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L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne

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L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne - Page 9 Empty Re: L'Ethique de Spinoza et la spiritualité ignatienne

Message par Vanleers le Sam 22 Fév 2020 - 9:30

Dans le chapitre « La consolation est humanisante », Adrien Demoustier commente la troisième forme de consolation qu’Ignace décrit ainsi :

Ignace de Loyola a écrit:En définitive, j’appelle consolation tout accroissement d’espérance, de foi et de charité, et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut propre de l’âme, l’apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur.

Le passage est un peu long et la fin en a déjà été citée sur le fil :

Adrien Demoustier a écrit:
L’homme commence alors à découvrir le don reçu de pouvoir assumer toutes les situations en les reconnaissant comme grâce. Il est délivré de l’inquiétude fondamentale d’avoir à se sauver lui-même et du désespoir secret d’en être incapable. Il lui est donné de vivre davantage selon l’espérance qui s’appuie sur la promesse pour attendre ce que l’on n’a pas encore. La foi grandit en lui. Elle fait crédit sans savoir. Elle fait confiance au prochain tout en sachant qu’il n’en est jamais tout à fait digne. La charité peut rendre toujours plus présent à l’autre en l’absence de la garantie d’une réciprocité. « L’augmentation de l’espérance, de la foi et de la charité » est un don qui permet de vivre simplement, d’adhérer dans la paix à ce qui se présente. C’est un consentement à ne pas avoir, à ne pas pouvoir, qui autorise la jouissance de ce qui est donné maintenant. L’inquiétude du lendemain ou le regret du passé ne sont plus des obstacles au présent, au don qui est fait aujourd’hui d’être de plus en plus vivant.
Devenu enfant du Père, l’adulte commence à reposer pacifiquement sachant qu’il sera toujours vivifié par le don de cet Autre. Il l’a toujours été dans le passé. Il en fait l’expérience maintenant. L’homme est délivré du souci de se faire lui-même, d’être à l’origine de sa propre identité. En se reconnaissant comme enfant du Père, il devient pleinement adulte dans la relation à ses frères.
D’une certaine façon, les traumatismes de la première enfance peuvent alors être revécus sans ébranler la certitude de recevoir de vivre maintenant quoiqu’il en soit du passé. La peur, la colère, la jalousie qui en sont les séquelles, n’en disparaissent pas pour autant. Mais il est donné de le reconnaître sans en être prisonnier ; de ne pas avoir peur de sa peur ni d’en être paralysé ; de cesser de s’enfermer dans la colère contre soi-même sous prétexte que sa colère contre les autres et, en s’adoucissant soi-même, de se rendre plus supportable aux autres.
[...]
Cette grâce de l’allégresse qui concilie le repos et le dynamisme ne supprime en rien les difficultés à vivre. Elles sont mises à leur place. Sans être superficielles, elles ne sont pas le centre de l’être. Elles peuvent être vécues en sortant du malheur d’avoir à les vivre. L’homme peut être soucieux sans être prisonnier de son souci. La vie est donnée et ne dépend en rien de la manière dont l’homme en porte le poids. Cette expérience sauve de la tristesse. Elle assure qu’il sera toujours donné de porter la difficulté du jour, y compris celle d’avoir à mourir. Elle délivre de la culpabilité, du regret d’avoir échoué, puisque les ratés d’hier ne sont en rien un obstacle au don que Dieu fait aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, la vie a toujours été donnée et le sera toujours, puisque aujourd’hui elle est accordée sans aucune condition préalable, dans la gratuité d’un amour qui n’a pas de causes.
Cette expérience, perçue plus que sentie, transforme les racines de la mémoire et permet de vivre autrement espérance, foi et charité. Tout ce qui était ressenti comme échec, regret devient mouvement de conversion. Il rééduque le sentiment d’un amour purifié de l’amour propre, la jouissance des dons libérée de la volonté propre et d’une vaine recherche d’identité. L’orgueil est démasqué de sa prétention à être sa propre origine. L’expérience, même fugitive et à peine perceptible, de cette paix dynamique marque la mémoire et fonde la possibilité de vivre autrement en assumant la totalité de son histoire comme une histoire sainte, vécue selon l’alliance divine. (op. cit. pp. 53-55)

Très clairement, il s'agit d'une expérience de l'allégresse, de la joie évangélique.

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Message par Vanleers le Mar 25 Fév 2020 - 9:22

Je cite la première page de Vers le bonheur durable d’Adrien Demoustier (déjà donnée sur le fil « L’existence de Dieu ») en vue d’approfondir la conclusion que j’en tire, ce qui sera abordé dans le post suivant sur le fil.

Adrien Demoustier a écrit:La vie chrétienne est une réponse à un appel, une invitation à vivre de la Vie bienheureuse de Dieu qui veut nous la communiquer par le Christ. Dieu appelle l’homme à exister par lui-même dans le dessein de pouvoir l’introduire dans sa propre intimité. Telle est notre foi et le témoignage de ceux qui nous précèdent sur le chemin de la réponse à cette invitation.

