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Fichte les prétentions

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Message par hks Sam 23 Jan 2021 - 21:37

à neopilina
parce que tu a cité Fichte dans les étrangetés rapportées par Hks je vais citer ce texte de 2 éminents spécialistes de Fichte

Article https://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2011-3-page-297.htm?contenu=article

je pense que le texte est d 'Isabelle Thomas- Fogiel

J'ai séparé en 2 partes ( première partie en italiques)
La seconde partie est plus fondamentale

Peu de philosophes insistèrent autant que Fichte sur l’importance de la distinction entre la « lettre » et l’« esprit ». En effet, non seulement Fichte soutint, comme une règle d’interprétation générale valant pour toute philosophie, le principe selon lequel « quand on ne peut plus progresser dans l’interprétation d’une philosophie selon la lettre alors il nous faut l’interpréter selon l’esprit [1]  », mais encore il a, pour sa propre philosophie, adopté un mode de présentation qui sollicite la force de son infortuné lecteur à aller au-delà de la lettre souvent déconcertante. C’est ainsi qu’il ne fait pas mystère de forcer son lecteur à saisir l’« esprit » de sa philosophie et même revendique son entreprise en adoptant un mode de présentation qui « évite la lettre figée » et qui, par là, force quiconque à tenter de comprendre la Wissenschaftslehre (Doctrine de la science : WL) en comprenant comment « penser par soi-même ».

Cette ferme conviction relative à la différence entre l’esprit et la lettre de la WL ainsi que la différence évidente de chacune des différentes présentations nous aide donc à reconstituer le puzzle fichtéen ainsi que son habitude – si horripilante pour son exégète – d’adopter de nouveaux modes de présentation et un nouveau vocabulaire technique à chaque nouvelle présentation de son système, pratique que Fichte défend comme étant l’outil le plus approprié pour décourager le lecteur qui se voudrait penser comme « maître de la WL » en mémorisant uniquement un quelconque glossaire de termes techniques [2] . C’est pourquoi, il explique :

« Ma philosophie se peut expliquer en de multiples manières. Chacun prendra une voie différente pour la penser et chacun devra la penser de manière différente pour la penser tout court. Je considère mes propres présentations comme imparfaites. Certes, je sais qu’il s’y trouve de belles étincelles mais non la véritable flamme. Cet été [i.e. en 1796] je l’ai complètement retravaillée pour mes conférences… Combien de temps réviserai-je ma présentation ? La nature a compensé mon manque de précision en me gratifiant d’une capacité à voir les choses de plusieurs manières différentes et en me dotant d’un esprit plutôt agile [3] . »
Au fur et à mesure que les années accumulaient les mésinterprétations et les erreurs quant à sa propre philosophie, Fichte devenait de plus en plus sceptique sur sa capacité à transmettre en peu de mots – et particulièrement peu de mots imprimés – l’essence de sa pensée. Ce fait semble, incidemment, avoir été la raison principale pour laquelle, une fois arrivé à Berlin, il se résolut à ne publier aucune de ses nouvelles versions de la WL et choisit de se tenir à une simple présentation orale, afin, nous dit-il, « que les mésinterprétations qui pourraient survenir soient repérées et éliminées sur-le-champ [4]  ». D’un autre côté, il affirmait juger de la réussite de ses propres présentations à partir de la manière dont chacun semblait pouvoir, de manière pertinente ou non, accomplir son propre dessein, cela en conduisant, voire en provoquant, son auditeur ou son lecteur « à penser la WL par eux-mêmes ».

Dans les remarques qui suivent, je souhaiterais prendre Fichte au mot relativement à sa distinction entre la lettre et l’esprit de sa philosophie et tenter de résumer, bien que cela soit à grands traits, ce qui me semble constituer cet esprit de la WL d’Iéna.


Par ce terme « WL d’Iéna », j’entends désigner cette version de sa philosophie que Fichte a construite et proposée, dans ses cours et écrits, durant son enseignement à l’université d’Iéna, de 1794 jusqu’à 1799 [5] . Quelques spécialistes de ce champ contesteront, sans doute, ma volonté de parler d’un « esprit d’Iéna », sous prétexte qu’existent des différences significatives entre les écrits de la première et de la dernière période d’Iéna [6] . D’autres s’élèveront, pour des raisons opposées, contre ma proposition implicite selon laquelle l’« esprit d’Iéna » serait, dans sa manière même, significativement différent de l’esprit des WL plus tardives comme celles de Berlin, Erlangen ou Königsberg. Il n’est pourtant pas de mon propos ici d’engager une dispute de spécialistes sur ce point précis. Ce pourquoi, je déclarerai simplement : (1) que, de fait, je trouve que les différences entre les premières et dernières versions de la WL sont grandes et significatives et (2) que je trouve que les différences entre les premières et dernières versions de la période d’Iéna sont, en revanche, mineures et superficielles. Ce point précisé, il m’est maintenant loisible de passer à l’exposition de mes thèses concernant cet esprit de la WL d’Iéna.

1. La fondation pratique comme système de la liberté
La première WL est, avant tout, un système ou une philosophie de l’homme qui, à dire vrai, est un système de la liberté finie. Fichte n’a eu de cesse que d’affirmer que la philosophie transcendantale ne peut pas plus démontrer la réalité de la liberté qu’elle ne peut démontrer la réalité des limitations pratiques, qui sont appréhendées soit comme sentiment sensible, soit comme injonction catégoriquement morale de l’auto-limitation. De fait, tout commence avec la conviction pratique de la réalité de la responsabilité morale et avec le caractère non illusoire de la liberté. Pour Fichte donc, comme pour Kant, la célèbre thèse de la primauté de la raison pratique est, d’abord et au plus haut point, une thèse concernant la primauté de certains intérêts sur d’autres, et non pas seulement l’affirmation d’une primauté de la raison pratique sur la raison théorique dans la constitution de l’expérience. Au contraire, Fichte est convaincu de ce qu’on pourrait appeler une équivalence de primauté (une « équi-primauté », equi-primacy) de l’une par rapport à l’autre.

Cette reconstruction pour laquelle la manière transcendantale de philosopher doit, comme chacune des autres activités humaines, être fondée sur un intérêt pratique (et plus spécifiquement sur notre intérêt à affirmer notre propre liberté) a une portée directe quant à l’interprétation des différentes variétés du fondationnalisme fichtéen. Fichte croyait, d’une part, que la tâche qui consiste à chercher un fondement ultime à l’expérience est une tâche que la raison ne peut éviter dans la mesure où cette tâche est contenue dans le concept de raison elle-même, et maintient donc ce qu’on appelle la question de possibilité du fondement de l’expérience, qui d’une certaine manière doit être appelée la question de la véritable possibilité de la philosophie elle-même. Mais, d’autre part, son adhésion au fondationnalisme philosophique est réellement tempérée par les nombreuses occurrences relatives à l’inévitable circularité ou au caractère auto-référentiel (self referential character) de ses déductions philosophiques [7] , comme de la claire affirmation de l’indémontrabilité, du point de vue spéculatif, du premier principe.

deuxième partie
La philosophie doit donc proposer quelque fondement ultime d’explication mais le premier principe de la WL d’Iéna (c’est-à-dire l’affirmation d’un moi fini ou posé par sa propre liberté) n’est pas démontrable ni évident par soi. En effet, de même que la liberté du moi lui-même, le premier principe en question doit être activement posé comme premier principe pour une déduction transcendantale des conditions nécessaires de possibilité de l’expérience. Par suite, en philosophie, comme dans notre vie de tous les jours, au « commencement était l’action ».

2. Ouverture à l’expérience (la modestie essentielle du projet transcendantal fichtéen)
Au commencement donc il n’y a que l’acte, et l’« acte originaire » de la conscience décrit dans la WL d’Iéna ne peut se constituer lui-même sans quelque chose qui est simplement donné en tant que « simplement posé par » le sujet conscient : à savoir sa propre limitation originaire. Quoique ce point ait été mentionné à de multiples reprises, sa valeur doit être réaffirmée avec force car c’est un trait central de la WL, mais qui en même temps fut largement ignoré.

En un certain sens, la doctrine de Fichte relative au sentiment originaire (qui est simplement un nom moins abstrait pour ce qui est, ailleurs, caractérisé comme « choc » – Anstoss – nécessaire sur l’activité pratique du moi) joue le même rôle dans la WL que la doctrine décriée de l’extériorité des choses en soi jouait dans le dogmatisme et dans une certaine forme de kantisme vulgaire. Un trait essentiel et explicite de l’expérience est la contingence pure et simple ou donnéité (giveness). En effet, l’argument de la WL d’Iéna est que le domaine de la contingence est une des conditions nécessaires de possibilité de la liberté elle-même. À la différence des choses en soi, donc, le choc est un trait de la conscience elle-même. Les sentiments sont par définition des modifications du sujet, bien qu’involontaires et contingentes.

