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Platon et Aristote, Ontologie

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Message par Bergame le Lun 17 Sep 2007 - 20:46

D'olaf : Platon et Aristote, Ontologie


Ce qui se passa dans le monde autour du Ve siècle avant J.-C. reste un mystère. Il semble qu’à cette époque, la pensée se soit éveillée en Grèce, en Perse, en Chine avec la même insistance, bien qu’elle ait été explorée sous des façons bien différentes. Ainsi, avant Platon, il existait grosso modo deux types de philosophies : la première, mathématique, était défendue par Pythagore, et la seconde, physique, trouvait ses partisans en Parménide ou Héraclite.



L’idée et la substance

Platon admet la division de la Nature, la Physis, en quatre éléments qui constituent le corps du monde : le feu, l’air, l’eau et la terre. Dans le Timée, il insiste sur le feu (c’est un aspect héraclitéiste de sa pensée), qui divise et fait devenir visible, et la terre, solide et donc tangible : le monde platonicien est fondamentalement tactilo-optique, même si la vue a le primat. Ce primat de la vue conduit à la transcendance de l’Idée, la forme intelligible, qui règne sur le monde matériel et mouvant du sensible comme un soleil éternel et immuable.

Aristote tourne sa pensée vers la terre. Il ne s’intéresse qu’au réel, et réfute l’existence des idées. Peu satisfait de la doctrine du réel des quatre genres de matière (les quatre éléments), il invente la substance, c’est-à-dire la matière formée, qui a un caractère immanent. Dans la substance, la forme peut être séparée de la matière par la pensée, qui s’attache à penser l’essence formelle des choses par réunion et division dans le respect de l’incommunicabilité des modes de l’être (catégories). La substance a une quiddité qui est sa définition. On démontre les attributs de l’essence, qui rentrent dans la définition de la substance, selon le principe de non-contradiction :
« Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport. »

Il s’agit de deux manières très différentes d’envisager la matière et la forme. Pour Platon, l’idée est un modèle dont la copie présente un degré d’authenticité ; il est pris dans une vaste recherche du modèle véritable. Il est spécialisé dans la production des copies (la maïeutique est l’art de faire accoucher la vérité en l’interlocuteur). Pour Aristote, la substance doit être comprise comme essence dont on doit démontrer les attributs. Plutôt qu’une relation où le maître doit faire naître les conditions de la vérité dans le disciple, il donne pour sa part des méthodes rationnelles pour arriver à la connaissance de l’essence. En un sens donc, Platon est un philosophe artisan qui produit des soleils, qui donne une forme à la matière qu’il façonne en vue du Beau, et Aristote un philosophe scientifique dont le fruit du travail est un savoir formel des causes, entrepris en vue du Bien.


Les causes platoniciennes et aristotéliciennes

Les trois causes dans le Timée

Dans le Timée, Platon évoque les trois causes véritables du monde :
- la forme intelligible
- le démiurge
- le matériau

A une même forme intelligible correspond une multiplicité de réalités particulières sensibles qui participent d’elle en tant que copie. Mais la relation du modèle à la copie reste encore imprécise, car on ne voit pas très bien en quoi réside cette « participation » du monde sensible aux idées. Platon fait donc appel à une nouvelle cause, le démiurge, pour en rendre compte. Le démiurge est bon, il est le père de l’univers et son fabriquant. Il assemble et ordonne la matière dans le but de copier un modèle avec le plus de perfection possible. Son activité est un travail, une génération d’une certaine durée qui obéit à une intention, une finalité. Pourtant, l’action du démiurge, qui fait se ressembler la chose sensible en devenir et la forme intelligible éternelle, ne suffit pas à expliquer la différence entre le modèle et sa copie. Pour résoudre ce problème, Platon est amené à distinguer une dernière cause : le matériau, notion mystérieuse définie comme l’espace réceptacle du devenir, qui fournit un emplacement à tout ce qui naît. Le matériau est soumis à la nécessité ; le démiurge tente de convaincre la nécessité de produire en vue du Beau et du meilleur. Les choses sensibles apparaissent alors comme des reflets des formes intelligibles sur le matériau.

