La Vierge épluchée

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La Vierge épluchée

Message par Tenzin Dorje le Sam 5 Sep 2009 - 11:07

Quelques mini-extrait du livre que je suis en train de rédiger.



Jésus nu, le bourgeoin à l'air, rouge, mangeant le cœur de sa mère et s'habillant de la peau de celle-ci. Elle, épluchée au sol. Une reprise de la Cène ou le tableau de la Révélation : le phallus de l'Éternel fait son entrée dans l'opacité d'un moment historique. Il s'agit là de l'objet de ce livre.

Le Scandale et la provocation ne sont pas des moyens, des dispositifs, des mises en scène, des approches ou des méthodes, non ! Le Scandale est la scène elle-même, il est une fin en soi et il est la vie.

On a rêvé, avec Artaud et Foucault, Eustache et Certeau, que la sexualité ne soit plus domestiquée, que certaines postures sexuelles ne soient plus illegitimées, que d'autres soient élevées au rang d'éthique. Quelle absurdité ! Si les postures sexuelles n'étaient pas prise dans leurs effroyable relation à l'éthique, leur adoption et leur viol n'auraient aucun relief. Le désarroi du porno, au contraire de l'érotisme, c'est qu'il est en relation transparente avec les Lois de Dieu et qu'il ne transige pourtant pas avec. Mais l'érotisme, mes frères, si ce n'est dégoûtant, est la seule chose excitante et la seule chose dont nous sommes capables. L'Église, en punissant le porno et en légitimant l'érotisme et les relations « platoniques », a privilégié le péché délicieux au Divin-fade.


Certains passages relèvent de l'écriture précoce, d'autres de l'écriture masturbatoire.

Les juifs avaient vu juste : tout n'est qu'érotisme. C'est-à-dire que nous sommes condamnés à tourner autour de l'autre comme on tourne autour d'une jeune fille. Et on s'introduit dans l'écart qui réside entre l'autre et soi plutôt que dans le con de l'autre. Chacun jouit ensuite en solitaire et dans un semblant de concert dissonant. On aime l'autre en souvenirs et en désirs, on aime ses qualités – c'est que tout amour sélectif est nécessairement érotique ! Ils avaient encore vu juste en ne reconnaissant pas Jésus comme le Messie, lui qui devait tomber sur la Terre – si bas – pour s'y introduire pleinement. Oui, celui qui aurait dû incarner le gravité, le tactile et la pornographie.

Condamnés à "tourner autour" comme on danse d'une jeune fille.


Ma vie, mon scandale, mon désarroi de l'esthétique, ma torture, mon appétence infinie.


Le christianisme a mystifié l'érotisme qui était péché, et a relégué le porno dans l'ombre alors qu'il s'agissait de Jésus. La vie est un Scandale.

« D'un franc de plume, je déchirerai le vagin de Marie. Je me baignerai dans son sang, et en boirai. Je laisserai son cadavre mutilé, il jouira de la petite comme de la grande mort – mon pénis gonflé en-dedans d'elle, je laisserai sur ses lèvres la marque érotique et pathétique des Juifs car ils avaient raison : le Messie dû être la queue incarnée. Non ! Il ne faut pas que je me contente de mutiler la Vierge. Je suis appelé à m'habiller de sa peau. C'est là ma vocation – comme Dieu le veut. »

La provocation n'est pas un acte qu'on pose, c'est un acte qui se pose.

L'érotisme est seulement dans l'écart, la distance, à la croisée de deux chemins irréductibles.

« J'aurais souhaité l'écrire enthousiaste du début à la fin, d'autant que « enthousiasme » comprend « Théo », mais j'en ai été incapable. Il m'a fallut parfois suivre les traces de l'enthousiasme selon les lettres-reliques que j'avais écrites la veille. Peut-être regardais-je bien la vie dans les yeux, peut-être était-elle naïvement déjà morte. Il semblerait qu'elle se dérobe à elle-même, ek-statique, arrachée à elle-même, jetée dans un monde ... qui n'est pas fait pour elle. »

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Re: La Vierge épluchée

Message par Tenzin Dorje le Jeu 10 Sep 2009 - 19:28

C'est tellement merdique qu'il n'y a pas de commentaires.

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Re: La Vierge épluchée

Message par Bergame le Jeu 10 Sep 2009 - 20:26

Ben, en ce qui me concerne, je trouve ça un peu surprenant. Je crois y voir une sorte de pamphlet luthérien, anti-marianiste, à la sauce scato-porno du XXIe s. Si c'est ça, c'est intéressant, en effet.
Mais la littérature qui se dégueule, je trouve qu'on ne voit plus que cela, désormais. Je préfère ce qui tient au corps, ce qui a de la substance, et qui donne envie d'en reprendre.
Mais je te prie de m'excuser, je suis dans doute réducteur, et ce n'est simplement pas "mon truc", quoi.

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Re: La Vierge épluchée

Message par Tenzin Dorje le Jeu 10 Sep 2009 - 21:06

Il faut savoir, d'abord, que je ne l'écris que durant des phases "maladives" particulières que je ne saurais assimiler à rien de ce que nos tableaux cliniques dépeignent à l'heure actuelle. (j'aimais bien cette interview de Derrida qui décrivait certains aspects "terribles" de son travail)

Je ne rapproche cependant pas ça d'une "littérature qui se dégueule". A vrai dire, chacun de mes textes est écrit sous une impulsion sur-inspirée par un je ne sais quoi (ce qui ne m'a jamais permis d'en achever un seul - malheureusement).

C'est une sorte de pamphlet, si on veut. La thèse principale, c'est que le prophétisme judaïque est fondamentalement érotique (le Dieu-absent aussi). J'entends par érotique cette attitude "excitée" qui fait son lit dans l'écart entre soi et l'autre, entre le langage et la pensée, qui nous condamne à tourner autour, aimer l'autre en souvenirs et en désirs, du "désespoir de la monade sans porte ni fenêtre, ni tableau d'affichage" (comprenne qui pourra). Il est question d'écart, de secret, d'incompétence comique du langage. En revanche, le christianisme serait pornologique dans la mesure ou il évoque une forme d'unité (c'est le Paradis perdu, "tu ne fais qu'un avec Eve"), un sens du tactile qu'on a perdu avec la tradition héllénique, une relation pratiquement fusionnelle (dont le cannibalisme est la plus fidèle des figures). Jésus touche Dieu, il pénètre aussi dans l'Histoire. Ne dit-on pas "vivre en Christ ?", etc. (relire ma toute première phrase). - Jésus parle, et Sa Parole, tu la manges. (en épistémo, on pourrait
rapprocher une telle répartition en formaliste / intuitionisme).

Ce serait réducteur mais on pourrait le voir comme un pamphlet luthérien à la sauce scato-porno motivée par Sade-Artaud. L'un des points les plus importants, c'est que je n'interpelle pas l'angoisse du néant et du non-sens, pas l'angoisse de la culpabilité et de la damnation, mais celle, toute actuelle et éternelle, du Scandale. La vie non-sens ? Non non non : la vie Scandale. Ceci pose le "problème" de l'éthique tout autrement, vraiment existentiellement, pas du tout "épistémologiquement". Il y aurait un "ordre" à l'existence forcément violée par elle-même. Ce n'est pas l'auto-réflexivité qui est à la page de ce "pamphlet" mais l'auto-viol (une image de la masturbation).

Il faut comprendre que Luther, ce n'est pas l'a-moralisme finalement, mais c'est l'immoralisme dans le sens ou il y a Bien et Mal mais "quoi que je fasse, je le fais mal - ou je fais le mal". Comme disait Wilmot, "It's not matter a shot if I do something or if I do the opposite".

(je crois que j'ai consommé trop de drogues)

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Re: La Vierge épluchée

Message par Bergame le Jeu 10 Sep 2009 - 21:51

Oui oui, ce passage où Derrida dit qu'il se sent parfois oppressé juste avant de s'endormir, par une voix qui lui dit "mais qu'as-tu fait ? mais qu'as-tu écrit ?" Oui, bien sûr, moi aussi ce passage m'a interpellé.

Pourquoi le langage serait-il autre part que dans l'écart entre soi et l'autre ? Pourquoi et comment le langage pourrait-il être autre chose qu'Eros ? Ce qui est masturbatoire, ce qui est pornographique, c'est le Verbe solitaire. Ca, c'est un scandale, oui ! Ca, c'est transgressif, éminemment transgressif, je pense d'ailleurs que c'est cela que Derrida voit bien, l'écriture est une violence. Pas le Logos : le discours monadologique, l'écriture. Simplement, lui, il dit : "Et pourquoi pas ?" Complexe d'Oedipe mal résolu, voila tout ! :gsdgr: -je parle bien de Derrida, hein.

Plus sérieusement, bien sûr, le langage est insuffisant. Mais... peut-être avons-nous perdu quelque chose, là. Peut-être ce que nous appelons le langage est-il loin de du Logos. Alors peut-être ne reste-t-il que le toucher, que le tactile, ce qui est là sous les doigts, je ressens une telle rage de rester sur terre, une telle angoisse aussi. Tout est faux. Tout ment. Tout n'est qu'illusion. Tout n'est que des mots vides de sens. Nous vivons une sorte d'arrachement à la terre, un arrachement au monde, une abstraction sans terme ni délivrance ; alors le sang, la vie, le sperme.
Mais qu'est-ce que c'est que la vie, par exemple ? Moi, je ne sais toujours pas, c'est terrible. Ce que j'espère, c'est qu'elle, au moins, elle sache où elle va, parce que nous, on est bien paumés. Si ça se trouve, notre vérité, ce qui se révèle à nous, petit à petit, notre Apocalypse, c'est que ce n'est pas du tout sur l'homme que la vie mise.
Bon enfin, voila, c'est un essai de commentaire.

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