Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Lun 4 Mar 2013 - 10:18


Eryximaque reprit : « Puisqu'on a décidé que chacun boirait à sa guise et sans contrainte, je propose d'envoyer promener la joueuse de flûte qui vient d'entrer ; qu'elle joue pour elle-même ou, si elle veut, pour les femmes à l'intérieur ; pour nous, passons le temps aujourd'hui à causer ensemble ; si vous voulez, je vais vous proposer un sujet d'entretien. » Ils répondirent tous qu'ils le voulaient bien, et le prièrent de proposer le sujet.
Eryximaque reprit : « Je commencerai comme dans la Mélanippe d'Euripide : ce que je vais vous dire n'est pas de moi, mais de Phèdre ici présent. En toute occasion Phèdre me dit avec indignation : « N'est-il pas étrange, Eryximaque, que nombre d'autres dieux aient été célébrés par les poètes dans des hymnes et des péans, et qu'en l'honneur d'Eros, un dieu si vénérable et si puissant, pas un, parmi tant de poètes que nous avons eus, n'ait jamais composé aucun éloge? Veux-tu aussi jeter les yeux sur les sophistes habiles, tu verras qu'ils composent en prose des éloges d'Héraclès et d'autres, témoins le grand Prodicos, et il n'y a là rien que de naturel. Mais je suis tombé sur le livre d'un sophiste où le sel était magnifiquement loué pour son utilité, et les éloges d'objets aussi frivoles ne sont pas rares. N'est-il pas étrange qu'on mette tant d'application à de pareilles bagatelles et que personne encore parmi les hommes n'ait entrepris jusqu'à ce jour de célébrer Eros comme il me mérite ? Voilà pourtant comme on a négligé un si grand dieu ! »
Sur ce point Phèdre a raison, ce me semble. Aussi désiré-je pour ma part offrir mon tribut à Eros et lui faire ma cour ; en même temps il me paraît qu'il siérait en cette occasion à toute la compagnie présente de faire l'éloge du dieu. Si vous êtes de mon avis, ce sujet nous fournira suffisamment de quoi nous entretenir. Si vous m'en croyez, chacun de nous, en commençant de gauche à droite, fera de son mieux le panégyrique d'Eros, et Phèdre parlera le premier, puisqu'il est à la première place et qu'il est en même temps le père de la proposition.

( p.39-40 )

Eryximaque, le médecin, propose de passer le temps à causer et présente un sujet d'entretien. Le sujet d'entretien, qu'il propose en faisant référence à Phèdre, va résider dans l'apologie d'Eros, dans la louange du dieu Eros. En effet, Phèdre s'indigne en toute occasion de ce qu'aucune louange n'a jamais été adressée au dieu Eros, aussi bien par les poètes que par les sophistes. Il va donc s'agir, au cours du Banquet, de remédier à cette situation indigne.

La forme du discours dont il est ici question, et qui se présente tout naturellement aux yeux des membres de l'assemblée, est la forme de l'éloge et de l'apologie, mieux, d'une éloge adressée à un dieu, en l'occurence ici le dieu Eros, le dieu de l'amour. Et l'indignation de Phèdre ne réside pas dans la forme élogieuse du discours, mais bien dans le fait que, aucun éloge n'a jamais été adressée au dieu Eros, alors qu'il le mérite grandement. En d'autres termes, la forme du discours, la forme de l'éloge n'est pas du tout remise en cause et apparaît comme évidente et naturelle lorsqu'il s'agit, pour les poètes et les sophistes, de causer. Ceci étant dit, Phèdre s'indigne tout de même du fait que, cette forme élogieuse du discours est appliquée par certains sophistes à l'égard des objets tels que le sel, ou d'autres objets frivoles, des bagatelles, alors qu'aucune éloge n'a jamais été adressée à l'égard du dieu Eros. On a donc déjà, chez le poète, du moins chez Phèdre, une hiérarchie des valeurs qui place les divinités au rang supérieur, et les objets du monde et leur utilité à un rang inférieur. Il existe donc déjà, dans l'Athène de l'époque, une hiérarchie des valeurs, dont le rang supérieur est incarné par les dieux, avec lesquels les hommes entretiennent des rapports de respect par le biais du discours élogieux, de la louange.

Il s'agit d'offrir un tribut à Eros, de lui faire la cour, comme un amant fait la cour à un ami dans une relation de type éducation au monde sous échange de jeunesse et de sexualité, relation typique de cette époque et dont il sera question plus loin encore. En effet, il s'agit de bien comprendre le type de relation entre notable et jeune homme qui se pratiquait à l'époque, et qui faisant office d'éducation.

Le thème de l'entretien est donc choisi, un éloge d'Eros, et Phèdre, qui est le père de la proposition, étant entendu qu'Eryximaque l'a entendu de nombreuses fois s'indigner du fait qu'aucun éloge ne lui avait encore été adressé, est enjoint de commencer à parler.


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