Eliade - Chaos et Cosmos

Aller en bas

Eliade - Chaos et Cosmos Empty Eliade - Chaos et Cosmos

Message par Vargas le Sam 26 Jan 2008 - 12:11

j'ai lu il y a quelques semaines Le sacré et le profane, de Mircea Eliade.
Un résumé assez thématique de ses études phénoménologiques et historiques des faits religieux.

Il y a un détail qui m'a marqué.
Il se trouve au sein de la place et de la représentation de l' "homme situé dans le monde.

L'être au monde de l'homo religiosus est marqué par la présence du divin, et par le rapport à la création.
En ce sens, il ne peut pas y avoir de chaos. Tout est ordonné.
Dieu peut rester silencieux. Il s'agit d'une épreuve.
Le malheur peut s'abattre sur des innocents. Mais tout a un sens, tout répond à un ordre.
La malédiction elle-même provient du sacré perturbé.

En revanche, le profane, l'athée, historiquement, a embrassé un monde chaotique, sans ordre apparent.
Lui apportant du sens "à partir de rien", extrapolant des règles sans un fondement éternel. Le comprenant comme le monde du tatonnement, des expériences sans certitude dernière.
C'est Oedipe qui se crève les yeux, prenant sur lui la faute, la revendiquant sans qu'on sache bien si c'est la malédiction qui porte sur lui, ou si c'est le seul moyen pour lui de ne pas en être atteint.

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Héraclite, à ce sujet.
Acceptation du chaos, harmonie des contraires, ordre retrouvable dans le relatif.

L'espace sacré exprime une homogénéité spatiale.
Il s'agit de rester en rapport avec le lieu du sacré.

Le temple rappelle la montagne.
L'autel installé chez soi, qu'il serve de lieu de recueil personnel ou encore de lieu de commémoration des ancètres rappelle le temple.
Corps-maison-Cosmos.

Il y a toujours un centre du monde.
Un lieu à partir duquel s'organise le monde, un point d'appui à partir duquel reforger le monde et assumer la création (qu'on pense à la fondation de Rome).
Ainsi que le temps sacré des mythes et de la cosmogonie qu'il est possible de rendre présent.
Le mythe est exemplaire, et le temps sacré réversible.
Un lieu et des temps ont été ceux de la fondation et/ou de la révélation.
S'ensuivent ceux de la consécration à perpétuer.
Asinsi en était-il des conquistadores catholiques à l'égard du nouveau monde, pour qui il s'agissait d'ordonner ces terres, d'y rétablir la communication avec l'espace sacré pour une nouvelle naissance.

En dehors, l'espace profane ne dit rien, il est relatif et changeant tandis que :
"le sacré est le réel par excellence, à la fois puissance et efficience, source de vie et de fécondité".
l'homo religiosus veut vivre de la réalité objective, se prémunir des illusions du monde et cherche ce fondement dans la sacralité.

Il en est de même pour la durée profane que pour l'espace, elle aussi non-homogène, elle aussi terre inconnue (que nous dit Bergson sur la durée ?).




Cela m'évoque le début d'Itinéraire, de Pessoa (ici dans la traduction de La Pléiade) :

N'importe quel chemin nous conduit toute part.
N'importe quel point est centre de l'infini.
Et c'est pourquoi, de quelque façon ou manière
Que l'on s'en aille ou reste, du corps ou de l'esprit,
Tout est statique et mort. Il n'est que l'illusion
Qui ait un passé, un futur : nous y errons.
Nulle route sinon dans la sensation.
Nous ne cheminons qu'à l'intérieur de nous-mêmes.

_________________
--------------------------------------------------------------------------------
L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

hks : On le sait bien, une fois que un tel est parti (faché) on se retrouve seuls comme des imbéciles.
Vargas
Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Nombre de messages : 910
Localisation : Vocalisation
Date d'inscription : 01/09/2007

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum