L'écriture et la vie

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Message par Courtial le Lun 9 Mar 2015 - 18:49

Dans ma relecture du Traité théologico-politique de Spinoza, je reviens au chapitre 7 où on lit ceci :

L'enquête historique doit apporter au sujet des livres des Prophètes toutes les circonstances particulières dont le souvenir nous a été transmis : j'entends la vie, les moeurs de l'auteur de chaque livre ; le but qu'il se proposait, tel qu'il a été, à quelle occasion, en quel temps, pour qui, en quelle langue enfin il a écrit.

Et c'est l'heure, ô poête, de décliner ton nom, ta naissance et ta race !

C'est un sujet sur Sainte-Beuve.

Jusqu'à quel point la vie d'un écrivain explique-t-elle son oeuvre ? Proust avait tonné contre, réputant que Sainte-Beuve n'avait rien compris à l'art. Que l'écriture signifiait précisément la résurgence d'un "moi" qui n'est pas le "moi" quotidien, factuel, mais un véritable moi de l'écrivain. Ou autrement dit que que l'écrivain était celui qui sentait pousser en soi un moi qui n'est pas, qui n'est plus l'être, le moi que , par ailleurs, il est.

J'ai posté cela sous cette section parce que je ne vise pas la philosophie en particulier, mais plutôt l'écriture, qu'elle soit philosophique ou romanesque, ou peut-être scientifique.

M'interessant à l'écriture, je ne me demande pas non plus jusqu'à quel point on peut expliquer Van Gogh en racontant sa vie etc. Ce n'est pas l'art et la vie, mais l'écriture et la vie.
On peut digresser, mais pour l'instant c'est l'objet de la discussion que je propose.

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Message par neopilina le Lun 9 Mar 2015 - 19:01

Sur un autre fil, répondant au propos, surprenant d'un nouvel inscrit, Bibo, je disais en substance qu'il n'y a pas création sans puissants motifs. Écrire, forme d'expression, création, parmi d'autres, même si on n'a pas de plume ( Exemple : moi. ) peut être compulsif, résulter de pulsions. C'est notoirement pour comprendre, et même surtout me comprendre, que j'écris depuis l'âge de 15 ans, sans interruption.

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Message par Courtial le Lun 9 Mar 2015 - 21:37

Et c'est l'heure, ô poête, de décliner ton nom, ta naissance et ta race !


Ce n'est pas Spinoza ceci, hein, c'est du Saint John Perse. Ca pouvait être ambigu dans le message,c'est rectifié.

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Message par Crosswind le Mar 10 Mar 2015 - 8:28

Ecrire, n'est ce pas simplement une manière de créer en soi un nouveau monde ? D'en être le maître ? Si l'on en est capable, il y a un côté magique à s'asseoir à une table, face à une page blanche, en se disant que, là, est l'Univers de tous les possibles. Ce qui en sort en définitive ne doit pas, à mon sens, se trouver accolé à un quelconque "moi" très indéfini. Le plaisir de l'écriture passe par l'émergence d'un possible qui plaît. Une forme d'onanisme du vécu. Si vous êtes fana de l'époque napoléonienne et de ses campagnes, l'écriture d'une petite nouvelle sur le sujet pourra, l'espace d'un instant, vous transporter dans cette vie. Littéralement. En vous relisant vous deviendrez même familier avec vos personnages, avec une ambiance, à tel point que vous souhaiterez peut-être continuer le rêve en leur compagnie.

Etre lecteur, c'est la surprise de la découverte d'un possible, sans avoir la possibilité de choisir parmi les possibles.

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Message par kercoz le Mar 10 Mar 2015 - 8:50

Crosswind a écrit:

Etre lecteur, c'est la surprise de la découverte d'un possible, sans avoir la possibilité de choisir parmi les possibles.

Il te reste un choix des possibles. Celui de la mise en scène et de l' interprétation. Il y a là une liberté exploitable de création .......qui n'existe plus avec le cinéma.

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Message par Crosswind le Mar 10 Mar 2015 - 10:44

kercoz a écrit:
Crosswind a écrit:

Etre lecteur, c'est la surprise de la découverte d'un possible, sans avoir la possibilité de choisir parmi les possibles.

