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Message par Bergame le Mar 31 Mar 2009 - 11:21

Ce matin au réveil, une idée vint à ma rencontre, une idée simple et claire, comme les premiers rayons d’un soleil printanier.
- Et si tu te trompais, me dit-elle. Regarde mieux le geste de Pythagore : Il se détourne de son maître. Tu le vois ? Il tourne le dos à ce culte d’un autre âge, et marche vers la grande lumière.
Je fus comme stupéfait de cette évidence.
- Oui, oui, je le vois, répondis-je, oui, cela est vrai. Il tourne le dos, et sort de la Caverne. Son regard, alors, se porte sur le monde, n’est-ce pas ?
- Exactement. Souviens-toi les mots de Socrate : « La poésie est la principale concurrente de la philosophie. »
- Mais oui, je le vois, je le vois maintenant. Mais alors, la philosophie, c’est… la science ?
Elle eut la voix tendre et généreuse d’une mère devant l’accomplissement des premiers pas.
- C’est bien cela. Tu le savais, n’est-ce pas ? La philosophie, ça n’a jamais été que le premier nom de la science.
Bien sûr que je le savais ! Maintenant, tout me revenait à la mémoire. Le voile se déchirait enfin, et je fus étonné de respirer plus librement. Comme je m’étais fourvoyé !
- Alors… Le gouffre ? L’abîme ?
- Jolis mots de poète.
Voici donc les paroles qui sauvent ! Voici la magie qui commande l’univers ! Voici les deux moitiés réunies et la confiance retrouvée ! J’accueillais en moi le Verbe qui s’engouffrait comme un vent puissant, se répandait en brises nouvelles, et faisait résonner doucement, une à une, les cordes de mon âme prodigue. La dernière, pourtant, la plus petite, la plus aiguë, rendit un son circonspect.
« Hé ! un instant ! Dis-moi encore une chose : Lorsque le poète écrit « je n’aurais qu’à souffler, et tout serait de l’ombre », qui parle ?
- Petit futé ! » sourit la bouche sombre.

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Message par Vargas le Mar 31 Mar 2009 - 12:50

:)

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L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

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(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

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Message par Bergame le Mar 6 Oct 2009 - 13:14

Puisque je suis une chose pensante, l’esprit est ce qui m’est le plus aisé à connaître. Voici le procès-verbal, suit l’acte d’accusation. On n’a pas le droit d’être aussi naïf. Ah oui, ah ça il est couillu, le René, il est couillu comme les diptères qui viennent se jeter sur la vitre de mes porte-fenêtres. Objection, votre Honneur, il ne pouvait pas savoir. Messieurs les jurés, mon client est un homme bon, un homme simple, qui toute sa vie s’est mis honnêtement et pleinement au service du progrès de l’humanité. Mon client fut d’abord un élève studieux, apprenant bien, faisant la joie de professeurs exigeants. Il a grandi, voyez-vous, dans ces lieux voués à la connaissance et au progrès de la science, ces scholae comme on n'en fait plus, honneurs de l'esprit et de l'humanisme. Il est vrai, il est vrai qu’il existait alors une confiance absolue envers la pensée car c'était là un don des dieux. Ou plutôt, et là sans doute était l’erreur, la pensée était un don de Dieu, et Dieu était Amour. Mais cette erreur, messieurs les jurés, mon client en est la victime ! Elle appartient à l’histoire. Et comment aurait-il pu douter ? Pourquoi aurait-il du douter ? N’a-t-il pas fallu attendre Martin pour comprendre la signification de cette erreur ? Et j’irai même plus loin, Messieurs les jurés, n’est-ce pas depuis très peu de temps, n’est pas aujourd’hui seulement que nous commençons de réaliser ce que la production de la pensée signifie pour le monde ? J'annonce d'ailleurs à la Cour que la défense fera comparaitre Michel à la barre, qui témoignera de ce que mon client envisageait les choses dans les termes de son épistémè, et qu’il ne pouvait certes pas, à son époque, prendre conscience de ce que nous savons aujourd’hui. Comment dès lors, Messieurs les jurés, lui reprocher sa confiance dans la pensée ?
Mais la pensée n’est pas ici seule en cause. Ce qui est en cause, c’est l’écriture. Ce qui est en cause, c’est cette bétise des intellectuels qui, non content de faire confiance à l’esprit dont ils ne savent rien, ne trouvent rien de plus urgent que de s’en faire les portes-paroles, et de le diffuser au plus large ! Quel est ce besoin irrépressible qui pousse le premier péquin venu touché par la grâce de l’Idée à se ruer sur le papier ? Publier, publier, disséminer sur la page blanche ses petites semences cervicales et faire lever son nom là-haut, tout là-haut, au firmament des immortels ! Morts ! Morts les immortels ! Morts les branleurs ! Qui ne voit pas que l’écriture est une violence ? Qui ne voit pas qu’elle est un attentat à la vie ? Messieurs les jurés, pas un de ces sourds-dingues pour se questionner sur l’origine de ce besoin ! Oh vous les avez entendus, tout comme moi, depuis si longtemps : Le progrès, la culture, la civilisation, la connaissance, le confort, le bonheur, le telos. Ah il est beau le monde que cette Intelligence a produit. Et pas un pour questionner qui elle est ! Pas un pour se demander qui parle !
Messieurs les jurés, mon distingué confrère, par cette dernière intervention, porte la lumière sur la question centrale de ce procès : Quelle est la responsabilité personnelle de mon client ? Car si l’on admet que mon client était d’abord ignorant des conséquences futures de ses réflexions, qu’il fut de plus, bien loin d’être le seul à s’être rendu coupable du crime qui lui vaut cette procédure, mais que, surtout, il n’était pas même responsable de ses actes au moment des évènements, alors comment lui imputer une quelconque part dans cette affaire ? Mon distingué confrère doit éclaircir ce point : Si ce procès est le procès de la pensée, alors qu’on fasse venir la pensée à la barre et qu’on relâche mon client.
Messieurs les jurés, comme un grand nombre d’entre nous, sans doute, j’ai abandonné l’espoir de faire comparaître un jour la pensée au Tribunal et lui demander de rendre des comptes sur son activité. La pensée se joue de moi, de nous, elle nous échappe en permanence, et nous ne sommes pas même capables de lui mettre le grapin dessus. Pourtant, c’est aux fruits qu’on juge l’arbre, et la pensée se manifeste suffisamment à nous pour que nous sachions de quoi il retourne.
Aussi ce procès n’est-il pas le procès de la pensée. Il est le procès d’un homme, René, accusé de complicité dans l'empoisonnement du monde. J’entends bien le discours de la défense. C’est une argumentation subtile et il n’est pas difficile de voir qui l’inspire. Oh ! ce n’est pas la peine de prendre cet air ! Je sais ce que je dis et je pèse mes mots (« menteur ! ») Comment ? Qui a dit cela ? Votre Honneur, je demande à ce qu’on fasse sortir les perturbateurs ! Je disais donc que j’entends bien le discours de la défense. Mais je compte apporter la preuve, Messieurs les jurés, que tout le monde n’a pas succombé à l’emprise détestable de cette hydre fantômatesque. Il fut au moins un homme qui comprit la puissance destructrice de la succube, et elle dut bien reconnaître qu’il était le plus sage de Grèce. Il fut le seul, Messieurs les jurés, à comprendre que l’Amour est l’unique remède contre la Mort. Il fut surtout le seul à comprendre que l’Amour est un lien entre les hommes, un échange, un entre-deux. Et que le Logos, s’il n’est pas Eros, est Thanatos.
Messieurs les jurés, nous sommes des marionnettes aux mains des dieux, voila ce que les Grecs savaient, comme tous les peuples avant eux, et comme les romains après eux. De ce savoir, les chrétiens ont hérité, mais ils ont appelé Dieu du nom d’Amour. Quelle confiance ! Quelle naïveté ! « Connais-toi toi-même », qu’est-ce que cela pouvait donc bien vouloir dire ? Pas un pour se le demander ! Mais l’univers, la matière, le corps, la politique, la société, l’art, l’argent, les machines, ah oui, ah là, ça y a été, ça a cogité, ça a gigoté, et que je t’en fous des idées claires et distinctes, et que je t’en barbouille le monde, que je t’en mets partout et que ça pousse comme des champignons buboniques que c’en est magnifique, magique, que ça se dresse, que ça s'anime, que ça s'enflamme, que ça enfle, que ça jaillit, que ça expulse, que ça explose en milles gerbes sporadiques qui pleuvent sur le monde leur substance visqueuse et disponible aaaah oui c’est bon mon Dieu, c’est beau la vie, et quoi les apories ? si c’est des apories, c’est qu’y a rien à penser.
Mais rien, qu’est-ce que c’est ? C’est déjà quelque chose, Votre Honneur. C'est toujours ça. C'est l'origine. Qu’on songe à Friedrich, qui voyait dans le démon de Socrate l’expression du nihilisme. Quelle naïveté ! Et quelle surdité ! Pour tous ces crimes de la pensée, Messieurs les jurés, et pour leurs complicités humaines, je requiers une peine exemplaire : La Mort.