Dieu veut le bonheur de l’homme

Toute démarche vers le Seigneur porte donc la marque du bonheur, fut-ce d’un bonheur dissimulé sous la douleur et la difficulté. Ce bonheur préside au point de départ du discernement, même s’il est dissimulé par la rudesse qui marque les premières étapes. Il est le fruit du désir secret qui est le moteur de cette marche. Il est surtout ce que veut donner et donne déjà Celui vers qui nous nous mettons en route.Le bonheur, sa recherche et son accueil sont la marque et le point de repère essentiel de tout discernement.
A la racine de cette affirmation, il y a le rappel d’une vérité fondamentale de notre foi chrétienne, souvent méconnue parce qu’elle prend à revers l’évidence immédiate. Son acceptation demande effectivement un acte de foi : croire que Dieu veut le bonheur de l’homme parce que telle est sa très sainte et libre volonté. Dans la continuelle présence de son éternité à notre temps, il a créé l’homme à l’origine et le crée sans cesse, chaque jour, pour lui offrir de recevoir, librement, la communication de sa Vie bienheureuse. Choisir de faire la volonté de Dieu sera toujours, d’une façon ou d’une autre, une détermination qui permettra de trouver paix et joie au travers de la difficulté de vivre. Bonheur ne veut pas dire facilité. Suivre le Christ donne d’expérimenter mystérieusement et dans la nuit, que nous commençons à sortir du malheur dans lequel nous nous enfermions nous-mêmes. (op. cit. p. 7)

Ce qui m’apparaît, c’est que, « prenant à revers l’évidence immédiate », le christianisme est un eudémonisme, ce qui le rapproche de l’Ethique de Spinoza qui est aussi un eudémonisme.

Cette conclusion sera critiquée dans le post suivant.

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Message par Vanleers le Mar 25 Fév 2020 - 9:35

Dans un article Quelle est la place du bonheur dans la réflexion morale?, Bruno Lepetit parle de christianisation de l’eudémonisme antique et, à l’appui, cite Saint Augustin et Saint Thomas.
Mais, il ajoute :

Bruno Lepetit a écrit:En même temps qu’il est en continuité avec l’eudémonisme, le christianisme est en rupture avec lui par la Croix. Si le Christ est nouvel Adam, le modèle de l’humanité restaurée, alors le chrétien doit vivre à l’image du Christ. Plus encore, par le baptême, nous sommes conformés au Christ, nous vivons non seulement «à la suite» mais «en» Christ, comme le soulignera Saint Paul. Alors nous aussi portons la Croix, nous aussi passons par l’abandon, la souffrance, la mort. Les Béatitudes sont bien des macarismes [terme dérivé du mot grec signifiant louer comme bienheureux], mais qui appellent à passer par un chemin de renoncement. Certes, peut-être peut-on parler encore d’«eudémonisme» au sens de réalisation de notre nature profonde, celle de fils de Dieu appelés à vivre comme le Christ, mais peut-on encore utiliser le terme de «bonheur», si ce n’est par antiphrase? Une voie pour réduire cette opposition entre bonheur et sacrifice peut être de donner du poids au deuxième terme et gommer le premier : la loi nouvelle devient alors contrainte et obligation. La loi apparaît alors extrinsèque à l’homme et à sa nature. Le surnaturel, au lieu de rehausser le naturel en le prolongeant, s’y oppose. Le bonheur, soit est oublié, soit est repoussé à un avenir au-delà de cette vie humaine. La morale, au lieu d’être tirée vers une fin (téléologie), devient poussée par des principes (déontologie).Elle n’est plus liée à l’horizon et à la finalité de nos actes,mais à leur source et à leur principe.

http://bruno.lepetit.pagesperso-orange.fr/bonheur%20et%20reflexion%20morale.pdf

B. Lepetit met en évidence que le grand poids donné à « l’abandon, la souffrance, la mort » du Christ a gommé le bonheur au profit du sacrifice.
Il reprend cette analyse dans sa conclusion :

Bruno Lepetit a écrit:Nous avons vu deux visions de la morale en tension dans le christianisme. La première est un eudémonisme où le bonheur consiste en la réalisation de la nature profonde de l’homme, créé à l’image de Dieu et appelé à restaurer cette image en lui par ses actes. Une autre vision de la morale est celle de l’imitation du Christ, appel au renoncement et au sacrifice, où le bonheur est pour plus tard...Ces deux visions entrent en collision frontale dans les Béatitudes, qui juxtaposent macarismes et appels au renoncement.

Il termine toutefois son article sur une «  vision plus optimiste de l’homme [qui] rend le chemin évangélique praticable » :

Bruno Lepetit a écrit:Mais si l’on pense que les Evangiles sont une Parole de Dieu vivante qui garde aujourd’hui sa pertinence, alors c’est la vision moderne de l’homme qui est à reconsidérer. Ne trouve-t-on pas dans les profondeurs de l’humanité la sympathie ? l’éthologie et la sociologie contemporaine ne font-ils pas place à des mécanismes de coopération plutôt que de compétition, de don de soi plutôt que d’appropriation de l’autre... dans la survie des espèces et le développement des sociétés ? Une telle voie est d’ailleurs cohérente avec la vision optimiste de l’homme décrite par Saint Thomas dans sa doctrine des inclinations naturelles, fondamentalement bonnes et créées à l’image de Dieu.
Cette vision plus optimiste de l’homme rend le chemin évangélique praticable. Il reste néanmoins difficile, ce serait faire preuve d’un optimisme (béat?) que de nier l’existence du péché. Mais suivre les Béatitudes, ce n’est plus renier sa nature profonde, c’est au contraire l’assumer totalement, la dilater jusqu’à un point où l’humain peut rencontrer le divin. C’est parce qu’elles sont assomption de la nature profonde de l’homme que, conformément aux antiques adages (Sequi naturam, «Deviens ce que tu es»...), les Béatitudes peuvent être un chemin de Bonheur qui est aussi sur notre terre.

On confrontera plus tard ces considérations à la spiritualité ignatienne et à l’Ethique.

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Message par Jans le Mar 25 Fév 2020 - 13:52

Dieu veut sans doute le bonheur de l'homme, mais probablement pas celui que souhaitaient les Juifs traditionnels : une vie matérielle prospère. Le bonheur divin envisagé ne peut être que l'élévation de l'homme jusqu'à Dieu, on se rapproche des notions de sublimation et d'individuation de C.G. Jung, c'est donc une démarche intérieure, une évolution essentielle de l'individu, pas un cadre de vie matériel plus ou moins prospère. Le dérapage du catholicisme vers un dolorisme fondamental (pour s'identifier au Christ) me semble assez malsain ; sommes-nous venus au monde pour adopter une sorte de masochisme comme règle de vie ? voilà qui irait à l'encontre de la bonté de Dieu. In media stat virtus.

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Message par neopilina le Mar 25 Fév 2020 - 15:34

Je souligne :

Vanleers a écrit:Il termine toutefois son article sur une «  vision plus optimiste de l’homme [qui] rend le chemin évangélique praticable » :
Bruno Lepetit a écrit:Mais si l’on pense que les Evangiles sont une Parole de Dieu vivante qui garde aujourd’hui sa pertinence, alors c’est la vision moderne de l’homme qui est à reconsidérer. Ne trouve-t-on pas dans les profondeurs de l’humanité la sympathie ? l’éthologie et la sociologie contemporaine ne font-ils pas place à des mécanismes de coopération plutôt que de compétition, de don de soi plutôt que d’appropriation de l’autre... dans la survie des espèces et le développement des sociétés ? Une telle voie est d’ailleurs cohérente avec la vision optimiste de l’homme décrite par Saint Thomas dans sa doctrine des inclinations naturelles, fondamentalement bonnes et créées à l’image de Dieu.
Cette vision plus optimiste de l’homme rend le chemin évangélique praticable. Il reste néanmoins difficile, ce serait faire preuve d’un optimisme (béat?) que de nier l’existence du péché. Mais suivre les Béatitudes, ce n’est plus renier sa nature profonde, c’est au contraire l’assumer totalement, la dilater jusqu’à un point où l’humain peut rencontrer le divin. C’est parce qu’elles sont assomption de la nature profonde de l’homme que, conformément aux antiques adages (Sequi naturam, «Deviens ce que tu es»...), les Béatitudes peuvent être un chemin de Bonheur qui est aussi sur notre terre.

Ce qui se " dilate " c'est " l'espace " conquis par la conscience et la connaissance, notoirement de Soi, et cela favorise effectivement la proximité, le voisinage, intimes avec la lumière.

Jans a écrit:Dieu veut sans doute le bonheur de l'homme, mais probablement pas celui que souhaitaient les Juifs traditionnels : une vie matérielle prospère. Le bonheur divin envisagé ne peut être que l'élévation de l'homme jusqu'à Dieu, on se rapproche des notions de sublimation et d'individuation de C.G. Jung, c'est donc une démarche intérieure, une évolution essentielle de l'individu, pas un cadre de vie matériel plus ou moins prospère. Le dérapage du catholicisme vers un dolorisme fondamental (pour s'identifier au Christ) me semble assez malsain ; sommes-nous venus au monde pour adopter une sorte de masochisme comme règle de vie ? voilà qui irait à l'encontre de la bonté de Dieu. In media stat virtus.

Je suis d'accord. Il y a d'une part la Lumière et d'autre part Ce qui est éclairé, c'est Ce que je suis, il y a d'une part l'abat jour, c'est moi, et d'autre part la Lumière (faute de mieux !). Voilà une application du cogito des plus capitales. Et si, d'une certaine façon, cette intimité grandit le Sujet, on peut également dire, tout aussi validement, qu'elle le détruit, qu'elle détruit ce qui doit l'être. Tout l'Inadvertancier constitutif doit disparaître (c'est en tous cas à cela que mène, idéalement, le raisonnement). C'est à dire une part plus que notoire du Sujet empirique suite à sa psychogenèse.

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Message par Vanleers le Mar 25 Fév 2020 - 17:37

Jans a écrit:Dieu veut sans doute le bonheur de l'homme, mais probablement pas celui que souhaitaient les Juifs traditionnels : une vie matérielle prospère. Le bonheur divin envisagé ne peut être que l'élévation de l'homme jusqu'à Dieu, on se rapproche des notions de sublimation et d'individuation de C.G. Jung, c'est donc une démarche intérieure, une évolution essentielle de l'individu, pas un cadre de vie matériel plus ou moins prospère. Le dérapage du catholicisme vers un dolorisme fondamental (pour s'identifier au Christ) me semble assez malsain ; sommes-nous venus au monde pour adopter une sorte de masochisme comme règle de vie ? voilà qui irait à l'encontre de la bonté de Dieu. In media stat virtus.

Au début de Vers le bonheur durable :

Adrien Demoustier a écrit:La vie chrétienne est une réponse à un appel, une invitation à vivre de la Vie bienheureuse de Dieu qui veut nous la communiquer par le Christ.

Il me semble que l’essentiel est dit : le bonheur de l’homme que veut le Dieu de l’Evangile, c’est qu’il vive de sa Vie bienheureuse (que Jean appelle Zôê).
Si ce que souhaitaient les Juifs traditionnels était seulement une vie matérielle prospère, alors il faut dire que l’originalité de l’Evangile est de proposer autre chose aux hommes : une vie surabondante.
Le dolorisme (« doctrine attribuant à la douleur une valeur morale, esthétique et intellectuelle ») ne peut que rebuter nos contemporains. Jésus n’a jamais fait l’éloge de la souffrance.

