Apologie de la daube

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Apologie de la daube

Message par Courtial le Jeu 15 Mai 2014 - 20:28

Bon, je n'ai jamais eu grand succès avec ce genre de sujets dans le passé, ce n'est pas dans le ton Internet, je suppose, aussi devrais-je probablement m'abstenir...

Ce qui m'intéresse, c'est comment l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, ému, profondément touché par ce que l'on connaît par ailleurs comme une grosse daube.
L'exemple simple : le slow tout pourri sur lequel vous avez dansé la première fois avec votre future femme, etc.
Il peut y avoir naturellement d'autres motivations à la délectation daubique, par exemple le souvenir de l'enfance, on peut penser aux hymnes nationaux, etc. On pourrait les analyser et les classer.

Je donne un premier exemple : je ne peux me retenir (là c'est plutôt l'enfance) d'être ému par cette grosse merde :

http://www.youtube.com/watch?v=24TaTGljBAE

(évidemment, "de mon temps", il n'y avait pas en plus ces images débiles, je n'avais que le son).

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Re: Apologie de la daube

Message par euthyphron le Jeu 15 Mai 2014 - 22:25

Je songe à l'effet Bourdieu. Comme chacun sait depuis La Distinction, les bourgeois aiment Mozart parce que cela leur donne l'air de bourgeois. Un grand intellectuel cependant, en ces jours de profonde décadence des choses de l'esprit, doit montrer qu'il est intellectuel par aptitude, et qu'il aurait tout aussi bien réussi à être un parfait inculte s'il l'avait voulu, et même à passer à la télé, et que c'est pour ça qu'en fait il est sympa.
Pour démontrer ces titres de gloire, il faut aimer la daube, c'est clair.  lol

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Re: Apologie de la daube

Message par Courtial le Ven 16 Mai 2014 - 0:32

euthyphron a écrit:Je songe à l'effet Bourdieu. Comme chacun sait depuis La Distinction, les bourgeois aiment Mozart parce que cela leur donne l'air de bourgeois. Un grand intellectuel cependant, en ces jours de profonde décadence des choses de l'esprit, doit montrer qu'il est intellectuel par aptitude, et qu'il aurait tout aussi bien réussi à être un parfait inculte s'il l'avait voulu, et même à passer à la télé, et que c'est pour ça qu'en fait il est sympa.
Pour démontrer ces titres de gloire, il faut aimer la daube, c'est clair.  lol

Ah oui, c'est là qu'on voit les différences de forme : bon dosage de drôle et de venimeux (comme je joke souvent, je précise qu'il n'y a pas d'ironie là). Bon texte, à l'évidence.

Pour la réponse, deux choses :

On va commencer par Bourdieu. J'ai lu avec grand intérêt ses thèses, auxquelles je veux bien souscrire à la condition exprès qu'elles soient considérées dans leur ensemble (où je crois qu'elles signifient autre chose que ce qu'on peut tirer de ce qu'on débite en détail) et pas réduites aux résumés qu'on en fait ordinairement. Qui peuvent avoir des utilités, mais qui ne sauraient suffire.
Pour ce qui touche à la bourgeoisie, il paraît utile d'observer qu'il y a une disjonction entre le plaisir et le beau, qui fait qu'on détache la sensibilité de l'idéal. Magnifiquement illustré par Kant, évidemment : je réprouve comme une satisfaction inférieure ce qui m'est seulement agréable, par le beau, j'accède à une prétention à l'universalité, usw

Deuzio : ce n'est pas tout à fait ce que je visais. Je ne voulais pas parler des musiques que, en tant que bourgeois, je récuse, tout en aimant m'encanailler avec, etc., c'était pas tout à fait l'idée.
Par exemple (et qu'on m'excuse de parler encore de moi, je peux comprendre que cela lasse), vers l'âge où je révérais Saint Preux, j'étais aussi, et encore plus, un fan de Claude François. Mais je n'ai ni gêne ni souci avec cela, je ne songerais pas une minute à mettre Claude François dans mon spicilège de la daube, c'était très bien, Claude François.
Naturellement, je ne l'écoute plus, et je me fais vanner parfois par mes parents ou des gens qui m'ont connu jeune sur l'air du : ah ben avant tu écoutais Claude François et maintenant tu nous fais chier avec Gadamer ou Ricoeur, etc. Mais je leur dit que cela n'efface pas Claude François et il n'y a aucun souci. Et si vous étiez là, je peux vous chanter du Claude François (même des que vous connaissez pas) sans problème.

Bref, quand je parlais de "daube", c'est pas seulement du jugement social de mépris pour la musique des pauvres, je parlais de vraies daubes, j'en ai donné un exemple signalé et je comprends qu'on évite ses propres citations.

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Re: Apologie de la daube

Message par quid le Ven 16 Mai 2014 - 23:46

He bien moi, la dernière "daube" par laquelle j'ai été touché, c'est en visionnant le film "Armageddon".

Il faut croire que le cinéma américain a des recettes pour provoquer l'émotion. La relation conflictuelle et d'amour entre le père et sa fille m'a touché, faisant ressortir leur lien d'amour.

Egalement la relation entre le père géologue et son ex-femme.

La solitude de la jeune fille quand le monde se réjouit et qu'elle observe seule et effondrée alors que le monde doit sa réjouissance au sacrifice de son père.

Ce fond de fin proche, ces amours profonds révélés.... J'en ai pleuré  

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Re: Apologie de la daube

Message par Axiome le Sam 17 Mai 2014 - 1:18

Mais enfin ! Courtial ! Vous exabusez ! lol  Vous avez mis la barre bien trop haute !  
Comment voulez-vous que l’on intervienne après cette vidéo …  
Non ! Franchement, je pense que vous avez décroché le ponpon…  

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Re: Apologie de la daube

Message par euthyphron le Lun 19 Mai 2014 - 10:19

Courtial a écrit:Ce qui m'intéresse, c'est comment l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, ému, profondément touché par ce que l'on connaît par ailleurs comme une grosse daube.
A vrai dire, je suis davantage intéressé par l'autre case vide.
Je veux dire qu'il y a deux cases saturées : "c'est bien et j'aime", "c'est mauvais et je n'aime pas". Il reste deux cases vides, la tienne (si j'ose dire  ) est "c'est mauvais et j'aime", et la mienne, "c'est bien et je n'aime pas".
J'avoue que ma bonté naturelle (à moins que ce ne soit mon égocentrisme) fait que lorsque j'aime, je trouve des qualités. Saint-Preux pourrait faire un contre-exemple, mais en réalité je n'aime vraiment pas! Pour aimer ça, je crois qu'il faut faire appel à une théorie des facultés : la faculté de juger (jugement de goût) est effacée sous la faculté d'associer des souvenirs, par exemple. Ceci dit, l'entendement peut toujours trouver des justifications à la perversion du goût. Ne peut-on admirer chez Saint-Preux la radicalité de la démarche, qui consiste à aller jusqu'au bout d'une esthétique de la mièvrerie afin d'en extraire, en guise de substantifique moelle, l'âme des jeunes files telle qu'elle est supposée par les garçons pubères? Et tout ceci n'est-il pas mis à distance par le nihilisme des paroles, qui contraste avec le premier degré de la musique?
Mais je n'ai pas d'explication pour l'instant au phénomène de l'autre case, la case La presqu'île de Julien Gracq, que je suis en train de lire, et qui m'ennuie comme ce n'est pas permis, mais ne me fait pas modifier mon jugement selon lequel Gracq est un écrivain génial. Je pourrais faire une longue liste de tous ceux que j'admire mais n'aime pas, surtout si on inclut les philosophes! Or, qu'est-ce qui se refuse ici? Qu'est-ce qui fait que, capable de pressentir une supériorité, je reste néanmoins incapable de la goûter? D'où provient ce contraste entre l'ouverture d'esprit du jugement et ce que les mystiques appelleraient la sécheresse de coeur?

