L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne

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Message par toniov Sam 19 Juin 2021 - 23:23

On peut trouver des similitudes entrés les différentes religions.
Mais par exemple, le bouddhisme ne s'accorde absolument pas avec le christianisme dans la perception du " divin ".
Le bouddhisme rejette l' idée d'un dieu personnel alors que le christianisme en fait l' un des fondements de sa théologie ( enfin, je crois ... ).
Je veux dire par " dieu personnel " , un dieu qui s' intéresse directement à la personne.
Pour le bouddhisme, le monde est illusoire ( et dons aussi la personne ) et il n' existe aucune permanence.
Alors que pour le christianisme l' idée de résurrection contredit la logique de l' impermanence. Il y a une permanence possible en dieu.
Le bouddhisme me semble beaucoup plus procéder de la rationalité alors que le christianisme s' adresse directement aux aspirations de la conscience humaine  aussi irrationnelles qu'elles soient.

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Message par Jans Dim 20 Juin 2021 - 0:10

Stephen L. Harris affirme que Jean décrit Jésus comme « une brève manifestation du Verbe éternel, dont l'esprit immortel reste toujours présent auprès du chrétien fidèle ». Une autre théorie, issue de l'école anglo-saxonne, enracine le caractère hypostatique du Logos de Jean dans la tradition juive issue de Philon d’Alexandrie et de l'école néo-platonicienne d'Alexandrie. Pourtant, l’Évangile selon Jean le montre aussi comme un être profondément humain qui éprouve des émotions telles que la tristesse et la joie, la lassitude et l'élan, la compassion et la colère.
Pardon, mais je comprends mal cette façon de s'appuyer sur des inconnus puisés dans le web pour nourrir sa propre réflexion métaphysique. Je me fous de ce que ce monsieur Stephen Harris peut penser, je ne le connais pas. Quant au prétendu enracinement du "caractère hypostatique" du LOGOS dans la tradition juive, c'est vraiment dire n'importe quoi. Je sais de quoi je parle : de sujets étudiés depuis des années en plusieurs langues (ce qui est du reste indispensable).
Philon d'Alexandrie a été très gêné par l'esprit étroit pour ne pas dire sectaire du judaïsme traditionnel, dont il percevait les limites et les insuffisances. Tenter de traduire en métaphysique platonicienne la tradition juive, fut sûrement pénible et pas toujours convaincant. Comment montrer qu'une vision du monde et de l'éternité (la platonicienne) est supérieure aux croyances ancestrales (mais très limitées) de son propre peuple, les Hébreux, tout en restant fidèle à ces dernières ?
Car, enfin, à moins de ne rien savoir, dire que le Logos de Jean n'est que le dabar divin créateur montré dans la Genèse (conception juive et texte tardif), qui crée par sa parole, est une vision tellement réductrice, que certains Pères de l'Église se sont élevés très tôt contre cette compréhension du Logos comme simple Parole, et donc contre la traduction de saint Jérôme par Verbum, qui, malgré toutes les contorsions subies au cours des siècles, est très réducteur par rapport à l'immensité du terme LOGOS — que certains Pères préféraient laisser tel quel. Mais le concile de Trente (milieu du XVIIè siècle) a figé le Vrai chez St Jérôme, et c'est tout.
Vous effleurez des civilisations et religions différentes, mais, pardon de vous le dire, vos connaissances du christianisme semblent singulièrement limitées.
Cela dit, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir grâce à vous la spiritualité ignatienne.
Pardon d'être aussi direct : Quand on a la prétention de traiter philosophiquement de sujets aussi importants, il faudrait disposer de connaissances sérieuses. Sinon on est condamné à émettre des feux de Bengale, quand le sujet demande des feux sacrés.
Je n'ai pas du tout votre puissance d'abstraction ni de logique, mais il y a des limites à parler de ce que l'on connaît très mal.

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Message par Vanleers Dim 20 Juin 2021 - 9:31

toniov a écrit:On peut trouver des similitudes entre les différentes religions.
Mais par exemple, le bouddhisme ne s'accorde absolument pas avec le christianisme dans la perception du " divin ".
Le bouddhisme rejette l' idée d'un dieu personnel alors que le christianisme en fait l' un des fondements de sa théologie ( enfin, je crois ... ).
Je veux dire par " dieu personnel " , un dieu qui s' intéresse directement à la personne.
Pour le bouddhisme, le monde est illusoire ( et donc aussi la personne ) et il n' existe aucune permanence.
Alors que pour le christianisme l' idée de résurrection contredit la logique de l' impermanence. Il y a une permanence possible en dieu.
Le bouddhisme me semble beaucoup plus procéder de la rationalité alors que le christianisme s' adresse directement aux aspirations de la conscience humaine  aussi irrationnelles qu'elles soient.

Bien entendu, le bouddhisme n’est pas le christianisme mais, comme je l’ai déjà écrit, je trouve passionnant et, j’ajouterai, enrichissant de les confronter.
Je pense que l’on comprend mieux, et le christianisme, et le bouddhisme, en les examinant simultanément.
C’est sur ce principe que j’aborde, dans ce fil, la spiritualité ignatienne et l’Ethique de Spinoza, et la confrontation s’avère féconde.

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Message par Vanleers Lun 21 Juin 2021 - 12:39

Au début des Exercices spirituels, Ignace de Loyola écrit un « Principe et fondement » qui « fait entrer dans l’expérience des Exercices, est le commencement et l’esprit de tout leur cheminement » (voir référence plus loin).

Ignace de Loyola a écrit:L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre, sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.
D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elle l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin. Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et ne lui est pas défendu ; de telle manières que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés.

Le « Principe et fondement » est la base d’une éthique, c’est-à-dire d’un art de vivre, selon la spiritualité ignatienne.
Il fait l’objet d’un commentaire d’Adrien Demoustier en :

https://www.jesuites.com/le-principe-et-fondement-exercices-spirituels/

On fera part, ici, de quelques réflexions sur ce commentaire.

1) « L’homme est créé »
Le verbe est au présent ce que l’on peut rapprocher de la deuxième manière d’être selon Spinoza, c’est-à-dire « l’existence même des choses singulières en tant qu’elles sont en Dieu » (Ethique II 45 sc. - voir aussi V 29 sc.)

2) « pour louer... »

« Dans l’acte de louer, nous reconnaissons implicitement que ce que nous considérons est bien et bon », écrit A. Demoustier.
Autrement dit, Ignace nous invite à célébrer la Vie, à « habiter le monde en poète » pour reprendre une expression de Hölderlin citée dans des posts précédents.

3) « sauver son âme »

Adrien Demoustier a écrit:Il ne s’agit ni de se dissoudre en Dieu ni de se prendre soi-même comme fin, il s’agit de recevoir totalement de Dieu la grâce d’être entièrement soi-même. En louant, respectant et servant, l’homme donne à Dieu d’être Dieu et, dans un même mouvement, donne à lui-même d’être pleinement homme.

En louant, respectant et servant Dieu, l’homme se décentre radicalement de lui-même, se libère de son moi.
Le Principe et fondement d’Ignace est essentiellement libérateur.
C’est ce qu’écrit Spinoza dans le scolie d’Ethique V 36 : notre salut, autrement dit notre liberté, consiste dans un amour constant et éternel envers Dieu, c’est-à-dire dans l’amour de Dieu envers les hommes.

A suivre

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Message par Vanleers Mar 22 Juin 2021 - 10:01

Je poursuis la réflexion sur le Principe et fondement d’Ignace de Loyola et son commentaire par Adrien Demoustier.

1) Je reviens à l’expression : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme ».
Que faut-il entendre par « sauver son âme » ?
Spinoza nous éclaire dans le scolie d’Ethique V 36 où il pose comme équivalents : salut, béatitude et liberté
Je dirais donc que sauver son âme, c’est vivre dans la béatitude et la liberté.
Plus simplement, louer, révérer et servir Dieu nous libère de nous-mêmes et nous donne la plus grande joie : c’est ça, sauver son âme.

2)
Adrien Demoustier a écrit:Or n’étant pas Dieu, l’homme n’est pas pure relation de sujet à sujet, il est à la fois objet et sujet, il participe aussi du monde des choses. Ainsi l’enjeu de l’existence – la suite du texte l’exprimera clairement – est de se libérer d’un attachement désordonné aux choses, y compris à l’égard de ce qui en nous et en nos semblables participe du monde des choses afin de les utiliser pour choisir Dieu, qui seul permet la relation de sujet à sujet, de soi avec Dieu et de soi avec l’autre homme. L’homme se situe en une position intermédiaire puisqu’il est chose et sujet et, sous ce dernier rapport, comme Dieu. Le rapport aux choses ne doit pas l’absorber mais le révéler comme sujet.

En remplaçant « sujet » par « personne » et « objet » par « chose », le Principe et fondement nous libère de la réification et nous ouvre à la personnalisation, notamment à la relation de personne à personne avec les autres hommes.
On peut parler ici de « développement personnel » si l’on entend par là une personnalisation obtenue par la spiritualisation, qui est une humanisation de l’homme.
Diverses pratiques de développement personnel gagneraient à intégrer explicitement une dimension spirituelle et humanisante à leurs actions.

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Message par Vanleers Lun 28 Juin 2021 - 10:53

Pierre Zaoui a écrit un article intéressant Spinoza et la joie en :

https://www.philomag.com/articles/spinoza-et-la-joie

L’auteur rappelle que, selon Spinoza, les joies sont toujours bonnes lorsqu’elles sont issues de la compréhension juste des choses :

Pierre Zaoui a écrit:Tout d’abord, Spinoza fait attention à clairement distinguer entre deux sortes de joie : les passives et les actives. Or, les premières, issues de nos rencontres de hasard, sont toujours bonnes en soi mais aussi toujours dangereuses tant elles dépendent des moindres variations du hasard : que l’on nous retire ce (ceux) que nous aimons tant, et nos plus grandes joies deviennent nos plus grands supplices. Les secondes, en revanche, issues de la raison, de la compréhension juste des choses, c’est-à-dire de ce en quoi elles sont vraies et d’une certaine manière éternelles, sont fiables et ne varient pas. En elles seules, on peut donc trouver notre salut ou notre liberté ; elles sont le contraire d’une foi, d’une soumission passive, puisqu’elles sont pures actions, tout comme le bonheur chez Aristote se définissait comme action et non comme récompense.

Plus loin, Pierre Zaoui insiste à nouveau sur « la compréhension adéquate des êtres et des événements singuliers de ce monde » d’où peuvent naître de vraies joies :

Pierre Zaoui a écrit:Il ne faut donc pas se tromper sur la philosophie spinoziste de la joie. Ce n’est pas la philosophie optimiste d’une époque bienheureuse où l’on pouvait encore croire, sinon au meilleur des mondes possibles, du moins au progrès et à la marche irrésistible du bonheur sur terre. C’est une philosophie ni optimiste, ni pessimiste, qui prône bien moins « la » joie en général que la compréhension adéquate des êtres et des événements singuliers de ce monde, compréhension d’où peuvent s’extraire des joies actives et multiples qui prennent très vite des noms bien plus précis que celui de joie.

Ignace de Loyola appelle « consolation » la vraie joie et la rapporte à Dieu.
La consolation est un affect qui, selon l’axiome 3 de la partie II de l’Ethique, s’accompagne nécessairement d’une idée.
Comprendre que la consolation vient de Dieu, c’est avoir l’idée que le monde  est créé par Dieu, idée adéquate dans la spiritualité ignatienne.

