Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mer 6 Mar 2013 - 10:03

- Je le pense comme toi », dit Agathon.
Socrate reprit : « N'est-ce pas aimer une chose dont on ne dispose pas encore, et qu'on n'a pas, que de souhaiter pour l'avenir la continuation de la possession présente ?
- Assurément, dit Agathon.
- Cet homme donc, comme tous ceux qui désirent, désire ce qui n'est pas actuel ni présent ; ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l'amour.
- Il est vrai, répondit Agathon.
- Voyons maintenant, reprit Socrate, récapitulons. N'avons-nous pas reconnu d'abord que l' Amour est l'amour de certaines choses, ensuite de celles dont il sent le besoin ?
- Si, dit Agathon.
- Outre cela, rappelle-toi de quoi tu as dit dans ton discours que l' Amour est amour. Je vais te le rappeler, si tu veux. Si je ne me trompe, tu as dit que l'ordre s'était établi chez les dieux grâce à l'amour du beau, car il n'y a pas d'amour du laid. N'est-ce pas à peu près ce que tu as dit ?
- En effet, dit Agathon.
- Et avec raison, camarade, reprit Socrate ; et s'il en est ainsi, l' Amour n'est-il pas l'amour de la beauté, et non de la laideur ? »
Il en convint.
« N'avons-nous pas reconnu qu'il aime ce dont il manque, et qu'il n'a pas ?
- Si, dit-il
- L' Amour manque donc de beauté, et n'en possède pas.
- C'est forcé, dit-il.
- Mais quoi ? Ce qui manque de beauté et n'en possède en aucune manière, peux-tu prétendre qu'il est beau ?
- Non certes.
- Maintiens-tu, s'il en est ainsi, que l' Amour est beau ?
- Je crains bien, Socrate, répondit Agathon, d'avoir parlé sans savoir ce que je disais.
- Et pourtant, continua Socrate, tu as fait un discours magnifique, Agathon. Mais réponds-moi encore un peu. Ne penses-tu pas que les bonnes choses sont belles en même temps ?
- Je le pense.
- Eh bien, si l' Amour manque de beauté et si la beauté est inséparable de la bonté, il manque aussi de bonté.
- Je ne saurais te résister, Socrate, dit Agathon ; il faut que je cède à tes raisons.
- C'est à la vérité, cher Agathon, dit Socrate, que tu ne peux résister ; car à Socrate, ce n'est pas difficile.

( p. 67-68 )


Le désir est toujours désir de ce qui nous manque et de ce qui n'est pas actuel. Le désir est désir de l'inactuel. Socrate présente une définition du désir. L'objet du désir est à jamais inactuel. On ne peut ni l'être, ni l'avoir.

En invitant Agathon à récapituler, Socrate exprime implicitement, comme déjà auparavant, que la mémoire est une qualité importante dans l'acte de philosopher. Il s'agit d'avoir toujours présent à la mémoire ce qui a été dit, ce qui a été posé comme jalon, sans quoi il serait impossible de déduire quoi que ce soit.

A la suite de quoi Socrate pose une prémisse supplémentaire, qu'il tire, du reste, du discours même d' Agathon, et selon laquelle :

4) L' Amour est toujours amour du beau , de la beauté ( sous-entendu, l'amour ne peut jamais être amour du laid, de la laideur ). Encore différemment, ce dont il sent le besoin correspond au beau que désire l' Amour. L' Amour tend à désirer ce qu'il sent qui est beau.

Partant, avec cette prémisse supplémentaire, Socrate peut tirer une autre déduction : L' Amour est toujours amour de ce dont il manque, or l'amour est toujours amour du beau, par conséquent l'amour ne possède pas la beauté. En d'autres termes, l' Amour, en sa qualité, n'est pas beau, ne possède pas le beau. Encore, le beau n'est pas une qualité de l' Amour. L' Amour manque de beauté, n'en possède pas. L' Amour, pour ainsi dire, n'est pas beau. On ne saurait posséder la beauté. Ce qui nous indique, en passant, que la beauté n'est pas une qualité purement sensible.

A la suite de quoi, Socrate va poser une relation qu'il ne « justifie » pas. Il la pose sur le mode de l'évidence. Et cette adéquation est entre ce qui est beau et ce qui est bon.

Socrate dit que la beauté est inséparable de la bonté. Il ne parle pas à proprement parler d'adéquation ni d'équivalence mais de dépendance nécessaire, la beauté étant inséparable de la bonté, de sorte que tout ce qui est beau est nécessairement bon, et réciproquement. Il pose une relation de nécessité entre la beauté et la bonté. Une relation. D'une certaine manière, par le questionnement, Socrate tend à mettre à jour les relations existantes au sein même des idées. C'est là son travail.

Agathon s'accorde à Socrate et lui dit qu'il cède à ses raisons. Et Socrate de souligner qu'il ne cède pas à lui, comme un auditeur peut céder à la force et la puissance d'un sophiste, mais qu'il cède au contraire à la vérité qui émane du dialogue, à la vérité de l'objet du dialogue qui se dévoile d'elle-même. Le rapport à la vérité n'est pas ici un rapport de domination, comme chez les sophistes, mais un rapport de mise en accord qui présuppose un pied d'égalité. Il ne s'agit pas de céder au brio d'un individu, mais à la vérité d'un discours, à une qualité non pas subjective mais impersonnelle, mieux, intersubjective, intra-personnelle.


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