Leibniz, les Monades

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Leibniz, les Monades

Message par Bergame le Lun 17 Sep 2007 - 22:15

Par Olaf


Six propositions pour comprendre les monades


1 - La Monade est un Moi

La Monade, pour se comprendre, doit se calquer sur le Moi du sujet. Je suis une monade Je suis une bulle fermée, unitaire, qui perçoit des images qui s'enchaînent (multiplicité).

Ces images qui s'enchaînent sont le fruit d'un mouvement interne (appétance), mouvement créant du changement dans la monade, changement de conscience, mouvement nommé "Perception" (s'appliquant même aux plantes). La succession de ces images se fait par association libre, dirait-on maintenant.


2 - Un fond indivisible de toute chose

La monade est comme un atome indivisible. Si un corps est fait de pleins de monades, l'âme est une seule et unique monade. Je suis une monade. Mais, étrangement, je suis complétement fermé au monde extérieur ("ni portes ni fenêtres"), et un mouvement interne à moi-même me fait vivre une succession d'images, de pensées.


3 - Je contiens le Monde

Or, chaque monade est une unité indivisible qui contient le monde entièrement, mise en abîme radicale où tout contient tout. Cette unité indivisible contient la multiplicité infini du monde. Ainsi, malgré la fermeture radicale de la monade, loin de douter de l'existence du monde, chaque chose que je vois à cependant une réalité effective, car si j'ai cette représentation en moi, si j'en ai la connaissance, c'est qu'elle est au monde. Mais comme on le verra après, la connaissance de cet infini en moi est limité.


4 - De Moi à Dieu

Toutes les monades sont identiques de nature. Il n'y a pas de différences de nature entre Dieu, l'homme, ou le chien. Il y a une différence de degré. Ainsi, la perception peut-être très faible, voir quasiment nulle pour une plante (Petites Perceptions), ou très forte, comme chez l'homme, ou absolu, chez Dieu.


5 - Dieu me Limite

Ce mouvement, cette association d'idée, est cependant limité, ou du moins, régulé, régulé par l'harmonie pré-établie qu'impose la seule contrainte extérieur: Dieu. Dieu régule mon accession à mon infini, pour pouvoir s'organiser avec toutes les autres monades du monde. C'est la Compossibilté.


6 - Une Harmonie pré-établie

Comme les monades sont fermées, et ne subissent pas le monde extérieur, la causalité est une fiction. En effet, je me dit "je lève mon bras", et mon bras se lève. Mais ce n'est pas moi qui ait fait ça, c'est le fruit de l'harmonie pré-établie par Dieu, et la compossibilité, qui trouvait que lever le bras au même moment c'était pas mal.


*** *** ***


Commentaires


"Monades : Chez Leibniz, substance simple, inétendue, indivisible, active, qui constitue l'élément dernier des choses et qui est doué d'appétition et de perception."

Quelques notes sur cette définition des monades :

Rappelons qu’au 17e siecle, la substance est au coeur du débat philosophique.

Descartes affirme qu’il existe 2 substances différentes (dualisme) : celle du corps et celle de l’âme. La première étant étendue, la seconde n’ayant pas cet attribut .
Le problème qui se pose est : comment est-il possible que 2 substances aussi différentes (étendue et inétendue ) interagissent (elles ne peuvent pas entrer en contact). C’était là une grande difficulté qu’essayeront de résoudre les successeurs de Descartes, dont Leibniz.

Ainsi pour Malebranche et l’occasionisme , la relation entre ces 2 substances ne peut se faire que par l’intermédiaire de Dieu. C’est “à l’occasion” de changements dans la matière que Dieu opère des changements dans l ‘âme (et vice-versa) .

Spinoza lui, affirme que ce que Descartes prenait pour 2 substances différentes ne sont en fait que 2 attributs de la même substance (monisme ), en l’occurence de Dieu .

Hobbes et le matérialisme soutiennent qu’il n’existe que des substances d’une même sorte : matérielle.

Pour Leibniz finalement , il y a également une infinité de substances , mais contrairement a Hobbes, elles sont inétendues. Il les appelle les monades.


*


Leibniz pensait que tout phénomène naturel est particulier, individuel et différent des autres. Il n’y a pas 2 feuilles ou 2 gouttes d’eau rigoureusement identiques. Pour lui il n’existe pas 2 choses qui ne soient différentes que par leur situation dans l’espace.