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Message par Vanleers Lun 28 Juin 2021 - 16:22

La vraie joie, selon Spinoza, est la joie active issue de la compréhension juste des choses (Zaoui, cf. post précédent).
Ignace de Loyola l’appelle « consolation ». Cette joie possède « une tonalité particulière, celle d’être vécue comme action de grâce, dans la clarté et la reconnaissance du don de Dieu » (Adrien Demoustier – Vers le bonheur durable p. 33).
On pourrait l’appeler une « joie cosmique » qui naît lorsque l’homme est « conscient de soi, de Dieu et des choses » (Ethique V 42 sc.)

Cette joie véritable est à l’opposé de la schadenfreude, de la joie mauvaise à l’idée du malheur d’autrui. Voir :

https://www.franceculture.fr/emissions/le-malheur-des-uns/schadenfreude-la-joie-mauvaise-a-lidee-du-malheur-dautrui

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Message par Vanleers Ven 2 Juil 2021 - 15:26

Dominique Collin, dans l'ouvrage déjà cité : L’Évangile inouï, soutient que le texte des évangiles nous appelle à vivre autrement, dans la joie :

Dominique Collin a écrit:Il y a donc une manière d’entendre l’Écriture ou, plutôt, de ne pas l’entendre, qui se contente de la lire (et cette lecture peut être rigoureuse, appliquée, savante ou bien pieuse) sans y entendre qu’elle nous met au défi d’exister : qu’advient-il de toi ? Ou, encore : sans accepter que l’écoute du texte nous mette hors de soi (il faudrait dire : hors de son « moi ») comme le furent les femmes « expulsées » par le tombeau vide. Le texte me met hors de « moi » quand j’accepte d’être atteint par les effets déstabilisants qu’il provoque, à savoir des effets de déprise : d’interrogation, de déplacement, de résistance aussi, mais surtout, de joie. En effet, grâce au travail de réfléchissement opéré par le livre-miroir des Écritures, une lumière nouvelle me fait voir ce qui, jusque-là, était obscurci, la possibilité d’exister autrement, de vivre vraiment. Il y a là l’expérience d’une joie nouvelle. Et plus ce réfléchissement s’approfondit, plus la joie s’active en moi. Alors, non seulement je comprends que le texte me comprend – et c’est déjà là source de joie –, mais en plus j’arrive à me comprendre vraiment comme un Soi orienté vers la joie. Ainsi, à elle seule, la lecture – et la compréhension nouvelle qu’elle fait naître – est source de joie. Joie qui s’approfondit et se répète dans ce qu’elle rend possible : la sortie de l’angoisse. Cet à-venir a pour nom la Joie. « Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude » (Jn 17, 13). Une parole nous est adressée de la part de la Joie, pour que nous comprenions que toute notre vie trouve en elle son Alpha et son Oméga.
Grâce à l’effet de déprise qu’offre la Joie, la tristesse qui consiste à maudire la vie – et donc, fatalement à se maudire soi-même – est « convertie » en bonheur d’exister. Bien sûr, la tentation du « dévivre » ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique. C’est là un fantasme du « moi ». C’est pourquoi il nous faut sans cesse réentendre la parole de la Vie, regarder à nouveau ce que nous entendons et ne pas laisser tomber dans l’oubli la compréhension nouvelle de notre Soi que le texte nous a révélée. On n’a donc jamais fini de s’exposer au miroir de la parole, de se comprendre à sa lumière. Ainsi l’écoute est comme la Vie : une reprise à l’infini. La Vie, en effet, est inséparable de ce qui commence au lieu de finir, de ce qui s’affranchit au lieu de rester emmuré, de ce qui est encore à dire au lieu de tenir à ce qui a été dit. (pp. 116-117)

On continuera la lecture de L’Évangile inouï avant de le confronter à l’Ethique de Spinoza.

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Message par Vanleers Sam 3 Juil 2021 - 9:27

On a vu, dans le post précédent, que Dominique Collin pose la question : « Quel effet cela fait-il d’entendre l’Évangile ? » et répond que c’est faire l’expérience d’une joie nouvelle.
Nous comprenons alors que « toute notre vie trouve en elle [la Joie] son Alpha et son Oméga ».
D. Collin développe et explicite ce point :

Dominique Collin a écrit:On comprend que « Fils » est une métaphore pour dire celui qui existe en recevant d’un Autre la grâce d’être justifié d’exister ; et que « Père » est la métaphore pour dire celui qui aime l’Autre de manière inconditionnée. Être « Fils » dit, de manière métaphorique, la Vie en tant qu’elle a le pouvoir de se dessaisir d’elle-même et le pouvoir de se reprendre. « Le Père m’aime parce que je me dessaisis de ma vie pour la reprendre ensuite » (Jn 10, 17).
Telle est bien la révélation inouïe qui nous découvre enfin qui nous sommes en réalité : « Et voici ce témoignage : Dieu nous a donné la Vie vivante et cette Vie est en son Fils. Qui a le Fils a la Vie ; qui n’a pas le Fils n’a pas la Vie » (1 Jn 5, 11-12). Oui, la Vie est dans un Fils qui reçoit qui il est d’un Autre et qui, de ce don sans cesse offert, fait de sa Vie une Vie donnée. En ce « Fils », chacun découvre son origine filiale, laquelle prend pour lui une valeur inestimable, que la réussite ou la renommée ne peuvent envier. Sa joie, alors, est complète puisqu’il entend, adressée à lui, la parole qui dit son origine : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai plaisir ! » (Mc 1, 11). Ainsi, le « commencement » de l’Évangile de Marc n’est pas le début d’une histoire ancienne mais la révélation toujours actuelle de ce qui est le « bon fond » de chacun : la parole qui fait de nous, « dès à présent, des enfants de Dieu » (1 Jn 3,2).
« En toi j’ai plaisir [eudokèsa] ! » Et si nous n’avions pas encore entendu que l’Évangile est l’annonce d’un plaisir tel qu’il lui donne dans toute sa plénitude le nom de Joie ? N’est-ce pas, en définitive, l’indice que nous sommes parvenus à cette compréhension nouvelle : le sentiment d’une Joie sans mesure ? Une Joie accordée à Soi. Qu’une telle Joie soit possible, surgissant de rien, que rien ne vient expliquer, est le signe le plus fiable de l’effet de la parole de la Vie. (pp. 120-121)

On essaiera de rapprocher ce texte de l’Ethique de Spinoza dans le prochain post.

