Image & Présent

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Image & Présent

Message par Vargas le Sam 8 Sep 2007 - 13:29

Image & Présent



NB : Ce sujet avait été composé par notre ami Olaf Oesuden, aujourd'hui définitivement déterritorialisé pour entrer dans le désert.


Ici, nous allons aborder la manière dont Bergson souhaite dépolariser, décliver, la matérialisme et l'idéalisme, par son concept d'image. Il va alors aborder le mode de rapport au monde, mode de rapport au présent.

*** *** ***


A - Matérialisme / Idéalisme« Tout déterminisme sera réfuté par l'expérience mais tout définition de la liberté donne raison au déterminisme. »
Pour relier Idéalisme et matérialisme, Bergson pose le concept d"Image". L'image est pour moi et est en soi, c'est plus qu'une représentation, moins qu'une chose. Bergson considère qu'il faut casser le concept de représentation, car on aboutit à deux extrêmes à cause de lui. D'un côté le monde est représentation, de l'autre, la conscience est un épiphénomène. Pour Bergson, la représentation est un mixte entre la matière et la mémoire. L'image est une interface entre réel et idée.

Ce qu'on voit est la réalité soumise aux lois, mais ma conscience pure est autre. La matière est pour moi un monde d'images en mouvement soumis à des lois entre elles (vision déterministe), mais mon cerveau est une image comme une autre, et toutes les images que je perçoit, je peux les percevoir selon ma capacité d'action, ma conscience, toute chose se rapportant à moi (vision idéaliste).

Bergson souhaite relier ces deux théories, et ce par la pensée de la durée. Si l'esprit est une ligne souple, une ligne pure, intense et libre, le plan de l'espace, la matière, elle, est soumise au loi. Mais pour se saisir, l'esprit doit se spatialiser. Comment se joint le corps et l'esprit? c'est que le corps est l'éclosion spatiale de l'esprit. La durée pure éclôt sur une surface spatiale qui permet de la mesurer. Ainsi au plan de la matière rigide correspond en parallèle ma conscience hors de la matière.

Ainsi, la mesure n'est pas seulement une nécessité collective, le moteur est surtout individuel, car pour me saisir, je dois m'éloigner à moi-même, je dois me poser comme un étant, me découper. C'est le principe de Kant, selon lequel, pour me saisir je dois me poser par le temps et l'espace. Je suis une ligne pure qui ne se comprend que par la matière rigide.

Bergson dira très joliment que l'espace c'est une théâtralisation du vécu qui m'échappe.
Ainsi, je ne peux ressentir la durée que si je possède un temps découpé. La durée est ainsi une nostalgie, un témoin, de la continuité du vécu intensif.


B - La Perception
Comment se déroule la perception? Le monde s'offre, de manière pure, totale, comme un gigantesque champ de lumière, et moi, je vais l'assombrir. Je vais poser les éléments de mon passé sur l'action présente.
Par exemple, quand je marche, je ne marche pas consciemment, je ne réfléchis pas sur chacun de mes mouvements, de mes gestes (ou alors en général je me casse la gueule, comme Portos dans Dumas). Je pose l'ensemble des schèmes de mes marches, pour marcher sans m'en rendre compte. Je contracte ma mémoire de pour réaliser l'action présente. Notre perception immédiate est ainsi pénétrée de souvenir.
Prenons la perception neurologique de la couleur: La couleur dans le réel n'existe pas, il n'y a que lumières, intensités, et le cerveau vient poser des schèmes pour "assombrir", vient assombrir par la couleur.

Bergson fait la métaphore suivante: la synthèse de la perception pure et du souvenir pur, c'est comme pour une photo, où l'on pose de la lumière vers une surface sombre, l'image apparaît. Deleuze dit aussi que c'est comme la surface de l'écran sur laquelle on projette de la lumière, pour faire naître le film. C'est parce que j'obscurcis que je fait une image. Je dois faire écran pour découper la multiplicité qui me saute aux yeux, pour la filtrer. Bref, dans mon rapport au monde, je suis avant tout un écran. Pour voir le plan de la matière, même voir cette image qu'est le cerveau, je dois faire écran, et l'investir de moi-même. C'est une autre façon de voir la synthèse de Kant en somme, pour la relier à la théorie de l'image. L'image est, ce n'est pas qu'une représentation.


C - Le présent
Le cône de Bergson est très connu. Mais il convient de bien le comprendre dans son rapport à la compression de la mémoire. On vient de voir que la mémoire, le souvenir, s'investit tout entier, se mélange, à la perception, qui se veut au début pure. Mais nous n'avons que des perceptions mélangées, des perceptions imprégnées de souvenirs.

plume
    Mon présent est mon action sensori-motrice, contractant ma mémoire, mes souvenirs, pour appréhender le plan de la matière. Et cette action se veut être un devenir, en vue d'une action future immédiate. Dans mon devenir, je contracte mon passé dans l'action présente.

    Ainsi, l'espace de mon devenir est un espace ouvert tandis que je ferme le temps. Mon passé s'actualise dans mon présent. Mon passé constitue mon présent, il y a une existence ontologique du passé, un existence en soi dans l'être, quelque part.
    Ainsi, ma perception est d'abord pure, multiple, puis je l'assombris. Je décompose le vécu et je recompose. Quand j'entends une musique, j'entends d'abord une nappe sonore, que je découpe en instrument (grâce à ma mémoire), et je recompose pour embrasser cette musique comme totalité découpée. Ainsi, la jonction entre l'esprit et la matière se fait par la mémoire. Je contracte mon passé pour réaliser mon présent dans mon devenir.

    Ainsi, la plan de la mémoire AB, existant en soi, va se contracter pour élaborer S, le point d'action, sur le plan de matière, le point sensori-moteur d'approche sur le monde. Tout mon passé se retrouve en un instant, se contracte, dans ce S, qui porte mon devenir. Le devenir chez Bergson est le moteur de mon mouvement.

*** *** ***

Ainsi, l'image est une interface entre moi et le monde, entre moi et moi-même. L'image est déterminée de manière temporo-spatiale, me permettant de saisir le monde. Le monde est fait de lois, les images étant en mouvement, et mon rapport au monde va déterminer ce rapport aux images vis à vis de mon action. Mon action sensori-motrice va m'actualiser, va me contracter. La matière est ainsi appréhendée par ma conscience par ma mémoire. L'image est matière et mémoire.

Vargas
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 750
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum