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L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne

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Message par Vanleers le Jeu 2 Juil 2020 - 22:02

La joie est voisine de l’eutrapélie, que l’on peut définir, sommairement, comme la bonne humeur.

François Dupas a écrit:Cette petite vertu, en effet, est le signe et le fruit d’autres qualités et vertus. Elle exige d’abord des qualités de l’esprit : l’intelligence des vraies valeurs et des choses signifiantes, qui se refuse à faire des drames avec des peccadilles ; le regard optimiste sur les hommes et les situations ; et aussi ce sens de l’humour qui permet de se dégager de plus d’un enfermement. L’eutrapélie suppose aussi de nombreuses vertus, telles la foi et l’amour de Dieu qui instaurent la paix dans les cœurs, et la confiance d’une âme abandonnée. Tandis que l’humeur chagrine traduit toujours la présence de l’égoïsme ou de l’orgueil, la bonne humeur est une victoire de l’oubli de soi.  L’eutrapélie est donc le fruit de tout un travail sur soi et d’un abandon à la grâce divine.

Cette forme d’affabilité se conquiert comme les autres vertus : il nous faut essayer, essayer encore, sous la motion de l’Esprit Saint, de sortir du cercle trop étroit des formes de repliement sur nous-mêmes, fréquenter les caractères plaisants et fuir les âmes sombres ou, mieux encore, tenter de les dérider. L’eutrapélie est une vertu qui consiste à se récréer et à récréer les autres.

https://www.infocatho.fr/leutrapelie-ou-la-vertu-de-la-detente-lart-de-plaisanter-et-detre-de-bonne-humeur/

La joie, que l’on trouve dans la spiritualité ignatienne ainsi que dans l’Ethique de Spinoza, se manifeste dans l’eutrapélie, qui en est une conséquence.

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Message par Vanleers le Sam 4 Juil 2020 - 20:59

Spinoza démontre en E IV 67  :

Spinoza a écrit:L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie.

Pierre Macherey commente :

Pierre Macherey a écrit:Comment l’homme libre s’y prend-il pour maîtriser cette passion fondamentalement aliénante qu’est la crainte de la mort ? Tout simplement, il a cessé d’y penser : l’idée de la mort ne le préoccupe plus parce qu’elle ne retient pas son attention ; celle-ci s’en détourne naturellement du fait qu’elle se consacre à des intérêts d’une tout autre nature qui ne laissent aucune place à la considération de la mort, et coupent ainsi à sa racine le souci que cette considération alimente chez la plupart des hommes.
[…]
La démonstration de la proposition 67 reprend la leçon de la proposition 63 et de son corollaire, qu’elle rapporte à la thèse exposée dans la proposition 24 selon laquelle « agir absolument par vertu n’est rien d’autre en nous qu’agir, vivre et conserver son être, trois choses qui ont la même signification, sous la conduite de la raison, et cela avec pour fondement la recherche de l’utile propre »

P. Macherey peut donc conclure :

Pierre Macherey a écrit:Et ainsi l’homme libre, qui attache un prix exclusif au fait d’être, d’agir et de vivre, est par là même détourné de la pensée de la mort, dont il a reconnu l’entière nocivité ; et il se consacre en conséquence à une méditation, non de la mort, mais de la vie, c’est-à-dire qu’il emploie toutes ses forces à exploiter autant qu’il le peut la puissance qui, en lui, est l’expression directe de sa nature, et le pousse à être, agir et vivre au maximum de ses capacités.

On verra par la suite que cette attitude peut se transposer dans la spiritualité ignatienne.