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Message par Vanleers Dim 4 Juil 2021 - 9:28

Selon Dominique Collin l’Évangile est « la révélation inouïe qui nous découvre enfin qui nous sommes en réalité » : l’Évangile est « la parole qui fait de nous, « dès à présent, des enfants de Dieu » (1 Jn 3,2) ».
L’origine filiale des hommes trouve un écho dans l’Ethique lorsque Spinoza distingue deux modes d’existence et considère « l’existence même des choses singulières en tant qu’elles sont en Dieu » :

Spinoza a écrit:Ethique II 45 scolie :
Par existence je n’entends pas ici la durée, c’est-à-dire l’existence en tant qu’elle est conçue abstraitement et comme quelque aspect de la quantité. Car je parle de la nature même de de l’existence, qui est attribuée aux choses singulières parce que de l’éternelle nécessité de Dieu suivent une infinité de choses en une infinité de modes (voir prop. 16 p. I). Je parle, dis-je, de l’existence même des choses singulières en tant qu’elles sont en Dieu. Car même si chacune est déterminée par une autre chose singulière à exister d’une façon précise, cependant la force par laquelle chacune persévère dans l’existence suit de l’éternelle nécessité de la nature de Dieu. Sur ce point voir le corollaire de la proposition 24 de la première partie.

Si le langage de l’Évangile est poétique et utilise la métaphore pour marquer l’origine divine de l’homme, celui de l’Ethique est logique et rationnel et pose que Dieu est cause de l’être des choses (ratio essendi, expression empruntée à la scolastique dans le corollaire d’Ethique I 24).
L’Évangile invite l’homme à connaître ou reconnaître que son statut éthique est d’être un fils de Dieu que l’on peut appeler le Père, ou la Vie vivante (Zôê), la Source ou la Joie. « Une parole nous est adressée de la part de la Joie, pour que nous comprenions que toute notre vie trouve en elle son Alpha et son Oméga »  (D. Collin).
Le système de l’Ethique établit que le statut ontologique de l’homme est d’être un mode de la Substance que Spinoza appelle Dieu. C’est sur ce statut ontologique que Spinoza fonde une éthique de la joie.

Avec des approches et des vocabulaires différents, il y a une remarquable convergence entre l’Évangile et l’Ethique qui proposent, l’un et l’autre, une éthique de la joie fondée sur la connaissance vraie de Dieu.

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Message par Vanleers Mer 7 Juil 2021 - 9:20

Dominique Collin a fait un exposé sur « La foi comme conviction incertaine » qu’on peut écouter en :

https://www.youtube.com/watch?v=opO3RPIdaIk

Ce qui est surprenant, c’est que ce théologien dominicain considère que Nietzsche est l’un des grands théologiens du christianisme et même un docteur et Père de l’Église car il fut un grand pourfendeur d’un Dieu qui fait honte à l’homme.
Nietzsche dénonce ce Dieu dans la pensée 135 du Gai savoir que signale D. Collin :


Nietzsche a écrit:Ici l’on admet un Dieu puissant, d’une puissance suprême, et pourtant un Dieu vengeur. Sa puissance est si grande que l’on ne peut en général pas lui causer de dommage, sauf pour ce qui est de l’honneur. Tout péché est un manque de respect, un crimen læsæ majestatis divinæ — et rien de plus ! Contrition, déshonneur, humiliation — voilà les premières et dernières conditions à quoi se rattache sa grâce ; il demande donc le rétablissement de son honneur divin ! Si d’autre part le péché cause un dommage, s’il s’implante avec lui un désastre profond et grandissant qui saisit et étouffe un homme après l’autre, comme une maladie — cela préoccupe peu cet oriental avide d’honneurs, là-haut dans le ciel : le péché est un manquement envers lui et non envers l’humanité !

D. Collin appuie la thèse qu’il défend dans son exposé sur un autre extrait du Gai savoir :

Nietzsche a écrit:273
Qui appelles-tu mauvais ? — Celui qui veut toujours faire honte.
274
Que considères-tu comme ce qu’il y a de plus humain ? — Épargner la honte à quelqu’un.
275
Quel est le sceau de la liberté réalisée ? — Ne plus avoir honte devant soi-même.

« Épargner la honte à quelqu’un » est le leitmotiv de l’exposé et conduit D. Collin à poser la thèse que la foi chrétienne consiste à épargner la honte à quelqu’un.

Il termine son exposé en citant un passage de la pensée 29 de l’Antéchrist :

Nietzsche a écrit:Que signifie la « bonne nouvelle » ? La vie véritable, la vie éternelle est trouvée, on ne la promet pas, elle est là, elle est en vous : C’est la vie dans l’amour, dans l’amour sans déduction, sans exclusion, sans distance. Chacun est enfant de Dieu

Un mot de commentaire.

La honte (pudor) est une passion triste :

Spinoza a écrit:La honte est la tristesse qu’accompagne l’idée d’une de nos actions que nous imaginons blâmée par d’autres. (Ethique III déf. Aff. 31)

Épargner la honte à quelqu’un entre dans l’attitude plus générale consistant à ne pas attrister la vie, que l’on peut résumer par le commandement éthique :

« Tu n’attristeras pas la vie ».

Tournure négative comme dans le « Épargner la honte à quelqu’un », ce que note D. Collin, en le mettant en rapport avec les commandements de la Bible (« Tu ne ... »)

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Message par Vanleers Jeu 8 Juil 2021 - 9:10

Le commandement éthique : « Tu n’attristeras pas la vie », qui a une tournure négative, est supplanté par le précepte positif : « Vis dans la joie ».

Ce précepte est à la base de la spiritualité ignatienne qui se fonde sur le désir de vivre dans la consolation spirituelle, c’est-à-dire la joie.
Spinoza, lui, montre que l’essence de l’homme est le désir de vivre dans la joie et que la tristesse ne peut être réduite ou supplantée que par un affect contraire, c’est-à-dire par la joie.
Le précepte « Vis dans la joie » avait déjà été formulé dans l’Ancien Testament :
« J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Dt 30, 19).

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Message par Vanleers Mar 13 Juil 2021 - 9:42

Nicolas Rousselot commente les notions de « consolation » et « désolation » chez Ignace de Loyola dans un article en :

https://books.openedition.org/larhra/4634?lang=fr

Nicolas Rousselot a écrit:Ignace ira plus loin encore. Il ira jusqu’à appeler « consolation »« tout accroissement de foi, d’espérance et de charité, et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes ». L’âme n’arrive pas à une étape où, comme de l’extérieur, un bien spirituel lui est donné. Au contraire, la consolation est un moment et un mouvement où l’âme s’éprouve attirée. Le « quand » et le « tout » indiquent que la vie de chaque personne, dans toutes ses composantes, peut être l’occasion d’éprouver cette relation singulière qu’elle a nouée avec Dieu. Ce nouveau plaisir a une saveur incomparable. Elle prend conscience qu’elle le reçoit d’un Autre, même si ce plaisir diffère de tous les autres plaisirs, puisqu’il n’exclut pas le déplaisir. Même dans la désolation la plus profonde, elle expérimente que quelqu’un se tient à ses côtés.
Ignace donne un titre à sa définition de la consolation : « De la consolation spirituelle », soulignant que cette visite de consolation est bien « spirituelle ». L’Esprit du Christ ressuscité est à l’œuvre en toute consolation humaine produisant une véritable allégresse intérieure, c’est-à-dire une sorte de libération intérieure de la personne lui donnant joie et légèreté.

A noter que la consolation est une visite qui survient à l’occasion, qu’elle est donnée par un Autre et qu’elle est spirituelle au sens que «  L’Esprit du Christ ressuscité est à l’œuvre en toute consolation humaine ».
Cela suffit à distinguer la consolation de la béatitude au sens de Spinoza qui, elle, résulte de l’effort de l’homme à comprendre les choses selon la connaissance du du troisième genre.
Remarquons toutefois que Spinoza parle de l’Esprit du Christ dans l’Ethique (scolie d’ E IV 68) à propos de la liberté  que l’homme a laissé échapper :

Spinoza a écrit: – liberté que les Patriarches ont plus tard recouvrée, guidés par l’Esprit du Christ, c’est-à-dire par l’idée de Dieu, de laquelle seule dépend que l’homme soit libre, et qu’il désire pour le reste des hommes le bien qu’il désire pour soi, comme plus haut (en vertu de la proposition 37) nous l’avons démontré.

Ajoutons que si la consolation produit «  une véritable allégresse intérieure, c’est-à-dire une sorte de libération intérieure de la personne lui donnant joie et légèreté », la béatitude, elle aussi, est libératrice comme le précise le scolie d’Ethique V 36.

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Message par Vanleers Sam 17 Juil 2021 - 9:37

Le commandement éthique, sous sa forme négative : « Tu n’attristeras pas la vie », a une traduction dans le Non ridere, non lugere neque detestari, sed intelligere du Tractatus Politicus.
« Ne pas ricaner, ne pas déplorer, encore moins maudire, mais seulement comprendre » est en effet un impératif éthique que Spinoza avait déjà exprimé au début de la préface de la partie III de l’Ethique, dans laquelle il se propose d’étudier les affects:

Spinoza a écrit:Ceux qui ont écrit sur les affects et la façon de vivre des hommes semblent, pour la plupart, faire comme s’il s’agissait non pas de choses naturelles, qui suivent les lois communes de la nature, mais de choses qui sont en dehors de la nature. Plus encore, ils semblent concevoir l’homme dans la nature comme un empire dans un empire. Car ils croient que l’homme trouble l’ordre de la nature plus qu’il ne le suit, qu’il a sur ses actions une puissance absolue, et que rien ne le détermine que lui-même. Ensuite, au lieu d’attribuer à la puissance commune de la nature la cause de l’impuissance et de l’inconstance humaine, ils l’attribuent à je ne sais quel vice de la nature humaine, et se mettent donc à en pleurer, à en rire, à la mépriser ou, cas le plus fréquent, à la maudire : qui sait reprendre avec le plus d’éloquence ou de subtilité l’impuissance de l’âme humaine est tenu pour quasiment divin.

Il conclut sa préface en écrivant qu’au lieu de« ricaner, déplorer, maudire », il va simplement chercher à comprendre la nature humaine et ses affects :

Spinoza a écrit:Je vais par conséquent traiter de la nature et des forces des affects, comme de  la puissance que l’âme a sur eux, selon la même méthode dont j’ai usé dans les parties précédentes à propos de Dieu et de l’âme, et je considérerai les actions des hommes et leurs appétits comme s’il était question de lignes, de surfaces ou de corps.

Dans la spiritualité ignatienne, le « ricaner, déplorer, maudire » relève de l’esprit mauvais et il importe d’en prendre conscience : c’est l’objet du discernement spirituel.
L’esprit mauvais a pour nom, dans la Bible, le satan , l’accusateur et, je dirais, l’inquisiteur.
Il faut être vigilant car il n’est que trop facile de se laisser entraîner à jouer les Torquemada.

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Message par denis_h Lun 19 Juil 2021 - 11:23

vanleers,

je ne voudrais pas jouer les "torquemada" ou les "accusateurs", mais je trouve que vous tournez quelque peu en rond, et depuis longtemps. en gros, votre propos est tautologique :

pour être heureux, il ne faut pas attrister la vie.

pour ne pas attrister la vie, il faut être heureux (pardi !)

ce n'est ni plus ni moins que la méthode Coué, ad libitum.

peut-être faudrait-il essayer d'aborder des problèmes plus concrets ...

( savez vous par exemple que "totalité et infini" de levinas, est un livre essentiellement anti-spinoziste ? et pas inepte pour autant.)
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Message par Vanleers Lun 19 Juil 2021 - 11:26

« On devient vieux le jour où l’on devient triste et amer devant la vie » (Bertrand Vergely).
On peut donc être vieux à 20 ou 60 ans et jeune à 80 ou 90.

La joie est le remède à la tristesse et à l’amertume.

L’Ethique de Spinoza invite à vivre dans la joie : « Si l’essence de l’homme est le désir, alors la poursuite de la joie est sa vocation » (Robert Misrahi)

La spiritualité ignatienne reconnaît, elle aussi, que la poursuite de la joie est la vocation de l’homme et que la joie est la pierre de touche du discernement des esprits :

Adrien Demoustier a écrit:Le bonheur, sa recherche et son accueil sont la marque et le point de repère essentiel de tout discernement.
A la racine de cette affirmation, il y a le rappel d’une vérité fondamentale de notre foi chrétienne, souvent méconnue parce qu’elle prend à revers l’évidence immédiate. Son acceptation demande effectivement un acte de foi : croire que Dieu veut le bonheur de l’homme parce que telle est sa très sainte et libre volonté. Dans la continuelle présence de son éternité à notre temps, il a créé l’homme à l’origine et le crée sans cesse, chaque jour, pour lui offrir de recevoir, librement, la communication de sa Vie bienheureuse. Choisir de faire la volonté de Dieu sera toujours, d’une façon ou d’une autre, une détermination qui permettra de trouver paix et joie au travers de la difficulté de vivre. Bonheur ne veut pas dire facilité. Suivre le Christ donne d’expérimenter mystérieusement et dans la nuit, que nous commençons à sortir du malheur dans lequel nous nous enfermions nous-mêmes.

« Choisir de faire la volonté de Dieu » se traduit, dans le fondement des Exercices spirituels déjà cité et dont je rappelle le début par :

Ignace de Loyola a écrit:L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre, sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

Ce qui paraît paradoxal dans cette spiritualité, c’est que ce n’est pas en cherchant directement la joie que l’homme la trouve mais en se décentrant de lui-même et en choisissant de faire la volonté de Dieu.

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Message par Vanleers Lun 19 Juil 2021 - 16:46

denis_h a écrit:vanleers,

je ne voudrais pas jouer les "torquemada" ou les "accusateurs", mais je trouve que vous tournez quelque peu en rond, et depuis longtemps. en gros, votre propos est tautologique :

pour être heureux, il ne faut pas attrister la vie.

pour ne pas attrister la vie, il faut être heureux (pardi !)

ce n'est ni plus ni moins que la méthode Coué, ad libitum.

peut-être faudrait-il essayer d'aborder des problèmes plus concrets ...

( savez vous par exemple que "totalité et infini" de levinas, est un livre essentiellement anti-spinoziste ? et pas inepte pour autant.)

C’est la même chose de vivre dans la joie et de ne pas attrister la vie.
L’un n’est pas la cause de l’autre.
Le problème pratique étudié sur ce fil est de voir comment faire pour vivre dans la joie et ne pas attrister la vie.
Spinoza et Ignace de Loyola propose deux solutions différentes à ce problème et pourtant étonnamment proches.
Pour Spinoza, la solution est de comprendre intuitivement que toute chose est un mode de la Substance unique qu’il appelle Dieu.
Pour Ignace ; il s’agit de réaliser concrètement que tout homme est, de façon imagée, l’enfant d’un Dieu que les chrétiens appellent Père.
Je constate que la comparaison de l’Ethique et des Exercices spirituels est féconde et je dirais même inépuisable.
Je conçois toutefois que pour y entrer vraiment il faut avoir une connaissance suffisante de Spinoza et ne pas être encombré par les idées préconçues habituelles sur la spiritualité chrétienne.

J’ai déjà longuement parlé de Levinas sur le forum et cité de nombreux textes, notamment à propos de sa critique de Spinoza.
Je n’y reviens pas.

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Message par denis_h Lun 19 Juil 2021 - 17:22

nous voilà bien avancés ...
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Message par benfifi Jeu 22 Juil 2021 - 10:43

Vanleers a écrit:Je pense, pour ma part, que la tristesse se nourrit d’une vision erronée du monde.
C’est ce que soutiennent Spinoza et Ignace de Loyola et, à mon avis, chacun peut le vérifier dans son expérience personnelle.
C’est donc à une réforme de sa vision du monde que chacun doit procéder si la tristesse est la tonalité affective dominante de sa vie et s’il désire vivre davantage dans la joie.
La joie est la récompense d'un effort. Celui consistant à suivre une voie juste. Car il y a jugement. La justice est fondamentale.