Le domaine du donné (the Given) est donc intrinsèquement subjectif. Ce qui est donné n’est pas quelque chose d’extérieur au moi. Dans le contexte de la WL, le terme « sentiment » ne saurait désigner une affection passive du moi par quelque chose au-delà de lui-même. En effet, ce terme désigne « l’interaction la plus primordiale du moi avec lui-même, qui précède même le non-moi ; dans le sentiment du moi sentant lui-même activité et passivité sont unies en un seul moment [8]  ».

Assurément aucune philosophie transcendantale ne peut expliquer pourquoi nous nous découvrons nous-mêmes comme limités ou « choqués » (angestossen) de telle manière déterminée plutôt que d’une autre. La philosophie ne peut me dire pourquoi je suis la personne singulière que je suis ni pourquoi mon monde possède telles propriétés empiriques déterminées. Ce sont là questions sans réponse possible. Pour trouver qui je suis et ce qu’est le monde, il me faut m’ouvrir à l’expérience, à ce domaine de ce qui est purement et seulement empirique et contingent. Ici, comme Fichte l’avoue franchement, « nous sommes arrivés au point où la déduction ne peut aller plus loin ».

La reconnaissance des limites du philosopher a priori atteste de la modestie caractéristique du projet fichtéen, au regard du moins des penseurs qui lui succédèrent, tels Schelling ou Hegel [9] . Critiquer la WL, comme Josiah Royce le fait, en arguant de son incapacité à expliquer pourquoi il y a une ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter [10] , revient simplement à afficher son incapacité à comprendre la différence entre les projets de Schelling ou de Hegel – avec la célébration débridée de l’autonomie de la raison spéculative, ou l’embrassement enthousiaste de la philosophie de la nature a priori – et la moindre prétention, plus authentiquement transcendantale, des projets rivaux de Fichte et Kant. Si sa modestie spéculative a pu faire apparaître la WL comme unilatérale aux yeux de certains philosophes fameux du xixe siècle, il est licite de penser que les philosophes plus contemporains trouveront dans ce même constat des limites de la philosophie l’un des traits les plus attractifs de la WL de 1794.

Une autre manière d’exprimer le même point de vue est d’endosser la caractérisation bien connue de Hegel selon laquelle la WL serait une philosophie de la réflexion. À la différence des idéalistes absolus et des métaphysiciens spéculatifs, l’auteur de la philosophie d’Iéna accepte le fait que la pensée représentante est la seule sorte de pensée qu’il y ait, que ce soit dans la vie ordinaire ou dans la philosophie transcendantale. Philosopher ne signifie pas être capable, pas plus que dans n’importe quelle autre activité, de transcender ce que Fichte appelle « le cercle en lequel chaque entendement fini, c’est-à-dire chaque entendement fini que nous puissions concevoir, est confiné 11]

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Message par neopilina Sam 23 Jan 2021 - 22:15

hks a écrit:à neopilina,

Parce que tu a cité Fichte dans les étrangetés rapportées par Hks, je vais citer ce texte de 2 éminents spécialistes de Fichte.

Je n'ai pas dit " étrangetés ", j'ai dis " choses troublantes ", et après lecture (Fichte voit bien qu'il faut bien revenir à l'expérience au sens le plus premier du terme, etc., c'est rempli de choses effectivement intéressantes, " troublantes ", pour ce genre de discours), je confirme, si je devais choisir un de ceux-là, ça serait Fichte. Et je me suis montré prudent : s'il y a une " Issue " par là, du coté transcendantal, je ne suis pas de ceux qui peuvent en juger. Il me paraît tout de même bien clair que Fichte explore les possibilités et limites ultimes de ces philosophies, de cette voie. Se coltiner tous les étages possibles et imaginables pour pouvoir renouer avec le " Rez de chaussée " m'a (moi qui y suis si bien installé) toujours paru stupéfiant : ça me fait l'effet d'un bistouri (!), j'ai mal à Mon Cordon !!

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