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Message par victor.digiorgi le Mer 26 Mar 2014 - 14:52

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Remarquable ouvrage de Maurizio Ferraris sur Nietzsche, publié en 1999 aux éditions Laterza :





Chacun connaît le célèbre fragment de Nietzsche : « Il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations »

Ce fragment a été au centre du post modernisme :

La réalité est une construction sociale ...

Rien n'existe en dehors du texte ...

Le savoir n'est qu'un effet de pouvoir ...

Le monde s'appréhende sous une infinité de perspective qui correspondent à nos besoins vitaux souvent contradictoires entre eux ...

Il n'y a pas de choses en soi, mais seulement des choses en relation avec ceux qui les observent.




Maintenant, regardons de près le portrait de la page couverture du livre de Maurizio Ferrarris sur Nietzsche :





Qui est cet homme ? Nietzsche ? On dirait bien que oui ! En effet la photo correspond en tout point à l'image que nous avons de lui, avec ces grosses moustaches et ces yeux de possédé. Ce portrait apparaît dans une infinité de sites Internet et dans un grand nombre de livres. Et jusque sur la page couverture du bouquin de Maurizio Ferraris consacré à Nietzsche.

Si l'on admet le principe de Nietzsche, donc, cette photo représente Nietzshce ou n'importe quoi d'autre. Est-ce une thèse crédible ? On pourrait dire que non, puisqu'il semblerait sensé de soutenir que jusqu'à preuve du contraire, cette photo représente Nietzsche et rien d'autre.

Jusqu'à preuve du contraire, justement. Parce que la photo de la page couverture du livre publié chez Laterza, ce moustachu aux yeux ardents, elle ne représente pas du tout Nietzsche, mais le roi Humberto 1er d'Italie !

Alors à moins d'être fou comme Nietzsche à Turin, qui croyait avoir assisté à ses propres funérailles, et une fois établi le fait incontestable que cette photo représente Humberto 1er d'Italie et non pas Nietzsche, l'affaire est entendue et il n'y a plus moyen de soutenir qu'il n'y a pas de faits, mais seulement des interprétations. La photo ne représente pas Nietzsche mais Humberto, et rien d'autre.

Dans ce cas au moins, il semble que la phrase « Il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations » ne soit  pas vraie du tout.

« Il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations » : c'est quand même une phrase étrange. D'un côté, nous la trouvons vraisemblable, et si nous pensons sans y prêter attention, il semble bien qu'il en soit ainsi. Mais il suffit de changer un mot dans cette formule et de dire : « Il n'y a pas de papillons, il n'y a que des interprétations », et l'on s'aperçoit tout de suite que ça ne fonctionne plus.

La phrase qui nous semblait profonde nous apparaît maintenant fausse et, rétrospectivement, nous sommes enclins à nous demander POURQUOI une phrase fausse peut, dans certaines conditions pour ainsi dire d'illumination soudaine, sembler profonde.

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Message rédigé par votre humble serviteur suivant le souvenir d'un article de Maurizio Ferraris paru dans un magazine traînant sur la table de la salle d'attente d'un psychiatre chez qui il accompagnait en tant qu'infirmier de première classe deux ou trois demeurés de la philosophie pensant que Freud, Jung et Lacan étaient des psychologues ...

J'ajouterais vite fait que non seulement Maurizio Ferraris sait parfaitement que le portrait de la page couverture de son Nietzshce ne représente pas Nietzsche mais Humberto 1er d'Italie, mais que la philosophie italienne se distingue de toutes les autres par une certaine volonté de malice ...

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Message par Courtial le Mer 26 Mar 2014 - 16:14

« Il n'y a pas de fait, il n'y a que des interprétations » : c'est quand même une phrase étrange. D'un côté, nous la trouvons vraisemblable, et si nous pensons sans y prêter attention, il semble bien qu'il en soit ainsi. Mais il suffit de changer un mot dans cette formule et de dire : « Il n'y a pas de papillons, il n'y a que des interprétations », et l'on s'aperçoit tout de suite que ça ne fonctionne plus.

La phrase qui nous semblait profonde nous apparaît maintenant fausse et, rétrospectivement, nous sommes enclins à nous demander POURQUOI une phrase fausse peut, dans certaines conditions pour ainsi dire d'illumination soudaine, sembler profonde.

(Je ne sais pas si c'est ton texte ou celui de Ferraris)

Je ne comprends pas très bien. Qu'est-ce qu'il y a de faux ?
"Il n'y a pas de licorne, il n'y a que des interprétations", c'est moins faux ?
"Il n'y a pas de Dieu, il n'y a que des canards", ça marche mieux ?

Il paraît clair que la phrase implique une contrariété entre fait et interprétation, de sorte que de l'inexistence de l'un, on puisse conclure à l'existence de l'autre.
Mais il n'y a aucun lien de contrariété entre papillon et inteprétation.
Et il n'y a rien de faux ni d'étrange, c'est seulement absurde.

Deuzio, si, supposant que Ferraris (ou toi-même) considériez que les papillons étant un fait, on en conclue que ce que dit Nietzsche est faux, on le conçoit.
Mais on ne considérera pas comme une grande découverte intellectuelle l'idée qu'un énoncé général (les faits) s'applique aux cas particuliers (un fait).

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