Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mar 5 Mar 2013 - 15:35


Après cela, mon ami me dit que Socrate avait commencé à peu près ainsi :
«  C'est mon avis, cher Agathon, que tu as bien débuté en disant qu'il fallait montrer d'abord ce qu'est Eros, puis ce qu'il est capable de faire. J'aime fort ce début. Voyons donc, après tout ce que tu as dit de beau et de magnifique sur la nature d'Eros, que je te pose une question sur ce point. Est-il dans la nature de l'Amour qu'il soit l'amour de quelque chose ou de rien ? Je ne demande pas s'il est l'amour d'une mère ou d'un père ; il serait ridicule de demander si l'Amour est l'amour qu'on a pour une mère ou un père ; mais si, par exemple, je demandais si un père, en tant que père, est le prère de quelqu'un ou non, tu me dirais sans doute, si tu voulais répondre comme il faut, qu'un père est père d'une fils ou d'une fille, n'est-ce pas ?
Oui, répondit Agathon
Ne dirais-tu pas la même chose d'une mère ? »
Agathon en convient aussi.
« Laisse-moi donc, ajouta Socrate, te poser encore quelques questions afin de te rendre ma pensée plus sensible. Si je demandais : Voyons, un frère, en tant que frère, est-il ou n'est-il pas frère de quelqu'un ?
Il est frère de quelqu'un.
D'un frère ou d'une sœur ?
Sans doute, avoua-t-il.
Essaie donc aussi, reprit Socrate, à propos de l'Amour, de nous dire s'il est l'amour de quelque chose ou de rien.
Il est certainement l'amour de quelque chose.
Garde donc dans ta mémoire, dit Socrate, de quoi il est amour, et réponds seulement à ceci: l' Amour désir-t-il ou non l'objet dont il est amour ?
Il le désire, répondit-il.
Mais, reprit Socrate, quand il désire et aime, a-t-il ce qu'il désire et aime, ou ne l'a-t-il pas ?
Vraisemblablement il ne l'a pas, dit Agathon.
Vois, continua Socrate, si, au lieu de vraisemblablement, il ne faut pas dire nécessairement que celui qui désire, désire une chose qui lui manque et ne désire pas ce qui ne lui manque pas. Pour ma part, c'est merveille comme je trouve cela nécessaire, et toi ?
Moi aussi, dit Agathon.
Fort bien. Donc un homme qui est grand ne saurait vouloir être grand, ni un homme qui est fort être fort ?
C'est impossible, d'après ce dont nous sommes convenus.
En effet, étant ce qu'il est, il ne saurait avoir besoin de le devenir.
C'est vrai.
Si en effet, reprit Socrate, un homme fort voulait être fort, un homme agile être agile, un homme bien portant être bien portant – peut-être pourrait-on croire que les hommes qui sont tels et possèdent ces qualités et autres semblables désirent encore ce qu'ils ont déjà ; c'est pour ne pas tomber dans cette illusion que j'insiste - , pour ces gens-là, Agathon, si tu veux y réfléchir, il est nécessaire qu'ils aient au moment présent chacune des qualités qu'ils ont, qu'ils le veuillent ou non ; comment donc pourraient-ils désirer ce qu'ils ont ? Et si quelqu'un soutenait qu'étant en bonne santé il désire être en bonne santé, qu'étant riche il désire être riche et qu'il désire les biens mêmes qu'il possède, nous lui répondrions : Toi, l'ami, qui jouis de la richesse, de la santé, de la force, tu veux jouir de ces biens pour l'avenir aussi, puisque dans le moment présent, que tu le veuilles ou non, tu les possèdes. Vois donc, quand tu prétends désirer ce que tu as, si tu ne veux pas précisément dire : Je veux posséder aussi dans l'avenir les biens que je possède maintenant. Il en tomberait d'accord, n'est-ce pas ?

( p. 65-66-67 )


Socrate dévoile encore un peu plus sa méthode de recherche philosophique, qui d'emblée présente une dimension ontologique liée à une dimension pour ainsi dire pragmatique.

. Premièrement, il faut montrer ce qu' est Eros ( dimension ontologique qui questionne l'être, qui cherche à mettre à jour la nature d'un objet, en l'occurence Eros )

. Deuxièmement, il s'agit de comprendre ce qu' Eros est capable de faire ( dimension pragmatique qui découle de la dimension ontologique ).

On peut d'ores et déjà souligner que la philosophie socratique est ontologico-pragmatique, et que le niveau ontologique possède clairement un lien avec le niveau pragmatique, un lien de réciprocité. La pensée, l'idée, apparaît, se manifeste dans le monde sensible par le biais du dialogue. ( Commençons à parler de l'idée sans majuscule et en essayant de ne pas tomber dans le poncif du « platonisme » comme système prêt à penser. Nous verrons plus tard ce qu'il faut en penser. Parlons de l'idée comme concept, comme forme doté de sens ).

Suite à quoi Socrate opère un geste. Il n'est plus question pour lui de parler d' Eros et ce qu'il symbolise, de parler d'un dieu, mais il va parler de l' Amour, c'est à dire de l'idée à laquelle Eros renvoie par symbole, du concept de l'amour disons. Il va tout de suite entamer une réflexion conceptuelle de l' Amour, ce qui signe son geste philosophique. Or, comme dit plus haut, il va chercher dans un premier temps à savoir en quoi consiste la nature de l' Amour, c'est à dire ce qu' est l' Amour.

Suivant cette démarche, il va être amené, avec l'accord d' Agathon à poser des prémisses :

1) L' Amour est amour de quelque chose ( en d'autres termes l'amour est animé par une dimension formelle de relation à, l'amour est toujours amour de quelque chose )
2) L' Amour est amour de ce qu'il désire
3) L' Amour désire ce qui lui manque

A partir de ces prémisses, Socrate déduit qu'il n'est pas possible pour l' Amour de désirer ce qu'il possède dans le moment présent. En effet, un homme fort ne peut pas désirer être fort, puisqu'il l'est déjà, par exemple.

Suite à quoi Socrate donne une précision de l' Amour en fonction de la temporalité, du présent et du futur.

En réalité, celui qui désire ce qu'il possède déjà ne le désire pas dans le temps présent mais pour le temps futur qui lui échappe et dans lequel il n'est pas assuré de posséder les qualités qu'il possède actuellement.

L'Amour est donc désir de ce qui nous manque, étant entendu que, peu importe ce que l'on possède, cette possession nous manque toujours étant entendu que l'on ne peut posséder la dimension future, par définition à venir et inexistence. En d'autres termes, peu importe ce que l'on possède dans le temps présent, on ne le possède jamais pour de bon, mais, d'une certaine manière il nous manque déjà toujours en puissance. Tel il en est de l' Amour.


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