La déchéance de la bête

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La déchéance de la bête

Message par cedric le Ven 16 Nov 2012 - 15:18

Déchéance. Définition choisie : perte de l'état de grâce originelle.

Si l'on part du principe de neutralité axiologique qui ne place pas la raison au dessus des passions, alors la quête du rationnel n'est-elle pas une déchéance du même type que la quête des passions du corps ? L'une vis à vis de la bête, l'autre vis à vis de l'esprit.

Dernièrement j'ai survolé dans plusieurs magazine différents ce même thème qui a l'air à la mode, cette même approche, qui consiste à envisager le temps vécu du temps perçu en rapport à l'état d'avancement du cerveau au cours d'une vie humaine ( dès qu'y a un peu de science on retrouve le cerveau, ça les rassure ). Comme quoi avec le formatage des circuits du cerveau l'enfant, qui vit dans le temps le moment présent, devient adulte et perd ce rapport immédiat. En philo on dit la même chose, on se passe juste du cerveau comme argument de vente et comme rapport au scientifiquement prouvé. Ceci dit j'admets évidemment l'implication de la chimie interne sur les perceptions, mais qu'est-ce qui prime entre la poule et l’œuf.

Tiens, si on se posait à tous ici une question, une des plus importantes en fait, je vous la pose : quel est votre rapport au temps ? Comment vous appréhendez le temps ? Comment vous le vivez ? Il va de soi que quiconque présente une réponse est prié d'essayer d'être honnête, pas de concours de surhomme. Tiens, j'ajoute une partie à la question, donc comment vous vivez le temps, et aussi comment vous aimeriez le vivre.

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Re: La déchéance de la bête

Message par cedric le Sam 17 Nov 2012 - 11:16

Bon, face à votre incroyable enthousiasme, je vais tenter une approche.

Je pense vraiment que le rapport au temps est quelque chose de primordial pour une existence humaine, la manière dont l'existence est perçue. Est-ce que le temps est perçu comme une boucle, comme un instantané, un instant, un futur, un passé, quelque chose de long, de court...D'ailleurs toutes les religions ont une vision du temps, une manière de l'envisager, et on peut analyser ça sans doute en des termes psycho-socio-historico-logique, c'est à dire qu'est-ce qui, à un moment donné de l'histoire, pousse un groupe d'homme à percevoir le temps d'une certaine manière plutôt qu'une autre, car bon, on commence à être désillusionné hein, on sait bien que la vérité n'existe pas, et qu'il n'y a que des créations de vérité, c'est à dire des créations de monde, c'est à dire des théories sur le monde qui, parce qu'elles existent pour ceux qui les pensent, adviennent.

D'ailleurs je pense qu'on peut assez aisément catégoriser des émotions en rapport aux perceptions temporelles : la joie est dans l'instant, dans l'instantané; une trop grande prégnance du passé est souvent lié à la mélancolie; la perception du futur est un moteur pour avancer, agir... et toutes ces dimensions temporelles, toutes ces perceptions temporelles varient continuellement, en tout cas sont susceptible de varier chez tout un chacun. Ce qui veut dire, oui, que le temps perçu n'est pas du tout du même ordre que le temps physique, que le temps objectif des montres, des horloges. Et peut-être qu'au fond l'homme n'a pas grande chose à voir avec le temps des horloges. Tout, pour l'homme, est une affaire de perception.

Le fonctionnement d'une société oriente une perception du temps. Notre société par exemple, comment caractériser la manière dont elle enjoint à percevoir le temps ? En quoi se caractérise le temps de notre société, comment vous le percevez ? Quelle est votre perception du temps, dominante ? Quand je vais à Paris, à la fois le mouvement m'empêche de figer l'instant, ou difficilement, et à la fois le mouvement n'est pas réellement signe d'existence au sens plein, c'est une sorte de temps accéléré dépourvu de saveur. N'est-ce pas une approche du temps de notre société ça, une accélération du temps en superficie, dont la saveur est invisible.

Sur une autre ligne, il me semble que la conscience, peut-être même plutôt la mémoire, son organisation, oui, la conscience et sa vie interne, représentent clairement un monde, un monde relativement clos, le monde de solitude de tout un chacun et ses repères. En ce sens, ce temps spécifique, le temps de sa conscience, se superpose au temps réel, qui désigne sans doute l'espace de rencontre entre les diverses consciences. Ce qui signifie que, le temps de la conscience déteint sur le temps réel, et inversement. En d'autres termes, tout un chacun est toujours potentiellement dans le monde et hors du monde, toujours tout le temps à la fois potentiellement acteur et spectateur du monde, présent et en retrait. A la fois toujours acteur et spectateur de soi-même ( acteur dans l'action, et spectateur dans le retrait, voire acteur et spectateur de son action dans le même temps : c'est le jeu ).

Toutes ces allégories du monde comme un jeu. Le jeu n'est-il pas un rire de l'âme ?

