Nietzsche et la volonté de ... résistance !

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Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par lautre le Lun 10 Sep 2012 - 20:55

Bonsoir à tous,
Je souhaiterais avoir vos avis le fait que N. aurait volontairement rendu certains de ses ouvrages résistants (à la compréhension). Si c'est le cas, pourrait-on supputer une stratégie de sa part visant à masquer une incapacité à finaliser son œuvre ; je pense notamment à sa notion de volonté de puissance qui m'apparait (après plusieurs lectures et commentaires) être un concept inachevé.
Qu'en pensez-vous ?

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par Chut le Mar 11 Sep 2012 - 21:35

Je trouve que tu pourrais développer un peu plus, as-tu une idée de derrière la tête ? ça fait un petit bail que je n'ai pas lu du Nietzsche mais la volonté de puissance ça m'évoque le principe de vie que l'on constate et que l'on éprouve, ce mystère qu'on interroge sans fin, mais également ce qui pousse à une réaction créative et raisonnante plus ou moins éclatante, extraordinaire, furieuse et déplacée, sublimée, en réaction à un sentiment d'impuissance plus ou moins profondément ressenti.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par Agénor le Mer 12 Sep 2012 - 0:25

Ménage un peu tes arguments, car la "volonté de puissance" est concept immensément vaste chez Nietzsche. On pourrait le réduire à une simple formule du type " élan puissant de l'homme et de la vie; la manifestation du vouloir et le dépassement de soi ", le surhomme représente le dépassement de l'homme et par ça, il est conduit par la volonté de puissance, volonté de contribuer à la puissance; mais elle serait partielle et incorrecte au sens philosophique.

Je pense que Nietzsche savait que son oeuvre était incomplète, il n'a pas achevé la transvaluation de toutes les valeurs et ne s'est pas remis de son époque. Il pensait qu'il n'était en concordance directe avec son temps; cette oxygène n'est pas la sienne et cette atmosphère et ces esprits... Lui-même était persuadé qu'il ne correspondait pas à ce moment, à ce point précis du temps et que par conséquent il ne serait compris qu'au siècle prochain. La grande déception de Nietzsche c'est de n'avoir pas était compris. Il reste plusieurs idées à interpréter, mais je pense que tu devrais rectifier ta question.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par lautre le Mer 19 Sep 2012 - 22:12

Merci à tous deux pour vos réponses.
Effectivement, Agénor, on lit souvent le fait que N. regrettait de ne pas avoir été compris. Certains d'entre vous auraient-ils des extraits de l'auteur justifiant ce fait ? On pourrait alors, à priori invalider l'hypothèse mettant en cause une intention délibérée de l'auteur de rendre ses textes "cognitivo-résistants".
Par ailleurs, concernant "la volonté de puissance", chacun crée sa propre interprétation, bien évidemment. Pour ma part, j'y vois surtout, dans une approche naturaliste et évolutionniste, cette pulsion d'instinct de reproduction manifestée chez l'homme par les désirs libérateurs de domination. Personnellement, j'ai du mal à voir, chez l'auteur, une réelle volonté de transcender la nature humaine ("la raison, une pulsion déguisée"dit-il ). Prendre conscience de ses affects, libérer ses émotions pour agir plus librement, telle est ma conception de cette "volonté de puissance".

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par poussbois le Jeu 20 Sep 2012 - 16:01

Derrida - dans la Pharmacie de Platon - a écrit:Un texte n'est un texte que s'il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la règle de son jeu. Un texte reste d'ailleurs toujours imperceptible. La loi et la règle ne s'abritent pas dans l'inaccessible d'un secret, simplement elles ne se livrent jamais, au présent, à rien qu'on puisse nommer rigoureusement une perception."

Peut-être que tu peux te considérer comme un premier venu qui n'a pas encore perçu le concept de volonté de puissance délivré par Nietzsche, avant de penser que la pensée de l'auteur n'est pas achevée. Ta dernière phrase m'y fait d'ailleurs penser : c'est plutôt un concept Freudien que tu développes. Pour ce que j'en ai compris, la volonté de puissance va bien au-delà du "connais-toi toi même" delphique, même associé à la conscientisation freudienne.


