Interprétation synchronique des débats christologiques

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Message par Bergame le Sam 23 Fév 2008 - 17:52

Dans le Dictionnaire des Religions de Mircea Eliade, on trouve ce schéma résumant synthétiquement les différentes positions christologiques qui occupent la chronologie des débats théologiques. Eliade prétend montrer ainsi que "la théologie chrétienne constitue un système que l'on peut décrire en termes parfaitement synchrones." En effet, toutes les possibilités logiques du système seront exploitées à un moment ou un autre de l'histoire des débats :


Interprétation synchronique des débats christologiques Christ10


Les ébionites sont les représentants les plus anciens de la "christologie pauvre". C'est en fait une secte juive, qui considère Jesus comme un simple prophète, et rejette l'enseignement de Paul.
Arius (arianisme) est un représentant plus tardif de cette "christologie pauvre". Simple prêtre d'Egypte à la vie particulièrement longue, Arius professe que le Christ, s'il est de même nature (physis) que le Père, n'est pas de même substance (ousia). L'arianisme est ainsi une doctrine de la subordination du Fils au Père contre la doctrine de l'incarnation. Arius est excommunié en 318, et le concile de Nicée convoqué en 325 précisera les rapports Père/Fils par le terme de homoousios, "de même substance".

Le docétisme peut être considéré comme la doctrine originelle de la "christologie riche", tout en sachant qu'elle est surtout connue par les écrits de ses adversaires hérésiologues. Elle reposerait sur l'impossibilité radicale que la nature divine du Christ soit conciliable avec une naissance physique. Par conséquent, le corps physique du Christ est une simple apparence, une illusion, soit qu'il consiste en une substance éthérée, soit qu'il soit incarné mais incapable de connaître les souffrances humaines. Certains adeptes expliquaient ainsi la Passion en prétendant que le Christ avait persuadé l'un de ses disciples de prendre sa place sur la Croix, voire que la Crucifixion elle-même n'avait été qu'illusion. Au cours des siècles, le docétisme assimilera peu à peu le platonisme, et constituera la doctrine centrale des gnostiques pour qui la matière est mal, et le corps physique un obstacle à la reconnaissance de l'ascendance divine de l'homme.

L'apollinarisme est un exemple de "christologie riche" du IVe siècle. Elaborée par Apollinaire, évèque de Laodicée (Syrie), cette doctrine pose que le Christ, en s'incarnant, n'a pris que l'âme sensitive de l'homme (psyché) et non son âme intellectuelle (noos). Par conséquent, le corps du Christ est régi immédiatement par le Logos, et le Christ est proprement le Verbe incarné. L'apollinarisme sera condamné par les conciles d'Alexandrie (362) puis de Constantinople (381).

La "christologie pauvre" est réélaborée par Nestorius, Patriarche de Constantinople en 428, qui affirme la séparation totale des deux natures du Christ. Le Christ est considéré comme deux personnes, l'une divine et l'autre humaine, qui agissent de concert. Le débat s'est alors déplacé sur la personne de Marie : De qui est-elle la mère, de la nature divine du Christ ou seulement de sa nature humaine ? Les nestoriens, considérant qu'elle n'a pu enfanter que l'homme Jésus (Christotokos), et non pas Dieu, donnent naissance à un "marianisme pauvre". Le nestorianisme s'implante en particulier durablement dans les provinces les plus orientales de l'empire byzantin.

Nestorius est pourtant combattu vigoureusement par Cyrille, Patriarche d'Alexandrie depuis 412. Cyrille est l'un des théoriciens les plus accomplis de la "christologie riche". Après le Concile d'Ephèse réuni par Théodose II en 431 pour départager les deux doctrines, Cyrille réussira à imposer ses vues concernant l'amalgame des deux natures du Christ et le titre de Theotokos ("ayant engendré Dieu") pour la Vierge.

Le Concile de Chalcédoine (451) prend la position christologique la plus ferme en réaffirmant la condamnation de Nestorius d'une part, et celle du docétisme d'autre part. Il définit la double nature du Christ : une nature humaine, et une nature divine, en tant que Fils de Dieu. Mais Il précise également la doctrine de l'incarnation en posant que ces deux natures, considérées comme distinctes, sont réunies dans une même personne (hypostase). Le concile donne ainsi naissance à la doctrine orthodoxe, réaffirmée au second Concile de Constantinople, en 553.

Toutefois, contre cette position et contre le nestorianisme tout à la fois, s'élabore en Egypte une nouvelle version de la "christologie riche", le monophysisme ("une seule nature"). Relativement mal nommée puisqu'elle accepte la doctrine chalcédonienne de la double nature du Christ, elle affirme toutefois que ces deux natures sont mêlées et que, par conséquent, "Dieu en Christ" est un être d'une nouvelle espèce, ni divine ni humaine. En revanche, retrouvant le credo de Nicée, le monophysisme pose que, si Dieu et le Christ sont de même substance, alors cette substance ne peut qu'être divine. Il s'impose en Egypte et en Syrie et donnera naissance au culte copte.
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