Quoique tous différents, les phénomènes peuvent être semblables et très proches. S’ils ne le sont pas directement il y aura toujours des phénomènes intermédiaires, de telle manière que, dans la nature, il y a une continuité.
Ainsi par ex. le passage entre différents mouvements est continu, et l’état de repos n’est que le prolongement de mouvements de plus en plus subtiles. Similairement une ligne droite est le prolongement ultime de courbes. Ou encore l’inconscience, l’echelon le plus bas de la conscience. Le faux et le mal seraient respectivement, la plus petite vérité et le plus petit bien ....

Bref, la continuité est même omniprésente pour lui. C’est ce qu’il appele la lex continui, la loi de la continuité. Elle lui permettra de réduire les dissonances entre des notions a priori opposées, et de les aligner dans cette continuité ; notamment la question de l’âme et de la matière.

Cette multiplicité et particularité de la nature, mais aussi sa continuité étaient des élements importants dans la metaphysique de Leibniz. (pas seulement d’ailleurs, on les retrouve dans son calcul infinitésimal )


*


Revenons à ce qu’il nous dit sur les substances :

1 - De la multiplicité des choses et des phénomènes, il déduit celle des substances. Réfutant ainsi tout monisme, en particulier celui de son contemporain, Spinoza.

2 - Les substances sont qualitativement différentes. Il est en désaccord avec une conception purement quantitative et mecanique du monde. Les substances sont individuelles et ont un caractere intrinseque propre. Ces substances , il les appelle entéléchies ou encore Monades, pour souligner leur caractere simple et indivisible (c-à-d n’ayant pas de parties, le composé étant un “amas” de parties ).

3 - Les “monades n’ont pas de fenêtres”, chacune est un cosmos clos et indivisible. Elles ne sont pas sujettes à l’action mécanique extérieure (elles n’ont pas de parties et une influence extérieure serait une redisposition de ses parties).
Cependant il apparaissait naturel à Leibniz que la monade ait une activité spontanée, indépendante d’une influence externe. "La substance est un être capable d'action.". C’est cette activité spontanée qui est la source de transformations que subit la monade et des propriétés qu’elle acquière.

4 - Les monades seraient donc “dotées” de forces, d’une capacité de transformation. Elle ne sont pas passives, comme la matiere pour les materialistes. Leibniz formule une conception dynamique de la substance. Il considere que l’erreur de Descartes était sa conception géométrique (le repere cartesien) du monde, sans prise en compte des facteurs dynamiques. Pour lui, la théorie des phénomènes serait la dynamique et non la mécanique.

5 - Les monades ne sont ni étendues, ni matérielles. Notez la différence entre la monade et l’atome : pour Leibniz, fondateur du calcul infinitésimal (aujourd’hui appelé différentiel), la divisibilité à l’infini du monde physique ne faisait aucun doute. Un atome, tant qu’il est matériel (et il l’est) reste divisible, et ne répond donc pas à la définition de monade. Toute matière a une étendue, et est donc divisible. Une monade n’étant pas divisible par définition, ne peut être ni étendue ni matérielle. C’est pour ça qu’il écrit : “la monade est le vrai atome” .

6 - Là, ça devient un peu plus abstrait : les monades ont une capacité de perception. Cette affirmation apparait moins énigmatique, sous la lumière de la lex continui, évoquée plus haut: Leibniz interprétait la perception d’une manière très large, de l’omniscience divine, à l’inconscience des petites perceptions les plus simples. (dieu est la monade parfaite, omnisciente ).
Vous avez peut-être remarqué que les monades ressemblent de plus en plus à une âme: indivisible, immatérielle, particulière, capable d’action et maintenant de perception. On peut appeler cela une sorte de spiritualisme.

7 - Puisque les substances n’interagissent pas entre elles et “n’ont pas de fenêtre” , le contenu de leurs perceptions ne peut pas provenir de l’extérieur. Il ne peut que leur être inhérent, inné en quelque sorte. C’est une conséquence épistémologique paradoxale de cette “imperméabilité” de la substance.

8 - Chaque monade perçoit le monde d’une autre perspective, quoique l’objet de la perception soit le même (l’univers), les perceptions restent différentes, seule la monade parfaite (dieu) perçoit le monde avec une clarté infinie. (si l’univers est comparé à une ville, chaque monade ou habitant en perçoit une partie, seul un habitant perché au-dessus de la ville (dieu) en aurait une vision claire et globale).