Dernière édition par poussbois le Jeu 20 Sep 2012 - 21:49, édité 1 fois

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par lautre le Jeu 20 Sep 2012 - 19:40

Dans mes propos, j'ai bien précisé : "...qui m'apparait...". Je n'avais nullement l'intention d'imposer une quelconque interprétation. Poussbois, tu peux m’affubler d'une étiquette de "premier venu", de néophyte ou de profane, si cela peut te rassurer ! Pas de problème, je soigne mon égotisme !
J'ai pour seule connaissance de l'auteur, la lecture de ses 4-5 oeuvres majeures ainsi que de celle de Wotling.
Mon approche relève plus de l'anthropologie évolutionniste que de celle de Freud dont je ne partage guère les concepts (enfin, de ceux que je connaisse !) .
Mon rationnalisme, issu d'un véçu scientifique tend à passer la métaphysique "à la moulinette" ! C'est vrai que mes lectures en philo. analytique n'arrangent rien ! Je ne vous explique pas comment j'ai synthétisé "Etre et Temps" d'Heideigger !
Cependant, pour en revenir au sujet, je suis bien d'accord avec toi, Poussbois, il faut aller au-délà du précepte socratique. C'est pour cela que j'ajoutais dans le message précédent le désir d'agir librement, en se soustrayant par exemple à toute forme de moralité.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par Chut le Jeu 20 Sep 2012 - 20:48

J'imagine que tu sais ce que signifie la résistance pour freud, cela n'a-t-il pas pesé dans la formulation de ton sujet ?

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par poussbois le Jeu 20 Sep 2012 - 22:29

Héhé plutôt bien vu.

Pas de chances Lautre, tu n'attires que les trublions.

Je ne comprends personnellement pas grand-chose à Nietzsche, mais ce que j’ai retenu de la volonté de puissance ne colle pas vraiment avec la notion de liberté. Cette volonté n’est pas un libre-choix, mais un état de fait auquel il faut souscrire (amor fati) pour tendre vers le surhumain.

Et ton texte m’a irrémédiablement fait penser à Derrida et à sa pharmacie. Bien entendu, tout ce que j’écris à ce sujet manque de chair, j’ai moi-même du mal à percevoir ce qui résiste dans ce texte. Je me mets ainsi parmi les premiers venus.

Derrida complète et relance une idée que j’avais également trouvée et à l'époque mal comprise chez Deleuze dans un de ses cours sur Spinoza :

G. Deleuze - 17 mars 1981 : "Vous vous rappelez les trois genres de connaissances, en effet ? Et vous allez voir le strict parallélisme entre les trois dimensions de l’individualité comme telle et les trois genres de connaissances. Mais qu’il y ait un tel parallélisme entre les deux doit déjà nous amener à certaines conclusions. Je veux dire, ce n’est pas une chose qu’il a besoin de dire - j’insiste parce que je voudrais aussi que vous en tiriez des règles pour la lecture de tout philosophe - il ne va pas dire "remarquez", ce n’est pas à lui d’expliquer. Encore une fois moi j’insiste beaucoup, on ne peut pas faire deux choses à la fois. On ne peut pas à la fois dire quelque chose et expliquer ce qu’on dit. C’est pour ça que les choses c’est très difficile. C’est pas Spinoza qui va expliquer ce que dit Spinoza, Spinoza il a à faire mieux, il a à dire quelque chose. Alors expliquer ce que dit Spinoza c'est pas mal, mais enfin ça va pas loin, ça ne peut pas aller très loin. C’est pour cela que l’histoire de la philosophie doit être extrêmement modeste, quoi. Alors, il ne va pas nous dire, remarquez hein, vous voyez bien que mes trois genres de connaissances et puis les trois dimensions de l’individu, ça se correspond, c’est pas à lui de le dire. Mais nous, dans notre tâche modeste, c’est bien à nous de le dire."

Deux façons différentes et complémentaires de proposer des modalités de découverte des auteurs philosophiques. Et notre tâche modeste n’est pas de trouver les démarches philosophiques inachevées, mais de lutter contre nos propres résistances afin d’en approfondir la perception.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par victor.digiorgi le Mar 23 Avr 2013 - 6:24

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La volonté de puissance nietzschéenne doit se considérer comme l'un des trois éléments d'une triade comprenant également l'éternel retour du même et le surhomme.

La volonté de puissance se veut elle-même et cherche à ce titre à se réitérer sans fin.

Elle est le moteur de l'éternel retour du même, qui se produit un nombre de fois infini.