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Message par Vanleers le Dim 5 Juil 2020 - 16:55

Nous avons vu que l’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort (E IV 67) car son attention se consacre à « être, agir et vivre sous la conduite de la raison ».
La raison a été définie comme la connaissance du deuxième genre en E II 40 sc. 2.
Dans le même scolie, Spinoza définit la science intuitive comme connaissance du troisième genre que l’on peut résumer par « voir toute chose en rapport avec Dieu », ce que Spinoza développe dans la partie V de l’Ethique où la connaissance du troisième genre prend le pas sur celle du deuxième.
Dans la spiritualité ignatienne, « être, agir et vivre sous la conduite de la raison » ou de la science intuitive devient : « être, agir et vivre selon l’Esprit de Dieu », étant entendu qu’il ne s’agit plus du Dieu-Substance de Spinoza mais du Dieu révélé par l’Evangile.
L’analogie est encore plus étroite si on se rappelle que, selon Spinoza, la sagesse de l’homme libre est une méditation non de la mort, mais de la vie.
Pierre Macherey commente le mot « méditation » dans cette proposition  :

Pierre Macherey a écrit:Le terme « méditation » (meditatio), dont l’usage est exceptionnel dans l’Ethique, indique une forme de pensée qui se situe dans un ordre intermédiaire entre théorie et pratique : les idées que cette forme de pensée suggère, en même temps qu’elles présentent les caractères de la connaissance vraie ou fausse, renvoient à des enjeux éthiques fondamentaux, qui d’emblée les inscrivent dans des modes de comportement. La « méditation » que l’homme libre consacre de manière exclusive à la vie constitue le type par excellence d’un affect prenant sa source dans la raison, au sens où cette notion a été exploitée dans les propositions 59 et 61. Une méditation de la vie, c’est une pensée qui, bien au-delà du fait de prendre la vie pour objet, revêt l’allure d’une pensée vivante : et inversement, une méditation de la mort est une pensée qui, s’étant coupée des sources de la vie, est devenue une pensée sans vie, une pensée morte.

Dans l’Ethique, la méditation est un affect prenant sa source dans la raison.
Dans la spiritualité ignatienne, la méditation est aussi un affect qui naît en se mettant en présence de Dieu, comme on l’a déjà vu sur ce fil lorsque nous avons noté que, lorsqu’il doit prendre une décision, Ignace « cherche la volonté de Dieu en relisant attentivement ce qui se passe dans son cœur en prière quand il soumet « le dossier » à Dieu » (Nikolaas Sintobin La joie, ma boussole p. 50).
L’ auteur ajoute : « Ce faisant, il est continuellement à la recherche de ce qu’il appelle « consolation », le contraire de « désolation » ».
La consolation est une joie, contraire à toute tristesse, notamment à la crainte de la mort qui, comme le démontre Spinoza, ne peut être réprimée ni supprimée que par une joie plus forte (E IV 7).

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Message par Vanleers le Mar 7 Juil 2020 - 11:33

Dans un article intitulé : « Le sens de l’humour : un trésor spirituel ! » :

Louis Charles a écrit:Le sens de l’humour lève les inhibitions qui nous paralysent face aux puissants ou face à ces proches dont nous redoutons le jugement. Le sens de l’humour est l’issue de secours qui permet à l’expression de nos émotions et de nos convictions de ne pas être étranglées.
En cas d’agression psychologique, verbale ou physique celui qui est dépourvu de tout sens de l’humour ou celui qui ne parvient pas à le mobiliser pour répliquer n’a le choix qu’entre la fuite, la soumission ou la rébellion et aucune de ces solutions ne le laissera indemne émotionnellement.
Même en choisissant l’affrontement et en gagnant le prix émotionnel à payer est exorbitant. L’affrontement suppose de mobiliser sa colère pour la recycler en source d’énergie et implique d’accepter la surenchère pour triompher.
La soumission et la fuite entraînent nécessairement une dégradation de l’estime de soi. Dans tous les cas et quel que soit le résultat la personne agressée aura nécessairement à gérer les blessures affectives qu’elle aura reçues, le stress post-traumatique que la mémoire amplifiera et un sentiment d’épuisement affectif.
À l’inverse celui qui se sert de l’humour comme d’une technique d’auto-défense en ressortira émotionnellement vainqueur même en étant physiquement perdant. Il échappera à l’humiliation volontaire comme à la surenchère en déplaçant le conflit sur un terrain où il se retrouvera en position de supériorité.
Cela lui permettra de ne pas sombrer dans l’épuisement, l’auto-dénigrement ou les souvenirs traumatisants. Même maltraité extérieurement il se sera protégé intérieurement et le siège de son intégrité morale et affective aura été préservé. S’empresser de rire de tout pour ne pas avoir à en pleurer, c’est la voie de la sagesse.