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Message par Jans le Mar 25 Fév 2020 - 17:55

Si ce que souhaitaient les Juifs traditionnels était seulement une vie matérielle prospère,
, ben oui, dans les temps anciens : à moins d'être enlevé au ciel comme Elie, le juif n'avait pas d'autre horizon que la terre. Croître, prospérer, respecter la torah. Cela changera essentiellement au IIè siècle avJC, avec les Maccabées. Les pharisiens croient en une vie après la mort, les sadducéens non.
intéressante vidéo : ICI

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Message par neopilina le Mar 25 Fév 2020 - 18:32

Jans a écrit:
Vanleers a écrit:Si ce que souhaitaient les Juifs traditionnels était seulement une vie matérielle prospère, ...
, ben oui, dans les temps anciens : à moins d'être enlevé au ciel comme Elie, le juif n'avait pas d'autre horizon que la terre. Croître, prospérer, respecter la torah. Cela changera essentiellement au IIè siècle avJC, avec les Maccabées. Les pharisiens croient en une vie après la mort, les sadducéens non.

Effectivement, la formule citée par Vanleers, c'est un peu " brutal ". Peut être le vulgus pecus, la prospérité matérielle, pas de souci, c'est dans l'esprit de l'époque et partout. Mais il y a les Patriarches, les Prophètes, une région bien connue dés cette époque pour ces fous de Dieu : et pour cause, c'est la patrie du monothéisme névrotique. Un peu avant l'expédition de Titus, il y a une épouvantable guerre civile, etc. Tu dis toi-même " respecter la Torah ".

EDIT : problème de citations, et j'en profite pour ajouter la mention soulignée.


Dernière édition par neopilina le Mar 25 Fév 2020 - 18:55, édité 1 fois

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Message par Jans le Mar 25 Fév 2020 - 18:39

Oui, les spiritualistes songeaient à transformer le peuple d'Israël en peuple de prêtres et éclairer l'humanité ; et à côté, que d'utilitaristes ! j'offre un animal et mes fautes sont supprimées ! je suppose qu'il en a toujours été ainsi dans toutes les religions, y compris dans le christianisme.

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Message par Vanleers le Mar 25 Fév 2020 - 20:56

neopilina a écrit:Je souligne :

Vanleers a écrit:Il termine toutefois son article sur une «  vision plus optimiste de l’homme [qui] rend le chemin évangélique praticable » :
Bruno Lepetit a écrit:Mais si l’on pense que les Evangiles sont une Parole de Dieu vivante qui garde aujourd’hui sa pertinence, alors c’est la vision moderne de l’homme qui est à reconsidérer. Ne trouve-t-on pas dans les profondeurs de l’humanité la sympathie ? l’éthologie et la sociologie contemporaine ne font-ils pas place à des mécanismes de coopération plutôt que de compétition, de don de soi plutôt que d’appropriation de l’autre... dans la survie des espèces et le développement des sociétés ? Une telle voie est d’ailleurs cohérente avec la vision optimiste de l’homme décrite par Saint Thomas dans sa doctrine des inclinations naturelles, fondamentalement bonnes et créées à l’image de Dieu.
Cette vision plus optimiste de l’homme rend le chemin évangélique praticable. Il reste néanmoins difficile, ce serait faire preuve d’un optimisme (béat?) que de nier l’existence du péché. Mais suivre les Béatitudes, ce n’est plus renier sa nature profonde, c’est au contraire l’assumer totalement, la dilater jusqu’à un point où l’humain peut rencontrer le divin. C’est parce qu’elles sont assomption de la nature profonde de l’homme que, conformément aux antiques adages (Sequi naturam, «Deviens ce que tu es»...), les Béatitudes peuvent être un chemin de Bonheur qui est aussi sur notre terre.

Ce qui se " dilate " c'est " l'espace " conquis par la conscience et la connaissance, notoirement de Soi, et cela favorise effectivement la proximité, le voisinage, intimes avec la lumière.


Bruno Lepetit écrit que suivre les Béatitudes, c’est dilater sa nature profonde jusqu’à un point où l’humain peut rencontrer le divin.

Joachim Jeremias (Le message central du Nouveau Testament) soutient que « Quelque chose a précédé » l’enseignement des Béatitudes, que l’enseignement de Jésus s’adresse à des hommes « qui déjà vivent dans le royaume de Dieu et qui rayonnent de son éclat ».
Autrement dit, du moins c’est comme cela que je le comprends, seuls les hommes qui ont déjà rencontré le divin peuvent suivre les Béatitudes.

Je vous laisse le soin d’adapter ce langage à votre vision des choses.

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Message par neopilina le Mer 26 Fév 2020 - 0:59

(

Vanleers a écrit:Je vous laisse le soin d’adapter ce langage à votre vision des choses.

Petite boutade : c'est forcément ce qu'il se passe (cogito !).

)

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Message par Jans le Mer 26 Fév 2020 - 9:50

Autrement dit, du moins c’est comme cela que je le comprends, seuls les hommes qui ont déjà rencontré le divin peuvent suivre les Béatitudes.
C'est très pertinent ! On est d'ailleurs là bien plus dans la spiritualité pure que dans les codages des religions. La religion s'adresse à tous, mais en fait tous les degrés d'évolution personnelle sont représentés chez les humains, si bien qu'un message unique est compris bien différemment.

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Message par Vanleers le Mer 26 Fév 2020 - 15:34

Le christianisme est un eudémonisme car il pose que le bonheur est le but de la vie humaine.
L’eudémonisme chrétien a ceci de particulier que le bonheur y est conçu comme la paix et la joie qui résultent de « la vie en Dieu ».
Pour Ignace de Loyola, le bonheur, c’est de vivre dans la consolation que donne Dieu car :

Ignace de Loyola a écrit:C’est le propre de Dieu […] de donner […] la véritable allégresse et joie spirituelle (ES 329)

Toutefois, nous avons vu avec Bruno Lepetit que l’eudémonisme chrétien se heurtait frontalement à la Croix et que :

Bruno Lepetit a écrit:Une voie pour réduire cette opposition entre bonheur et sacrifice peut être de donner du poids au deuxième terme et gommer le premier : la loi nouvelle devient alors contrainte et obligation.

Ce n’est pas la voie d’Ignace pour qui c’est toujours la recherche de la consolation qui prime, même dans la douleur, ce qu’il montre avec la deuxième  forme de la consolation :

Ignace de Loyola a écrit:De même quand elle [l’âme] verse des larmes la portant à l’amour de son Seigneur que ce soit par la douleur [ressentie] pour ses péchés ou pour la passion du Christ notre Seigneur ou pour d’autres choses droitement ordonnées à son service et sa louange.

A. Demoustier s’étonne :

Adrien Demoustier a écrit:Le sens exact de cette phrase est clair. Les larmes qui « jaillissent » – c’est le sens du mot employé en espagnol – ne sont pas des larmes de joie, mais de douleur. Ignace ose donc appeler consolation l’expérience de laisser s’exprimer la douleur par des larmes ou d’autres expressions de détresses, portant à l’amour à cause de la douleur ressentie pour un juste motif : ses péchés, la passion du Christ ou autre chose. Comment entendre une telle affirmation ? (op. cit. p. 36)

Plus loin, il explique :

Adrien Demoustier a écrit:C’est donc une forme de consolation que de vivre la douleur en l’exprimant dans une attitude qui ouvre à l’amour de Dieu et fait sortir de l’enfermement. Il y a une manière de pleurer, d’être triste, de souffrir d’un souvenir douloureux ou d’une perspective difficile, qui est consolation ; en effet, elle n’est pas seulement vécue comme souffrance, mais dans la vérité d’une douleur qui a quelque chose du paradoxe  de la béatitude évangélique : « Heureux vous qui pleurez maintenant... » (Lc 6, 21).
Alors que la première forme de consolation était du côté d’une joie intense et d’un plaisir sublimé, celle-ci est du côté de la douleur, du déplaisir. Elle n’est pas forcément intense, mais elle reste de l’ordre du sentiment. L’une et l’autre ont en commun d’être aussi mouvement, dynamisme. La première orientait vers Dieu et en Lui vers toutes choses. La seconde fait sortir de ce qui enferme en portant à l’amour par l’expérience même de l’expression de la douleur. Dans les deux cas, il y a sentiment (plaisir, déplaisir) et mouvement, dynamisme qui produit quelque chose (réalité)

L’homme risque toujours de s’enfermer dans la souffrance du regret, du faux désir qu’il en soit autrement s’il n’exprime pas la douleur ressentie comme reconnaissance de la réalité. Il est invité, par le deuil, à oser pleurer, exprimer sa douleur, en la traversant en quelque sorte, pour pouvoir entrer progressivement dans une manière de vivre la solitude qui soit socialisée, calme et tranquille, paisible, quoique toujours douloureuse. (pp. 37-38)

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Message par Vanleers le Jeu 27 Fév 2020 - 9:35

Comme le dit Adrien Demoustier à propos de la deuxième forme de consolation selon Ignace de Loyola :

Adrien Demoustier a écrit:Ignace ose donc appeler consolation l’expérience de laisser s’exprimer la douleur par des larmes ou d’autres expressions de détresses [...]

Ceci se comprend mieux en distinguant douleur et souffrance et, au préalable, mal et malheur.

Adrien Demoustier a écrit:Le mal, c’est ce qui fait mal et fait du mal. Le malheur est l’enfermement dans ce qui fait mal. L’expérience du bonheur n’est pas immédiatement liée à l’absence de ce qui fait mal, même si elle exige la dénonciation de toute complicité avec la cause du mal. Bonheur et mal ne sont pas du même ordre. (p. 10)
[…]
Il est possible, par une convention de langage, de distinguer la douleur proprement dite de la souffrance. La première traduit la réaction de l’être vivant à ce qui le blesse et lui fait mal. La douleur est à la fois corporelle et mentale ; elle est à la fois ressentie et reconnue. Elle peut se dire. La souffrance serait plutôt une manière de se défendre de la douleur en se l’imaginant plus ou moins, pour en quelque sorte en garder la maîtrise, comme pour se l’approprier. Cette manière de vivre la douleur devient alors un enfermement, une attitude qui s’oriente vers un enfer. (p. 37)

Le malheur et la souffrance sont l'enfermement dans ce qui fait mal.
A l’inverse, la deuxième forme de consolation c’est « vivre la douleur en l’exprimant dans une attitude qui ouvre à l’amour de Dieu et fait sortir de l’enfermement ».

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Message par Vanleers le Ven 28 Fév 2020 - 8:59

Les précédentes considérations sur la deuxième forme de consolation selon Ignace de Loyola peuvent éclairer ce qui apparaît comme un scandale : comment un Dieu supposé bon et tout-puissant peut-il avoir créé un monde où le mal est aussi omniprésent ?
A la suite de sa distinction entre mal et malheur (cf. post précédent), Adrien Demoustier enchaîne et tente de répondre à cette question.

Adrien Demoustier a écrit:Le discernement dans la foi éduque à un réalisme qui ne se bouche pas les yeux. Il apprend à identifier le mal et à lui faire face. C’est pourquoi il comporte toujours une dimension de combat, de lutte et de résistance à la fascination du mal qui, bien souvent, a pris les apparences du bien.

L’image du Créateur

Entrer dans cette manière de voir et de faire suppose une modification de l’image de Dieu, d’un Dieu qui n’a pas su ou pas voulu nous épargner le mal. Qu’il n’intervienne pas du haut de sa toute puissance pour supprimer l’obstacle est une cause de scandale. La contemplation de la figure évangélique donnera peu à peu accès à la figure de Celui qui renonce à utiliser sa puissance pour passer en force. Il se tient au côté de l’homme pour lui permettre de trouver, avec Lui, son propre chemin vers la vie. Car il ne veut pas son bonheur à la manière d’un tyran ou d’un père oppressif et autoritaire qui aurait déterminé d’avance et sans lui la manière dont son fils doit être heureux.
Dieu ne nous crée pas seulement de l’extérieur comme le potier façonne son œuvre. Il crée, si l’on peut dire, de l’intérieur, selon l’image de la communication du souffle. Il est infiniment et intimement présent à sa créature, « plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes ». C’est donc lui qui connaît le mieux notre histoire et s’il nous propose de faire sa volonté pour que nous puissions trouver notre chemin, c’est parce qu’il sait qui nous sommes, d’une connaissance qui est inaccessible à nos seules forces. C’est en nous mettant d’abord à l’écoute de ce qu’il nous dit de nous-même et de ce qu’il nous propose comme voie d’accès à la Vie que nous pourrons effectivement découvrir et inventer notre chemin vers Lui, vers notre bonheur. (p. 11)

A. Demoustier n’est pas le premier à présenter une théodicée et, ici, il donne deux arguments.
Tout d’abord, il met l’accent sur la contemplation du Christ, figure de Dieu, dont les actes et les paroles nous font mieux comprendre le Dieu de l’Evangile.
Il développe ensuite l’idée que ce Dieu est intérieur à l’homme et que c’est en se mettant à l’écoute du divin en nous que nous trouverons notre chemin du bonheur.
A. Demoustier renvoie donc à l’expérience de la foi au Dieu de l’Evangile, c’est-à-dire à la confiance que nous accordons à un Dieu intérieur, manifesté par le Christ, dont la volonté est que chaque homme trouve son bonheur.

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Message par Jans le Sam 29 Fév 2020 - 9:13

Le même problème de la souffrance et du mal a tellement préoccupé les rabbins de l'antiquité (car Dieu avait déclaré (paraît-il) : "cela est bon / bien") qu'ils ont écrit le récit d'Adam et d'Eve chassés du paradis, sous l'influence de Satan / serpent qui parle.

Il existe d'autres scénarios possibles, exposés en partie dans les écrits apocryphes. Le point de départ est déjà différent : l'humain est un esprit (étincelle, émanation divine) créé dans les sphères spirituelles, lieux où l'on est pleinement heureux. Alors pourquoi lui faire subir l'épreuve du carcan dans un corps terrestre ? Platon disait : sôma = sema : le corps est un tombeau.
hypothèses : a) il s'agit d'esprits qui se sont rebellés, c'est donc une punition ;
b) l'esprit ne peut prendre réellement conscience de lui-même et du créateur qu'en passant par l'éloignement et l'incorporation ;
c) le créateur ne peut se découvrir Lui-même qu'à travers des regards et approches séparés de Lui.

Cela me semble moins flou que les explications assez alambiqués du catholicisme, mais cela n'est que ma sensibilité.

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Message par Vanleers le Dim 1 Mar 2020 - 21:04

Pénétré de l’esprit du Christ, désencombré de lui-même, libéré des choses et des gens, tel est le portait du suivant de la Voie (l’Evangile), que dresse Jean Gouvernaire dans Mener sa vie selon l’Esprit tome 2 – Editions chrétiennes 2013 :

Jean Gouvernaire a écrit:Celui qui marche avec le Christ se dégage progressivement de l’envie qui lui était naturelle de s’approprier les biens dont il aurait pu disposer : argent, santé, confort, mais aussi connaissances, culture, talents. De tout cela, il ne méprise rien. Il s’en sert largement pour le service de tous. Mais si, de ces biens, quelque chose vient à lui manquer, il n’en reste pas troublé très longtemps. Son souci est ailleurs. En se pénétrant de l’esprit du Christ, il perd peu à peu le goût de paraître, de dominer par vanité, d’être haut placé, exposé aux regards complaisants. Mais il ne craint pas les responsabilités qui lui reviennent. Il n’est pas entravé de ce qu’on pense de lui, pas abattu par les critiques amères.
[…]
[…] celui qui s’exerce délibérément à se dégager de l’emprise qu’avaient sur lui les choses et les gens, afin de rejoindre le Christ, gagnera-t-il en liberté d’esprit et en sérénité, face aux contrariétés de l’existence. Désencombré de lui-même, il ira d’un pas allègre accomplir sa tâche parmi les hommes. Sa joie ne se confond pas avec l’euphorie d’une vigoureuse santé. Elle est capable, au contraire, de subsister malgré les tiraillements d’une douleur ou les froissements d’un amour-propre. Non, elle ne résulte pas d’heureuses circonstances. Elle est le fruit de son désir de Dieu. Il a souvent conscience – et parfois même l’évidence – que sa joie ne vient pas de son propre fonds, de ses propres efforts, mais qu’elle lui est donnée d’ailleurs, par un Autre. Et en cela, il a raison, car nul ne progresse dans le service et l’amour, si Dieu ne l’attire. En somme, la véritable consolation, qu’elle vienne directement de Dieu ou par intermédiaires, est reçue comme un mouvement qui nous libère et nous porte à l’amour. (pp.17-18)

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Message par Vanleers le Lun 2 Mar 2020 - 11:32

Je reviens sur un point important de la spiritualité ignatienne : le discernement des esprits.
Selon Ignace, l’homme est mû par deux esprits : le bon qui apporte la consolation et le mauvais qui apporte la désolation.
Que l’on soit chrétien ou non chrétien, il est capital d’être attentif à cette dualité et, dans nos actes et nos pensées, de toujours nous demander : par quel esprit suis-je mû, le bon ou le mauvais ?
Il est donc utile, pour les reconnaître, de comprendre en quoi consistent précisément la consolation et la désolation, ce que fait Nikolaas Sintobin dans La joie, ma boussole p. 52 – Editions jésuites 2019 :

Consolation

    Intellectuellement : comprendre, l’esprit qui s’ouvre, communication, recevoir une réponse, voir.

    Affectivement : plénitude, désir, force, joie, goût, contentement, paix, repos douceur,ardeur.

Désolation

    Intellectuellement : confusion, distraction, incompréhension.

    Affectivement : amertume, repli sur soi, tristesse, dureté, aversion, froideur, agitation, désordre, trouble, malaise, tourment.

Comment procéder au discernement des esprits ? l’auteur l’indique, à la suite :

Nikolaas Sintobin a écrit:Le discernement exige que nous apprenions à nous mettre à l’écoute des régions les plus profondes de notre affectivité : le niveau de sensibilité qui ne dépend pas de la qualité de notre sommeil, du temps ou de nos hormones.

Il précise :

Nikolaas Sintobin a écrit:La condition pour reconnaître aux sentiments une aussi grande importance, c’est que votre cœur soit continuellement éduqué et nourri. Les sentiments humains ne sont en effet pas fiables par définition. Ils peuvent également être déformés – il suffit de penser à la perversion. Pour les chrétiens, cela signifie particulièrement qu’il faut que le cœur soit greffé autant que possible sur la personne de Jésus, le grand maître en amour. Ce n’est que dans la mesure où le cœur est continuellement affiné et purifié qu’il peut devenir concrètement le réceptacle du désir d’amour de Dieu pour l’être humain.
Cela ne veut pas dire que les non chrétiens soient incapables de discerner. L’Esprit de Dieu ne se laisse pas enfermer dans une seule Eglise ou religion. Heureusement ! Mais ici aussi, c’est à condition d’éduquer et de nourrir continuellement le cœur. (op. cit. pp. 55-56)

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Message par Vanleers le Jeu 5 Mar 2020 - 17:32

Dans la dernière proposition de l’Ethique, Spinoza démontre que c’est parce que nous jouissons de la béatitude que nous pouvons réprimer les « désirs capricieux » (libidines – traduction Pautrat 2010) :

Spinoza a écrit: La béatitude n’est pas la récompense de la vertu, mais la vertu même ; et ce n’est pas parce que nous réprimons les désirs capricieux [libidines] que nous jouissons d’elle, c’est au contraire parce que nous jouissons d’elle que nous pouvons réprimer les désirs capricieux. (Ethique V 42)

Dans la spiritualité ignatienne, ce n’est pas par ses efforts mais par l’amour de Dieu que l’homme est purifié de ses désirs capricieux, désencombré de son moi.
Cela donne une autre idée de ce que sont les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola : il ne s’agit pas de se vaincre soi-même mais de laisser faire Dieu en se rendant disponible à son action.

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Message par Vanleers le Dim 8 Mar 2020 - 9:29

Je redonne deux extraits déjà cités sur le fil :

Dominique Salin a écrit: […] un être libre vis-à-vis de ses passions et du qu'en-dira-t-on, un être détaché de lui-même et docile à la voix de l'Esprit Saint, [...]

Jean Gouvernaire a écrit:
[…] celui qui s’exerce délibérément à se dégager de l’emprise qu’avaient sur lui les choses et les gens, afin de rejoindre le Christ, gagnera-t-il en liberté d’esprit et en sérénité, face aux contrariétés de l’existence. Désencombré de lui-même, il ira d’un pas allègre accomplir sa tâche parmi les hommes.

J’en déduis la maxime : « Ne pas trop se prendre au sérieux et laisser faire Dieu »

Cette confiance en Dieu a son équivalent dans l’Ethique, notamment dans le scolie d’E V 36 :

Spinoza a écrit:Nous comprenons par là clairement en quoi consiste notre salut, autrement dit béatitude, autrement dit Liberté, à savoir, dans un Amour constant et éternel envers Dieu, autrement dit dans l’Amour de Dieu envers les hommes.

