Le retour de la spéculation sur la dette française mise en place... par la France

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Le retour de la spéculation sur la dette française mise en place... par la France

Message par Vargas le Mar 10 Avr 2012 - 22:08


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L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

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Re: Le retour de la spéculation sur la dette française mise en place... par la France

Message par Bergame le Mer 11 Avr 2012 - 21:03

Ca, c'est un sacré truc.
Disons que le premier effet, c'est de rendre la dette publique plus dépendante encore des marchés. En fait, autant que je comprenne les choses, il existe déjà un "marché de la dette", mais les effets de levier et l'accessibilité rendue plus aisée auraient un effet boule-de-neige : Lorsque ça monte, ça monte plus vite, et inversement lorsque ça descend. On peut imaginer qu'à un moment où les Etats occidentaux ont perdu de la relative immunité dont ils disposaient sur les marchés, c'est un moyen d'essayer de trouver des financements à meilleur coût. A condition, bien entendu, que le cours reste élevé. Là sera le noeud.
Au final, l'effet devrait surtout être de rendre le mouvement de réduction des dépenses publiques irréversible, quelque soit le gouvernement en place. L'Etat sera en effet incité à donner perpétuellement des "signaux positifs" au marché afin de maintenir le cours à un niveau suffisamment élevé pour emprunter au taux le plus bas possible. C'est-à-dire soit réduire les dépenses publiques, soit augmenter les impôts -avec une préférence pour le premier levier, bien entendu. A tous les coups, ça rentre dans le programme d'harmonisation avec Berlin. D'ailleurs, pas de coïncidence : Ca se fera sur le marché Eurex, dont le produit-phare est la dette allemande.
A moins qu'ils ne songent à réaliser des "bundles" -et je ne sais même pas si c'est possible-, je ne vois quand même pas bien comment ça pourrait être à l'avantage de la France.
Ce qui est sûr, c'est que c'est une étape supplémentaire dans le mouvement de transfert de compétences du public au privé. Mais puisque l'Entreprise, c'est la société civile et la liberté tandis que l'Etat, c'est le totalitarisme et la contrainte, où est le problème ?

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Re: Le retour de la spéculation sur la dette française mise en place... par la France

Message par Courtial le Mer 25 Avr 2012 - 18:45

Nul en économie, je vais m'abstenir de discuter le détail de ton analyse, mais juste te demander si j'ai complètement (ou seulement un peu) mal compris en disant que cet instrument donne aux spéculateurs une manette de plus pour concrétiser leurs rêves ? A vrai dire, la seule difficulté de leurs entreprises, c'était l'incertitude du lendemain, l'incapacité de prévoir sûrement, bref je ne vais pas en rajouter sur l'humaine condition, on me saisit j'imagine. Le problème du doigt mouillé, c'est qu'il n'a aucune influence sur le vent.
Ici, la merveille, c'est qu'on a un doigt mouillé (ou une girouette, etc.) qui détermine le vent, dis-donc ? On renforce encore par de nouveaux moyens le caractère autoréalisateur des fantasmes des faiseurs de fric. Un peu comme, au Moyen Age, tout était en place pour qu'on voie régulièrement apparaître la Sainte Vierge

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Re: Le retour de la spéculation sur la dette française mise en place... par la France

Message par Bergame le Jeu 26 Avr 2012 - 22:37

cet instrument donne aux spéculateurs une manette de plus pour concrétiser leurs rêves ?
C'est une interprétation possible. Mais je suppose qu'un promoteur de cette mesure te répondrait : "Tu es un altercomprenant, qui refuse le monde dans lequel nous vivons, et pour qui, le marché, c'est le Mal. Mais le marché n'est ni bon ni mauvais en soi, il est le lieu des risques et des opportunités tout à la fois. En l'occurence, avec ce système, les bons du trésor se comporteront à peu près comme des actions.
Pourquoi on achète une action, à la base ? Pour toucher un dividence en cas de bons résultats de l'entreprise. Donc plus une entreprise a de bons résultats, plus il y a d'investisseurs qui veulent acheter de ses actions, et donc plus le cours de son action monte. Hé bien, là, ce sera pareil : Si l'Etat français a de bons résultats, on voudra acheter ses bons du Trésor. Donc l'Etat pourra vendre facilement ses bons, au meilleur prix. Autre manière de dire qu'il pourra emprunter de l'argent au meilleur taux : Les investisseurs se rueront pour lui prêter de l'argent (en effet, pour faire simple, c'est comme ça que les Etats se financent sur les marchés : Ils vendent des bons et des obligations remboursables). Donc il ne faut pas voir tout en noir : Ca peut être un bon moyen pour l'Etat d'emprunter à un taux intéressant. Tout dépendra de sa capacité à maintenir son cours à un niveau suffisamment élevé."

Ce que j'ajouterais, moi, c'est que, précisément, tout dépendra du cours. En conséquence, de même que les entreprises, aujourd'hui, sont fortement incitées à donner des "signaux positifs" au marché pour maintenir leur cours à un niveau suffisamment élevé, l'Etat rentrera dans la même logique. Et là, c'est pas compliqué : Les signaux que les marchés aiment tout particulièrement, c'est les annonces de réduction des coûts. Comme la délocalisation, a priori, ne sera pas à la porté de l'Etat :) , il lui restera toutes les annonces de réduction des dépenses publiques (ce sera ça, ses "bons résultats").

Donc, l'effet final devrait être de rendre les programmes de réduction des dépenses publiques irrémédiables et perpétuels, quelque soit la couleur du gouvernement en place. Bien plus efficace que d'inscrire une soi-disant "règle d'or" dans la constitution...
A mon avis, c'est plutôt ça, le principe. Mais le marché est fondé sur la notion de risque : Si les investisseurs jugent qu'un cours est surévalué par rapport aux résultats annoncés, le cours peut s'effondrer. Et s'il s'agit d'un marché à terme, il peut s'effondrer très vite. A ce moment-là, nos politiciens "réformateurs" auront toutes les raisons d'annoncer en urgence des programmes drastiques de réduction de dépenses publiques -mesures "responsables" qui rassureront les marchés, et le cours, miracle, remontera.

Maintenant, l'autre versant de la chose, c'est que les réductions de dépenses publiques, en pratique, ça signifie des transferts de compétence du public au privé. Parce qu'on n'abandonne pas purement et simplement les services publics : On les délègue à des entreprises -privatisations et, surtout, Partenariats Public-Privé. Donc, il y a un jeu, bien entendu, qui dure depuis 30 ans, et qui consiste à asphyxier financièrement les Etats petit à petit, les pousser à se désengager des secteurs "publics", ce qui engendre autant d'opportunités pour les investisseurs de tous horizons. En ce sens, si tu veux, cette mesure est un nouveau levier dans leurs mains, en effet. Mais franchement, le mouvement est déjà bien bien enclenché, et depuis un bon bout de temps.

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