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Re: Apologie de la daube

Message par Courtial le Lun 19 Mai 2014 - 12:21

Pour la case vide :
On peut peut-être signaler la décision que prend Kant, dans la Critique de la faculté de juger (c'est le §15), quand il décrète que le jugement de goût n'a rien à voir avec un jugement de perfection.
Ce que j'interprète (pas tout seul, avec un peu de Gadamer et de Heidegger et quelques autres) comme un renoncement assûmé à l'ontologie, pour plonger dans les délices pas claires de "'l'esthétique".
Dans un texte connu des Parties des Animaux, Aristote s'en prend à des philosophes puérils, des faux philosophes, qui renoncent à l'étude des animaux, sous prétexte de répugnance (si vous ouvrez une bestiole, vous avez d'abord la gerbe parce que c'est dégueulasse à regarder, à sentir, etc.). Le Stagirite dit à ces délicats que les Dieux sont aussi dans la cuisine, que la beauté, c'est la finalité, etc. La vraie beauté, c'est, dans le corps des êtres vivants, le parfait agencement des parties, l'accommodement des moyens aux fins, etc.
En termes modernes, la beauté doit être pensée à partir de l'Etre. Le beau est ce qui doit être, une sorte de sursaturation de l'Etre (pour faire court et un peu formule, je n'ai pas mieux à l'instant). Est "parfaite" une chose qui est entièrement conforme à ce qu'elle doit être  en laquelle on ne perçoit pas le moindre écart entre son être et son devoir-être;
l'estomac est parfait, il est conformé exactement pour remplir sa fonction, sa fin (et même aussi sa faim).
Mais avec Kant, il faut oublier tout ça : le beau, c'est de la sensation (aisthesis), cela ne s'appréhende pas avec l'entendement (ou pas l'entendement seul, il y a l'imagination aussi).

Tu as parlé de Mozart et de Gracq. Bons exemples !
Il n'y a rien à redire aux symphonies de Mozart, c'est le toit de la musique "classique" (au sens strict) : pas de défauts, c'est parfait. Mais (j'en excepte 4, les 35, 39, 40ème et 41ème), 'tain que c'est chiant !
Le parfait qu'on n'aime pas, je le comprends à partir de Kant.
Et pour l'art contemporain : il n'y a aucune erreur musicale non plus dans les Trois Minutes Trente de silence de John Cage ni de mauvaise peinture dans le Monochrome bleu de Klein, mais on se fait un peu iech quand même.

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Re: Apologie de la daube

Message par neopilina le Lun 19 Mai 2014 - 14:03

" Apologie de la daube " : je répute le sujet impossible. C'est dans le titre même. C'est comme si je vous disais, je vais vous raconter l'histoire d'un nécro-zoophile qui va s'acheter un poulet. Là, tout de suite, comme je continue d'explorer le continent Sade, ça agrandit, j'ai envie de parler de ma dernière daube en date, en l'occurrence un article d'Onfray sur Sade. Je me suis plongé dans l'impression anonyme, sous pseudonyme et clandestine courant sur la durée de vie de Sade, seconde moitié du XVIII° siècle, lors d'une recherche, dans les résultats proposés par le moteur, je vois ressortir le nom d'Onfray :    . Je réfléchis deux secondes. Je perds un peu temps ? Allez, par curiosité, pour faire une pause, ze clique (
http://mo.michelonfray.fr/oeuvres/discographie/sade-deconstruction-dun-mythe-coffret-de-2-cd-audio/ ), ceci s'affiche :
" Sujet d’intense fascination, le Marquis de Sade a acquis au fil des décennies une image qui relève du mythe. En occultant, détournant et justifiant les faits historiques, de nombreux intellectuels du XXème siècle interprètent avec complaisance la vie et la littérature du Marquis jusqu’à l’ériger en symbole. Briseur de tabous, libérateur de la sexualité, Révolutionnaire et féministe avant l’heure ? La réalité du personnage est autre. Avec clarté et précision, Michel Onfray dévoile la philosophie du Marquis. Le retour aux sources historiques et à l’intégralité de ses écrits met fin au doute : son image de progressiste est usurpée. Dernier philosophe de la féodalité, le Marquis de Sade est enfin identifié, analysé, déconstruit.  Lola Caul-Futy-Frémeaux ".

De la daube, de la vraie, de la pure. Je vous rassure, j'étayerais mon accusation dans le lien dédié. En dessous du nom d'Onfray, on peut voir " Philosophe, écrivain ", " Touriste miniaturiste, plumitif à succès " me parait plus proche de la réalité. Mais revenons à l'apologie de la daube. Comment faire l'apologie de ce que je viens de qualifier de daubesque ?