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Message par Vanleers le Sam 14 Mar 2020 - 10:23

Le pratiquant de la spiritualité ignatienne s’adresse à Dieu mais, comme l’écrit Jean Gouvernaire (op. cit. p. 24) :

Jean Gouvernaire a écrit:Je prie, j’interroge, je supplie en veillant à ne pas inventer moi-même la réponse. Je me fais attentif : du côté de Dieu, rien. Que se passe-t-il ? Il y a seulement une vérité, dont j’ai peine à me convaincre, une vérité pourtant simple ; Dieu ne répond pas en paroles, mais en actes.
Dans la prière, en effet, des modifications se produisent : tout ce qui a grandi en moi d’amour, de confiance, de courage pour entreprendre ; tout ce qui a monté en moi de joie, de lumière et de paix, voilà la réponse de Dieu à mon appel. Car tout cela ne s’est pas fait sans que Dieu y mette la main. Nul, en effet, n’approche en direction de Dieu sans qu’il y soit attiré.

L’auteur développe ce point à propos de ce que Ignace de Loyola appelle la « consolation sans cause »

Jean Gouvernaire a écrit:Nous avions posé la question : pourquoi une consolation qui survient sans cause précédente est-elle attribuée à une intervention de Dieu plutôt qu’à l’émergence d’un travail souterrain ? Il est vrai  que l’inconscient est toujours actif, prêt à se jouer de nous avec subtilité. Mais après tout qu’importe ? Nous allons à Dieu avec tout ce que nous sommes. La seule chose qui importe, la seule que nous ayons à considérer ici, est de savoir si nous avons affaire à une véritable consolation spirituelle. L’événement qui surgit, impromptu, est-il un véritable échange d’amour avec le Dieu vivant et vrai, voilà ce dont il faut juger.
Si le mouvement qui a surgi plonge dans le trouble, l’inquiétude ou la peur, si l’amour qu’il éveille se met à proliférer dans l’imaginaire, si l’amour avec Dieu devient fusionnel, oubliant que Dieu est tout autre, si l’évènement intérieur entraîne une exaltation suspecte ou des symptômes étranges, nous n’avons pas affaire à une véritable consolation.
Mais, quand le mouvement spirituel fait lever un surcroît de vitalité, quand le sujet se retrouve dans un équilibre plein de santé, quand l’élan passionné pour Dieu s’allie au respect de sa grandeur, quand l’évènement intérieur renouvelle la joie d’exister et ouvre à la relation aux autres, alors la personne peut recevoir cet évènement inhabituel comme un don de Dieu. (op. cit. pp. 30-31)

Plutôt que de religion chrétienne avec son cortège de croyances, je parlerais ici d’expérience chrétienne qui ne met en œuvre que la simple foi en un Dieu donateur de vie à qui l’on s’adresse et qui répond en faisant monter la joie, la lumière et la paix dans celui qui appelle.

De même, dans la perspective de l’Ethique de Spinoza, la béatitude est la « réponse » à la connaissance du troisième genre qui met en œuvre l’amour envers Dieu.

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Message par Vanleers le Jeu 2 Avr 2020 - 10:58

Spinoza donne une définition de la béatitude au chapitre 4 de l'Appendice de la partie IV de l'Ethique comme "la satisfaction même de l'âme (animi acquiescentia) qui naît de la connaissance intuitive de Dieu"
Le terme acquiescentia a été introduit dans la partie III par la notion d'acquiescentia in se ipso, souvent traduite par "satisfaction de soi":

Spinoza a écrit:La Satisfaction de soi est une Joie née de ce qu'un homme se contemple lui-même ainsi que sa puissance d'agir. (E III déf. aff. 25)

Giuseppina Totaro a montré que le terme acquiescentia, absent de tous les dictionnaires de latin jusqu’aux XVII° et XVIII° siècles compris, avait été repris par Spinoza à une traduction en latin de Henri Desmarets des Passions de l’âme (II 63) de Descartes, traduction (non revue par Descartes) dans laquelle le latin acquiescentia in se ipso rendait le français « satisfaction de soi-même » (cf. son article « Acquiescentia » dans la cinquième partie de L’Ethique de Spinoza in Revue Philosophique de la France et de l’Etranger 1994 n° 1)
Dans une note de son commentaire de la partie V de l'Ethique, p. 139 :

Pierre Macherey a écrit:Rappelons que la notion d'acquiescentia - il s'agit d'un néologisme qui n'appartient ni au latin classique ni au latin médiéval - exprime un ensemble subtil de nuances affectives, dans lesquelles dominent les impressions de tranquillité et de sécurité associées généralement à l'idée de "repos" (quies). Il est particulièrement difficile de rendre par un terme français unique cette notion qui évoque, selon les cas, un état d'apaisement ou d'assurance que rien ne peut troubler.

P. Macherey justifie ainsi sa traduction de acquiescentia in se ipso par "assurance en soi-même".

Toutefois, traduire animi acquiescentia par "paix intérieure", ce que l'on rencontre parfois aussi, me paraît parler davantage, en n'oubliant pas que cette paix est une joie (cf. la définition de acquiescentia in se ipso)
En résumé, la béatitude que définit Spinoza dans l'Appendice de la partie IV est la paix intérieure qui naît de la connaissance intuitive de Dieu.

Le rapprochement avec la spiritualité ignatienne est alors évident puisque celle-ci pose que l'expérience de la rencontre avec le Dieu de l'Evangile, c'est-à-dire la connaissance intuitive de Dieu, donne la paix intérieure.

Au passage, il est plaisant de remarquer que le terme fondamental de la philosophie de Spinoza, à savoir acquiescentia (béatitude), est un néologisme emprunté à une traduction en latin d'une expression d'un texte écrit en français par Descartes.

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