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Message par Vanleers Jeu 22 Juil 2021 - 12:10

« Récompense » au sens où l’affect de joie qui naît de l'effort marque que ce dernier a accru la puissance d’agir du corps et, simultanément, la puissance de penser de l’esprit.
La voie a donc été juste au sens où elle était ajustée à la puissance de celui qui l’a suivie mais non pas juste au sens du respect d’une loi morale
Il n’y a pas jugement moral mais simple conséquence automatique : la joie a suivi l’effort comme l’ombre suit le corps car cet effort était approprié à celui qui l’a fait.

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Message par benfifi Jeu 22 Juil 2021 - 15:27

La récompense suit donc bien l'effort. Sans effort pas de joie en récompense. C'est bien là le principe de la justice.

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Message par Vanleers Sam 24 Juil 2021 - 9:41

A hks

Je reprends, sur  ce fil, une discussion sur un autre fil (Gilets jaunes).
J’écrivais :

Vanleers a écrit:Parmi toutes les visions erronées du monde qui, directement ou indirectement, nourrissent la tristesse, je mettrais en premier celle qui considère l’homme comme un être substantiel, ce qu’ont dénoncé aussi bien Spinoza que la tradition chrétienne.
Pour Spinoza, un homme n’est pas, ontologiquement, un être substantiel mais un être modal, un mode de la Substance unique qu’il appelle Dieu.
Le statut modal de l’homme chez Spinoza a pour correspondant, dans la vision chrétienne du monde, le statut filial de l’homme : un homme est un fils de Dieu que l’Évangile appelle Père.
Dans cette vision du monde, le « péché » est précisément le refus du Père, du donateur de la vie.
A chacun de vérifier si, oui ou non, se voir comme un mode ou un fils de Dieu, accroît sa joie et réduit sa tristesse.

Ce à quoi vous objectiez, à propos de Spinoza :

hks a écrit:Certes, mais cette Nature (deus sive natura) peut aussi apparaître comme un abîme sans fond et absolument privée de sens.

Or, Spinoza écrit dans le corollaire d’Ethique V 36 que « Dieu, en tant qu’il s’aime lui-même, aime les hommes ».
Au plan pratique, on ne peut donc pas dire que la Nature, c’est-à-dire Dieu, soit absolument privée de sens.

Vous écriviez aussi, dans un autre post :

hks a écrit:Je dirai que se comprendre comme un mode de la substance (Spinoza) et se comprendre comme "fils de Dieu" ne se rapporte pas à la même "vision du monde".

Si c'est le cas l'expression "fils de Dieu" perd le sens usuel.
Or on a une signification usuelle de "fils de Dieu", d'où la remarque de benfifi.
Je ne vois pas la nécessité d'en introduire une autre.

Certains théologiens chrétiens souhaitent infléchir le sens de "fils de Dieu", celle laïcisation me rend la signification incertaine rapportée à une compréhension traditionnelle de la filiation et de la divinité...du moins telle que je la comprends via le christianisme qui me fut enseigné.

En effet, on est en présence de deux visions du monde différentes mais ce que j’essaie de montrer, notamment sur ce fil, c’est qu’elles sont très proches.
D’une part, Spinoza reconnaît que Dieu peut être appelé la Vie :

Spinoza (Pensées Métaphysiques II 6) a écrit: Nous entendons donc par “ vie ” la force par laquelle les choses persévèrent dans leur être et, comme cette force est distincte des choses elles-mêmes, nous disons à juste titre que les choses elles-mêmes ont la vie. Mais la force par laquelle Dieu persévère dans son être n’est rien d’autre que son essence : ceux-là parlent donc très bien, qui appellent Dieu “ la vie ”

D’autre part, l’expression « fils de Dieu » est imagée et anthropomorphique et doit être critiquée.
Le Dieu de l’Évangile n’est pas un personnage ni même une personne mais trinitaire et « tripersonnel ».
L’évangile de Jean le nomme explicitement la Vie ou « la Parole de la Vie ».

Ce n’est sans doute pas le christianisme qui vous fut enseigné mais chaque époque, et même tout un chacun, doit reprendre et, dans un certain sens, « réinventer » ce qui lui a été transmis.

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Message par Vanleers Dim 25 Juil 2021 - 9:55

Maurice Zundel a des paroles terribles à propos du bilan de la vie dans A l’écoute du silence – Téqui 1995
Maurice Zundel a écrit:
Qu’est-ce que nous faisons de notre vie ?
Nous nous cherchons, nous nous fuyons, nous nous rencontrons par intermittence et nous n’arrivons jamais à boucler la boucle, à nous définir nous-mêmes, à savoir qui nous sommes. A plus forte raison ne connaissons-nous pas les autres. Les autres nos plus intimes. Vos enfants, vos femmes, vos maris qui sont-ils à côté de vous ? Que savez-vous des pensées secrètes du cœur de votre enfant ? Que savez-vous du mystère dernier de votre femme ou de votre mari ?
On n’a pas le temps, la vie passe si vite, on est occupé par les soucis matériels, ou par les divertissements... et finalement la mort arrive et c’est devant la mort que l’on prend conscience que la vie aurait pu être quelque chose d’immense, de prodigieux, de créateur... Mais c’est trop tard... et la vie ne prend tout son relief que dans l’immense regret d’une chose inaccomplie. Et les survivants sont là, à pleurer ceux qui ne sont plus, qui n’ont rien fait jaillir de leur existence et à la réalisation desquels les vivants ont si peu collaboré.
C’est alors que la mort, justement parce que la vie a été inaccomplie, apparaît comme un gouffre, […] (p. 52)