https://fr.aleteia.org/2016/03/09/le-sens-de-lhumour-un-tresor-spirituel/

L’auteur écrit aussi que « Le sens de l’humour n’est pas naturel mais culturel » et il conclut :

Louis Charles a écrit:Le sens de l’humour est l’outil pédagogique par excellence et donc la meilleure manière d’annoncer le Dieu de Jésus-Christ. Mais au-delà même de ses vertus pédagogiques le sens de l’humour est d’abord une manière d’être au monde.
Une manière d’être dans le monde – en l’acceptant tel qu’il est – sans être du monde, en refusant la logique de la surenchère dans la colère et la haine. C’est une manière de se réconcilier avec le monde et de l’aimer sans le cautionner ni le juger.
Le sens de l’humour devrait être la voie de sanctification privilégiée des chrétiens.

Retrouve-t-on cette manière d’être au monde dans l’Ethique et la spiritualité ignatienne ?
A suivre

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Message par Vanleers le Mer 8 Juil 2020 - 10:14

Louis Charles a écrit:À l’inverse celui qui se sert de l’humour comme d’une technique d’auto-défense en ressortira émotionnellement vainqueur même en étant physiquement perdant. Il échappera à l’humiliation volontaire comme à la surenchère en déplaçant le conflit sur un terrain où il se retrouvera en position de supériorité.

Déplacer le conflit sur un terrain où on se retrouvera en position de supériorité, c’est ce que vise aussi l’Ethique et la spiritualité ignatienne.
Spinoza se propose de conduire l’homme à la suprême béatitude qui est le terrain où chacun se trouve en position de supériorité.
Ignace « est continuellement à la recherche de ce qu’il appelle « consolation », le contraire de « désolation » » (Nikolaas Sintobin, cité ci-dessus) et la consolation est l’état de joie où chacun, ici aussi est en position de supériorité.
Il y a lieu de noter que cette position de supériorité n’est pas exclusive de la position de supériorité de l’autre mais que, au contraire, tenir cette position c’est inviter l’autre à s’y élever également

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Message par Vanleers le Jeu 9 Juil 2020 - 17:30

Dominique Salin pose la question : « Existe-t-il une bonne inquiétude ? » en :

https://www.jesuites.com/existe-t-bonne-inquietude-p-dominique-salin-sj/

Dominique Salin a écrit:Notre cœur est « sans repos » (inquietum) tant qu’il ne repose pas (quiescat) en Dieu. Nous sommes faits pour jouir de la paix, du repos, de la « quiétude » qui est celle de Dieu même.
Tant que nous cherchons notre bonheur ailleurs qu’en Dieu (dans les créatures au lieu du Créateur), nous ne pouvons qu’être déçus, insatisfaits ; nous ne tenons pas en place, il nous faut toujours plus, toujours autre chose. En ce sens, l’inquiétude, c’est plus qu’un état psychologique : c’est une attitude devant la vie, une manière d’être, où l’on n’a pas trouvé son « lieu », son vrai point d’ancrage, sa bonne manière d’exister.

