Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mer 6 Mar 2013 - 14:19

- De quel père, dis-je, et de quelle mère est-il né ?
- C'est un peu long à raconter, répondit Diotime ; je vais pourtant te le dire.
( … )
Etant fils de Poros et de Pénia, l' Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile ; sans avoir jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues ; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel ; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence ni dans l'opulence, et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe ni ne désire devenir savant, car il l'est ; et, en général, si l'on est savant, on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savant ; car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas. »

( p. 71- 72 )

L' Amour porte en lui cette ambivalence qui tient à ce qu'il est à la fois pauvre et riche. Il est et sera toujours pauvre, dur, sec, sans domicile, dormant en plein air, dans les rues. L'indigence est son éternelle compagne. Cependant, d'un autre côté, l' Amour est un chasseur, il chasse sans cesse ce qui est beau, à l’affût de la beauté et de la bonté, brave, ardent, artisan de ruses, amateur de science, passant son temps à philosopher, sorcier et magicien, sophiste.

L' Amour n'est donc ni mortel ni immortel mais, dans une même journée, il peut être plein de vie, dans l'abondance, puis changer brusquement, se tenir dans l'indigence, mourir, puis renaître. L' Amour, par conséquent, est instable, à cheval entre la vie et la mort, entre le mortel et l'immortel.

Ne pouvant jamais rien acquérir pour de bon, il n'est jamais vraiment ni dans l'indigence ni dans l'abondance, mais entre les deux. De même il se tient entre la science et l'ignorance, n'étant ni savant ni ignorant.

En effet, aucun savant ni aucun ignorant ne philosophe. Le dieu, étant savant et se tenant dans le savoir, ne philosophe pas, étant savant. L'ignorant, étant dans l'ignorance, ne voit pas l'intérêt de philosopher. D'une certaine manière, la science et l'ignorance se rejoignent sur le point qu'elles sont auto-suffisante, se suffisent à elle-même. Partant, ce qui se suffit à soi-même ne voit aucun intérêt à philosopher, c'est à dire à se mettre en quête, en tension. La base du désir philosophique, c'est précisément le manque, la sensation de manque, de manquer de savoir.


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