Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Lun 4 Mar 2013 - 15:25


- Il est certain que les amants seuls savent mourir l'un pour l'autre, et je ne parle pas seulement des hommes, mais aussi des femmes. La fille de Pélias, Alceste, en fournit à la Grèce un exemple probant : seule elle consentit à mourir pour son époux, alors qu'il avait son père et sa mère, et son amour dépassa de si loin leur tendresse qu'elle les fit paraître étrangers à leur fils et qu'ils semblèrent n'être ses parents que de nom ; et sa conduite parut si belle non seulement aux hommes, mais encore aux dieux qu'elle lui valut une faveur bien rare. Parmi tant d'hommes, auteurs de tant de belles actions, on compterait aisément ceux dont les dieux ont rappelé l'âme de l'Hadès ; ils rappelèrent pourant celle d'Alceste par admiration pour son héroïsme : tant les dieux mêmes estiment le dévouement et la vertu qui viennent de l'amour !
Au contraire, ils renvoyèrent de l'Hadès Orphée, fils d'Oeagros, sans rien lui accorder, et ils ne lui montrèrent qu'un fantôme de la femme qu'il était venu chercher, au lieu de lui donner la femme elle-même, parce que, n'étant qu'un joueur de cithare, il montra peu de courage et n'eut pas le cœur de mourir pour son amour, comme Alceste, et chercha le moyen de pénétrer vivant dans l'Hades ; aussi les dieux lui firent payer sa lâcheté et le firent mettre à mort par des femmes. Au contraire, ils ont honoré Achille, fils de Thétis, et l'ont envoyé dans les îles des Bienheureux parce que, prévenu par sa mère qu'il mourrait s'il tuait Hector, et qu'il reverrait son pays s'il ne le tuait pas, et y finirait sa vie, chargé d'années, il préféra résolument secourir son amant, Patrocle, et non seulement mourir pour le venger, mais encore mourir sur son corps. Aussi les dieux charmés l'ont-ils honoré par-dessus tous les hommes, pour avoir mis à si haut prix son amant. Eschyle nous fait des contes quand il affirme que c'est Achille qui aimait Patrocle, Achille qui l'emportait en beauté, non seulement sur Patrocle, mais encore sur tous les héros, qui était encore imberbe et qui, au dire d'Homère, était de beaucoup le plus jeune. Si réellement les dieux honorent hautement la vertu inspirée par l'amour, ils admirent, ils aiment, ils comblent encore davantage le dévouement de l'ami pour l'amant que celui de l'amant pour son ami, puisqu'il est possédé d'un dieu. C'est pour cela qu'ils ont honoré Achille plus qu'Alceste, en l'envoyant dans l'île des Bienheureux.
Je conclus qu'Eros est de tous les dieux le plus ancien, le plus honoré, le plus capable de donner la vertu et le bonheur aux hommes soit durant leur vie, soit après la mort. »

( p.42-43 )

D'une certaine façon, le poète Phèdre peut être considéré comme un exegète de la tradition grecque, fondée par la mythologie homérique et hésiodique. Toute vertu, par conséquent, est rapporté et jugée à l'aune de cette mythologie.

Selon cette mythologie, les dieux sont animés par des sentiments purement humains ( anthropomorphisme ). Les dieux délivrent des honneurs, sont charmés par les actions des hommes, influent sur le monde des hommes en fonction de leurs actes. Ils admirent, aiment, etc...

cedric
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