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Re: La déchéance de la bête

Message par Chut le Sam 17 Nov 2012 - 13:55

cedric a écrit:
Sur une autre ligne, il me semble que la conscience, peut-être même plutôt la mémoire, son organisation, oui, la conscience et sa vie interne, représentent clairement un monde, un monde relativement clos, le monde de solitude de tout un chacun et ses repères. En ce sens, ce temps spécifique, le temps de sa conscience, se superpose au temps réel, qui désigne sans doute l'espace de rencontre entre les diverses consciences. Ce qui signifie que, le temps de la conscience déteint sur le temps réel, et inversement. En d'autres termes, tout un chacun est toujours potentiellement dans le monde et hors du monde, toujours tout le temps à la fois potentiellement acteur et spectateur du monde, présent et en retrait. A la fois toujours acteur et spectateur de soi-même ( acteur dans l'action, et spectateur dans le retrait, voire acteur et spectateur de son action dans le même temps : c'est le jeu ).
Ces considérations me parlent.

D’abord sur le temps :

Dès qu’on veut définir le temps en soi, il faut reconnaître qu’on patauge assez lamentablement, je parle en terme de vision claire et vraiment satisfaisante, par les mots, que ce soit avec la conception Kantienne d’un « donné a priori », d’une « représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions » , non « un concept discursif (…) mais une forme pure de l’intuition sensible » ou les images, les métaphores, par exemple chez Bergson on a le temps qui « coule », qui « change sans cesse », « une durée qui dure » etc... comme un boxeur aveugle qui tenterait de décrire son adversaire uniquement à partir de coups qu’il prend, on tente en vain d’appréhender ce qu’est le temps en soi, au lieu de le reléguer dans un ailleurs auquel nous sommes connectés et qui nous agit et dont on ne peut que constater des effets mesurables indirectement (on ne mesure pas le temps, mais seulement des différences affectant des objets en proie au temps, et qui produisent « la déchéance de la bête » si on veut.

Sur la conscience :

On ne tient pas assez compte à mon avis du fait de la capacité du cerveau à recomposer du un à partir du multiple. Par exemple nous avons un œil qui voit une image, l’autre œil en voit une autre, et pourtant nous n’en voyons qu’une, sauf à avoir un peu picolé.
Par une analogie, ne pourrait-on concevoir que nous sommes deux ou plusieurs consciences recomposées en une ? Il pourrait y avoir effectivement une conscience purement contemplative, produite par les perceptions, une conscience purement active, purement dans l’agissant, qu’on pourrait peut-être relier au ça, aux modifications incessantes des répartitions d’énergie, peut-être d’autres, des consciences qui seraient purement, formellement, régulatrices, à relier au surmoi où à une loi morale où à une loi de la nature ou à un daimôn binaire quelconque etc… J’y connais rien mais en passant un truc comme la schizophrénie pourrait dans cette optique être vue non comme une scission de conscience en deux mais comme un défaut de recomposition de deux consciences. On peut aussi imaginer des sortes de conflits d'intérêt entre les différentes consciences.

Il y aurait donc dans cette hypothèse une multiplicité de connexions informatives affectant l’être, et non seulement par les canaux perceptifs liant l’être avec l’altérité (par là je comprends l’intuition sensible Kantienne) et par un canal du temps, mais par exemple par ce que cherche Bergson à travers son « l’intuition », intuition que Kant ne peut voir dans son optique, même s’il s’autorise quand même un peu paradoxalement à disposer d’un assez mystérieux troisième œil pour sa loi morale…
Alors se pose le problème d’une « vision » possible, détectable, de ces connexions, au temps et au reste, et là encore il pourrait y avoir une analogie à creuser dans la vision courante de l’œil qui est connecté au cerveau qui cache soigneusement et admirablement la trace de la connexion qui peut pourtant être détectable dans la tache aveugle.
Chercher la trace de connexions serait aussi chercher des taches aveugles, tâche difficile.
Bergson suggère également l'idée plus ou moins originale de l'effet de "détachements" possibles (que je lis en terme de déconnexions, donc) : "... et, selon que ce détachement est celui de tel ou tel sens, ou de la conscience, ils sont peintres ou sculpteurs, musiciens ou poètes. C'est donc bien une vision plus directe de la réalité que nous trouvons dans les différents arts ; et c'est parce que l'artiste songe moins à utiliser sa perception qu'il perçoit un plus grand nombre de choses."

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Re: La déchéance de la bête

Message par Geo Rum Phil le Sam 17 Nov 2012 - 14:31

cedric a écrit:Déchéance. Définition choisie : perte de l'état de grâce originelle.

Il va de soi que quiconque présente une réponse est prié d'essayer d'être honnête, pas de concours de surhomme.

Demander à la bête d'être honnête après avoir perdu son état de grâce originelle; quelle aberration !!! lol!

Si la belle est bête, la bête la trouvera...tout en prenant son temps.


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