La philosophie de système

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La philosophie de système

Message par cedric le Mar 5 Fév 2013 - 12:10

Juste pour partager une petite réflexion : toutes les philosophies systématiques se leurrent dans l'exacte mesure où elles pensent faire tenir et enfermer la réalité humaine dans un cadre clairement délimité. A l'inverse, la réalité humaine est ce qui dépasse potentiellement de tout cadre : la figure du nouveau né par qui tout devient possible qui est reprise dans la philosophie d' Hannah Arendt. La réalité humaine est aussi ce : tout est possible, tout est possible que tendent implicitement à dégager les sciences dites dures quand elles tendent à mettre des points d'exclamation sur la réalité humaine et son ouverture fondamentale à l'inconnu.

D'une certaine manière, le déterminisme, d'un point de vue psychologique, peut être comparé à une forme de psychose.

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Re: La philosophie de système

Message par Vargas le Mer 6 Fév 2013 - 18:33

Oui, le besoin de tout contrôler. Et même la ratiocination si on ne veut pas aller jusqu'à la psychose.

Après, les pensées systématiques ont cet avantage d'avoir une grille de lecture rodée qui permet à chaque objet de réflexion d'être considéré sous un angle précis. Elle peut s'étendre, on économise le fait d'individuer les situations.
C'est un truc de patient paresseux, au fond :D

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L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Jeu 7 Fév 2013 - 19:01

Cependant, parler de système philosophique, c'est en référer à une forme, et non à un contenu. On peut donc concevoir un système qui accorde une place capitale à la nouveauté et à l'individualité (Bergson par exemple), et à l'inverse un déterministe non systématique (Diderot).
Ce que personnellement je rejette dans l'idée de système, c'est l'idée d'un tout achevé, qui en même temps prétend s'opposer à ce qui n'est pas lui. Mais Hegel, au moins, pourra être exempté de ce reproche.

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Re: La philosophie de système

Message par quid le Jeu 7 Fév 2013 - 21:49

En voulant savoir ce que cedric entendait par "Philosophie de système", je suis tombé sur cela :

http://philosophie-cdf.revues.org/84

Je ne l'ai pas lu, mais çà m'a l'air intéressant et avoir un lien avec le sujet.
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Re: La philosophie de système

Message par Courtial le Ven 8 Fév 2013 - 9:56

Merci pour le lien, très intéressant, en effet. Ceci, par exemple, qui rejoint un propos tenu plus haut :

Jacques Bouveresse a écrit:À l’accusation de malhonnêteté intellectuelle inévitable vient s’ajouter assez fréquemment, chez les contempteurs et les ennemis du système, celle de violence inacceptable infligée à la réalité et susceptible de l’être aussi, directement ou indirectement, aux êtres humains : l’« esprit de système », comme on l’appelle, et le dogmatisme théorique sont considérés comme intrinsèquement suspects et dangereux parce qu’ils risquent généralement, en pratique, de conduire tôt ou tard à la répression et à la persécution, exercées au nom de la vérité (ou peut-être, plus exactement, de la prétention d’être le seul à détenir la vérité absolue et entière) contre les sceptiques et les réfractaires. Le mode de pensée systématique est perçu souvent comme arrogant, autoritaire et potentiellement tyrannique. La prétention à la totalisation de l’expérience et de la connaissance qui le caractérise suscite la méfiance parce qu’on la croit, à tort ou à raison, exposée au risque de devenir purement et simplement totalitaire. Un aspect essentiel du travail de Vuillemin consiste, comme on le verra, à essayer de laver complètement l’idée de système du soupçon qui résulte de la façon dont elle est la plupart du temps associée implicitement à celle de dogmatisme et d’intolérance. Il est tout à fait possible d’adhérer à un système philosophique et de le faire d’une façon qui n’a rien de mitigé, tout en reconnaissant en même temps que d’autres systèmes sont possibles et respectables.