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Message par Came le Mer 7 Oct 2009 - 1:43

Condamnation sommaire, dis-je. Et je me mis le dos droit épousant le mur des Lamentations et j’attendis mon exécution. Rien ne se produisit. Ils étaient lamentables de faire attendre la mort à quelqu’un qui sans broncher acquiesça à leur requête. Que croyaient-ils m’enlever? Que me restait-il à perdre après la vie? J’étais abasourdi de me voir si patient. Et tout en attente, je ne leur donnerais jamais la satisfaction de m’écrouler devant leurs yeux si perfides. Les miens étaient restés fermés et portaient l’éternité en otage. J’étais le naufragé de mes souvenirs, j’étais devenu ce que je ne suis plus : un creuset pour la postérité. Les flammes envahirent mon intériorité et je me consumai sous leurs regards. Je disparus devant des milliers de badauds rester là en attente eux aussi. L’avenir suspendait le temps pour l’instant de la mort. L’agonie m’avait quitté, elle s’était envolée en douceur loin du naufrage existentiel de Jean-Paul, loin du Dasein de Martin et du Surhomme de Friedrich. Je me retrouvai seul et pour une raison obscure j’étais heureux d’être ainsi. Je ne ressentais plus la douleur qui persistait de mon vivant.
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Message par Bergame le Mar 27 Oct 2009 - 17:37

La confiance ! La confiance ontologique, la justification de l'existence, je regarde la pensée dans les yeux et entrevois toute l'histoire de l'Occident. Cette confiance dont nous avons extraordinairement bénéficiée durant des siècles, parce que Dieu était Père, Dieu était Amour, Dieu était Pardon, Dieu était Tout-Puissant, "laissez-faire, Dieu y pourvoiera", c'est cette confiance qui nous a jetés sur les mers, c'est cette confiance qui nous a lancés à l'assaut de l'inconnu, c'est cette confiance qui nous autorisés à la conquête de la science, c'est cette confiance que nous avons perdue. "Dieu est mort" et il est vrai, nous commençons tout juste à réaliser ce que cela signifie. Désormais, les dieux nous sont hostiles, ils sont plus imprévisibles, ils sont plus obscurs et ils ne nous feront pas de cadeaux. Désormais, il faudra de lourds sacrifices pour nous les concilier. Désormais, nous voila devenus Aztèques.

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Message par Moi le Mer 9 Déc 2009 - 16:28

Et si nous étions coincés dans un hyperplan d'un espace de dimension quatre?

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Message par Bergame le Mer 28 Avr 2010 - 15:14

Un jour, si les dieux me prêtent vie, j’écrirai l’histoire du démon. Ou pas. Car la vie et l’écriture, ce sont deux choses bien différentes. Ou pas. Au vrai, je m’étonne que Friedrich ne s’étonne : Qu’est-ce que le démon de Socrate pourrait bien faire d’autre que l’empêcher ? Je crains que Friedrich ne se soit quelque peu laissé abuser et qu’il ait pris l’une pour l’autre. Mal lui en a pris. Mais il fut loin d’être le seul possédé : 2500 ans d’écriture, 2500 ans de philosophie, 2500 ans à célébrer le génie de l’homme. Que faire ? Le plus important, le plus décisif, l’urgence désormais, c’est de démasquer le démon. Homme, quel est le dieu que tu sers ? Sans doute, il faudrait en faire la généalogie. On aurait des surprises. La philosophie est le culte du démon, disait encore Apulée. La voix du génie s’appelle raison, répliquait déjà Plutarque. Mon dieu, que de naïveté. « Je ne te le fais pas dire. »

Jacques disait que, parfois, avant de s’endormir, il entendait une voix : « Qu’as-tu fait ? Qu’es-tu en train d’écrire ? » Mais qui parle ? Vous comprenez : Qui parle ?
Je ne peux pas écrire.

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Message par Moi le Jeu 29 Avr 2010 - 22:42

Si quelqu'un rencontre quelqu'un c'est qu'il est dans sa salle de bain

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