9 – La matière est un phénomène de la substance. Il comprend par phénomène : l’aspect subjectif et relatif d’une chose.
La matérialité pour Leibniz est la forme dans laquelle se présente une monade à une autre.
La matière est pour la substance comme son reflet dans un miroir. Ce n’est pas cependant une illusion mais un “phaenomena bene fundata” , un phénomène bien fondé.
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Re: Leibniz, les Monades

Message par Phidias le Mar 18 Mai 2010 - 10:30

seule la monade parfaite (dieu)

Je souhaiterais revenir là-dessus parce que je me demande si le fait que Dieu soit une monade est réellement formulé par Leibniz. C'est Hegel qui dira que Dieu est chez Leibniz la "Monade des monades", ou encore Condillac qui affirmera que "Dieu est la monade première".
Mais je n'ai pas trouvé chez Leibniz de formulation qui confirme que Dieu soit une monade. Seule la Monadologie nous dit "47. Ainsi, Dieu seul est l'unité primitive ou la substance simple originaire, dont toutes les Monades créées ou dérivatives sont des productions, et naissent, pour ainsi dire, par des fulgurations continuelles de la Divinité de moment à moment, bornées par la réceptivité de la créature à laquelle il est essentiel d'être limitée."
Il est donc seulement dit que Dieu est une substance simple ici et je suppose qu'en se ramenant à la première définition de la monade comme substance simple, on arrive à dire que Dieu est une monade. Mais jamais je n'ai trouver la citation qui concrétise cette déduction et je pense qu'il serait bon d'en apporter une pour donner un peu plus de consistance à ce point mentionné.

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Re: Leibniz, les Monades

Message par Chesnay le Sam 28 Aoû 2010 - 18:31

Il convient, préalablement, de se prémunir d’une illusion rétrospective qui consisterait à assimiler la Monadologie à toute la philosophie de Leibniz. La Monadologie appartient au dernier Leibniz, le concept même de « Monade » (du grec monas, « unité ») apparaît dans les années 1700 pour satisfaire à de nouvelles exigences issues des faiblesses et remarques du Système nouveau (1695) et de sa correspondance avec Arnauld, qui suit le Discours (1686), exigences portant principalement sur l’union de l’âme et du corps. (1)


1 - La Monade est un Moi
La Monade, pour se comprendre, doit se calquer sur le Moi du sujet. Je suis une monade Je suis une bulle fermée, unitaire, qui perçoit des images qui s'enchaînent (multiplicité).
Ces images qui s'enchaînent sont le fruit d'un mouvement interne (appétance), mouvement créant du changement dans la monade, changement de conscience, mouvement nommé "Perception" (s'appliquant même aux plantes). La succession de ces images se fait par association libre, dirait-on maintenant.

La Monade ne se calque pas aussi simplement sur le Moi du sujet. Elle est certes un « centre substantiel » à partir duquel s’articule la multiplicité du perçu. « Le Moi du sujet », c’est bientôt dit ! Pouvoir dire Moi, c’est pouvoir reculer face aux perceptions. Leibniz ajoute au cogito cartésien varia a me cogitantur : « Des choses variées sont pensées par moi. » Le cogito dans sa transparence, le cogito comme amenant au télos de la transparence (je m’aperçois que je pense, ce qui est pensé (les choses variées) est pensé par moi…) est le propre de ce que Leibniz nomme les Esprits, c’est-à-dire les hommes et les Génies, les animaux raisonnables et les Anges, membres de la Cité de Dieu. Mais les plantes (Entéléchies) et les animaux (non raisonnables – les Ames) sont également des Monades : les plantes sont dans un état d’étourdissement (comme dans un profond sommeil sans songes) ; les animaux ont des sentiments, ils sont empiriques (le chien voit le bâton du maître et sait l’offense prochaine). Ce qui leur manque, c’est la raison, et partant, la conscience, « l’aperception ». C’est l’aperception qui fige « l’appétition », le principe de changement des perceptions, la fige pour pouvoir poser un « Moi ». Le « Moi » végétatif et bestial est présupposé, parce que « confusément » présent, le moi spirituel est posé.