J'ai moi-même disserté sur la différence entre ne pas aimer, entendre, etc, et être daubesque : je respecte les émois de la ménagère qui écoute Franck Michaël, Frédéric François, Julio, la foi de la grenouille de bénitier qui n'a pas lu Nicolas de Cues, ces émois sont on ne peut plus réels et le nier est une faute grave : il y a d'une part la Foi et d'autre part ses oripeaux. C'est ainsi que j'ai appris à un ami musicien, fabricant de guitare, qui joue dans un groupe de métal, et quelques autres, qu'il ne faut pas dire " Quelle daube ! " mais, souverainement, " désolé, mais je n'entends pas ". L'idée de cette réflexion m'était venu suite à une expérience personnelle, avec Picasso, que je qualifiais volontiers de daubesque, jusqu'au jour où un Picasso m'a fait un gros émoi. Après cette expérience, devenu plus circonspect, j'ai décidé de dire, " désolé, mais je ne vois pas, n'entends pas, etc " quand je trouvais daubesque. Raisonnement qui ne vaut pas pour la philosophie qui en appelle expressément à la rationalité : je n'aime pas Platon, Aristote, Sade, Freud, Heidegger, etc, les types j'entends. A contrario, les qualifier de daubesques voilà qui, pour le coup, est proprement daubesque. Et il faudrait donc, ensuite, faire l'apologie du daubesque !? Allez, Courtial, reprends-toi,    ,  pc   .
Comme je suis également un peu thérapeute, ze te prescris l'intégralité des Vixens, de Tarantino, et des albums, vinyle, of course, d'AssDesse, surtout ceux avé Bon Scott, tu verras ça ira mieux !

P.S. On reconnaîtra ici une salutaire, et mortelle, pour le sujet proposé, mise en oeuvre du delphique " Serres de près ".
P.S.2. Je me trouve fort marri de ne pas pouvoir récuser totalement " Armageddon ". A cause d'Ingrid ( Vrai ! ). On a trouvé tellement bien qu'on a mis sur pause, et qu'on a jamais vu la fin.


Dernière édition par neopilina le Mar 20 Mai 2014 - 22:15, édité 1 fois

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Re: Apologie de la daube

Message par hks le Lun 19 Mai 2014 - 19:18

c'était très bien, Claude François.

ah bien!!!   je ne suis pas seul ...mais c'est toujours bien Claude François. C F c'est le po-si-tif.

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Re: Apologie de la daube

Message par Axiome le Lun 19 Mai 2014 - 22:43

Puisque Courtial réclame des exemples …..

Je fais une tentative avec cet exemple :

J’espère que nous sommes bien entre adultes sur le forum. Je vous préviens, il va falloir vous accrocher.  

Je vous oblige à écouter et à regarder jusqu’au bout, je suis très sympa, cette vidéo dure moins de 2 minutes. (Je vous épargne la chanson beaucoup plus longue)

http://www.youtube.com/watch?v=MJTOtrGKEls

Alors ?

Comment vous sentez-vous ?   

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Re: Apologie de la daube

Message par hks le Mar 20 Mai 2014 - 11:58

Alors quoi? ... moi je ne sais que te répondre en tant que spectateur récurrent (et obligé ) des teletubbies.
Il m'a paru évident que ceux à qui cela s'adresse ne fuient pas ...ils en redemandent.( ils ne redemanderont pas persona de Bergman)
J 'ai bien fini par admettre que ça ne devait être plutôt bien conçu.

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Re: Apologie de la daube

Message par Courtial le Mar 20 Mai 2014 - 19:34

Ca leur apprend à compter, à reconnaître les couleurs, à se concentrer sur une histoire, etc.
On leur fera lire Sade plus tard...

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Re: Apologie de la daube

Message par neopilina le Mar 20 Mai 2014 - 21:01

Courtial a écrit:Ca leur apprend à compter, à reconnaître les couleurs, à se concentrer sur une histoire, etc.
On leur fera lire Sade plus tard...

Oui, je confirme, c'est seulement l'année dernière que j'ai saisi tout l'intérêt du phénomène. Ma toubib, et amie, une fille de mon patelin, m'a dit un jour " Sade c'est bien, à nos ages ! " C'est du lourd, et il brutalise sec. Il fait tanguer pire qu'un Héraclite, mais c'est aussi un robuste Loup de Mer, qui aurait pu en remontrer à Ulysse. Il y en a peu.