Je relève une remarquable convergence entre «  la « quiétude » qui est celle de Dieu même », selon Dominique Salin, et la quiétude que Spinoza pose comme un autre nom de la béatitude en E IV ch. IV :

Spinoza a écrit:Il est donc, dans la vie, utile au premier chef de parfaire l’intellect, autrement dit la raison, autant que nous pouvons, et c’est en cela seul que consiste la souveraine félicité, autrement dit la béatitude de l’homme ; en effet la béatitude n’est autre que la satisfaction même de l’âme [animi acquiescentia] qui naît de la connaissance intuitive de Dieu : or parfaire l’intellect n’est également rien d’autre que comprendre Dieu, les attributs de Dieu, et les actions qui suivent de la nécessité de sa nature. Et donc la fin ultime de l’homme que mène la raison, c’est-à-dire son souverain Désir, par lequel il s’emploie à maîtriser tous les autres, c’est celui qui le porte à se concevoir adéquatement lui-même, ainsi que toutes les choses qui peuvent tomber sous son intelligence.

L’animi acquiescentia, que l’on peut traduire par « tranquillité de l’âme » ou « quiétude » naît de la connaissance intuitive de Dieu, c’est-à-dire de la connaissance du troisième genre que Spinoza introduit en E II 40 sc. 2.
Il s’agit de connaître intuitivement que « tout est en Dieu », ce que Spinoza a établi rationnellement dans la partie I de l’Ethique en démontrant, que Dieu est la substance unique dont toute chose est un mode.

Le chemin de la quiétude qu’indique Spinoza consiste à parfaire l’intellect, c’est-à-dire à «  comprendre Dieu, les attributs de Dieu, et les actions qui suivent de la nécessité de sa nature ».
Celui de l’Evangile est de suivre le Christ :

Dominique Salin a écrit:Ce que propose le christianisme, c’est de découvrir une personne à la suite de laquelle on s’engage : le Christ. Or, celui-ci ne dore pas la pilule aux candidats : « Celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à son moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24).
Son chemin n’est pas jonché de pétales de roses. La surprise est que celui qui s’est engagé sur cette voie-là, celui qui a courageusement calé sur son épaule la croix que la vie lui réservait (un trait de caractère, une maladie, un deuil, un accident, une blessure psychologique, bref un handicap – en réalité, nous sommes tous des handicapés, tous nous avons une croix dans notre vie, plus ou moins lourde), celui-là découvre, peu à peu ou brusquement, une joie étrange, qu’il n’échangerait pour rien au monde.

Cela revient, en somme, à assumer sa condition quelle qu’elle soit en faisant confiance au Dieu qu’annonce Jésus-Christ.
Comme l’écrit Dominique Salin en conclusion :
« Le contraire de l’inquiétude n’est pas l’insouciance, c’est la confiance, c’est-à-dire la foi. »

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Message par Vanleers le Mar 14 Juil 2020 - 12:30

Je cite à nouveau un texte de Denis Vasse déjà donné sur un autre fil, pour le mettre en rapport avec ce que dit Dominique Collin sur la filialité :

Denis Vasse a écrit:Dans les deux cas, vous percevez bien que c’est le rapport constitutif du sujet et de l’Autre qui est squeezé, dénié, rejeté. Et c’est ce rejet originel qui fonde littéralement la dimension rigide et stéréotypée de l’hostilité et de la dérision.
Toute intervention de la part de l’Autre venant tenter de démontrer qu’il n’en est rien, qu’il est de bonne volonté, et que c’est l’analysant qui se trompe, est vouée au plus cuisant échec : elle ne fait que justifier à ses yeux l’hostilité ou la dérision qu’il imagine.
Ce n’est que dans le travail de la cure rétablissant la concaténation des chaînes signifiantes (l’enchaînement des signifiants qui constituent l’histoire du sujet) que pourra se repérer, dans le discours (non dans la réalité) les trous, les accrocs, la chaîne du tissu signifiant, où a filé la maille du symbolique, par où s’est défilé le rapport constitutif et du sujet parlant et de l’Autre comme lieu de la parole en vérité.
Ce trou a été colmaté par un signifiant imaginaire, un mot, une représentation (Araignée) venue se substituer à ce rapport. Cette substitution – qui soutient tout l’imaginaire du discours – est dénégation de la parole qu’on peut dire originaire, en tant qu’elle est l’origine même de l’agent de ce rapport fondateur entre le sujet et l’Autre, aussi bien que ce qui fonde l’opposition signifiante.
Là où il devrait y avoir le Symbole qui fait l’homme, il y a la représentation imaginaire qui le défait.
Ici, s’indique en lettre d’or :
      ce qui – dans la névrose – est refoulement d’un sujet qui, ayant été pris dans la chaîne signifiante, s’en trouve toujours déjà exclu: $.

