Spinoza, le Conatus : Substance, Attributs, Modes

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Spinoza, le Conatus : Substance, Attributs, Modes

Message par Bergame le Lun 17 Sep 2007 - 21:09

Par Olaf : Conatus 1, Substance, Attributs & Modes


A - La Substance

Souvenez-vous, pour Descartes, Dieu est une instance à côté du monde, instance qui insufle la vie, qui dirige le monde et distribue les vérités. Bref pour Descartes Dieu est une cause dite "Transitive" (Voir le sujet sur les 3 causes).

Pour Spinoza, il n'y a qu'une seule substance. Il va établir cette équation: Dieu = la Nature, c'est-à-dire, Dieu est substance qui produit le monde, substance en-soi et par-soi. Comme chez Descartes, Dieu est cause du monde, mais cause "Immanente", c'est-à-dire, une cause qui ne se sépare pas de son effet. Le monde est causa sui.

Par substance, j'entends ce qui est en soi et est conçu par soi [...]
[L'Ethique, Livre I, Définition 3]

Pour expliquer ce Dieu immanent, j'ai l'habitude de prendre l'exemple de l'origamie: Imaginez une feuille de papier, voilà notre substance. Vous la pliez, vous lui donnez une forme propre (un mode dirait Spinoza) et nous avons un objet singulier.

Le monde est cause de lui-même, il ne dépend pas d'une autre instance. C'est vraiment l'idée fondamentale à partir de laquelle tout son système s'ordonne: Toute chose est constituée de la même substance, de Dieu. Ce qui à pour particularité d'exprimer le multiple par l'unité. En effet, les différents plans de la substance (les attributs que nous verrons plus tard) contiennent des éléments multiples et hétérogènes. Et pourtant, ils sont tous Un dans leurs racines. Ce qui nous fait dès lors un monde sans hiérarchie, puisque sans transcendance. La substance est éternelle et elle animée de mouvement, d'intensité.

De plus, Dieu est, la nature est. Il n'y a pas comme chez Descartes un Dieu qui créé un monde dans une finalité, ou chez Leibniz un Dieu qui choisit le meilleur des mondes possibles. Ce Dieu là est, c'est tout. La nature est ainsi sans aucune finalité. Cette idée sera fondamentale pour comprendre plus tard le primat du Conatus et l'inexistence de la déprivation.


B - Les Attributs


Dieu, la substance, à une infinité d'attributs. L'attribut est un genre d'être, qui contient des modes d'êtres. Les attributs ne communiquent pas entre eux.

En fait c'est un peu plus compliqué car:

Par Attribut, j'entends ce que l'entendement perçoit de la substance comme constituant son essence
[L'Ethique, Livre I, Definition 4]

C'est-à-dire que les attributs sont en réalité la substance même. Mais cette substance s'exprime de deux manières à travers nous, à travers notre entendement.

Parmis cette infinité d'attributs, nous n'en connaissons que deux:
- L'étendue
- La pensée

Or:
- Comme chez Descartes, le corps est un mode fini de l'étendue.
- Quand à l'âme elle est une idée du corps, et appartient donc au plan de la pensée.

Ainsi:
Il n'y a pas de communication entre la pensée et le corps.

Chez Spinoza, jamais l'esprit n'influe sur le corps, ou inversement. D'ailleurs, une idée ne peut interagir (être affecté dirons nous) qu'avec une autre idée et un corps que par un autre corps, puisque les attributs sont fondamentalement disjoint. Cependant, puisque mon âme est une idée de mon corps, celle-ci me renseigne sur celui-ci.

Mon unité foncière vient que tous deux sont issues de la même substance. Ainsi, même s'il existe une coupure dans l'être, entre moi et mon corps, une hétérogénéité entre moi et mon corps, entre moi et moi, nous nous rejoignons tous deux sur le plan initial, celui de Dieu, celui de la substance.

Enfin, pour terminer sur les attributs :

L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses
[L'Ethique, Livre II, Proposition 7]

Il y a un parrallèlisme entre les attributs... ce qui, entre nous soit dit, n'est pas sans rappeler Wittgenstein et le parrallèlisme entre le plan des choses et le plan de la pensée.


C - Les Modes

Une fois que l'on a compris les concepts de substance et d'attributs, les modes sont très simples à comprendre. Ce sont les choses, les objets, chaque existant est un mode. Ainsi, cette table est un mode, cet ordinateur est un mode, mon corps est un mode. Même Chirac est un mode c'est dire ! Tout à l'heure, mon Bouddha en papier était un mode.

Sachez cependant qu'il y a des modes qui n'existent pas, et qui pourtant sont, qui ne sont qu'en essence (comme par exemple, l'idée du cercle parfait). Ainsi, chaque mode est compris dans un réseau de modes, et j'aurai même presque envie de dire, dans un état de chose en référence à Wittgenstein, avec lequel je trouve beaucoup de caractéristiques Spinoziste.

Exemple: Sachant que les attributs ne communiquent pas entre-eux, restons sur le plan de la pensée. Mon âme, pour envisager la voiture qui est en face de moi, va envisager l'idée de voiture, qui elle est un existant. Mais je vais aussi envisager l'idée de roue, et ce par l'idée de cercle parfait... Bref, l'idée de cercle parfait est, mais n'est pas en tant qu'existant. Et pourtant, elle influence mon rapport au monde.

Mais là aussi c'est plus compliqué: En effet, en tant qu'esprit, et donc situé sur la plan de la pensée, comment puis-je avoir conscience de la voiture en face de moi? Spinoza nous dit la chose suivante:

Par Mode, j'entends les affections de la substance, autrement dit ce qui est en autre chose. Par quoi il est aussi conçu.
[L'Ethique, Livre I, Definition 5]

C'est-à-dire que ma relation avec le monde extérieur est une relation d'affection. Le soleil m'affecte, je rencontre le soleil. Notre Bouddha en papier de tout à l'heure, peut très bien rencontrer un tracto-pelle en papier qui va l'écraser. Ces deux modes ne vont pas sortir d'eux-même, l'un va juste agir sur l'autre, dans une rencontre.

Dans l'exemple de la voiture, c'est encore plus intéressant. Moi situé sur la plan des idées, comment puis-je avoir conscience de la voiture en face de moi ?
Et bien de deux manières:
- D'une part, Dieu veille à ce que l'ordre des idées soit parrallèle à l'ordre des choses [Ethique Livre II, Proposition 7, cf plus haut]. Donc si j'ai l'idée de voiture en face de moi, et bien logiquement, le mode voiture apparaît aussi sur le plan de l'étendue.
- D'autre part, l'âme en tant qu'idée du corps, est informée des rencontres du corps. La voiture en face de mon corps m'affecte, et donc mon esprit en est informé.

Pour ma part, je préfère de loin la deuxième proposition, car elle nous envoie vers des hypothèses tout à fait intéressantes. Mais nous reviendrons là dessus dans notre prochain message.
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