Comment prévenir l'avènement d'un Meilleur des mondes ?

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Comment prévenir l'avènement d'un Meilleur des mondes ?

Message par Rêveur le Sam 29 Mar 2014 - 0:02

Bonsoir,
Il y a des idées qui me tiennent à cœur. En philosophie, il s'agit pour beaucoup de politique (en fait, de ma pensée idéaliste : j'espère, attend, même, une nouvelle utopie). La moitié de mes messages devraient donc porter sur la philosophie politique. Mon premier en ce sens ("De la nécessité du réalisme politique"), est malheureusement fort incomplet et maladroit. En attendant une réponse à la question que j'y ai posée, je me consacre ici à une autre thématique, formulée, exprimée et développée de manière beaucoup plus précise : Cela m'évitera la même erreur...
Comme il est tard, je ne vais pas en dire beaucoup... (mais j'étudierai néanmoins une question précise d'une façon tout aussi précise...
Le titre du sujet est une référence à l'oeuvre d'Aldous Huxley. Quand, au milieu du XXe siècle, l'écrivain décrivit cette dystopie, il développa une analyse extrêmement lucide, prévoyant un phénomène et une progression sociale qui s'est vérifiée et qui continue à se vérifier. J'invite ceux qui n'ont pas lu Le meilleur des mondes (Brave new world) à se précipiter chez leur libraire pour vite réparer ce manque. Le livre est un roman d'anticipation. Je recommande également la lecture de son Retour au meilleur des mondes (Brave new world revisited), qui représente une réflexion que l'on peut qualifier de philosophique sur l'évolution de la société, les différents enjeux des siècles à venir... Ce n'est plus un roman mais bien un livre philosophique (enfin, un livre de réflexion, mais je ne crois pas qu'il existe un terme....).
Outre les progrès scientifiques annoncés, l'évolution de la place de l'Homme dans la société, des formes de gouvernements (passé le pessimisme exacerbé qui caractérise l'époque post-Seconde Guerre mondiale et qui trompa Huxley sur certains points), de sa position vis-à-vis de la science, de sa morale... a été prévue. Comment donc ne pas craindre "qu'une telle horreur s'abatte sur nous" (préface au Meilleur des mondes) ? La question, une fois pris conscience de l'importance du problème, de la propension du système socio-politico-économique à faire régner dans la société un Ordre parfait, de notre apparente progression vers un monde toujours mieux organisé est de savoir comment lutter contre ce phénomène. Saurons-nous préserver les générations futures de cette horreur ?

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Re: Comment prévenir l'avènement d'un Meilleur des mondes ?

Message par victor.digiorgi le Sam 29 Mar 2014 - 4:46

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Le monde décrit par Aldous Huxley dans « A Brave New World » n'est pas une horreur en ce sens qu'il se réalise aujourd'hui petit à petit dans certaines de ses lignes générales sans que cela ne soit causé par une quelconque volonté dirigiste en politique.

Ce sont des individus qui procèdent à une telle réalisation, mais pour leur compte personnel, de façon ponctuelle, en n'appliquant ce faisant aucune directive issue d'une quelconque idéologie totalitaire.

On pourrait même avancer qu'il existe actuellement à contre courant un totalitarisme politique visant à empêcher la réalisation d'un certain positivisme pouvant s'extraire de « A Brave New World ». Le « principe de précaution » dans lequel se drapent les pouvoirs politiques indique par exemple où se niche ce genre de totalitarisme.

Cela dit, le point négatif de « A Brave New World », c'est le rabaissement de certains humains dans le but d'établir une hiérarchie permettant d'avoir l'illusion que d'autres humains sont plus élevés. La réalisation actuelle, qui s'opère ponctuellement par la volonté de certains individus soucieux du bien-être de leurs petites familles, elle ne s'opère par ainsi. Elle s'opère par la recherche bien compréhensible d'une atténuation maximale des risques de maladies génétiques des enfants à naître. Cela porte un nom qui est toujours difficile à avancer, à savoir « l'eugénisme ». Mais cet eugénisme s'opère en amont de l'émergence du fœtus. Il n'a donc rien à voir avec celui des totalitarismes du XXe siècle et ne devrait en aucun cas déclencher la trouille avancée pour justifier le principe de précaution. Au contraire.

Il existe par ailleurs aujourd'hui une idéologie technoscientiste posant comme principe fondamental une libération physique de la femme par libération du fardeau qu'elle supporte avec la gestation. L'utérus artificiel dont fait état « A Brave New World » (utérus qui n'est cependant pas pour demain) représente le moyen physique pensé aujourd'hui en vue d'une telle libération possible dans un avenir toutefois assez éloigné pour l'instant.

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Posé ici en toute amitié et pour faire simplement état de ma façon de considérer le problème soulevé, et non pour discuter de quoi que ce soit.

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Re: Comment prévenir l'avènement d'un Meilleur des mondes ?