            ce qui – dans la psychose – est forclusion du sujet de n’y avoir jamais été pris et, par conséquent, de ne pouvoir s’en différencier.

https://www.denis-vasse.com/le-mepris-et-la-meprise/

Je reprends maintenant ce que dit Dominique Collin en :

https://www.youtube.com/watch?v=ExtSygASuUY

L’Evangile est la Parole de la Vie, la Vie en tant qu’elle s’exprime.
La Parole inaugurale, le message des messages de l’Evangile est rapportée au début de l’évangile de Marc : « Tu es mon fils bien-aimé, en toi je mets ma joie »
Elle est adressée au Christ mais, à travers le Christ, à chaque être humain.
Elle marque le fait que, pour être qui je suis, je suis redevable d’un autre.
C’est ce que D. Collin appelle la filialité, qu’il distingue de la filiation.
Cette parole nous sort du « dévivre » (Françoise Dolto) en nous rapportant autrement à notre naissance (et à notre mort).
L’Evangile, c’est la parole de la vie qui justifie chacun de façon insubstituable d’exister comme il existe, parole adressée à chacun pour faire de ce chacun un singulier
Personne à notre place ne peut dire : «Je vis, j’existe, j’aime, je désire ». Personne à notre place ne peut se reconnaître fils de Celui qui nous dit : «  En toi je mets ma joie ».

Ce que D. Collin appelle la parole inaugurale de l’Evangile, Denis Vasse la désigne par la parole originaire :

Denis Vasse a écrit:Ce trou a été colmaté par un signifiant imaginaire, un mot, une représentation (Araignée) venue se substituer à ce rapport. Cette substitution – qui soutient tout l’imaginaire du discours – est dénégation de la parole qu’on peut dire originaire, en tant qu’elle est l’origine même de l’agent de ce rapport fondateur entre le sujet et l’Autre, aussi bien que ce qui fonde l’opposition signifiante.
Là où il devrait y avoir le Symbole qui fait l’homme, il y a la représentation imaginaire qui le défait.

Faute d’avoir entendu la parole originaire qui, en énonçant la filialité, devait le faire un singulier, l’homme reste captif de ses images.

L’inouï de l’Evangile, s’il arrive à l’entendre, lui offre une chance de se mettre à vivre librement.

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Message par Vanleers le Jeu 16 Juil 2020 - 10:01

Dominique Collin parle du moi et du soi dans une vidéo en :

https://www.youtube.com/watch?v=WwqxZAA3aJg

J’en cite quelques phrases sur le soi, à la fin de la vidéo.

Devenir soi, c’est recevoir le soi.
Le recevoir, c’est faire confiance à celui qui peut nous donner ce soi. Et, pour nous, il n’y en a qu’un qui peut, de manière fiable, me dire et me donner en vérité qui je suis, c’est Dieu, c’est pourquoi nous l’appelons Père.
Encore faut-il accueillir ce soi. Il faut creuser un espace d’accueil pour le soi.
Être soi-même, c’est accueillir un soi que je ne peux pas avoir, par exemple, au bout d’un développement personnel.
C’est se recevoir comme Dieu a voulu que je sois, c’est-à-dire comme un fils, comme quelqu’un qui est justifié d’exister.
Le soi justifié n’a plus besoin d’être dans la rivalité, dans la compétition. Il ne souffre plus d’être lui-même puisque c’est sa grâce d’être lui-même, c’est sa joie.
On peut parler d’accomplissement mais pas d’un accomplissement qui serait obtenu uniquement par ses propres forces, une sorte de potentialisation de qui on est.
Il s’agit plutôt d’une sorte de déprise,de réceptivité. Il faut accueillir qui je suis, ce qui est beaucoup plus libérateur.
L’indice du soi justifié est la joie.
La joie est le signe que je suis réconcilié avec le soi que je suis.
Quand il est bon de vivre, quand je suis heureux que la vie soit là, pour moi et pour les autres, alors c’est que mon soi est déjà bien existant.

