Libéralisme et Démocratie

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Re: Libéralisme et Démocratie

Message par talvera le Sam 28 Oct 2017 - 18:57

En réponse aux commentaires critiques très utiles de Bergame, je vais tenter de documenter quelques entrées d’un dictionnaire à écrire sur le sujet libéralisme et démocratie qui nous occupe :

- Libéralisme
La pensée libérale se construit sous l’impulsion des philosophes des Lumières, en opposition à l’absolutisme politique légitimé par des conceptions religieuses. Le libéralisme affirme les principes de liberté et de responsabilités individuelles. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits naturels sur lesquels aucun pouvoir ne peut empiéter. En conséquence, les libéraux veulent limiter, au profit du libre-arbitre de chaque individu, les choix imposés à la société par l'État ou par d'autres formes de pouvoir, quels qu'en soient la forme et le mode de désignation. Il apparaît alors que le terme libéralisme  recouvre aussi des réalités diverses selon les pays et leur histoire politique.

- Aux États-Unis, on appelle  liberals des progressistes, à peu près équivalents aux sociaux-démocrates européens mais en moins étatistes, ce qui les place à la gauche voire à l'extrême gauche : l'accent est mis sur la liberté de moeurs et l'égalité en droits (notamment sur le plan racial). Par contrecoup, les adversaires de l'État ont créé le terme  libertarian  (dont une des formes les plus radicales est l'anarcho-capitalisme).

- En Europe, au contraire, le qualificatif libéral sert la plupart du temps à désigner une personne favorable au libéralisme économique, sans nécessairement faire référence à la philosophie libérale. L'économie de marché peut exister même dans des sociétés collectivistes. Ce qui caractérise le libéralisme c'est la reconnaissance des droits de propriété et de la liberté contractuelle. Ce n'est en rien une doctrine consistant à rechercher le bien-être matériel aux dépens des valeurs humaines, ce n'est pas une apologie d'un monde sans foi ni loi où les riches écraseraient les pauvres. C'est tout le contraire. Le véritable libéralisme se refuse à distinguer dans l'activité humaine une partie économique  et une partie qui ne le serait pas. Il respecte la personnalité unique de chacun, sa dignité, sa liberté dans le choix de ses objectifs et il récuse par conséquent toute vision globale, mécaniciste, quantitativiste de la vie des hommes en société.

- A la fin du XIXe siècle, les excès du capitalisme sauvage ont remis en cause les idées économiques libérales. Certains penseurs ont alors voulu inventer un nouveau libéralisme, plus social, plus démocratique, moins confiant dans les vertus du marché. Keynes a été l'un de ceux-là, se revendiquant du " socialisme libéral ", mais il est loin d'avoir été le seul. D'autres n'ont eu de cesse de réinventer le vieux libéralisme inégalitaire et de mettre l'Etat au service des marchés. Friedman, Popper et Hayek ont été à la pointe de ce combat. Depuis la fin des années 1970 dans le monde anglo-saxon -et depuis les années 1990 en Europe-, le terme néolibéralisme (aussi dénommé ultralibéralisme  ou même hyperlibéralisme) fait référence à des politiques libérales sur le plan économique, en réaction. Elles visent au contraire à réduire l'emprise du secteur public sur l'économie, au profit du secteur privé, sous l'influence de l'idée qu'il en résulterait une administration plus efficace et une économie plus forte dans laquelle la concurrence est supposée être un puissant facteur d'innovation et de progrès économique.

- Démocratie
La démocratie dans son incarnation postérieure au XVIIIe siècle est devenue un critère essentiel d’appréciation  des régimes politiques plutôt qu’une forme de régime en tant que tel. Dans les régimes politiques contemporains dits démocratiques, les représentants sont élus. Dans un tel système, ce sont ces derniers, par l'intermédiaire du vote des électeurs, qui détiennent le pouvoir et représentent le peuple ou la nation dans son ensemble. En fait nos sociétés actuelles ne sont pas  démocratiques car ce ne sont ni des démocraties directes, comme la société athénienne, ni  des démocraties représentatives sensu stricto (qui défendent l’intérêt général) car la propension des représentants est de défendre les intérêts particuliers (intérêts sectoriels de leurs électeurs, héritage,  propriété privée). On peut citer deux articles de références au sujet de ces démocraties représentatives.