Message par Rêveur le Sam 29 Mar 2014 - 9:37

victor.digiorgi a écrit:.Le monde décrit par Aldous Huxley dans « A Brave New World » n'est pas une horreur en ce sens qu'il se réalise aujourd'hui petit à petit dans certaines de ses lignes générales sans que cela ne soit causé par une quelconque volonté dirigiste en politique.
C'est précisément parce qu'il se réalise dès aujourd'hui progressivement, qu'il nous est presque promis, qu'il faut s'attendre à ce que les générations futures le connaisse comme d'ailleurs nous le connaissons nous-mêmes. C'est bien une horreur, quand nous le considérons avec notre regard d'aujourd'hui, encore préservé de pollution intellectuelle (encore que....) Demain, les Hommes n'auront plus conscience de l'horreur de la chose et c'est bien là le véritable danger ! Parce que cet avenir se confond tout-à-fait avec le progrès : En avançant, nous avançons aussi notre "point stable", d'où l'on peut juger du monde "avec un regard impartial", penserons-nous... Ce qui nous paraît "normal" est pourtant bien à chaque fois un progrès de l'Humanité, comme l'horizon s'étend toujours plus loin. Bien que ce soit quelque chose dont, je pense, chacun a pu se rendre compte, je donnerai tout de même deux exemples.
Le premier concerne la démocratie : De nos jours, à notre temps, héritier principalement des Idées des Lumières, l'idée de la démocratie comme forme de gouvernement "parfaite" (ou, du moins, la meilleure) s'est tellement imposée qu'il est difficile de la remettre en cause. Quand un pays est libéré de la tyrannie, l'enjeu est souvent (enfin, disons-le, toujours) d'y instaurer une démocratie. Nous pensons tous que nos démocraties occidentales (américanisées par ailleurs) sont le modèle de gouvernement à adopter absolument, et quand des personnes s'amusent à "critiquer le système", ce sont souvent de braves petits consommateurs devant leur poste de télévision, souhaitant une autre politique que celle actuelle, mais sans penser au fond qu'elle pût n'être pas une démocratie, il s'agit presque toujours de "défendre ses droits de consommateur"... À chaque fois que j'entend le nom d'une association, elle me fait rire (et m'agace)... Elle s'appelle... "soixante millions de consommateurs" ! Berk ! Un second exemple pour montrer combien notre conception "normale" des choses a évolué :
Il est question de l'avortement.... Quand Simone Weil défendit son projet de loi, au moment de ce combat contre l'avortement, on pouvait y voir une lutte pour permettre qu'un crime soit légitime, parce qu'il était de toute façon pratiqué sinon illégalement, d'où des accidents, ou parce que, la condition de la femme étant alors mauvaise (écarts de salaire plus remarquables, discrimination etc.), la femme qui avortait avait parfois été violée, ou était seule, son mari l'ayant quittée.... Quoiqu'il en soit, on proposait qu'un crime puisse être toléré. Aujourd'hui, l'avortement est un droit intouchable. Aujourd'hui, on demande aux femmes d'être fières d'avoir accouché, simplement parce qu'elles semblent défendre la cause féminine ! Le véritable progrès selon moi, et que j'attend toujours, serait qu'on reconnaisse que c'est un couple et non une femme qui avorte... Mais aujourd'hui, quand on s'interroge sur la légitimité de l'avortement, on crie au scandale, disant "on se croirait en 1975 !". C'est ce dernier aspect qui est malheureux... Parce qu'en 2040, on dira "on se croirait en 2010 !" De même pour les décennies, puis les siècles postérieures. La morale, et avec elle probablement la Vérité, seraient donc, à en croire nos contemporains, mouvante : Elles évoluent ! Nous sommes incapables de remettre en cause la progression passée, et, comme c'était déjà le cas dans l'Allemagne du XIXe siècle, ce que Nietzsche avait analysé, nous nous glorifions mêmes d'être le sommet du long processus historique ! Encore une fois, voilà le danger !

victor.digiorgi a écrit:On pourrait même avancer qu'il existe actuellement à contre courant un totalitarisme politique visant à empêcher la réalisation d'un certain positivisme pouvant s'extraire de « A Brave New World ». Le « principe de précaution » dans lequel se drapent les pouvoirs politiques indique par exemple où se niche ce genre de totalitarisme.
Je ne vois pas où vous voyez ce totalitarisme... Pouvez-vous en parler le décrire, montrer son existence...? Cela semble intéressant...

victor.digiorgi a écrit:Cela dit, le point négatif de « A Brave New World », c'est le rabaissement de certains humains dans le but d'établir une hiérarchie permettant d'avoir l'illusion que d'autres humains sont plus élevés.
Le point négatif, c'est l'ensemble de la dystopie. C'est l'eugénisme, c'est la terrible devise "Communauté, Identité, Stabilité". C'est la disparition absolue de la religion (je suis chrétien catholique...) et, pire, sa substitution par un scientisme exacerbé : "Oh Ford !" ; "Au nom de Ford" etc. (je ne dis bien sûr pas que jurer au nom de Dieu est préférable, est juste...). C'est l'abandon progressif de la culture trop intellectuelle, l'interdiction des oeuvres de Shakespeare, par exemple. Il serait inutile de prolonger cette longue liste. Je n'y vois que des "points négatifs", moi. Malheureusement, il est probable que les temps futurs oublieront qu'ils en sont, ils se contenteront de critiquer uniquement ce sectarisme, ce racisme scientifique, se glorifiant de s'en être préservé. L'oeuvre de Huxley est en partie colorée par un douloureux pessimisme post-Seconde Guerre mondiale, comme je l'ai déjà dit...

Je terminerai par affirmer qu'une progression historique n'est pas nécessairement un progrès (en bien). Notre époque l'oublie...

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