Dernière édition par neopilina le Mar 20 Mai 2014 - 22:18, édité 1 fois

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Re: Apologie de la daube

Message par Axiome le Mar 20 Mai 2014 - 22:16


Vous n’avez pas l’impression de répondre à côté de la plaque là ?!

Hors sujet et non réponse à ma dernière question ! Zéro pointé à tous les 3 et m**** pour la digression.

Mais bien sûr que je boude !   lol

@Hks : Attention ! Ce n’est pas passé loin … Prétexter que parce les bébés et/ou enfants aiment, c’est forcément bon pour eux est un tantinet irresponsable !

Et puisqu’on parle de violence, et bien voilà :

http://www.youtube.com/watch?v=PDbQy9WHObU

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Re: Apologie de la daube

Message par hks le Mar 20 Mai 2014 - 23:06

à ataraxie

@Hks : Attention ! Ce n’est pas passé loin … Prétexter que parce les bébés et/ou enfants aiment, c’est forcément bon pour eux est un tantinet irresponsable !
Pas plus irresponsable que de leur imposer des choses qu'ils n' aiment pas ... si tu veux.
1) je n'ai plus une psychologie d' enfant de 1 à quatre ans ...( première difficulté )
2) Je n'ai pas fait une analyse  précise  et bien ordonnée des teletubizz.

A première vue ( il y a quelques années ) j ai trouvé ça affligeant ... et puis  le temps passant  et observant les spectateurs, je me suis dit que si ça ne devait pas être si mal conçu.

J' insiste. Les enfants aiment ou n'aiment pas. On ne peut pas ne pas en tenir compte ( en pédagogie ). Et ce n'est vraiment pas un point de vue minoritaire.
"On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre", c'est bien connu.

Maintenant je suis loin d'estimer qu'il faut les gaver de bonbons parce qu'ils aiment les bonbons .

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Re: Apologie de la daube

Message par Axiome le Mer 21 Mai 2014 - 0:38


N’en parlons plus, ma tentative et mon exemple n’étaient donc pas bons …

Je ne souhaitais absolument pas parler des enfants et de pédagogie en postant cet exemple !

De la même manière que « l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, émue, profondément touché » pour reprendre une phrase de Courtial, je cherchais juste un effet inverse par l’intermédiaire de cette vidéo et de cet exemple.

Je te rassure, par ailleurs j’adore d’innombrables autres choses pour enfants (je suis restée moi-même une très grande enfant et je n’ai absolument aucune honte à dire aussi que j’ai une psychologie de 4 ans ).

Enfin, pour être très précise, c’est le seul truc pour enfant qui me rebute et me dégoûte à ce point. Je ne supporte pas de rester devant cette daube. C’est insupportable pour moi. Mais c’est sans doute très personnel…

Et aussi incroyable que cela puisse paraître, ma petite fille a connu les teletubbies mais ouf (pour moi) ! très peu de temps …

J'essaie aussi de plaisanter un peu mais je devrais peut-être m'abstenir...   

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Re: Apologie de la daube

Message par neopilina le Mer 21 Mai 2014 - 1:25

Allons ! allons ! Axiome, qui donc ici vous demande de vous abstenir !? Absolument personne, je dirais même qu'on ne vous voit pas assez souvent.

Je relance !

Vous avez dit : " l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, émue, profondément touché ".
On reconnaît tous que cela, les émotions, ne doit jamais être nié, minoré, quoi qu'on en pense : on y pensera au mieux en respectant ce préalable. Après, c'est " affaire de gouts " ? Du coup, je vois une issue au sujet proposé, si on assimile le daubesque à la faute de gouts. Alors là, le sujet est inépuisable, on embraye sur l'esthétique, les arts, les dites émotions, etc. Quant à la daube universellement reconnue comme telle, on ne peut que passer son chemin !

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Re: Apologie de la daube

Message par Ataraxie le Jeu 22 Mai 2014 - 3:14

Courtial a écrit:Ce qui m'intéresse, c'est comment l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, ému, profondément touché par ce que l'on connaît par ailleurs comme une grosse daube.
Parce que nous nous avons été formés pour "détester la part populaire de nous-même".