Ces propos sur le soi reprennent ce que dit D. Collin sur la filialité dans le post précédent

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Message par Vanleers le Sam 18 Juil 2020 - 9:45

J’ajoute quelques paroles de Dominique Collin extraites de la vidéo signalée dans le dernier post.
Elles concernent davantage le moi-je.

Nous sommes parfois surpris par ce que nous faisons : hiatus entre ce que je fais et ce que je pense être.
Le moi-je est une identité qui nous a été donnée ou qu’on s’est donnée à soi-même.
Il y a des identités, des moi-je, qui paraissent indiscutables mais qui sont fragiles et peuvent devenir problématiques en raison d’évènements de la vie (rupture, licenciement, maladie,…), ce qui engendre des failles narcissiques.
La véritable identité serait celle de l’identité profonde du soi mais, faute de l’avoir trouvée, la tentation est de barricader son identité de moi-je ou de la gonfler.
On est alors dans la monstration permanente d’un moi-je qui nous encombre et encombre les autres et dans un système d’individualisme rivalitaire.
Il faut donc se désencombrer du moi-je, lui donner sa juste place pour que le soi prenne sa place.
Le soi, c’est-à-dire ce que je suis dans ma plus haute vérité.
La difficulté est d’accueillir ce soi offert par Dieu, de se considérer comme une créature de Dieu et non comme un self made man.
Epître de Jacques : « De sa propre bienveillance, Dieu nous a engendrés par sa parole de vérité ».

J’ajoute simplement que se considérer comme une créature de Dieu a son équivalent dans l’Ethique de Spinoza où il s’agit de comprendre, rationnellement et intuitivement, que nous ne sommes pas des êtres mais des manières d’être, des modes du Dieu-Substance.
L’Ethique est donc, à certains égards, une propédeutique à l’Evangile.

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Message par Vanleers le Lun 20 Juil 2020 - 9:00

Quelques propositions encore, empruntées à ce que dit Dominique Collin dans ses entretiens.

Dominique Collin a écrit:L’Evangile n’est ni une doctrine, ni une morale mais une éthique de la vie.
L’Evangile est une communication de la joie de vivre.
La vie est une libéralité, une générosité.
Le « soi » est ce qui en nous se réjouit d’être vivant.
Le Christ est le Soi vivant.

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Message par Vanleers le Lun 27 Juil 2020 - 17:19

Dominique Collin critique le « moi-je » et sa tendance à être encombrant au détriment du « soi », l’homme véritable, l’homme vivant, la gloire de Dieu selon Irénée de Lyon.
A l’appui de cette position, je cite un message déjà publié sur le fil « Spinoza et Freud » :

« Pour essayer de me faire comprendre, je dirais, de façon imagée, que le « moi » est le chien de garde, toujours inquiet et soucieux, qui aboie et mord, qui nous défend ou croit nous défendre contre des dangers le plus souvent imaginaires.
Le « soi » serait le maître qui se réjouit d’être vivant.
Quand le chien n’est pas contrôlé et se prend pour le maître, nous avons, littéralement une « vie de chien » qui peut nous faire beaucoup souffrir.
Il s’agit donc de ramener le chien, le « moi » à sa juste place afin de jouir et se réjouir, en maître, en « soi », de la vie. »

Adrien Demoustier (op. cit.) intitule l’un de ses chapitres : « La consolation est humanisante ».
« Consolation », ici, est à entendre au sens ignatien, c’est-à-dire la joie spirituelle.
Je dirais que, réciproquement, l’humanisation est réjouissante : vivre en « soi » en ayant remis le « moi » à sa place, c’est se réjouir d’être vivant.
A l’inverse, la désolation, c’est-à-dire la tristesse spirituelle, si elle n’est pas   toujours déshumanisante, nous maintient à un stade infra-humain.
La joie est ainsi une boussole qui nous indique le sens de l’humanisation de l’homme.

