Le paysan

Aller en bas

Le paysan

Message par victor.digiorgi le Mar 8 Oct 2013 - 3:09

.

Exercice littéraire (science fiction)

.



LE PAYSAN



Il avait faim. Il avait très faim. Ça faisait longtemps qu'il n'avait rien avalé.

Sa carcasse s'était affaiblie. Il avait maigri.

Il n'avait survécu qu'en puisant dans les graines de ses prochaines semailles. Il ne lui en restait que quelques-unes au fond d'un sac. S'il les mangeait, il ne pourrait plus rien semer.

Il lui fallait trouver très vite une terre cultivable. Un endroit où planter ses graines.

Il avait exploré tous les endroits possibles et imaginables. Il n'avait rien trouvé qui puisse lui assurer une bonne récolte.

Il lui fallait absolument de la chance, maintenant. C'était urgent. Il lui fallait trouver. Il ne lui restait plus que le hasard pour l'aider.

Et pour l'instant, il errait. Il s'égarait. Il désespérait.



***


Ils étaient des nuées d'hommes et de femmes s'affairant autour de structures métalliques dressées vers le ciel, de citernes de carburant, de tuyaux courant sur des poteaux, de casemates à moitié enfouies dans le sol, d'énormes hangars en acier, de gigantesques tours en béton armé.

À Kodiak, en Alaska, à Woomera, en Australie, à Jiuquan, en Chine, à Baïkonour, au Kazakhstan, des avions-cargos atterrissaient, des camions arrivaient, chargés d'ordinateurs, de tables traçantes, de boîtiers électroniques, de robots à souder, de bouteilles de gaz, de poutrelles, de vannes, de câbles, de transformateurs, de circuits imprimés, de pompes hydrauliques, de feuilles de métal, de lingots d'aluminium, etc.

C'était pareil à Ushnura, au Japon, à Cap Kenedy, en Floride, à Plamachin, en Israël, à Dombarovski, en Russie.

En plein océan aussi, ils étaient des milliers et des milliers à travailler comme des fourmis sur des plateformes flottantes d'où partaient des nuages de condensation sortis d'une multitude de clapets et de cheminées d'acier.



***


Il errait. Il s'égarait. Il désespérait. C'était urgent. Il lui fallait trouver.

Il ne lui restait plus que le hasard pour l'aider.

Les semences commençaient à sécher au fond du sac. S'il ne trouvait pas vite une terre arable, c'en était fait de lui.

Et puis tout à coup, au bout d'un chemin sombre comme la plus noire des nuits, il vit une boule de feu éclairant le paysage d'une lumière blanc-jaune.

Il en avait vues déjà beaucoup de ces boules de feu, mais celle-là était particulière, car elle éclairait à faible distance un rocher aride où rien ne pousserait jamais, certes, et aussi un rocher brûlant où rien ne pousserait jamais non plus, certes, mais elle éclairait également un troisième rocher d'une extraordinaire beauté.

Un joyau teinté de bleu-vert. De ce bleu-vert qu'il recherchait depuis longtemps.

Il y planta ses semences. Puis il se retira à quelque distance.

Et il se mit à attendre.



***


Chacun travaillait au plus grand programme d'exploration spatiale qu'on avait connu de mémoire d'humain. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant semblait avoir oublié tous ses soucis et ne se passionnait plus maintenant que pour ce programme, à l'image de l'humanité du temps de la traversée de l'Atlantique par Lindberg, de la conquête de l'espace par Gagarine et du premier pas sur la Lune par Armstrong.

D'énormes fusées avaient été construites et testées. L'une d'elles avait permis d'envoyer un vaisseau spatial emportant une quinzaine de savants vers un endroit du ciel qui intriguait tout le monde, car normalement, il n'aurait dû y avoir à cet endroit rien d'autre que le vide, mais on ne savait ni pourquoi, ni comment, il y avait là quelque chose, un trou noir, un espace déformé, une masse d'énergie sombre ou de matière noire, on ne savait pas quoi.

Il avait fallu y envoyer à tout prix une équipe de savants pour voir ce que c'était.

Malheureusement, la communication avec le vaisseau spatial s'était brusquement interrompue pendant le voyage.

On avait alors décidé d'envoyer un deuxième vaisseau spatial, habité lui aussi par quinze savants.

Il fallait absolument savoir ce qui se passait, là-haut...




***



Depuis l'instant où le paysan avait planté ses semences sur le joyau bleu-vert, celui-ci avait fait cinq cents millions de fois le tour de la boule de feu. C'était la durée normale avant la récolte, qui avait été particulièrement abondante, cette fois-ci, d'ailleurs.

Le paysan était bien content de son dernier repas.

Il avait enfin assouvi sa faim.

Il avait vraiment bien mangé.




***


Deux-Montagnes, le 29 juin 2011
À la mémoire de Lovecraft ...


***

_________________
.
.
.
Au nom de l'ART, de la SCIENCE et de la PHILOSOPHIE. (Ainsi soit-il.)
.
.
.
avatar
victor.digiorgi
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 2042
Date d'inscription : 23/04/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum