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Etre quelqu'un

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Message par Kokof le Mer 8 Mai 2019 - 18:15

Etre quelqu’un

Etre quelqu’un, au sens faible, signifie simplement être humain. Au sens fort, cela signifie être une personne de valeur. Les deux sens méritent un examen, car il s’agit, avec le premier, d’ontologie (qu’est-ce qui distingue quelqu’un de quelque chose ?) et de morale (quel est le rapport entre la reconnaissance de l’autre en tant que personne et le respect ?), avec le second, d’éthique (qu’est-ce qu’une personne de valeur ? Est-ce un héros ou un sage ?) D’abord, le sens faible d’être quelqu’un est-il vraiment faible ? Etre quelqu’un, n’est-ce pas, au contraire, un fait fondamental, en l’occurrence un fait moral ? Ensuite, pour être quelqu’un au sens fort, faut-il être un héros, et si oui quel genre de héros ? Y a-t-il des héros sages ?

Etre quelqu’un, ce n’est pas être n’importe quoi, c’est être une personne, un « qui » et non un « quoi ». En tant que sujet, la personne a une dignité naturelle, une valeur innée et inaliénable. Le problème est que cette dignité n’est pas toujours reconnue par la société. Certaines personnes sont parfois exclues de la société ou privées de droits, parce qu’elles ne sont pas considérées comme des personnes dignes : les personnes appartenant à des minorités ethniques, éthiques (les nomades par exemple), religieuses ou sexuelles, etc. Etre quelqu’un n’est pas toujours suffisant pour être respecté.

En général, pour être respecté ou toléré, il faut être comme tout le monde ou paraître tel en masquant sa différence. Le paradoxe cruel de la reconnaissance sociale est qu’il ne faut pas être soi pour être accepté. Etre quelqu’un et être soi, s’intégrer et s’affirmer, semblent s’exclure socialement. Une société évoluée et tolérante ne devrait donc pas respecter les personnes uniquement en tant que personnes (car cette identité n’englobe pas la différence), mais en tant qu’individualités, car être quelqu’un ne signifie pas seulement être humain, mais être unique.

Une personne n’est pas une essence abstraite ni un individu neutre, c’est un être unique, manifestement différent. Or la différence modifie notre relation à l’autre et incline notre respect : nous respectons plus les femmes que les hommes, les personnes âgées que les jeunes, etc. Les différences sont prises en considération par la morale et la politesse. C’est donc une erreur de penser que nous devons seulement respecter l’humanité de l’autre, et que nous pouvons mépriser sa différence ou la nier en pensant que nous sommes tous égaux, alors que c’est aussi son identité et sa condition qui doivent régler notre conduite (par exemple, le respect distant et la politesse ne suffisent pas devant une personne indigente ou souffrante, qui a besoin d’aide). Derechef, être quelqu’un, ce n’est pas seulement être humain, c’est aussi être différent. Notre sens du respect doit tenir compte de cette distinction.

Nous avons vu l’importance de la reconnaissance dans les relations sociales. Mais être connu et être vu n’est pas prudent. Le sage, qui par devoir s’engage politiquement ou militairement, reste réservé et insondable. Il agit tout en se dissimulant. Parce qu’il ne cherche pas à devenir quelqu’un, à se faire un nom, à gagner des titres et des distinctions, il peut se servir librement de la ruse (sans se soucier de son image et de sa réputation) pour vaincre, et rester prudent pour éviter la guerre et résoudre pacifiquement les conflits. N’étant pas attaché à sa personne, il peut jouer sur les apparences et paraître ce qui est stratégiquement avantageux, restant une illusion et une énigme pour ses ennemis. Inconnu et insaisissable, il n’est nulle part et n’est personne. Pourtant c’est lui qui commande et qui vainc. Cette définition du sage par Sun Tzu dans son Art de la guerre prouve que pour survivre et pour vaincre, il ne faut pas être mais paraître (les animaux, qui utilisent la ruse pour se sauver et pour chasser, ont compris ce principe depuis longtemps). Paradoxalement, le sage survivra et sera quelqu’un (au sens fort) parce qu’il ne cherche pas à être quelqu’un (au sens faible comme au sens fort).

Etre quelqu’un (au sens faible) peut aussi être une gloire privée, un héroïsme solitaire, car il faut du courage et la foi pour affronter et assumer sa propre existence, dont la contingence, la fragilité et la brièveté sont angoissantes. Selon Kierkegaard, être quelqu’un n’est pas un fait, mais une fin, un état à conquérir à chaque instant. Etre, ce n’est pas être quelqu’un. Pour être quelqu’un (le sens faible devient fort devant l’épreuve de l’existence), il faut avoir surmonté l’épreuve spirituelle de l’existence. On ne naît pas quelqu’un, on le devient en assumant l’existence qui nous a été donnée. C’est ce que Kierkegaard appelle la reprise, qui est un acte héroïque, bien qu’il ne soit pas reconnu. Mais cet acte ne s’accomplit pas sans la foi et sans la grâce de Dieu. Avoir la foi, selon Kierkegaard, c’est s’humilier devant Dieu en reconnaissant son néant et sa dépendance face à son Créateur. Assumer notre existence ne consiste donc pas à l’affirmer, mais à affirmer l’existence de Dieu, qui fonde la nôtre. Pour la religion, être quelqu’un (au sens fort du sens faible), et non pas un misérable, c’est reconnaître qu’il existe Quelqu’un sans qui nous ne serions rien.

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