Francis Dupuis-Déri, L’esprit antidémocratique des fondateurs de la « démocratie » moderne
Nos régimes démocratiques ont été fondés par des individus profondément et ouvertement antidémocrates
http://classiques.uqac.ca/contemporains/dupuis_deri_francis/esprit_anti_democratique/esprit_anti_democratique_texte.html

Jérôme Montès, Mouvements anti-mondialisation : la crise de la démocratie représentative
L'irruption des mouvements anti-mondialisation sur la scène internationale, au cours des dernières années, constitue un angle d'approche original pour analyser la crise de la démocratie représentative
https://www.erudit.org/fr/revues/ei/2001-v32-n4-ei3087/704348ar/

-  Structuralisme
L’approche scientifique de la sociologie politique ou d’autres domaines des sciences humaines met en œuvre une démarche de modélisation que cite kerkoz  au sujet de notre thème de réflexion.  La théorie de la modélisation  est appelée  systémique. Les modèles mathématiques, physiques,  etc. sont des  analogies sophistiquées indispensables pour penser et pour maîtriser la complexité du réel.

Manzo Gianluca, « Progrès et « urgence » de la modélisation en sociologie. Du concept de « modèle générateur » et de sa mise en Œuvre
https://www.cairn.info/revue-l-annee-sociologique-2007-1-page-13.htm

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Message par Bergame le Dim 29 Oct 2017 - 0:39

Non talvera, ce n'est pas parce que Manzo parle de la "structure d'un modèle générateur" qu'il est un tenant du structuralisme ou de la théorie des systèmes. Absolument pas ! Manzo, ses grandes références, c'est Demeulenaere et Boudon, celui qui a commencé sa carrière académique avec un ouvrage qui s'intitulait "A quoi sert la notion de structure ?" dans lequel il s'efforçait de démontrer l'inanité du structuralisme en sciences sociales. Les modèles de Manzo, lis-le bien, ca n'a rien à voir avec quoique ce soit qui puisse ressembler à du système ou de la structure.
Si tu cherches une bonne référence -de Paris IV aussi, d'ailleurs- qui puisse t'introduire à la théorie des systèmes, regarde plutôt du côté de F. Chazel. Est-ce que tu connais Parsons, déjà ? C'est par là qu'il faut commencer. Parsons, puis Luhmann, discutés par Habermas si tu veux, lui-même commenté par Mc Carthy si tu y tiens.

Sur le reste, rien à ajouter, si ce n'est :
En fait nos sociétés actuelles ne sont pas démocratiques car ce ne sont ni des démocraties directes, comme la société athénienne, ni des démocraties représentatives sensu stricto (qui défendent l’intérêt général) car la propension des représentants est de défendre les intérêts particuliers (intérêts sectoriels de leurs électeurs, héritage, propriété privée).
Voila. Là, je suis d'accord. Moi, mon seul problème, c'est qu'on n'appelle pas "démocratie" ce qui n'en est pas, et dont on sait très bien que ce n'en est pas.



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Re: Libéralisme et Démocratie

Message par kercoz le Dim 29 Oct 2017 - 7:56

talvera a écrit:
-  Structuralisme
L’approche scientifique de la sociologie politique ou d’autres domaines des sciences humaines met en œuvre une démarche de modélisation .  La théorie de la modélisation  est appelée  systémique. Les modèles mathématiques, physiques,  etc. sont des  analogies sophistiquées indispensables pour penser et pour maîtriser la complexité du réel.



Qui a joué avec des gouttes de mercure sait qu' à la moindre approche les petites gouttes de mercure fusionnent, s'agglomèrent pour former une plus grosse goutte puis une petite mare. Cette tendance attractive, possédant une réelle stabilité, si l' on augmente la taille de la flaque, diminue et cette assemblage si on augmente sa taille devient plus fragile, menace de scissiparité à la moindre perturbation.
Pour ma part, pour les espèces sociales, m' appuyant sur les études éthologiques de Lorenz et sociologiques de E. Goffman, je pense que le lien attractif initial est l' agressivité intra-spécifique et son processus d' inhibition par des rites ( rituels inconscients ). L' efficacité de ces processus est autant liée aux forces d' interaction qu' à la structure ( trame) induite par ces forces.

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Re: Libéralisme et Démocratie

Message par talvera le Dim 29 Oct 2017 - 11:43


Structuralisme, Fonctionnalisme, Structuro-Fonctionnalisme/Fonctionnalisme-Systémique,  Systémique, Sociologie Constructiviste, ….

La pensée structuraliste traditionnelle est plutôt portée sur les rapports fixes, la reproduction, l’invariance, alors que la pensée systémique est plutôt dynamique. Une synthèse est souhaitable entre structuralisme et pensée systémique. La distinction saussurienne entre synchronie et diachronie comporte ses limites quand elle prétend s’appliquer à autre chose qu’à la langue. Les sciences humaines et sociales gagnent lourdement à s’inspirer d’autres modèles que la linguistique, comme la psychologie, la biologie, la physique, la cybernétique, la systémique, etc. La modélisation des processus politiques a fait des progrès, mais reste largement insuffisante. Elle devrait inclure non seulement les conditions structurales qui évoluent à long terme, mais aussi la dimension dynamique du comportement politique qui est court terme.
Lecas Géry, La modélisation systémique : outils méthodologiques pour économistes
Hayek écrit qu’« une science sociale féconde doit être largement une étude de ce qui n’est pas une construction de modèles hypothétiques, pour des mondes qui seraient possibles ... ». C’est donc bien parce qu’elle est méthode de conception-construction que la modélisation systémique nous paraît être une démarche heuristique pour l’étude de tout objet de recherche.
https://www.cairn.info/revue-innovations-2006-2-page-199.htm
Jean Le Moigne, La théorie du système général, théorie de la modélisation
Pour architecturer la connaissance, nous ne serons plus exclusivement réduits aux recettes des méthodes hypothético-déductives : nous disposerons du champ ouvert des méthodes axiomatico-inductives. Dans ce champ, la famille des méthodes de représentation par correspondance homomorphique à un système pré-dessiné (les méthodes de modélisation systémiques) méritent d’être aujourd’hui soigneusement identifiées et agencées : ne se prêtent-elles pas particulièrement bien à l’expression intelligible des phénomènes que nous percevons et que nous concevons complexes en référence à nos projets d’intervention ? Telle est peut-être l’interprétation la plus tangible de l’étonnante émergence contemporaine de la systémique... dans le système des sciences.
https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=19&ved=0ahUKEwjJ4-GH15XXAhVDfRoKHfq8D8A4ChAWCFEwCA&url=http%3A%2F%2Fwww.mcxapc.org%2Finserts%2Fouvrages%2F0609tsgtm.pdf&usg=AOvVaw3u-fmzM2WYXKq_YG4Cwta3
Théorie des systèmes sociaux
La théorie des systèmes sociaux est une théorie sociologique développée par le sociologue et penseur allemand Niklas Luhmann à partir des bases de la théorie de Talcott Parsons dont il a suivi les cours à Harvard durant l'année 1961.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_syst%C3%A8mes_sociaux
Juignet Patrick, Structuralisme et sciences humaines
Les significations sont du domaine de la philosophie et la science ne peut vouloir jouer le rôle de la philosophie, elle doit construire des structures d’objet (autrement dit : des « modèles »). Les sciences de l'homme dégagent des structures, alors que la philosophie produit une herméneutique des significations. L'exemple d’une herméneutique de type  philosophique est donné par Paul Ricœur dans son ouvrage De  l'interprétation (Paris, Le Seuil, 1965) et celui d'une construction de modèles structuraux par Claude Lévi-Strauss dans ses travaux sur les mythes. C'est un point de vue discutable.