Rares sont ceux qui, comme Axel Kahn à la veille de sa mort, se réjouiront  d’avoir bien vécu, bien travaillé, d’avoir eu une vie heureuse et bien remplie.
Plus nombreux sont ceux qui prendront conscience que leur vie a été radicalement ratée, qu’elle aurait pu, comme l’écrit Zundel, « être quelque chose d’immense, de prodigieux, de créateur... ».
Mais non, c’est trop tard, la vie a été jouée et elle a été perdue...
Comment cela est-il arrivé ?
La première semaine des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola est consacrée à la recherche d’une explication.
Elle très simple : la vie a été faussée par le refus d’aimer et il importe que l’exercitant en prenne conscience.
Pourquoi, à diverses étapes de sa vie, a-t-il refusé de s’engager dans une voie qui lui demandait de faire preuve d’amour, pourquoi a-t-il vécu dans une « complicité dans l’entraînement au mal, le refus de sortir de l’enfermement d’un pur rapport de soi-même à soi-même » ? (Adrien Demoustier)
Comment se fait-il qu’il ait raté les occasions de saisir les perches qui lui étaient tendues pour sortir de lui-même ?
Lacan, à sa façon, posait la même question dans son discours à l’Université Saint-Louis de Bruxelles le 6 Mars 1960 :

Lacan a écrit: Parmi ces hommes, ces voisins, bons et incommodes, qui sont jetés dans cette affaire à laquelle la tradition a donné des noms divers, dont celui d’existence est le dernier venu dans la philosophie, dans cette affaire, dont nous dirons que ce qu’elle a de boiteux est bien ce qui reste le plus avéré, comment se fait-il que ces hommes, supports tous et chacun d’un certain savoir ou supportés par lui, comment se fait-il que ces hommes s’abandonnent les uns les autres, en proie à la capture de ces mirages par quoi leur vie, gaspillant l’occasion, laisse fuir son essence, par quoi leur passion est jouée, par quoi leur être, au meilleur cas, n’atteint qu’à ce peu de réalité qui ne s’affirme que de n’avoir jamais été que déçue ? Voilà ce que me donne mon expérience, la question que je lègue en ce point sur le sujet de l’éthique.

L’exercitant est invité à ne pas en rester à ce triste et amer mais réaliste constat.
A suivre.

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Message par toniov Dim 25 Juil 2021 - 10:19

Entre une vie complètement ratée et une vie totalement accomplie il y a quand même la possibilité d'une vie avec des hauts et des bas, des passages à vide et des prises de conscience, des ratages et des réussites, des égarements et des accomplissements ...Il me semble que c est  plutôt ce genre de constat qui définit une vie.
Si Axel Khan a tout réussi, tant mieux pour lui, mais pourquoi serait il impératif de tout réussir pour mourir heureux ? Réussir une seule chose, mais bien la réussir peut suffire ...
Sommes nous parfaits ou humains ?
Pourquoi chercher à savoir ce qui se trouve dans le coeur de l'autre, en profondeur - alors qu il ne le sait probablement pas lui même - puisque la vie est surtout une invitation à être plutôt qu une accumulation de savoirs ?
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Message par baptiste Dim 25 Juil 2021 - 15:50

toniov a écrit:Entre une vie complètement ratée et une vie totalement accomplie il y a quand même la possibilité d'une vie avec des hauts et des bas, des passages à vide et des prises de conscience, des ratages et des réussites, des égarements et des accomplissements ...Il me semble que c est  plutôt ce genre de constat qui définit une vie.
Si Axel Khan a tout réussi, tant mieux pour lui, mais pourquoi serait il impératif de tout réussir pour mourir heureux ? Réussir une seule chose, mais bien la réussir peut suffire ...
Sommes nous parfaits ou humains ?
Pourquoi chercher à savoir ce qui se trouve dans le coeur de l'autre, en profondeur - alors qu il ne le sait probablement pas lui même - puisque la vie est surtout une invitation à être plutôt qu une accumulation de savoirs ?

Le mieux c’est de se référer au texte de la lettre d’Axel Kahn qui n’est pas simplement un exercice d’auto satisfaction.
« Or, je suis comme j’espérais être : d’une totale sérénité. Je souris quand mes collègues médecins me demandent si la prescription d’un anxiolytique me soulagerait. De rien, en fait, je ne ressens aucune anxiété. Ni espoir - je ne fais toujours pas l’hypothèse du bon Dieu -, ni angoisse. Un certain soulagement plutôt. Selon moi, limiter la vie au désir de ne pas mourir est absurde »

Effectivement cette sérénité est loin de la « joie » Vanleerienne qui doit s’extérioriser dans tout et à tout instant, mais pourquoi ? Pourquoi quelqu’un de « joyeux » doit-il inlassablement répéter ces mêmes messages tous les jours depuis des années, pourquoi ces monologues infinis, pourquoi ces interventions à propos de Spinoza quel que soit le sujet discuté si ce n’est pas simplement pour conjurer l’angoisse de la mort comme le fait Ignace. Ignace ne propose rien d’autre que de renoncer à être, à être simplement humain pour implorer la grâce d’une entité dont on hypothètise l’existence sans en apporter la moindre justification.

“Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté, 
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer 
et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit.”


Être proprement humain c’est justement être libre de ses conditions de fait non vitales, être capable d’utiliser son intelligence et sa volonté, Ignace invite simplement à renoncer à son humanité pour calmer son angoisse et obtenir la grâce d’une hypothèse, il invite à un exercice d’auto illusionnisme qui a peu à voir avec une quelconque sérénité.

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Message par benfifi Dim 25 Juil 2021 - 17:54

La sérénité m'habite quand je parviens à l'éveil. Cette sérénité peut s'apparenter à la joie. Toutefois l'éveil doit être entretenu. Ainsi les Exercices Spirituels d'Ignace de Loyola. Méditation, discipline, partage... Sinon la sérénité s'effrite. Ce n'est que justice.

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