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Message par Vanleers le Mer 29 Juil 2020 - 21:09

Dans le chapitre « La consolation est humanisante », Adrien Demoustier (op. cit.) montre que la consolation spirituelle, au sens d’Ignace de Loyola, recrée l’homme en le rendant plus humain.

Adrien Demoustier a écrit:La consolation est divine. Mais le Dieu qui sanctifie est celui-là même qui crée. La consolation authentique sera donc humanisante. Comme don divin, elle rend l’homme plus humain, plus ressemblant à l’image de Dieu dans sa perfection, l’humanité de Jésus-Christ.

A. Demoustier explique comment se produit cette humanisation et son rapport avec une démarche purement psychologique.

Adrien Demoustier a écrit:La consolation est don du Créateur se communiquant à sa créature en la suscitant face à lui comme un partenaire. Elle est d’abord divine. Mais elle est aussi humaine et humanisante précisément parce qu’elle est divine et donc créatrice en même temps qu’unifiante.
[…]
Le don de Dieu respecte les lois qui structurent les tempéraments humains telles que les énoncent la psychologie scientifique contemporaine.
[…]
La manière dont Dieu console est absolument originale. Elle est marquée d’un sceau que Lui seul détient. Elle se fait reconnaître à son action, différente de toute autre. Et pourtant, comme par un effet de l’humilité de sa toute puissance, l’agir divin rejoint l’humanité dans ce qu’elle a de plus ordinaire. Dans la mesure où l’homme se donne les moyens de recevoir et de reconnaître cette consolation dans toute son ampleur, il fait l’expérience de se découvrir renouvelé dans son humanité par cette expérience même. Il peut alors, en comparant avec son passé, découvrir jusqu’à quel point ce qu’il appelait auparavant amour, souffrance et paix était vicié, voilé de mensonge. L’expérience de la consolation divine démasque le malheur [l’enfermement dans ce qui fait mal] de l’homme et le rétablit, à neuf, dans la vérité de son humanité vivante.

L’Evangile, sur lequel se fonde la spiritualité ignatienne, apparaît donc comme un enjoiement (1) de l’homme.

Dominique Collin dit que l’Evangile est une éthique de la vie et de l’amour, ce que l’on entend encore mieux en définissant l’amour comme une joie que n’accompagne pas l’idée d’une cause extérieure (cf. la définition de l’amour selon Spinoza).
Cet amour, c’est l’amour de Dieu, aux deux sens, objectif et subjectif, du génitif, comme le montre aussi Spinoza dans le scolie d'Ethique V 36.

On est aux antipodes d’un christianisme qui a souvent été perçu comme triste et attristant.



(1) Voir l’article La vie de la nature selon le dernier Whitehead de Michel Weber en :
https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2006-3-page-395.htm#no17

Michel Weber (note 17) a écrit:Traduction citée, p. 200. Puisque l’Oxford English Dictionary (Oxford, Clarendon Press, 1991) propose une étymologie française au verbe to enjoy (il renvoie à l’ancien français « enjoier » et « enjoir »), la traduction par « enjoiement » semble plus adéquate que, e.g., « jouir-de-soi ». Tel semble être le pari de Gilles Deleuze dans « Crible et infini. Confrontation Whitehead Leibniz », 17 mars 1987 ; cf. la page https://www.webdeleuze.com/textes/142

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Message par Vanleers le Ven 31 Juil 2020 - 11:36

