Le Banquet, Analyse

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Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mer 27 Fév 2013 - 10:13

L'ami d'Apollodore

Tu es toujours le même, Apollodore : tu dis toujours du mal de toi et des autres, et l'on croirait vraiment, à t'entendre, que, sauf Socrate, tout le monde est misérable, toi tout le premier. A quelle occasion on t'a donné le sobriquet de furieux, je l'ignore ; mais ce que je sais, c'est que tu ne varies pas dans tes discours et que tu es toujours en colère contre toi et contre les autres, à l'exception de Socrate.

Apollodore

Oui, mon très cher, et il est bien clair, n'est-ce pas, que c'est l'opinion que j'ai de moi-même et des autres qui fait de moi un furieux et un extravagant.

L'ami d'Apollodore

Ce n'est pas la peine de discuter là-dessus maintenant, Apollodore ; fais ce qu'on te demande, rapporte-nous les discours en question.

Apollodore

Eh bien donc ! Les voici à peu près ; mais il vaut mieux essayer de reprendre les choses au commencement, dans l'ordre où Aristodème me les a racontées.

( p.35 )

Il est à noter que le dialogue est ici entre Apollodore et « l'ami d'Apollodore ». Or, on peut se demander pourquoi le dialogue n'est pas entre Apollodore et Glaucon, puisqu'on sait que l'ami d'Apollodore est Glaucon. Est-ce un choix délibéré de Platon ou un choix de traduction ? Petit point en passant, et a priori sans valeur philosophique.

Le disciple de Socrate, Apollodore est qualifié de furieux, il est en colère contre ceux qui ne prennent pas la philosophie pour objet premier. Et ce qui le rend furieux et propice à la critique de son prochain est sans doute du à son acuité à percevoir la misère, chez lui-même et chez les autres, et sans doute à ce que, chez certains, cette misère n'est pas consciente et au contraire passe pour de la richesse, pour une richesse prétendue, celle de ceux qui se targuent de discourir d'objets qui se révèlent en réalité sans importance. Apollodore, a priori encore, possède une qualité d'invariabilité dans ses discours. Ses discours, d'une certaine manière, sont toujours semblables à eux-mêmes. Apollodore est toujours semblable à lui-même dans l'ordre de ses discours.

Apollodore lui-même souligne que c'est l'opinion qu'il a de lui-même et des autres qui le rend furieux et extravagant ( la fureur et l'extravagance comme qualités d'un disciple de Socrate, d'un disciple de philosophe ). Cette notion d'opinion, qui a première vue peut paraître anodine, est en fait très importante. En effet, Apollodore ne parle pas de savoir qu'il a sur lui-même, mais bien d'opinion, c'est à dire, pour faire simple, d'une sorte de conscience incertaine de lui-même et des autres, en tout cas d'une « connaissance » qui ne s'ancre pas dans un savoir de type certitude et exactitude.

Plutôt que de s'engager dans un débat philosophique concernant les propos que tient Appollodore, Glaucon lui demande, puisque c'est son souhait majeur, de lui raconter ce qui s'est dit et produit lors du Banquet auquel a participé Socrate, ce à quoi Apollodore s'accorde.



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Re: Le Banquet, Analyse

Message par Bergame le Mer 27 Fév 2013 - 11:22

Au fait, je suppose que si tu découpes formellement ton analyse en différents postes, c'est pour qu'on puisse réagir à chaque étape ? -bonne idée, d'ailleurs, que je regrette de ne pas avoir eue.

Je ne suis pas sûr d'être en accord avec ton interprétation de "furieux". A mon avis, Apollodore raille -et je crois que c'est comme cela que le prend son ami, lorsqu'il répond en somme : "Bon allez, c'est bon, fais ce qu'on te demande et épargne-nous tes commentaires." Apollodore raille parce qu'il rapporte l'opinion d'autrui : On dit de moi que je suis furieux. Mais Apollodore n'est pas vraiment furieux. Apollodore est véridique. Il dit ce qu'il pense, et des autres et de lui-même, et ce qu'il pense ne varie pas. Et bien entendu, ce n'est qu'une opinion, l'opinion d'Apollodore, et non pas une connaissance, à mon sens tu as parfaitement raison sur cette distinction. Mais au regard d'autres textes, on dirait que c'est une opinion droite.
Voila à mon avis ce qui caractérise le philosophe socratique : Le philosophe ne sait pas. Il se tient toujours entre le savoir et l'ignorance, et il pense par opinion. Mais parce qu'il tend vers le savoir, son opinion est droite. Mais j'anticipe.

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Re: Le Banquet, Analyse

Message par cedric le Mer 27 Fév 2013 - 12:09

Bergame a écrit:Au fait, je suppose que si tu découpes formellement ton analyse en différents postes, c'est pour qu'on puisse réagir à chaque étape ? -bonne idée, d'ailleurs, que je regrette de ne pas avoir eue.

Je ne suis pas sûr d'être en accord avec ton interprétation de "furieux". A mon avis, Apollodore raille -et je crois que c'est comme cela que le prend son ami, lorsqu'il répond en somme : "Bon allez, c'est bon, fais ce qu'on te demande et épargne-nous tes commentaires." Apollodore raille parce qu'il rapporte l'opinion d'autrui : On dit de moi que je suis furieux. Mais Apollodore n'est pas vraiment furieux. Apollodore est véridique. Il dit ce qu'il pense, et des autres et de lui-même, et ce qu'il pense ne varie pas. Et bien entendu, ce n'est qu'une opinion, l'opinion d'Apollodore, et non pas une connaissance, à mon sens tu as parfaitement raison sur cette distinction. Mais au regard d'autres textes, on dirait que c'est une opinion droite.
Voila à mon avis ce qui caractérise le philosophe socratique : Le philosophe ne sait pas. Il se tient toujours entre le savoir et l'ignorance, et il pense par opinion. Mais parce qu'il tend vers le savoir, son opinion est droite. Mais j'anticipe.

Oui, oui, c'est pour pouvoir discuter, que chacun réagisse, et je suis content de voir que d'emblée ça marche, c'est bien. J'envisage quand même quelque chose de "conséquent" hein, là, une grosse étude, et à l'image du forum et de notre époque, une étude "publique", même si le public est ici matérialisé, ou dématérialisé par le net ( bref on va pas rentrer dans ce débat ici mais disons ). On va faire un gros truc !

D'ailleurs, ne m'en veuillez pas si je ne réagis pas à certaines réflexions que vous posez ou à vos anticipations, comme tu le vois bien, mais c'est parce que je me concentre sur la suite, que j'ai une vue de la suite du texte, car j'ai posé l'ensemble avant d'envisager les parties, je sais quand même assez précisément ce qui arrive, donc c'est pour ça. Et Platon, ce magicien, délie toutes les questions. Mais, mais, je pense qu'il y aura de très réels problèmes philosophiques auxquels il nous confrontera, nous philosophes "modernes", et sur lesquels on pourra réellement réfléchir en tant que philosophes.

En résumé, je vais essayer de m'attacher au plus précis et au détail avant de voir quelle synthèse il est possible de poser "pour de bon", en tout cas quant à ma propre compréhension.

Quand le gros de l'affaire va arriver, je pense qu'on va tous être sur le coup et qu'il y aura de vrais moments philosophiques.

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