Les quatre causes chez Aristote

Dans la Métaphysique, Aristote définit le philosophe comme celui qui connaît les causes des êtres. Il démontre la nécessité de quatre types de causes, toutes les autres pouvant se ramener à une combinaison de celles-ci, et montre que ses prédécesseurs n’en avaient entrevu que deux ou trois dans le meilleur des cas :

- La cause matérielle est la matière immanente dont une chose est faite, c’est le substrat ou le sujet.
- La cause formelle est la forme, la figure, le paradigme, et enfin la définition de la quiddité.
- La cause effective ou motrice est le principe du mouvement, le principe premier du changement et du repos.
- La cause finale est la fin, c’est-à-dire le principe qui oriente en vue d’un but (le bien).

La matière et la forme composent pour donner la substance ; si la pensée peut en séparer la forme il lui est difficile d’envisager la matière par elle-même. En effet la matière, par exemple le corps, subit des affections et trouve le principe de son mouvement dans un autre être que lui-même (la matière n’est pas déterminée en soi, mais elle peut le devenir). La matière est donc en puissance, elle est parfois vue comme possibilité de changement ; c’est un substrat en attente d’une forme.

Si la matière et la forme étaient connus avant Aristote, il dit avoir découvert le principe du mouvement (que peu avaient vu, ou mal) et la cause finale. Le principe du mouvement est étroitement lié à la nature : sont natures les essences qui ont en tant que telles et en elles-mêmes le principe de leur mouvement (c’est une nature immanente). Enfin la cause finale est celle qui fait s’achever les choses en vertu d’un principe, le bien.

Artificiel et Naturel

Le thème du démiurge et de l’idée, du moins la relation de modèle à la fabrication, est violemment critiquée par Aristote dans sa Physique. Si l’Univers est créé de cette manière, alors on ne saurait distinguer l’artificiel du naturel, chose qu’Aristote ne peut se résoudre à admettre.


Les différentes acceptions de l’Être

Platon ne fait pas de métaphysique. L’héritage d’Héraclite le conduit à parler du monde sensible, en perpétuel devenir autre, en tant que physicien. Mais les rapports qu’il établit, les proportions, renvoient à l’éternité même des idées, il parle alors en tant que mathématicien. Le Même, l’Autre et l’Être se fondent en une unité. L’éternité de l’Être est affirmée mais le thème reste encore voilé, bien que Platon soulève le voile en de rares occasions. Par exemple, le temps est une image mobile de l’éternité. L’être est éternel et il y a génération, devenir, temporalité, à partir de lui.

Aristote objecte à la Physique et aux Mathématiques de ne s’occuper que de substances particulières. La Science Première doit selon lui embrasser l’universel et ce qu’il y a de plus général dans l’Être. La Métaphysique est le nom donné à cette science : c’est la science de l’Être en tant qu’Être. Sa première division, division la plus haute puisqu’elle s’occupe des essences éternelles et séparées, est la Théologie. L’être s’entend en autant d’acceptions qu’il y a de catégories : il est équivoque. Mais il revêt quatre aspects principaux :

- L’Être comme catégorie. Les catégories sont les modes de l’être. Il y a incommunicabilité des catégories, irréductibilité. Aristote en donne une liste fixée à dix termes : essence, quantifié, qualifié, relatif, quelque part, à un moment, se trouver dans une position, avoir, agir, pâtir.

- L’Être des quatre causes (causes matérielle, formelle, efficiente et finale)

- L’Être en Puissance et en Acte. Pour reprendre un exemple souvent cité par Aristote, la statue est en acte, mais l’airain à partir duquel elle a été produite est en puissance. Il différencie déjà le possible de la puissance (le possible n’est pas réel).

- L’Être comme Vrai. C’est un aspect occulté par Aristote, car il conçoit le vrai comme issu d’une affection de la pensée, qui unit et sépare les choses, et non comme une propriété de l’Être lui-même.

Il y a un dernier aspect : l’Être au sens d’accident. Sa cause est indéterminée, car c’est le hasard qui préside aux accidents des essences. Pour Aristote il n’y a pas de science de l’accident, car la science s’occupe de ce qui est soit universel, soit habituel (ce qui se produit « le plus souvent »).
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Message par neopilina le Sam 31 Oct 2009 - 14:31

Salut Bergame,

Suite au lieu filé dans PhiloForum, j'ai lu ton texte. Il est très bien, clair, pédagogique, et ce n'est pas donné à tout le monde: bldchamps m'a filé un sérieux coup de main pour mon interprétation du Poème du Parménide, j'avais initialement pondu un pavé parfaitement rédhibitoire.

Je voulais faire juste deux remarques amicales: Platon fait de la métaphysique, notamment dans le "Sophiste" où il apporte sa propre réponse à la crise éléate, qui ne sont donc pas des physiciens!

Amicalement.


Dernière édition par neopilina le Sam 31 Oct 2009 - 14:35, édité 1 fois (Raison : Précisions.)
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Message par Bergame le Dim 1 Nov 2009 - 20:21

Salut neo, bienvenue. Et merci pour le compliment, que j'accepte d'autant plus facilement que le texte n'est pas de moi, mais d'"Olaf", du défunt forum Philautarchie. :)
Ca marche pour la qualification des Eléates.

_________________
...que vont charmant masques et bergamasques...
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Message par neopilina le Dim 29 Sep 2013 - 14:11

neopilina a écrit:Salut Bergame,

Suite au lieu filé dans PhiloForum, j'ai lu ton texte. Il est très bien, clair, pédagogique, et ce n'est pas donné à tout le monde: bldchamps m'a filé un sérieux coup de main pour mon interprétation du Poème du Parménide, j'avais initialement pondu un pavé parfaitement rédhibitoire.

Je voulais faire juste deux remarques amicales: Platon fait de la métaphysique, notamment dans le "Sophiste" où il apporte sa propre réponse à la crise éléate, qui ne sont donc pas des physiciens!

Amicalement.
Wouarf, hier soir je jetais un oeil sur ce qu'on a chez " Aristote ", un peu chiche. Mais bon, je retombe sur le message sus-cité ! En considérant les données de feu " PhiloForum " comme perdues, ça doit être une de mes plus anciennes traces sur le net !

Les éléates sont des ontologistes, des métaphysiciens, pur sucre. Ils sont les premiers à comprendre que les deux formes de discours doivent être séparées, d'où le poème de Parménide, en deux parties.

_________________
C'est à pas de colombes que les Déesses s'avancent.
" Tout Étant est à la fois a priori Donné ( C'est, il est, et ça suffit pour commencer. ) et Suspect, parce que Mien ", " Savoir guérit, forge. Et détruit tout ce qui doit l'être ", ou, équivalents, " Tout l'Inadvertancier constitutif doit disparaître ", " Le progrès, c'est la liquidation du Sujet empirique, notoirement névrotique, par la connaissance ". " Il faut régresser et recommencer, en conscience ". Moi.
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Message par Invité le Lun 18 Juil 2016 - 6:14

Bergame a écrit:Ce qui se passa dans le monde autour du Ve siècle avant J.-C. reste un mystère. Il semble qu’à cette époque, la pensée se soit éveillée en Grèce, en Perse, en Chine avec la même insistance, bien qu’elle ait été explorée sous des façons bien différentes.
Dans « Zarathoustra et la transfiguration du monde », Paul du Breuil explique que l’éclosion de la philosophie grecque s’est faite grâce à l’éthique zoroastrienne  des rois achéménides qui toléraient la diversité des cultures et favorisaient la circulation des idées.  Leur empire s’étendait de l’Asie centrale au nord et de l’Afghanistan et l’Indus à l’est jusqu’à la mer Égée à l’ouest, et à l’Égypte et la Libye au sud.

Tous les grands philosophes grecs (Pythagore, Héraclite, Parménide, Socrate, Platon, Aristote), mais aussi Bouddha, Lao Tsé et Confucius, ont  vécu pendant l’empire perse des achéménides qui a duré  de -550 jusqu’à -330.

L’éthique du zoroastrisme ou mazdéisme réformé influença non seulement les Grecs mais aussi les Juifs (libération de Babylone et second temple de Jérusalem) et notamment la secte juive des esséniens dont sont issus Jean Baptiste et Jésus.

La destruction de l’empire perse par Alexandre appelé « le Grand », qui avait eu Aristote comme précepteur, mit fin au courant civilisateur de connaissances et de sagesses venues d’Orient.
Paul du Breuil a écrit:La pensée formelle d’Aristote trouva son prolongement fidèle dans la façon dont Alexandre et ses troupes allaient se comporter en Asie « babare », laquelle finalement allait l’engloutir.

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