Je cite, en partie, l'article XXXIV du Discours : « (...) la principale différence [entre les esprits et d'autres substances, âmes ou formes substantielles] est qu'elles ne connaissent pas ce qu'elles sont, ni ce qu'elles font, et par conséquent, ni ne pouvant faire des réflexions, elles ne sauraient découvrir des vérités nécessaires et universelles. (...) Mais l'âme intelligente connaissant ce qu'elle est, et pouvait dire ce Moi, qui dit beaucoup (...). »

Les substances se caractérisent par l'action : actiones sunt suppositorum. Le principe de changement interne est appelé « appétition ». Ce n'est pas le mouvement qui est appelé « perception » (il est appelé appétition), la perception est le quoi du mouvement. La nature des Monades est de suivre la loi de leurs perceptions (le principe de fonctionnement de cette loi est « l'appétition ») : c'est leur spontanéité, ce qui vient d'elles. Dieu forme la Monade comme un « Automate », de sorte qu'il n'ait pas à intervenir sans arrêt, comme dans l'occasionnalisme de Malebranche (« (...) comme dans une machine de théâtre, pour faire le dénouement de la pièce (...) » (Théodicée, §61)). Mais, dira-t-on, si toutes mes perceptions viennent de moi, comment expliquer la douleur ? Il ne dépend pas de ma volonté d'avoir mal, en effet, du moins pas toujours. Leibniz écrit, à l'article 64 de la Théodicée, que « tout ce qui arrive à l'âme dépend d'elle, mais il ne dépend pas toujours de sa volonté ; ce serait trop ».

2 - Un fond indivisible de toute chose
La monade est comme un atome indivisible. Si un corps est fait de pleins de monades, l'âme est une seule et unique monade. Je suis une monade. Mais, étrangement, je suis complétement fermé au monde extérieur ("ni portes ni fenêtres"), et un mouvement interne à moi-même me fait vivre une succession d'images, de pensées.

La Monade est comme un atome, mais un atome « métaphysique ». L’a-tomos, c’est l’insécable ; la matière (physique) est toujours divisible, divisible à l’infini : une machine est machine dans la plus petite de ses parties, à l’infini (2). Un corps est un aggregatum de Monades « dominées », pour ainsi dire, par ce que Leibniz appelle une « Monade centrale ». « L’âme », chez Leibniz, c’est la Monade animale, douée de mémoire, donc de sentiments ; elle s’appelle « entéléchie » chez les plantes, et « esprit » chez les hommes. La Monade est insulaire. Toutes ses perceptions suivent les lois des causes finales, de la même manière que les mouvements suivent les lois des causes efficientes. La Monade est verticale, comme un parchemin qu’on déroule, qu’on « déplie ».

La Monade vient du grec monas qui signifie « unité ». Pour penser l'unité, Leibniz se sert du modèle mathématique du point. Ce n'est pas l'unité numérique, car suivant Euclide (Eléments, VII, définition 2) « le nombre est une multitude composée d'unités » : c'est l'unité arithmétique, sans parties, comme le point géométrique. « Un point, écrit Euclide (Eléments, I, définition 1), est ce dont il n'y a aucune partie. »

3 - Je contiens le Monde
Or, chaque monade est une unité indivisible qui contient le monde entièrement, mise en abîme radicale où tout contient tout. Cette unité indivisible contient la multiplicité infini du monde. Ainsi, malgré la fermeture radicale de la monade, loin de douter de l'existence du monde, chaque chose que je vois à cependant une réalité effective, car si j'ai cette représentation en moi, si j'en ai la connaissance, c'est qu'elle est au monde. Mais comme on le verra après, la connaissance de cet infini en moi est limité.

La Monade « représente l’univers de son point de vue ». Elle représente tout l’univers, « confusément », et son point de vue, « clairement ». Le monde, c’est l’exprimé ; la Monade, l’exprimant. C’est Dieu qui accorde toutes les expressions du monde – c’est l’introduction de l’horizontalité inter-monadique. C’est un perspectivisme relativisé ou tempéré par l’harmonisation divine. Nietzsche fera un perspectivisme absolu, une Monadologie sans Dieu. La Monade ne craint jamais le solipsisme, malgré son insularité : elle est relation (à ce qu’elle exprime, à ce qu’elle perçoit ; elle est un élément de la série du monde élu à l’existence). (3)

4 - De Moi à Dieu
Toutes les monades sont identiques de nature. Il n'y a pas de différences de nature entre Dieu, l'homme, ou le chien. Il y a une différence de degré. Ainsi, la perception peut-être très faible, voir quasiment nulle pour une plante (Petites Perceptions), ou très forte, comme chez l'homme, ou absolu, chez Dieu.

Du point de vue externe, les Monades sont simples, inétendues, sans figures, sans parties, indivisibles, indestructibles. Mais du point de vue interne, les Monades sont caractérisées par « l’appétition » (principe du changement monadique) et des perceptions : ces perceptions sont des points de vue singuliers qui n’appartiennent en propre qu’à une Monade. La hiérarchie des êtres passe, chez Leibniz, par la perception : la perception omni-confuse renvoie aux plantes (ou à l’état des autres vivants non encore développés), la perception douée de mémoire (le sentiment) appartient aux animaux, enfin la perception capable d’aperception, de clarté et de distinction, est celle des Esprits.