Pour Jean Piaget, dans Le Structuralisme (1968), « le danger permanent qui menace le structuralisme, est le réalisme de la structure », ce qui signifie que la formalisation exhumée soit donnée pour exister réellement. Ce réalisme de la structure risque d’être un nouvel idéalisme, car la structure n’est pas concrète, c'est une abstraction formelle.
[…]
Curieusement, le structuralisme a laissé de côté la pensée systémique (mise en avant par Ludvig Bertalanffy), alors que le principe méthodologique est identique. La différence entre structure et système est parfois nulle au point que les structuralistes parlent souvent de « système » en lieu et place de structure.  À titre d’exemple citons Ferdinand de Saussure utilise exclusivement le terme de système et nous avons cité précédemment Michel Foucault.
[…]
On peut aussi faire appel à Claude Lévi-Strauss qui a écrit en 1955 : « L’ensemble des coutumes d’un peuple est toujours marqué par un style ; elles forment des systèmes. Je suis persuadé que ces systèmes n’existent pas en nombre illimité, et que les sociétés humaines, comme les individus dans leurs jeux, leurs rêves ou leurs délires ne créent jamais de façon absolue, mais se bornent à choisir certaines combinaisons dans un répertoire idéal qu’il serait possible de reconstituer » (Tristes tropiques, p. 183). La méthode vise à reconstituer cette combinatoire, c’est-à-dire un système. La différence est faible, elle tient à ce que la pensée structuraliste est plutôt portée sur les rapports fixes, la reproduction, l’invariance, alors que la pensée systémique est plutôt dynamique
[…]
Pour l'avenir, le problème épistémologique de fond est de savoir si une approche globalisante est plus intéressante, dans les sciences humaines et sociales, qu'une approche analytique. Il semble bien qu'une vision d'ensemble permette de trouver des modèles explicatifs et prédictifs intéressants et ainsi d'obtenir une scientificité accrue, par comparaison avec une approche purement descriptive et compréhensive.
Reste le difficile problème ontologique. Du point de vue ontologique, l'approche structurale donne-t-elle une indication sur ce qui fonde l'humain et le social, à savoir son caractère organisé, ou doit-elle être considérée comme une théorisation commode et rien de plus ?
Ces aspects épistémologiques concernent aussi bien le structuralisme que la pensée systémique, qui sont des approches voisines. Après l'effacement transitoire du structuralisme, il n'est pas impossible qu'une synthèse entre ces approches concurrentes se produise.
https://philosciences.com/Pss/philosophie-et-humanite/methode-et-paradigme-des-sciences-humaines/6-le-structuralisme
Jean Zin, Les limites de l’auto-organisation
Le thème de l’auto-organisation vient du systémisme et de la cybernétique dite de second ordre car elle inclut l’observateur dans l’objet observé, introduisant ainsi l’étude des processus autoréférentiels.
http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/les-limites-de-l-auto-organisation-34489
http://jeanzin.fr/ecorevo/sciences/complexi.htm
Thomas Mc Carthy et al., Complexité et démocratie. Les séductions de la théorie des systèmes
On peut se demander si la démocratie devrait être remplacée par quelque forme non-régressive de dédifférenciation.
http://www.persee.fr/doc/reso_0751-7971_1989_num_7_34_1308

Démocratie

La démocratie dans son incarnation postérieure au XVIIIe siècle est devenue un critère essentiel d’appréciation  des régimes politiques plutôt qu’une forme de régime en tant que tel. Dans les régimes politiques contemporains dits démocratiques, les représentants sont élus. Dans un tel système, ce sont ces derniers, par l'intermédiaire du vote des électeurs, qui détiennent le pouvoir et représentent le peuple ou la nation dans son ensemble. En fait nos sociétés actuelles ne sont pas  démocratiques car ce ne sont ni des démocraties directes, comme la société athénienne, ni  des démocraties représentatives sensu stricto (qui défendent l’intérêt général) car la propension des représentants est de défendre les intérêts particuliers (intérêts sectoriels de leurs électeurs, héritage,  propriété privée). On peut citer deux articles de références au sujet de ces démocraties représentatives.
Francis Dupuis-Déri, L’esprit antidémocratique des fondateurs de la « démocratie » moderne
Nos régimes démocratiques ont été fondés par des individus profondément et ouvertement antidémocrates.
http://classiques.uqac.ca/contemporains/dupuis_deri_francis/esprit_anti_democratique/esprit_anti_democratique_texte.html

Jérôme Montès, Mouvements antimondialisation : la crise de la démocratie représentative
L'irruption des mouvements antimondialisation sur la scène internationale, au cours des dernières années, constitue un angle d'approche original pour analyser la crise de la démocratie représentative.
https://www.erudit.org/fr/revues/ei/2001-v32-n4-ei3087/704348ar/
baptiste a écrit:
Bergame a écrit:
En somme, la question est claire : Qu'est-ce qui caractérise fondamentalement la démocratie ? Je serais curieux de connaître vos réponses.
La démocratie ce n’est pas seulement la domination de la majorité c’est aussi la prise en compte des minorités, et cet intérêt pour les minorités va jusqu’à la plus petite des minorités : l’individu.  La démocratie ce n’est pas simplement une interactivité producteurs/consommateurs comme veulent bien le prétendre les économistes et que tu voudrais nous faire partager, même si cet aspect n’est pas négligeable. La démocratie c’est le lieu ou se règle une multitude de conflits entre le moi, le nous et les autres, c’est la disputation des derniers messages entre Cédric et Poussbois. C’est un lieu d’échange mais aussi d’expression de volonté diverses vivant à travers une multitude d’organisations officielles, mais aussi syndicales ou partisanes, de collectifs pour ou contre. Il y a ceux qui s’investissent et tout le monde est invité à le faire et ceux qui se contentent d’attendre qu’on les interroge et quand on le fait ne se déplacent même pas pour voter sous prétexte que « élection piège à con », mais en démocratie ceux là aussi ont le droit d’exister.

Libéralisme

La pensée libérale se construit sous l’impulsion des philosophes des Lumières, en opposition à l’absolutisme politique légitimé par des conceptions religieuses. Le libéralisme affirme les principes de liberté et de responsabilités individuelles. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits naturels sur lesquels aucun pouvoir ne peut empiéter. En conséquence, les libéraux veulent limiter, au profit du libre-arbitre de chaque individu, les choix imposés à la société par l'État ou par d'autres formes de pouvoir, quels qu'en soient la forme et le mode de désignation. Il apparaît alors que le terme libéralisme  recouvre aussi des réalités diverses selon les pays et leur histoire politique.
- Aux États-Unis, on appelle  liberals des progressistes, à peu près équivalents aux sociaux-démocrates européens mais en moins étatistes, ce qui les place à la gauche voire à l'extrême gauche : l'accent est mis sur la liberté de moeurs et l'égalité en droits (notamment sur le plan racial). Par contrecoup, les adversaires de l'État ont créé le terme  libertarian  (dont une des formes les plus radicales est l'anarcho-capitalisme).
- En Europe, au contraire, le qualificatif libéral sert la plupart du temps à désigner une personne favorable au libéralisme économique, sans nécessairement faire référence à la philosophie libérale. L'économie de marché peut exister même dans des sociétés collectivistes. Ce qui caractérise le libéralisme c'est la reconnaissance des droits de propriété et de la liberté contractuelle. Ce n'est en rien une doctrine consistant à rechercher le bien-être matériel aux dépens des valeurs humaines, ce n'est pas une apologie d'un monde sans foi ni loi où les riches écraseraient les pauvres. C'est tout le contraire. Le véritable libéralisme se refuse à distinguer dans l'activité humaine une partie économique  et une partie qui ne le serait pas. Il respecte la personnalité unique de chacun, sa dignité, sa liberté dans le choix de ses objectifs et il récuse par conséquent toute vision globale, mécaniciste, quantitativiste de la vie des hommes en société.
- A la fin du XIXe siècle, les excès du capitalisme sauvage ont remis en cause les idées économiques libérales. Certains penseurs ont alors voulu inventer un nouveau libéralisme, plus social, plus démocratique, moins confiant dans les vertus du marché. Keynes a été l'un de ceux-là, se revendiquant du " socialisme libéral ", mais il est loin d'avoir été le seul. D'autres n'ont eu de cesse de réinventer le vieux libéralisme inégalitaire et de mettre l'Etat au service des marchés. Friedman, Popper et Hayek ont été à la pointe de ce combat. Depuis la fin des années 1970 dans le monde anglo-saxon -et depuis les années 1990 en Europe-, le terme néolibéralisme (aussi dénommé ultralibéralisme  ou même hyperlibéralisme) fait référence à des politiques libérales sur le plan économique, en réaction. Elles visent au contraire à réduire l'emprise du secteur public sur l'économie, au profit du secteur privé, sous l'influence de l'idée qu'il en résulterait une administration plus efficace et une économie plus forte dans laquelle la concurrence est supposée être un puissant facteur d'innovation et de progrès économique.