Il te reste un choix des possibles. Celui de la mise en scène et de l' interprétation. Il y a là une liberté exploitable de création .......qui n'existe plus avec le cinéma.

Deux choses à ce propos. La création, assimilée à l'interprétation, du lecteur est tout de même connotée plus passivement, du moins en regard de l'activité volontariste de l'écrivain. Lorsque je lis, les images me viennent passivement, je n'ai personnellement pas le sentiment d'y apporter une touche personnelle active. Elles sont là, point. Quand j'écris, je bouillonne, c'est un flux qui sort littéralement de la pensée, qui est actif. Planter un décor, une ambiance, une histoire et couper le tout en petits morceaux en espérant que le puzzle transmette des émotions, si pas identiques, à tout le moins de la même famille, à d'autres lecteurs.
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Message par kercoz le Mer 11 Mar 2015 - 11:26

Crosswind a écrit:La création, assimilée à l'interprétation, du lecteur est tout de même connotée plus passivement, du moins en regard de l'activité volontariste de l'écrivain. Lorsque je lis, les images me viennent passivement, je n'ai personnellement pas le sentiment d'y apporter une touche personnelle active.

Que la lecture recoive le dictat du script, certe. Mais toute bonne création ne se fait que sous contrainte. est tu certain que chaque lecteur reçoive le même message, voient le même film?
C'est un débat intéressant qui n' a jamais été développé a ma connaissance que l' écart entre l' émetteur et le récepteur. Je crois que Montaigne a parlé d' un message appartenant aussi bien à l' un qu' à l'autre.
Sinon , le cinéma serait l' aboutissement de la littérature ....quelle tristesse !

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Message par Crosswind le Mer 11 Mar 2015 - 11:34

kercoz a écrit: est tu certain que chaque lecteur reçoive le même message, voient le même film?

Certainement pas !
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Message par kercoz le Mer 11 Mar 2015 - 11:49

Crosswind a écrit:
kercoz a écrit: est tu certain que chaque lecteur reçoive le même message, voient le même film?

Certainement pas !

La littérature ne me passionne pas ( je crois avoir déja dit qu'il m' était impossible depuis peu, de lire du "roman", plus exactement , de la fiction). Mais il semble que si, jadis le littérateur cherchait à optimiser l' impression par les qualités littéraires de l' expression, l' audio-visuel ne lui laisse comme champ d'action créatif, qu' un expression plus ouverte, laissant au lecteur une place créative plus grand.

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Message par poussbois le Mer 11 Mar 2015 - 14:00

Tu ne veux pas que ton sujet soit accaparé par la philosophie Courtial, mais ça va être difficile de passer outre.
J'avais lu un article il y a longtemps sur les techniques d'écriture de John Irving, ou peut-être est-ce même dans un de ses romans, car il s'interroge beaucoup dans ses propres romans sur l'acte d'écriture. Globalement, il en ressortait qu'il était impossible de passer outre l'expérience personnelle, voire l'expérimentation, pour écrire quelque chose d'un peu sérieux. Il y a également des obsessions redondantes, comme cette angoisse des accidents mortels, des relations de jeunes hommes avec des femmes plus âgées, et puis surtout cette autobiographie partielle avec Garp...
Dans les "testaments trahis", Kundera ne parle pas directement de cette relation biographie / oeuvre, mais il insiste toutefois sur cet aspect testamentaire, témoignage, de ce qui reste après la mort de l'auteur, au point qu'il parle de trahison de ne pas respecter la volonté de l'auteur, de modifier ses ouvrages bien entendu, mais également de ne pas bruler ce qu'il avait demandé qu'il le soit. C'est valider la puissance évocatrice que peuvent avoir des écrits, des lettres, etc. Un ouvrage peut éventuellement se suffire à lui-même, mais dans la constitution d'une oeuvre, la relation entre les ouvrages et avec la biographique est stratégique.

Au final, est-ce qu'on peut seulement faire sans la biographie, surtout une fois qu'on la connait ? Est-ce qu'on peut imaginer lire la métamorphose de Kafka sans se rappeler les conditions d'existence de cet homme qui passait son temps entre ses romans et ses lettres d'amour platoniques.

La question est de savoir si ça sert à quelque chose de savoir cela. Là, on retrouve les deux écoles, c'est clivant je trouve, de ceux qui considèrent qu'on ne peut pas s'en passer (plutôt matérialiste) et ceux qui pensent que l’œuvre se suffit à elle-même (plutôt idéaliste).

Il n'en reste pas moins que tout adorateur de Proust, quel que soit l'avis de l'intéressé sur le sujet, dévorera également au moins une de ses biographies. Tout exégète de la bible un peu cortiqué et libre se passionnera également pour les conditions historiques de son écriture.


Je ferais néanmoins une différence entre les oeuvres artistiques qui n'ont d'autres volontés que l'art et qui se suffisent à elles-mêmes et les oeuvres qui présentent un message et qui ont pour moi fatalement besoin d'une référence biographique pour interpréter ce message.
Je veux dire : il n'est pas utile de connaître les goûts de Van Gogh pour les estampes ni la qualité de ses dessins pour être ébahi par ses tournesols. Expérience personnelle, je les ai vus très jeune à Paris (Musée d'Orsay), sans connaissance sur le peintre, et revus après, au Rijsk museum, avec un peu plus de bagages culturels, et je n'ai pas été plus ni moins ému.
Par contre, pour comprendre la Bible, Spinoza peut difficilement être contredit. Je ne vois pas comment les références historiques et l'objectif des rédacteurs peuvent être ignorés si on veut comprendre comment se servir de cet objet culturel. Pour les philosophes, c'est un peu pareil, un oeuvre sortie de son contexte et débarrassée de son auteur et de sa "vie philosophique" n'a que peu d'intérêt ni de sens.

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Message par quid le Dim 15 Mar 2015 - 13:52

Bonjour à tous.

Après réflexion, je trouve le sujet intéressant déjà pour deux raisons quelques peu opposées :

- L'écrit reste une dimension importante de notre monde contemporain.
- Je suis un lecteur très très modéré, et je n'écris qu'occasionnellement, soit pour la rédaction de quelques documents techniques, courriers administratifs, courriers électroniques, ou dans le cadre de forums.

L'écrivain reste pour moi mystérieux.

Un jour, enjoué par des romans haletants et la stimulation imaginaire qu'ils procuraient, je m'étais essayé à créer moi-même une histoire. L'inspiration imaginaire n'était pas venue, et j'avais dû m'arrêter à deux pages d'introduction sans intérêt.

J'ai eu le même problème avec la musique. J'ai arrêté, jeune, mon instrument après deux années laborieuses, le résultat et un certain déclic attendu de ma part n'étant pas au rendez-vous. Dans ce cas là, je ne pouvais à la fois jouer et profiter, certainement lié à mon manque d'aptitude et à un résultat plus que médiocre.

Il y a peut-être un domaine d'expression intellectuel qui me siérait un peu plus, c'est le dessin. Et là j'arrête tout de suite ceux qui s'imagineraient que je dessine, car ce n'est pas le cas. Ce que je pourrai par ailleurs dessiner est de l'ordre du dessin moyen de collège. Cependant, l'acte de dessiner a sur moi un effet stimulant. En effet, en dessinant, quelque soi la médiocrité du dessin, je trouve un certain intérêt dans ce qui est dessiné, que ce soit de par les couleurs, les formes évocatrices, les textures et les grains des crayons. Et je retrouve cet attrait dans la lecture de bandes dessinées. Pour autant, je ne dessine jamais.

J'ai donc du mal à comprendre l'écrivain ou le musicien. Je me dis qu'ils doivent en retirer au minimum une certaine satisfaction. C'est pour cela que l'aspect volontariste évoqué plus haut par Crosswind ne me semble pas primordial.

Mon rapport à l'écrivain, si l'on considère comme tel une personne maîtrisant les différents aspects de cette discipline, et si l'on peut cerner et codifier une telle discipline, est de l'ordre du lecteur.

Ainsi, dans une lecture, j'apprécierai le texte de mon point de vue de profane. Il va de soi que je serai sensible à une certaine qualité, et par exemple, je serai interpellé par une tournure de phrase et un vocabulaire particulièrement bien choisi pour exprimer une certaine idée ou une situation, m'apprenant parfois un nouveau mot. Je serai sans doute moins sensible à un vocabulaire trop sophistiqué. Une continuité trop haché, même si je m'en accommode facilement, ou un fil de lecture qui n'en finit pas d'arriver au fait peut également me gêner jusqu'à venir à bout de mon intérêt.

Ceci dit, je suis un lecteur petit ou moyen. Ce positionner sur cette échelle est une chose peu évidente. Je connaît des personnes qui ne lisent quasiment jamais, et cela aurait pu être mon cas si je n'avais découvert une capacité de lecture après avoir englouti à l'âge de 14 ans les trois tomes du « seigneur des anneaux ». Un livre qui m'absorbe, peut m'accaparer toute la nuit. Stephen King reste pour moi une très bonne expérience. Mais je peux également rester plusieurs mois sans ouvrir un livre.

Le contenu du livre est pour moi en tant que lecteur, aussi important que la manière d'amener ce contenu.

Maintenant, sur ce qui motive l'écrivain, et sur le lien entre sa production et sa motivation, il me semble difficile d'établir une règle stricte.
L'écrivain doit avoir l'aptitude pour écrire, et cela est un aspect quelque peu technique, mais il me semble nécessairement en lien avec une forme d'expression, donc d'extériorisation de quelque chose.
On pourrait essayer de trouver les fondements de la chose ainsi extériorisé, et forcément le côté singulier de l'écrivain ressort dans ses écrits, que ce soit dans le style ou le contenu, mais l'écrit reste un moyen d'expression pour celui qui en a la capacité, et l'objectif de chaque écrit n'est pas d'extérioriser son moi, mais de dire.
Ainsi un certain type écrivain sera sans doute sensible à mettre son talent à destination de lecteurs, ou pourra être uniquement dans l'expression, sans se soucier de la destination, l'important étant alors  d'extérioriser et de formaliser un intérieur.

Dans ce même cas de figure, bien que j'aime bien la musique, j'en écoute rarement. J'ai du mal à appréhender le lien entre le musicien et l'auditeur ou le spectateur. D'un côté, un ou des musiciens de talent dans leur discipline, s'expriment, et de l'autre des spectateurs variés écoutent. Je suis certain qu'un musicien amateur et spectateur sera en vénération ou au contraire critique devant la maîtrise affichée. Mais un profane, n'appréciera pas spécialement ce point de vue, et bien que face à des musiciens d'une grande virtuosité technique, il n'appréciera leur musique que comme elle lui vient. Il sera peut-être intéressé par l'acte d'extériorisation pure et aura plaisir à voir quelqu'un se faire plaisir, mais quant à ce qui est communiqué de ce qui est exprimé, et de ce qui est perçu, cela sera assez variable. D'ailleurs, ce qui est communiqué peut même être heurtant. En tout cas, l'intérêt de l'auditeur n'est pas automatiquement au rendez-vous.

Pour moi, il va de soi que l'écrivain, comme le musicien ont quelque chose à dire, mais pas forcément comme communicable à quelqu'un d'autre. C'est en premier lieu une expression sans forcément de destinataire particulier. C'est une formalisation d'un intérieur, et pas seulement du moi, mais également d'un ressenti, donc en marge du moi. En quelque sorte, le destinataire est justement le moi, mais il a vocation ou prétention à être d'autres destinataires. Là dessus, il semble que je rejoindrais plutôt néo.

Sur l'acte de création, évoqué par Crosswind, je ne sais trop quoi dire, l'écrivain a quelque chose à dire, c'est sa matière première en quelque sorte. Ce qu'il a à dire peut être purement sorti de son imagination ou non. Si c'est dans le cadre de son imagination, c'est quand même lié a un ressenti, à un état d'esprit ou à une activité intérieure. L'écriture, c'est alors le moyen maîtrisé pour l'expression de cet intérieur. La création n'est alors pas dans une volonté de créer, mais dans une volonté, un besoin ou une possibilité, d'exprimer. C'est un peu comme un accouchement.

Sur le fait que l'écrit reste une dimension importante de notre monde contemporain, je n'ai finalement pas dis grand-chose. Peut-être qu'au delà d'un moyen d'expression, est-ce le vecteur le plus précis pour formaliser ou donner un sens, communicable ?
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Message par Courtial le Mer 18 Mar 2015 - 18:19

Bon, je dois avouer que Poussbois avait raison : on ne fera pas un débat littéraire ici, cela n'intéresse pas.

