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Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mar 5 Mar 2013 - 14:39

Phèdre et les autres le prièrent de parler, à la manière qui lui conviendrait.
«  Permets-moi encore, Phèdre, dit Socrate, de poser quelques petites questions à Agathon, afin que, m'étant mis d'accord avec lui, je parte de là pour faire mon discours.
Je te le permets, dit Phèdre, questionne-le. »

( p.65 )


D'emblée, Socrate demande qu'on lui permette de poser quelques petites questions à Agathon, afin de se mettre d'accord avec lui et de pouvoir, sur la base de cet accord, dérouler son discours.

Cette demande de Socrate n'a l'air de rien mais contient déjà en soi ce que l'on appelle la méthode de la maïeutique, qui est simplement la méthode utilisée par Socrate pour parvenir à la vérité d'un objet d'étude. En effet, nous ne sommes plus, comme pour les discours précédents, dans la forme du soliloque, de la thèse, qui ici en l'occurence fait référence à la mythologie classique dans les discours précédents. Nous sommes, avec Socrate, dans une méthode qui, prenant le parti de se tenir dans la vérité, c'est à dire de trouver un accord entre un objet et ce qu'il est, nous sommes déjà, dans cette quête, dans la forme du discours qui dialogue avec autrui. L'altérité, d'une certaine manière, est la forme même de la maïeutique, une forme immanente au monde, la forme même par laquelle la pensée et la vérité s'éprouvent. Or cette altérité dit déjà quelque chose de la vérité à laquelle Socrate tient à se référer. C'est dans l'altérité, c'est à dire la considération du savoir potentiel d'autrui qui va être sollicité par une série de questions, que se tient la vérité. L'altérité, et ce point est important, est une condition de base de l'émergence de la vérité comme mise en accord entre deux êtres humains, de ce qui est, de ce qui est vrai, de la définition d'un objet. Or cet accord n'est ni partiel ni arbitraire mais représente une sorte d'émergence du vrai, de révélation de la vérité. L'altérité est une condition de possibilité de l'émergence du vrai contenu en chacun.

Socrate ne questionne pas seulement autrui de manière rhétorique, c'est à dire pour préparer ce qu'il va dire, mais parce qu'il est convaincu que la vérité se tient déjà en lieu et place de celui qu'il va questionner, comme une sorte de savoir « inconscient » qu'il prend acte de tenter de faire émerger par une série de questions justes. Ici, nous avons déjà comme symbole de la philosophie, le questionnement. Or, et soulignons bien, ce questionnement n'est pas seulement rhétorique, n'est pas rhétorique dans sa compréhension forte. C'est au contrairement un questionnement, une interrogation honnête et qui cherche réellement une réponse.

Dans cette altérité qui fait office de socle, de base de la méthode socratique d’émergence de la vérité, Socrate commence par se mettre d'accord avec son interlocuteur sur certaines définitions. A partir de cet accord définitionnel, Socrate, de manière logique, va récolter, va dérouler l'analyse afin d'en faire ressortir certaines conclusions. On peut donc dire que Socrate, implicitement, pose les bases d'une méthode philosophique qui, sous fond d'altérité et de dialogue, par le biais d'un accord définitionnel sur les termes, les notions, les concepts, parvient, en suivant une voie logique, à l'objet recherché, c'est à dire la vérité d'un objet d'étude. Or, si Socrate a bel et bien un travail, c'est celui de toujours tenir cette logique d'où vont découler les conclusions. D'une certaine façon, par sa simplicité, Socrate est un maître dans l'art de la déduction, car il ne se laisse perturber par aucun semblant logique, mais, pour ainsi dire, s'attache toujours à la forme logique même de la déduction.

On peut souligner que cette méthode n'est pas assimilable à l'épistémologie moderne qui tient en une méthode hypotético-déductive, c'est à dire qui, à partir d'hypothèse, parvient à certaines déductions. Il est à souligner que, pour Socrate, l'accord de base, l'accord définitionnel de base n'est pas une hypothèse, mais bien plutôt une évidence. Socrate fait donc appel à cette évidence qui se tient entre deux être humains, et, partant de cette évidence, déduit un certain nombre de choses, jusqu'à accéder à la vérité d'un objet d'étude.

L'altérité est un point d'ancrage immanent de la philosophie de Socrate. Il s'agit toujours de faire concorder son discours avec le discours d'autrui, ce qui montre que la vérité est foncièrement intersubjective, c'est à dire en tout un chacun. En d'autres termes, la vérité, pour Socrate, n'est pas quelque chose d'intouchable, mais au contraire quelque chose à quoi on peut accéder par le biais d'un dialogue bien conduit.


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