Anarchie

A ce sujet on peut citer un article de George Orwell, où celui-ci commente l’œuvre de Swift :
De manière intermittente, au moins, Swift était une espèce d’anarchiste, et la quatrième partie des Voyages de Gulliver donne la description d’une société anarchique gouvernée non pas par la loi, au sens normal du mot, mais par les préceptes de la Raison, qui sont acceptés volontairement par tout le monde. L’assemblée générale des Houyhnhms exhorte le maître de Gulliver à se débarrasser de celui-ci, et ses voisins l’encouragent à se conformer à cet avis. On justifie cette décision par deux raisons. La première est que la présence de ce Yahoo peu ordinaire pourrait troubler l’ordre public, et la deuxième que les rapports amicaux entre un Houyhnhnm et un Yahoo sont peu conformes à la raison et chose inconnue dans leur pays. Le maître de Gulliver n’obéit qu’à contrecœur, mais ne peut pas résister à cette exhortation. (On nous dit qu’un Houyhnhnm n’est jamais obligé de faire quoi que ce soit, mais tout simplement encouragé ou conseillé). Cela implique très clairement la tendance totalitaire implicite dans la vision anarchiste ou pacifiste de la société. Dans une société où il n’y a pas de lois, et, en principe, pas de contrainte, le seul juge du comportement est l’opinion publique. Mais celle-ci, à cause de l’énorme instinct qui porte les animaux grégaires à se conformer à la norme sociale, est moins tolérante que n’importe quel code légal. Lorsque les hommes sont gouvernés par des défenses explicites, l’individu peut pratiquer une certaine excentricité : là où règnent, en principe, l’Amour ou la Raison, il est sans cesse obligé d’agir et de penser exactement de la même façon que les autres. Les Houyhnhms, nous dit Swift, étaient unanimes sur presque tous les sujets. La seule question qu’ils n’eussent jamais discutée était l’attitude à adopter envers les Yahoos. A part cela, il n’y avait rien à discuter, car ou bien la vérité se présentait comme une évidence, ou bien elle n’avait aucune importance et était impossible à découvrir. Le langage des Houyhnhms, paraît-il, n’avait aucun mot pour opinion, et, dans leur conversation, il n’y avait pas de différence de sentiments. En fait, ils avaient atteint ce niveau supérieur de l’organisation totalitaire où le conformisme est si général qu’il n’y a même pas besoin d’une police...  (cf. Collected Essays, IV).]
Dictature

A propos des dictateurs on peut citer Aldous Huxley et Étienne de La Boétie
Aldous Huxley, Meilleur des mondes
Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.
Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.
On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.
Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclu du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.
Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir.
[…]
La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où grâce à la consommation et au divertissement les esclaves auraient l'amour de leur servitude.
Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire
Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race.
Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire
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