur ego à lui-même, qui pense la découverte de l'ego cogito comme une saisie immédiate, Ricoeur, lui, insiste sur la découverte médiate : L'Ego ne se saisit pas de manière pure.

    La réflexion est l'effort pour ressaisir l'Ego de l'Ego Cogito dans le miroir de ses objets, de ses oeuvres et finalement de ses actes.
    De l'Interprétation, p.53

L'homme est incarné dans le tissu du monde, il est "en situation" comme dirait Sartre, et il ne peut se saisir que par rapport à cette situation, que par rapport à son incarnation. La saisie immédiate est un leurre, la saisie de soi ne peut qu'être médiate, médiatisée par la langue ("je pense donc je suis"), par les concepts, par les représentations...

Avec Nietzsche, Marx, et Freud, l'homme est décentré. Freud disait d'ailleurs que l'inconscient inflige la 3e grande blessures narcissique à l'homme, après Galilée (refus du géocentrisme) et Darwin (l'homme n'est plus qu'un maillon des espèces). Sous la perception consciente réside un monde, et un ordre, une énergétique. Par exemple, sous la religion réside une formation pulsionnelle, un complexe de désirs et d'interdits. L'herméneute suppose un autre foyer du sens.

Bref, la conscience absolue et constitutive de Husserl est une chimère, une illusion narcissique. Le sujet qui perçoit est déjà dans un rapport de pré-compréhension avec le monde, le monde de la vie. Mais l'homme surgit dans un monde déjà-là, déjà structuré. Ainsi, sous la perception réside une énergétique particulière, un ordre matériel décentré qui fait le sens.
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