Je cite un article sur le sujet :

En tant que schème de perception, l’opposition du type noble/populaire ou légitime/illégitime (et toute la série des oppositions associées ou équivalentes : haut/bas, digne/indigne, cultivé/inculte, intelligent/bête, etc.) s’applique tout aussi bien à la diversité des pratiques et préférences de nombre d’individus. Différences entre classes certes – avec le « peuple » comme figure repoussoir dont il faut à tout prix se démarquer – mais aussi différences de soi à soi (entre un état actuel de soi et un état antérieur de soi ou entre des états parallèles de soi), ces dernières pouvant même donner lieu à des luttes de soi (légitime) contre soi (peu légitime). Le monde social est sans conteste un champ de luttes entre groupes ou classes. Mais les individus aux profils culturels hétérogènes ou dissonants sont souvent eux-mêmes les arènes d’une lutte des classements. Et si c’est bien la lutte des classes et des groupes qui est à l’origine des luttes et des divisions de soi contre soi-même – c’est elle qui en constitue la matrice –, les acteurs n’en investissent pas moins leurs luttes ou leurs conflits internes dans les luttes contre les autres.

Dans les cas d’autodidaxie ou de mobilités sociales ascendantes, l’écart de soi à soi est un écart entre un soi passé, qui appréciait les choses plus «populaires », « commerciales », « simples », et un soi présent qui est plus « évolué ». Mais chacun peut aussi se juger lui-même dans la variation synchronique de ses pratiques et préférences culturelles à partir de cette classification symbolique, vivant sur un mode plus ou moins coupable, anxieux ou détendu ses «relâchements culturels ». Critique de soi ou lutte de soi contre soi, l’analyse des entretiens fait clairement apparaître le fait que les enquêtés peuvent porter un regard négatif sur eux-mêmes comme ils le feraient à propos d’autres personnes, de même qu’ils peuvent combattre la part illégitime d’eux-mêmes (leurs mauvaises habitudes, tendances ou inclinations) comme ils combattraient un ennemi extérieur.

La télévision est tout particulièrement l’objet de rapports ambivalents. Certains présentent leur rapport à ce média comme une sorte de combat entre le « bien » (la lecture instructive) et le « mal » (la télévision populaire et divertissante). Les enquêtés appartenant aux classes moyennes et supérieures et assez bien dotés scolairement sont ainsi nombreux à porter un regard dépité sur leur propre comportement de téléspectateur. Ils parlent de la lutte contre les mauvaises tendances de soi qu’ils sont obligés de mener pour ne pas se laisser aller à regarder des programmes trop « affligeants » ou « trop abêtissants ». Les enquêtés se jugent et parlent d’eux comme s’ils jugeaient et parlaient de personnes étrangères.

LIEN : Bernard Lahire, Disctinctions culturelles et lutte de soi contre soi : "Détester la part populaire de soi", Hermès

Les conséquences dépassent le cadre de l'appréciation des objets culturels.

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Re: Apologie de la daube

Message par euthyphron le Jeu 22 Mai 2014 - 11:58

Admirable exemple de daube que ce texte, je t'en remercie. Tout ce que je déteste dans les pseudo-sciences dites humaines.
1) on enfonce des portes ouvertes. Les gens portent des jugements de valeur sur eux-mêmes.
2) on jargonne parce que bien écrire ça fait littéraire, ce qui est caca. Voici un bel exemple d'opposition noble-populaire qui resterait à questionner, où l'on verrait que le diagnostic du sociologue vaut d'abord pour lui-même.
3) on donne un semblant d'explication de type globalisant, ici la lutte des classes, explication posée en dogme.
4) on prétend fonder tout cela sur des "enquêtes", dont la précision stupéfie ("certains", "les enquêtés"). Eh bien je n'en fais pas partie des enquêtés, moi. Est-ce grave docteur si je ne m'y reconnais pas? Mains non c'est pas grave. Je ne compte pas, puisque mon jugement est réfléchi (déformation professionnelle). Et si je comptais, on saurait bien me faire dire ce que l'on a envie que je dise.
Au fait, quelle était la question?

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Re: Apologie de la daube

Message par neopilina le Jeu 22 Mai 2014 - 14:59

à Euthyphron,

La citation de Courtial par Ataraxie résume bien le sujet proposé.

J'illustre avec mon propre cas.
Moi j'adore : https://www.youtube.com/watch?v=6LeiNtP24sw et pis https://www.youtube.com/watch?v=ACVh71W9FMY  .
Moi, ça me remue, mais je conçois parfaitement que quelques milliards d'individus considèrent cela comme de la daube !      .

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Re: Apologie de la daube

Message par Courtial le Jeu 22 Mai 2014 - 20:27

B. Lahire a écrit:Différences entre classes certes – avec le « peuple » comme figure repoussoir dont il faut à tout prix se démarquer – mais aussi différences de soi à soi (entre un état actuel de soi et un état antérieur de soi ou entre des états parallèles de soi), ces dernières pouvant même donner lieu à des luttes de soi (légitime) contre soi (peu légitime)

J'avais mentionné cet aspect, dans mon exemple, en précisant le rapport à l'enfance.
Piste cartésienne : j'ai été enfant avant que d'être homme.
J'avais ajouté que c'était un aspect, qu'il y en a sans doute d'autres et qu'on pourrait les distinguer, les classer, etc.
On peut penser à d'autres choses : pourquoi suis-je ému par la Marseillaise, qui est une daube ? Bon, là on ira chercher dans le sentiment patriotique, le fantasme de la puissance, etc. et pas dans l'enfance (ou quelque chose de pensable comme un rapport à l'enfance).

Je comprends sans la partager l'aigreur d'Euthyphron. Quand un angle possible est présenté comme réduisant tout le reste, ceci débité sur un ton grand seigneur, comme dirait l'autre (c'est-à-dire un peu rétif à montrer ses titres), on peut s'agacer.

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Re: Apologie de la daube

Message par hks le Jeu 22 Mai 2014 - 23:28

Au fait, quelle était la question?

La question était
courtial a écrit: comment l'expérience esthétique fait que l'on puisse être remué, ému, profondément touché par ce que l'on connaît par ailleurs comme une grosse daube.

réponse de courtial "j'ai été enfant avant que d'être homme".

Réponse que je reconnais pertinente

 par exemple je sui ému par ça ( et toutes autres du même style)
( peut- être pas profondément touché mais ému )

http://volsul.over-blog.com/2014/01/cartes-de-voeux-vintage.html

( mais  nous pourrions chercher d'autres pistes )

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Re: Apologie de la daube

Message par poussbois le Jeu 22 Mai 2014 - 23:43

ha oui...

moi c'est Minuit Chrétien. C'est une simple horreur cette chanson, mais ma mère aime cette chanson et nous la passe chaque année. Alors maintenant, depuis que je suis grand, je continue à la mettre à tous les noëls et je la chante à tue-tête, et ce jour-là, c'est la plus belle chanson du monde.
De toute façon, c'est probablement la pire journée de l'année, donc autant y aller à fond, et un zeste de fidélité filiale, c'est bien le minimum qu'on puisse faire quand on sait que de toute façon personne n'est dupe.

Allez, une belle version par un grand artiste qui a compris le coeur populaire :



Le premier qui critique, je lui pète les dents. J'ai honte, mais j'assumerai jusqu'au bout.





PS : Néo tu me fais honte. ACDC, c'est pas de la daube, c'est l'âme du rock blanc. Ca devrait être enseigné au CM2 avec John lee Hooker pour le blues et James Brown pour le Funk.
pour Dave, le CM2, c'est peut-être un peu tôt, un peu complexe, mais c'est pas du tout de la daube. Non, fais des efforts, je suis sûr que tu peux trouver quelque chose qui te remues tout en te faisant sincèrement honte.


Dernière édition par poussbois le Jeu 22 Mai 2014 - 23:53, édité 1 fois

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Re: Apologie de la daube

Message par hks le Jeu 22 Mai 2014 - 23:52

moi c'est Minuit Chrétien...
ou bien la version de John Littleton...il est évident que l' explication de courtial fonctionne à fond.

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Re: Apologie de la daube

Message par poussbois le Jeu 22 Mai 2014 - 23:53

Ha c'est sûr, que c'est pas un contre-exemple que je donne ! Wink

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