Essayons d'instiller un élément plus philosophique, la question du style. Qu'est-ce que le style ?

Barthes dit (je crois que c'est dans Le Degré zéro de l'écriture, je ne garantis pas, peu importe) que le style, c'est le corps de l'écrivain.

Est-ce que c'est une manière de dire que le style, c'est la question de l'individuation ? Ce qui fait que je suis ceci (moi, en l'occurrence) et pas cela.
Belle victoire du matérialisme, s'il était avéré que ce qui individue, c'est le style, donc le corps ? (1)

Après avoir oint Poussbois, je vais maintenant le fâcher - peut-être l'amener à exiger qu'on mentionne,  dans notre prochaine Charte,  l'interdiction du délire phénoménologique, qui sait ? - mais le style, c'est aussi le stylet, et encore le stylo, bien sûr.  Le truc qui perce, un dard, un éperon. Une bi, également. Derrida a d'ailleurs intitulé son livre sur Nietzsche : Eperons, styles de Nietzsche. Il cherche à trouver chez Nietzsche un style qui ne soit pas une bi. Quelque chose comme écrire en creux, si vous voyez ce que je veux dire. Ou mieux : écrire creux.

Il avait de bons titres, le Jacquot. C'est important, simple honnêteté commerciale. Je ne compte plus le nombre de livres dont le titre trahit le contenu, et plus souvent l'inverse. Des types qui écrivent un "Spinoza" où il n'est pas question de Spinoza mais uniquement des collections de doxographes, plaquées de manière imbécile, etc.

(1) Naturellement, Ferré aborde la chose à bras le corps, si j'ose dire :
https://www.youtube.com/watch?v=nTlpE0Ivl94

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Message par poussbois le Jeu 19 Mar 2015 - 3:27

Est-ce qu'on peut imaginer lire 1984 comme on l'aurait lu sans connaître "dans la dèche à Paris et à Londres" ? Je ne crois pas. Maintenant, est-ce qu'on pourrait faire la genèse du style d'Orwell dans ses pérégrinations d'indigents ? Est-ce qu'on pourrait expliquer comment cette expérience lui aurait permis de se tailler un dard suffisament caustique pour la suite de sa carrière ? Ca me parait difficile et je n'aurais pas d'avis, je ne l'ai pas lu dans le texte original.

Il y a quelques auteurs qui ont le style parfaitement adaptés à leur expérience et à leur romans. Céline est le premier qui me vient. Son dégout transpire dans sa façon de vomir le français parlé, et son ... dandysme (?) éclate devant la qualité finale de ses textes.
Un autre aussi, Tournier, dont les obsessions personnelles ont déteint sur sa façon d'écrire, ou dont la façon d'écrire a probablement été très tôt travaillée par son imagination baroque. Ses météores sont autant dans le scénario de ses romans que dans la structure du texte et le choix des substantifs.
On peut faire une lonque liste à mon sens : Poe, qui a eu la chance d'avoir un bon traducteur. Je ne connais pas son histoire personnelle, mais l'ambiance de ses romans est autant due à sa façon d'écrire qu'à ce qui s'y passe.

En fait, il faudrait également des contre-exemples, quelqu'un qui écrirait des histoires de midinettes avec un langage de charetier, ou inversement. Ou mieux, un gros velu, genre camionneur, qui écrirait des histoires à l'eau de rose. C'était un peu le thème d'un film d'Almodovar il me semble : le décalage entre l'image d'un auteur de livre Arlequin et sa vraie vie. Mais hormis cela, peut de chance de trouver de contre-exemple justement, je crois que ce qui plait aux éditeurs et au public, c'est justement la cohérence plus que la qualité d'un ouvrage sorti de nulle part.

Le cas Ajar / Gary peut-être. On peut faire les malins aujourd'hui qu'on connait toute l'histoire, mais à l'époque tout le monde s'est planté et s'est fait avoir et parmi les meilleurs, qui critiquaient l'un et encensaient l'autre...

Compliqué la relation auteur/style/oeuvre/expérience intime. Dans un ménage à 4, il faut une sacrée organisation pour qu'il n'y ait personne qui s'ennuie ou soit purement oublié.

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