5 - Dieu me Limite
Ce mouvement, cette association d'idée, est cependant limité, ou du moins, régulé, régulé par l'harmonie pré-établie qu'impose la seule contrainte extérieur: Dieu. Dieu régule mon accession à mon infini, pour pouvoir s'organiser avec toutes les autres monades du monde. C'est la Compossibilté.

Ce n’est que lors de l’annihilation finale que Dieu me « limitera ». Mais, jusque là, en quoi m’a-t-il contraint ? Dans son entendement, il m’a considéré comme appartenant au meilleur des mondes (il ne s’est pas appesanti sur mon cas, il a pris l’intégralité de la série mondaine à laquelle j’appartiens et l’a trouvée la meilleure parmi les possibles), il m’a élu à l’existence.

Il ne faut pas considérer ma finitude comme un fait de Dieu, mais comme un fait d’être. Il y a chez Leibniz une subordination du plan métaphysique au plan onto-logique. C’est le principe de sa démonstration de l’existence de Dieu : Si l’être nécessaire est possible, il existe. Hoc est fastigium doctrinae modalis (4). Ontologiquement, il n’y a qu’un être qui peut comprendre toutes les perfections, de sorte que toutes les créatures connaissent le néant, à mesure de l’existence de Dieu. C'est ce que Leibniz appelle le « mal métaphysique », mal de limitation ou de privation.

6 - Une Harmonie pré-établie
Comme les monades sont fermées, et ne subissent pas le monde extérieur, la causalité est une fiction. En effet, je me dit "je lève mon bras", et mon bras se lève. Mais ce n'est pas moi qui ait fait ça, c'est le fruit de l'harmonie pré-établie par Dieu, et la compossibilité, qui trouvait que lever le bras au même moment c'était pas mal.

La causalité est une fiction, une fiction bien fondée. Leibniz dira même qu'il s'agit d'une espèce d'expression : l'effet exprime sa cause. Toute transitivité est idéale. Lorsque Pierre frappe Paul, Pierre agit et augmente sa perception, Paul pâtit, et diminue sa perception. Mais Pierre tapant suit la loi des perceptions de Pierre (Pierre menaçant, Pierre levant le bras, Pierre sévissant finalement), de même que Paul tapé suit ses lois propres (Paul menacé, etc.). Dieu harmonise préalablement les perceptions de Pierre et de Paul. Dieu a créé le plus de substances possibles (avec le moins de moyens), c’est pourquoi il y a, en plus des Monades, des corps (qui sont des amas de Monades). Les corps suivent la série de leurs mouvements, les Monades la série de leurs perceptions. Deux colonnes. Dieu a posé l’architrave.

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(1) Leibniz, suite aux injonctions du Père Tournemine, reconnaîtra avoir expliqué « l’accord », mais pas « l’union », « Mystère » analogue à celui de la présence.
(2) « Je considère les âmes, ou plutôt les Monades, comme des Atomes de substance, puisqu’à mon avis, il n’y a point d’atomes de matière dans la nature, la moindre parcelle de la matière ayant encore des parties. » Réponse, 1702, Système nouveau, XIII, GF Flammarion.
(3) « (…) Autrement, toute Entéléchie serait Dieu, si elle connaissait distinctement tout cet infini qu’elle enveloppe, car Dieu expriment tout parfaitement à la fois, possible et existant, passé, présent et futur. (…) Leur nature est d’envelopper des rapports à tout ce qui est au-dehors. » Réponse, 1702, Système nouveau, XIII, GF Flammarion.
(4) Démonstration du P. Lamy, 1701, Système nouveau, XI, GF Flammarion.

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Re: Leibniz, les Monades

Message par Théorie le Lun 27 Déc 2010 - 22:58

Serait-il possible d'avoir un exemple concret ?

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Re: Leibniz, les Monades

Message par Chesnay le Mar 28 Déc 2010 - 9:59

Théorie a écrit:Serait-il possible d'avoir un exemple concret ?

Tu es une Monade ! La Monade est la déclinaison de ton être sur le versant métaphysique, réel. Tout ce qui est corporel a partie liée avec la confusion des perceptions consubstantielle aux êtres créés. Tu es doué de mémoire, de sentiments, de réflexion, tu es donc une monade spirituelle !

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