Le surhomme, c'est celui qui adhère au fait de revivre sa vie telle quelle dans le retour éternel du moindre détail de son existence un nombre de fois infini.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par SocioConstructiviste le Ven 26 Avr 2013 - 2:39

lautre a écrit:Bonsoir à tous,
Je souhaiterais avoir vos avis le fait que N. aurait volontairement rendu certains de ses ouvrages résistants (à la compréhension). Si c'est le cas, pourrait-on supputer une stratégie de sa part visant à masquer une incapacité à finaliser son œuvre ; je pense notamment à sa notion de volonté de puissance qui m'apparait (après plusieurs lectures et commentaires) être un concept inachevé.
Qu'en pensez-vous ?


Bonsoir à tous,

Il est très intéressant que nous ayons pour la plupart tendance à chercher la vérité de la pensée de Nietzsche alors que ce dernier n’a cessé de s’interroger sur les affects et les instincts qui se cachent derrière le besoin de vérité.

Je crois personnellement que Nietzsche souhaitais ne pas être réellement compris. En effet, Nietzsche s’est toujours méfié du langage, et notamment de la capacité de celui-ci à rendre compte de la réalité : dans Rhétorique et langage, il dit qu’il ne peut y avoir de relation entre un mot et une chose qu’à travers l’interprétation d’un sujet, et que cette relation est généralement établie « par le goût de la majorité » ; dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, il reproche au langage de scléroser, de mutiler, de déprécier la réalité en substituant à cette dernière une réalité idéalisée par les concepts ; dans Par-delà bien et mal, il pense mettre à jour l’interprétation morale qu’exerce les langues indo-européennes sur la réalité, à travers le préjugé « fétichiste » contenu dans la grammaire (fiction de la causalité entre un déterminant et un déterminé, fiction de l’unité du sujet). Etc, etc.

Autrement dit, tenir un discours parfaitement compréhensible impliquerait pour Nietzsche de succomber au « goût de la majorité », à l’idéalisme des concepts et à l’interprétation morale de la réalité, autant de choses qui lui paraissent négatives et qu’il critique dans son œuvre... Il me semble donc que c’est l’unes des raisons qui poussa Nietzsche à adopter progressivement le style aphoristique, un style sujet à une infilité d’interprétations possibles et dont le sens ne pourrait être correctement appréhendé que par quelques rares lecteurs élus, capables de ruminer comme des bovins.

Il me semble que reprocher à Nietzsche de n’avoir pas achevé son « concept » de Volonté de puissance et de n’avoir pas finalisé son œuvre reviendrait, en suivant la logique interne du corpus nietzschéen telle que je l’ai comprise, à succomber au préjugé fétichiste qui nous incite à interpréter la pensée du disciple de Dionysos comme un système. Comme disait Nietzsche dans le Crépuscule, « la volonté de système est un manque de probité ». C’est par honnêteté intellectuelle qu’il choisit de ne pas donner à ses lecteurs l’illusion d’accéder à une quelconque vérité, contrairement aux philosophes qui l’ont précédé.

Toutefois, je trouve très intéressant ce que lautre dit concernant le fait qu’il y aurait une incapacité derrière l’inachèvement de l’œuvre. Je ne sais pas si le soupçon pointé est le plus pertinent, mais il a selon moi le mérite d’appliquer Nietzsche à Nietzsche. Nietzsche nous dit qu’il n’existe que des interprétations, et que ces interprétations dépendent de la manière dont les instincts, les affects, sont hiérarchisées. Faire la génalogie de l’interprétation chrétienne du monde, par exemple, revient à voir quels sont les affects qui dominent dans un corps chrétien. Or, Nietzsche tenant ses propos comme une interprétation, ce dernier nous invite également à faire une généalogie pour connaître les affects qui dominent chez lui. Je crois qu’il le dit dans Ecce Homo, mais je ne peux pas le vérifier car je ne dispose pas de ma bibliothèque en ce moment.

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Re: Nietzsche et la volonté de ... résistance !

Message par victor.digiorgi le Ven 26 Avr 2013 - 20:23

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Nietzsche dit quelque part que la pensée de tout philosophe est en réalité sa confession, car tout philosophe ne parle en réalité que de lui en parlant de son système.

Par ailleurs, on sent bien dans son Dionysos qu'il s'est cassé les dents sur le mur de la vérité (il ne veut plus en entendre parler, dit-il).

Par ailleurs encore, je sens que Nietzsche ne cherche pas à ce qu'on voit en lui une vérité, mais une affirmation de sa part.


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