Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mer 6 Mar 2013 - 15:21

Je demandai : « Quels sont donc, Diotime, ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les savants ni les ignorants ?
- Un enfant même, répondit-elle, comprendrait tout de suite que ce sont ceux qui sont entre les deux, et l' Amour est de ceux-là. En effet, la science compte parmi les plus belles choses ; or l' Amour est l'amour des belles choses ; il est donc nécessaire que l' Amour soit philosophe, et, s'il est philosophe, qu'il tienne le milieu entre le savant et l'ignorant ; et la cause en est dans son origine, car il est fils d'un père savant et plein de ressources, mais d'une mère sans science ni ressources. Voilà, mon cher Socrate, quelle est la nature du démon. Quant à la façon dont tu te représentais l' Amour, ton cas n'a rien d'étonnant ; tu t'imaginais, si je puis le conjecturer de tes paroles, que l' Amour est l'objet aimé et non le sujet aimant : voilà pourquoi, je pense, tu te le figurais si beau ; et en effet, ce qui est aimable, c'est ce qui est réellement beau, délicat, parfait et bienheureux ; mais ce qui aime a un tout autre caractère, celui que je viens d'exposer.

( p.72 )

Cette définition préalable de l' Amour a en réalité servi à définir, par là-même, le philosophe et ses qualités.

Le philosophe est précisément celui qui est animé par le démon de l' Amour, qui se voue à ce démon. Les philosophes sont des amoureux. Ce sont les hommes qui sont possédés par le démon qu'est l' Amour. Et c'est ce démon qui parle par la bouche du philosophe, qui représente et incarne une liaison entre le monde des hommes et des dieux, un milieu entre la science et l'ignorance. Le philosophe n'est ni un savant, ni un ignorant, mais toujours en quête du savoir et de la beauté, de par le manque fondamental qui l'anime et qu'il ne peut combler, se tenant dans l’ambivalence entre l'indigence et la richesse.

Diotime souligne que l'erreur de Socrate tenait, dans sa conception de l' Amour, à ce qu'il tenait l' Amour comme une qualité d'un objet, par conséquent digne de beauté. Or, bien au contraire, l' Amour n'est en rien une qualité d'un objet, une qualité que pourrait posséder un objet, mais ce qui anime un sujet. Le philosophe, en ce sens, est mu, animé par le démon de l' Amour, qui le pousse à sans cesse rechercher ce qui lui manque, c'est à dire ce qui est beau et bon. En ce sens, l' Amour est une tension, la tension de l'acte de philosopher.

Le philosophe est donc un démoniaque, dans la mesure où, s'attachant à philosopher, il participe, recueille en son sein le démon qu'est l' Amour et l'enjoint à s'exprimer, à le faire parler par sa bouche. Clairement donc, le philosophe incarné par Socrate est un devin, un prêtre, un médium,un voyant, qui, par ses qualités, se révèle être un interprète, dans le sens de celui par qui un message peut passer, du monde des hommes au monde et dieux et inversement.


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Re: Le Banquet, Analyse

Message par Bergame le Jeu 7 Mar 2013 - 17:18

Clairement donc, le philosophe incarné par Socrate est un devin, un prêtre, un médium,un voyant, qui, par ses qualités, se révèle être un interprète, dans le sens de celui par qui un message peut passer, du monde des hommes au monde et dieux et inversement.
Absolument ! Et en même temps, les dieux s'amusent beaucoup à tromper les hommes. Donc, il faut savoir faire preuve de discernement lorsqu'on écoute les dieux -ce que ne fait pas Euthyphron par exemple, le vrai. Voila éventuellement où peut se situer le concept de "raison" chez Socrate (qui traduirait alors phronésis). On voit qu'on est quand même bien loin de notre "rationalité".

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Re: Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Lun 11 Mar 2013 - 10:29

Bergame a écrit:
Clairement donc, le philosophe incarné par Socrate est un devin, un prêtre, un médium,un voyant, qui, par ses qualités, se révèle être un interprète, dans le sens de celui par qui un message peut passer, du monde des hommes au monde et dieux et inversement.
Absolument ! Et en même temps, les dieux s'amusent beaucoup à tromper les hommes. Donc, il faut savoir faire preuve de discernement lorsqu'on écoute les dieux -ce que ne fait pas Euthyphron par exemple, le vrai. Voila éventuellement où peut se situer le concept de "raison" chez Socrate (qui traduirait alors phronésis). On voit qu'on est quand même bien loin de notre "rationalité".

Ca n'a même rien à voir avec notre rationalité ! C'est l'antipode de notre rationalité, car tout est fondé, pour le philosphe, par une expérience éthique, une "intuition".

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