Musil dit de son héros, Ulrich, dans L’Homme sans qualités :

Il n’était pas philosophe. Les philosophes sont des violents qui, faute d’armée à leur disposition, se soumettent le monde en l’enfermant dans un système. Probablement est-ce aussi la raison pour laquelle les époques de tyrannie ont vu naître de grandes figures philosophiques, alors que les époques de démocratie et de civilisation avancée ne réussissent pas à produire une seule philosophie convaincante, du moins dans la mesure où l’on peut en juger par les regrets que l’on entend communément exprimer sur ce point. C’est pourquoi la philosophie au détail est pratiquée aujourd’hui en si terrifiante abondance qu’il n’est plus guère que les grands magasins où l’on puisse recevoir quelque chose sans conception du monde par-dessus le marché, alors qu’il règne à l’égard de la philosophie en gros une méfiance marquée. On la tient même carrément pour impossible10.

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Ven 8 Fév 2013 - 10:38

C'est vrai que l'esprit de système a quelque chose de totalitaire. Mais d'un autre côté, il n'y a rien de plus fragile que ces totalitarismes, qui ne tiennent que sur leur cohésion. En philosophie, il suffit d'enlever une brique importante d'un système pour que tout s'effondre, c'est-à-dire envisager les mêmes choses mais sous un angle différent.

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Re: La philosophie de système

Message par maraud le Ven 8 Fév 2013 - 12:05

J'aimerai bien connaître le nom de celui qui, commentant "l'évidence" selon Descartes, s'est exclamé: " Descartes loge la vérité à l'hostellerie de l'évidence, mais il oublié de ne nous en communiquer l'adresse." 🤡

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Re: La philosophie de système

Message par cedric le Lun 11 Fév 2013 - 10:36

Vargas a écrit:Oui, le besoin de tout contrôler. Et même la ratiocination si on ne veut pas aller jusqu'à la psychose.

Après, les pensées systématiques ont cet avantage d'avoir une grille de lecture rodée qui permet à chaque objet de réflexion d'être considéré sous un angle précis. Elle peut s'étendre, on économise le fait d'individuer les situations.
C'est un truc de patient paresseux, au fond :D

Je pense qu'il peut être intéressant - mais bon risque de hors sujet - de souligner que cette démarche structurelle ( j'ai beau faire je n'arrive pas à la concevoir autrement, je veux dire le structuralisme est une immense découverte "scientifique" ) du systématisme est avant toute chose une technique de la pensée, assez exacerbée au niveau du monde occidental, d'où sa performance, qui a clairement pré-existée au monde moderne. D'une certaine façon, pour faire dans les effets spéciaux, l'allemagne nazie, qui présente un découpage, un système de la mort assez bien rodé, présuppose toute notre culture, en terme de performance et de technique systématique de la pensée. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que la pensée systématique, que cette technique conduise immanquablement au crime, mais, allié au crime, ça donne quelque chose d'atroce et de foncièrement inhumain.

Il est clair que cette technique de la pensée a des avantages en termes d'économie relationnelle, on classe, on torche, on passe à autre chose. Mais, le revers de la médaille, comme toujours, quand on vient à ne plus savoir sortir de cette technique qui s'est imposée comme une totalité. D'où les névroses et psychoses modernes dans une certaine mesure il me semble : le regard n'est pas là et ne peut plus y être, c'est la pensée de système qui existe alors, et a avalé la subjectivité, c'est à dire la présence au monde dans sa fragilité et son aventure. D'où l'importance de la lecture dont est capable le regard Wink Je m'accorde à dire que le regard est le miroir de l'âme. Un regard n'a rien d'anodin.

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Re: La philosophie de système

Message par baptiste le Jeu 14 Fév 2013 - 10:59

Une intention philosophique doit-elle nécessairement s’accomplir dans un système, ou bien à la manière d’Alain dans une méthode intellectuelle centrée sur l'exercice rationnel du jugement en soumettant le réel à l'ordre de la réflexion.

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Re: La philosophie de système

Message par Geo Rum Phil le Jeu 14 Fév 2013 - 13:45

euthyphron a écrit:Ce que personnellement je rejette dans l'idée de système, c'est l'idée d'un tout achevé, qui en même temps prétend s'opposer à ce qui n'est pas lui.

Donc, tu rejettes/tu t'opposes à ce qui n'est pas toi ! ça alors ! Wink

La question est de savoir, pourquoi le non-achevé se révolte-t-il contre le concept d'absolu* ?

*ABSOLU_Dont l'existence ou la réalisation ou la valeur est indépendante de toute condition de temps, d'espace, de connaissance, etc. Anton. relatif

La vérité n'appartient à personne; elle est universelle, absolue; les hommes ont besoin de la chercher, de la professer en commun. (F. Guizot, Hist. générale de la civilisation en Europe,1828)
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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Lun 18 Fév 2013 - 11:55

Essayons de redonner vie à ce sujet qui mérite mieux. Il serait dommage que la critique de l'idée de système soit seulement idéologique, voire...systématique.
Alors je propose ce quiz: qu'est-ce qu'une pensée non systématique?
1) Une pensée qui s'affranchit de toute obligation de cohérence
2) Une pensée "à trous", qui résout certains grands problèmes de l'existence mais en délaisse volontairement d'autres
3) ça n'existe pas, ou du moins pas en philosophie
4) autres

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Lun 18 Fév 2013 - 15:21

euthyphron a écrit:qu'est-ce qu'une pensée non systématique?
Je dirais : pour un philosophe, le refus de la rationalité dans certaines parties de sa philosophie.

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Lun 18 Fév 2013 - 17:16

Le mot "refus" est-il volontaire? La conséquence en serait qu'une pensée non systématique serait une pensée obscurantiste, car c'est le nom que l'on donne, à juste titre, aux pensées qui refusent la rationalité. Y a-t-il un exemple connu? A priori, je n'en vois pas.
Je savais bien que ma question était difficile! lol!

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Lun 18 Fév 2013 - 18:03

Par exemple, chez Nietzsche, le refus d'expliquer l'éternel retour rationnellement.

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Lun 18 Fév 2013 - 18:33

Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Veux-tu dire que l'éternel retour, chez Nietzsche, est une élucubration d'illuminé? En ce cas, très plausible, je préfère de loin le systématisme stoïcien, au moins l'on ne se sent pas exclu, et la discussion est possible.
Je ne me lancerai pas dans l'exégèse de la pensée nietzschéenne, mais je pense également que la pensée de Nietzsche gagne à être lue comme non systématique. Toutefois cela implique de ne pas prendre trop au sérieux ce qui pourrait se présenter comme une nouvelle métaphysique dogmatique. Un dogme a besoin, pour être crédible, d'un travail de systématisation. Voici donc un élément de réponse que je propose à la foule : une pensée non systématique est une pensée sans dogmes.

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Lun 18 Fév 2013 - 18:43

euthyphron a écrit:Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Veux-tu dire que l'éternel retour, chez Nietzsche, est une élucubration d'illuminé?
Nietzsche a préféré l'expression poétique à la démonstration rationnelle pour traiter de l'éternel retour.

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Lun 18 Fév 2013 - 23:10

Donc, ce n'est pas de la philosophie. :D
Le refus de la systématisation serait-il un prétexte pour pouvoir dire n'importe quoi? Ou, en termes mieux choisis, l'effort pour construire un système serait-il le garant de l'honnêteté intellectuelle?
Car si Nietzsche a "préféré" éviter la démonstration rationnelle, c'est pour des raisons évidentes. Pour dire que la Terre est plate, il vaut mieux éviter en effet de faire appel à la démonstration.

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Mar 19 Fév 2013 - 8:57

euthyphron a écrit:Donc, ce n'est pas de la philosophie. :D
Si la philosophie, pour être de la philosophie, doit être à 100% rationnelle, non. Reste à expliquer ce que veut dire "rationnel". Car une poésie est rationnelle, une symphonie est rationnelle, mais pas seulement. Quand on lit un philosophe, est-on soi-même toujours rationnel ? N'y a-t-il aucun sentiment qui se glisse chez nous ? Le système, pour moi, garantit au maximum possible humainement la rationalité d'une philosophie, parce qu'il oblige a expliquer chaque partie par une autre, dans une sorte de cercle fermé. L'Ethique de Spinoza est un tel système. Cependant, il ne s'ensuit nullement que les bases d'un système ne reposent pas sur un choix sentimental. Pourquoi Spinoza a choisi d'être optimiste plutôt que pessimiste ? Schopenhauer l'inverse ? Ils sont rationnels tous les deux, non ? Et la raison n'est ni pessimiste ni optimiste.

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Mar 19 Fév 2013 - 9:28

Les raisons qui font préférer sentimentalement un système à un autre sont certainement sentimentales, oui. C'est logique.
Cela n'implique pas que ce soit le sentiment qui ait à décider de ce qu'il faut penser.
Cela implique encore moins que le sentiment soit une justification de l'absurde, et qu'en son nom on puisse être sommé de ne plus penser.
Mais j'en conviens le sentiment n'est pas systématique. J'en reviens alors à mon quiz. D'après ton exemple, une pensée non systématique serait une apparence de pensée, masquant un simple affect, dont la tonalité poétique sert d'excuse à la vacuité conceptuelle. C'est, entre autres, ce que recouvrait ma proposition 1.
Mais paradoxalement, ne fais-tu pas trop d'honneur à l'esprit de système en l'identifiant à la rationalité? Que sentimentalement tu préfères l'irrationnel ne remet pas en cause cette identification, que j'estime pour ma part prématurée à ce stade de notre réflexion.

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Re: La philosophie de système

Message par Invité le Mar 19 Fév 2013 - 9:57

euthyphron a écrit:D'après ton exemple, une pensée non systématique serait une apparence de pensée, masquant un simple affect, dont la tonalité poétique sert d'excuse à la vacuité conceptuelle.
Non, je pense exactement le contraire. Comment peux-tu en arriver à cette conclusion ? Je crois malheureusement que nous ne pourrons pas arriver à nous comprendre. Je te laisse continuer cette discussion avec d'autres que moi. Désolé.

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Re: La philosophie de système

Message par baptiste le Mar 19 Fév 2013 - 10:10

euthyphron a écrit:Essayons de redonner vie à ce sujet qui mérite mieux. Il serait dommage que la critique de l'idée de système soit seulement idéologique, voire...systématique.
Alors je propose ce quiz: qu'est-ce qu'une pensée non systématique?
1) Une pensée qui s'affranchit de toute obligation de cohérence
2) Une pensée "à trous", qui résout certains grands problèmes de l'existence mais en délaisse volontairement d'autres
3) ça n'existe pas, ou du moins pas en philosophie
4) autres

Pour moi la réponse est autres et je partage cette réponse, un système philosophique est plus proche d’une prédiction astrologique que d’une théorie scientifique. De la prévision astrologique il a la prétention à l’universalité et le caractère vague qui fait que l’on a du mal à le prendre en défaut. Les systèmes philosophiques sont des systèmes de pensée close qui ne sont qu’une réponse à l’inquiétude que créent d’abord la découverte de la notion et de la possibilité de changement ensuite le fait de voir effectivement ces changements avoir lieu (notamment dans le domaine social).

Popper invoque l’inquiétude, le sentiment d’insécurité, l’inhabitude de la nouveauté ; on pourrait également supposer que cette inquiétude est le résultat d’une profonde angoisse devant la liberté nouvelle qui émerge à l’époque des premiers philosophes, l’individu disposant de plus de marge de manoeuvre dans une société qui reconnaît petit à petit la possibilité de destins individuels. Il est possible que cette liberté nouvelle ait créé chez certains un vertige devant les nouvelles responsabilités individuelles qu’elle apportait, puisqu’à partir du moment où l’on commence à critiquer une explication magique du monde, on ne peut plus, dans nos choix, s’en remettre aux dieux ou aux forces de la nature, il faut alors trouver autre chose.

Pour Popper une philosophie de système est une réponse à l’émergence de la tradition critique, comme réaction de la société ouverte « au choc de sa naissance ». Il ne fait nul doute pour Popper que la découverte que le monde change, qu’il n’est pas immuable, est vécue alors comme un traumatisme, et il reconnaît à Platon d’avoir été clairvoyant à ce sujet. Le changement est intrinsèquement dangereux, comme l’atteste ce passage des Lois cité par Popper:
"Le changement en toutes choses, à l’exception des mauvaises, est de tous les maux le plus dangereux, que ce soit dans toutes les saisons, dans les vents, dans le régime du corps, dans les moeurs de l’âme ; en bref, dangereux en tout — hormis, comme je le disais tout à l’heure, dans ce qui est mauvais."

Vargas dit qu’une philosophie de système est affaire de patient paresseux, pour Popper il semble que ce soit plutôt une affaire d’angoissé nerveux.

Euthyphron la réponse pour Alain au quiz est aussi : autres, la philosophie pour lui est une méthode intellectuelle centrée sur l'exercice rationnel du jugement qui soumet le réel à l'ordre de la réflexion.


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Re: La philosophie de système

Message par Geo Rum Phil le Mar 19 Fév 2013 - 13:48

euthyphron a écrit: (...) qu'est-ce qu'une pensée non systématique?
1) Une pensée qui s'affranchit de toute obligation de cohérence
2) Une pensée "à trous", qui résout certains grands problèmes de l'existence mais en délaisse volontairement d'autres

Un dogme a besoin, pour être crédible, d'un travail de systématisation. Voici donc un élément de réponse que je propose à la foule : une pensée non systématique est une pensée sans dogmes.

DOGME _ Proposition théorique établie comme vérité indiscutable par l'autorité qui régit une certaine communauté.

La partie vérité indiscutable, tient du délire systématique; Staline, Hitler, PolPote, etc. Le travail de systématisation du système d'enseignement (outil politique), est-ce pour atrophier l'esprit critique ? Indiscutable = être incapable a discuter (... les ordres, mettre en doute la valeur, la compétence de quelqu'un).

Un bon exemple dans cette citation:
Voici en quelques mots un grand délire dont les diverses parties sont suffisamment coordonnées, qui a une certaine unité, c'est ce qu'on appelle en psychiatrie un délire systématique ou une paranoïa (Janet, Obsess. et psychasth., t. 2, 1903).
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Re: La philosophie de système

Message par Courtial le Mar 19 Fév 2013 - 14:43

Médicaliser les choses est souvent une façon d'éviter la philosophie.
La systématicité étant un caractère de la paranoia, et celui aussi d'une certaine philosophie , c'est la philosophie qui devient paranoïaque ?

Vous faîtes bien de citer Staline : c'est, exactement, un amalgame.

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Re: La philosophie de système

Message par euthyphron le Mar 19 Fév 2013 - 17:47

philo a écrit:
euthyphron a écrit:D'après ton exemple, une pensée non systématique serait une apparence de pensée, masquant un simple affect, dont la tonalité poétique sert d'excuse à la vacuité conceptuelle.
Non, je pense exactement le contraire. Comment peux-tu en arriver à cette conclusion?
Je n'ai fait que redire ce que tu as dis, d'une autre manière. Tu m'as donné un exemple de poésie, baptisée indûment "philosophie", en me disant que le sentiment avait ses mérites, ce que je traduis par "excuse à la vacuité conceptuelle". Je n'ai pas dit que c'était une mauvaise excuse, même si je le pense. Je n'ai pas encore dit ce que je pense du sujet.
baptiste a écrit:Pour moi la réponse est autres et je partage cette réponse
Pour moi aussi.
baptiste a écrit:Les systèmes philosophiques sont des systèmes de pensée close qui ne sont qu’une réponse à l’inquiétude que créent d’abord la découverte de la notion et de la possibilité de changement ensuite le fait de voir effectivement ces changements avoir lieu (notamment dans le domaine social).
Ceci, en revanche, me paraît une facilité. Il n'est pas prouvé qu'une pensée systématique soit nécessairement fermée au réel, ni qu'elle ne puisse évoluer. Le contraire est même très fréquent.
baptiste a écrit:Euthyphron la réponse pour Alain au quiz est aussi : autres, la philosophie pour lui est une méthode intellectuelle centrée sur l'exercice rationnel du jugement qui soumet le réel à l'ordre de la réflexion.
Ceci n'implique absolument pas la non-systématicité. D'ailleurs, Alain a piqué l'idée à tous les classiques bâtisseurs de système, car cette définition de la philosophie vaudrait tout aussi bien pour Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, et j'en passe.
Allez, je me lance un peu. Un système, c'est d'abord un artifice de présentation. Cela fait partie de la compétence d'un professeur que d'exprimer sous forme systématique la pensée des grands auteurs, ce qui la rend plus facile à mémoriser. Il est en effet avantageux de ne pas réduire une pensée profonde à une idée vaguement argumentée, mais à préciser les relations entre les différentes intuitions fondamentales. C'est le caractère logique, voire nécessaire, des relations qui fait système.
Ce qui veut dire qu'un système, c'est aussi autre chose. C'est une potentialité de toute pensée qui se met en mouvement, un work in progress. A l'horizon de toute tentative de compréhension du réel il y a le système. C'est pourquoi, contrairement à ce que la majorité ici semble penser, repérer un esprit systématique ne nous dit absolument rien de son ouverture d'esprit ni de sa capacité à affronter l'imprévu. A la rigueur, et à rebours, on pourrait le penser mieux armé que les autres, grâce à l'habitude prise d'exercer sa pensée avec une certaine ampleur et hauteur de vues.
Aussi le plus intéressant de la question selon moi est-il de comprendre pourquoi certains auteurs ont-ils évité de donner une forme systématique à l'exposition de leur doctrine. Paresse, mort prématurée, coquetterie, refus motivé? Beaucoup de ces cas ne sont pas clairs, si tant est qu'un seul l'est.
Quelques noms : Platon, Montaigne, Pascal, Diderot, Kierkegaard, Nietzsche, Wittgenstein, Foucault.

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Re: La philosophie de système

Message par cedric le Mer 20 Fév 2013 - 10:34

euthyphron a écrit: A l'horizon de toute tentative de compréhension du réel il y a le système. C'est pourquoi, contrairement à ce que la majorité ici semble penser, repérer un esprit systématique ne nous dit absolument rien de son ouverture d'esprit ni de sa capacité à affronter l'imprévu. A la rigueur, et à rebours, on pourrait le penser mieux armé que les autres, grâce à l'habitude prise d'exercer sa pensée avec une certaine ampleur et hauteur de vues.

Au fond dans ce débat, comme dans la philosophie et son objet en fait, il y a deux choses : d'une part une posture théorique ( abstraite ) et d'autre part une expérience vécue en première personne de la réalité du direct ( mise en présence charnelle à autrui, au monde, social, "naturel"...)

Je pense que tu soulignes quelque chose de très important quand tu dis que, d'une certaine manière, à l'horizon de toute tentative de compréhension du réel il y a le système, d'ailleurs c'est joliment dit ! Mais j'ajoute que, précisément, le paradoxe qui tient dans cette remarque philosophique n'est pas susceptible d'être résolu. Soit tu choisis le surplomb de la théorie, soit tu choisis de privilégier le contact charnel, c'est à dire l'immersion directe et en ce sens, intuitive. Je veux dire, rien, mais alors rien, ne peut te faire choisir l'un plutôt que l'autre.

En fait non, on a tous dans la tronche des systèmes, comment faire autrement ? Mais, mais, un élément anodin peut passer au travers, car il suffit toujours d'un contre exemple, et ce contre exemple, au niveau humain, vaut tout l'or de l'univers, voilà. Il ne faut pas oublier qu'on parle d'hommes, que la philosophie parle des hommes, et que ce qui importe ce sont les hommes. Et la théorie érigée au rang de vérité, c'est la définition, une de ses entrées, dans le totalitarisme, c'est à dire purement étymologiquement, quelque chose qui prétend à une totalité totale, pour ainsi dire. Et en disant cela, je présuppose qu'on ne peut sans doute pas penser la pensée, sans penser les hommes qui la pensent. On ne peut pas envisager la pensée comme une chose en soi, ou difficilement, et alors pourquoi pas mais ça devient très délicat et à prendre avec des pincettes ( à savoir qu'est-ce qu'on fait ou non avec cette pensée en soi, en tout cas pas un système politique ! ) Moi mon criterium, ce sont les hommes, qui priment par rapport à un éventuel monde en soi dont je me branle à fond !

Un des éléments qui pourrait préciser ou centrer la discussion, c'est la temporalité. Je m'accorde avec Heidegger pour accorder une place de premier ordre à cette notion de temporalité, je veux dire à l' "objet" à laquelle cette notion fait référence. Je m'explique : le système, c'est une temporalité figée et passée à l'abstraction, c'est anti-progressiste disons, et même quand ça revendique un progrès métaphysique ( Hegel ), en fait c'est tout simplement contradictoire, la philosophie de l'histoire d'Hegel est contradictoire, en passant, on ne peut pas penser le mouvement dans une forme figée ! On ne peut pas théoriser le mouvement disons, on peut juste l'espérer et y contribuer.
Bref, d'autre part, celui qui essaie de se centrer sur l'instant voit toujours, dans une certaine mesure, ses pensées et théories s'éroder et parfois s'évanouir, car il y a une sorte de richesse du réel qui déborde.

Quelle temporalité choisit-on ? Cela me paraît être la seule question importante, en fait, qui guide et explique le reste. Et je ne suis pas sûr que ce choix soit, pour parler votre langage, rationnel. A préciser.




cedric
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Re: La philosophie de système

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