Ignace de Loyola, on l’a déjà vu, distingue trois formes de consolation spirituelle : se réjouir d’aimer, exprimer la douleur de perdre, agir paisiblement dans la confiance.
Ces trois formes recouvrent la totalité de l’expérience humaine, y compris celle du mal.
La deuxième forme de consolation paraît paradoxale car il s’agit d’une joie éprouvée dans une situation de souffrance.
Adrien Demoustier l’explique (op. cit. p. 10) :

Adrien Demoustier a écrit:L’affirmation qu’on peut être heureux alors qu’on souffre est de l’ordre du scandale. Elle soulève la question de la présence du mal dans le monde. C’est une objection sérieuse. Mais précisément, la pratique du discernement exige au point de départ un acte de foi : la recherche d’un bonheur possible. Recherche qui conduit à l’expérience d’un affrontement au mal et au malheur qui découvre, telle une racine cachée, l’existence d’un fondement qui est déjà paix et joie. Le mal alors n’est plus seulement une entité abstraite, le mal en soi, ni même un enjeu moral, mais la réalité de ce qui fait souffrir.
La question de l’existence du mal change de sens lorsque le choix de chercher le bonheur, la mise en œuvre des moyens d’être heureux, l’attention à identifier notre complicité avec le mal et le malheur qui en résulte, font entrer dans un chemin qui loin d’éviter la difficulté et la souffrance, ose l’affronter. On découvre alors une manière de vivre qui est sortie du malheur, ouverture sur le bonheur, sans que pour autant le mal disparaisse.

On cherchera un éclairage de cette attitude dans la philosophie de Spinoza.

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Message par Vanleers le Ven 31 Juil 2020 - 16:52

Spinoza aborde le « problème du mal » dans le scolie de la proposition V 18 de l’Ethique démontrant que « Nul ne peut avoir Dieu en haine » :

Spinoza a écrit:Mais on peut objecter qu’en comprenant Dieu comme la cause de toutes choses, par là-même nous le considérons comme la cause de la Tristesse. Mais à cela je réponds qu’en tant que nous comprenons les causes de la Tristesse, en cela (par E V 3) elle cesse elle-même d’être une passion, c’est-à-dire (par E III 59), en cela elle cesse d’être une Tristesse ; et par suite, en tant que nous comprenons Dieu comme cause de la Tristesse, en cela nous sommes joyeux.

On trouve un commentaire intéressant de ce scolie en :

https://spinoza.fr/lecture-des-propositions-xvii-a-xx-du-de-libertate/

L’auteur souligne que l’argumentation de Spinoza n’est nullement une théodicée car :

« le Dieu qui est l’objet de l’amor erga deum n’est pas un Dieu personnel créateur et providentiel (représentation finaliste et anthropomorphe), il n’est pas cause finale (« auteur ») d’un monde qu’il transcende, mais cause efficiente et immanente à tout ce qui est (il n’y a aucun sens à l’accuser/défendre de quoi que ce soit). »

Je relève néanmoins que ;

« Dieu est ici aimé comme connu, compris et ressenti comme la cause de la joie active qui accompagne la connaissance adéquate de chaque chose (y compris des choses tristes) : une « haine de dieu » peut parfaitement exister, mais elle ne peut s’adresser qu’à un objet imaginaire pris pour la cause imaginaire d’un affect passif, bien réel mais issu d’idées inadéquates et confuses (comme les dieux anthropomorphes) »

Dans la consolation spirituelle selon Ignace de Loyola, Dieu est également «  aimé comme connu, compris et ressenti comme la cause de la joie active » qui est éprouvée même dans une situation de difficulté et de souffrance (cf. post précédent).
En effet :

Ignace de Loyola a écrit:C’est le propre de Dieu et de ses anges de donner, dans leurs motions, la véritable allégresse et joie spirituelle, en supprimant toute tristesse et trouble que suscite l’ennemi. (E. S. 329)

L’action du Dieu de l’Evangile est perçue comme un « enjoiement » de l’homme comme cela a déjà été indiqué.

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