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Message par samm00 le Dim 4 Jan 2009 - 19:05

Je me sens comme un lièvre avec un gyrophare sur la tête en pleine saison de la chasse en lançant ce sujet mais peu importe.
Je propose juste de créer une suite ininterrompue de lettres,mots,phrases,pensées sans queue ni tête,pour le seul plaisir de créer une suite ininterrompue de lettres,mots,phrases,pensées sans queues ni tête.
Aucune limite,de l'inoffensif à la barbarie totale
du jeu de mot trivial à la théorie des cordes

Je commence par une citation du philosophe interimaire Robert Camion qui déclarait,je cite," je suis aujourd'hui au crépuscule de ma vie et je peux dire,sans orgueil,qu'il y a autant de rapports entre mes ouvrages et la philosophie qu'entre la conquête spatiale et les nouilles"

à suivre..................... :gsdgr:

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Message par Vargas le Dim 4 Jan 2009 - 19:35

Mais point de débat ou fight, dans ce cas.
Bah tant pis. On verra ce que ça donne.

La chasse est ouverte, 7*7 = 49, et ceux... si 7 sur 7.
Quid du suspendu. Mais bref si ouverture... Et d'ailleurs bienvenue Wink
Ne t'inquiète pas, on préfère les bavards et les mots plutôt vivants que morts. Mourir, la mort et toujours la mort. Commencez donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long, dixit Anouilh, lequel ci-git sur cité de mémoire, citadelle du sursaut de la mémoire de ceux...si. Si ... ? Si.

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L'effet dévore la cause, la fin en a absorbé le moyen.

Paul Valéry, Poésie et pensées abstraites
(cité par Herbert Marcuse, in L'homme unidimensionnel)

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Message par Pierre Rivière le Lun 5 Jan 2009 - 9:46

Il est des hommes comme d'un navire.
IL navigue en l'homme comme pas un .:.:. D'un navire on passe au marin comme de celui qui fait l'homme; à cause de l'encre, bien entendu.
Je suis attaché par ma corporéité. Damnation, l'intelligible m'a assujetti tel un sujet trans-genres en sandales.
Bon, d'accords, je redescend. Pourtant, j'appréciais être là-haut; bien que je ne soit pas un héraut, mais plutôt un héros transformé en sandale.
La psyché m'assieds dans son divan; une psychologue femme, c'est Psychée. Parce que la femme et le logos s'annulent mutuellement. Schopi, je dois me lever de bonne heure. Alors tes remarques qui mise sur l'androgyne, on s'en passe.
D'ailleurs, je suis constamment ailleurs. L'autre je l'ai comme un hôte. Importun, il va sans dire. Mais si je ne dis pas, je suis si seul. Il faudrait que l'ailleurs soit chez moi. He bien tant mieux! parce que l'extérieur, c'est l'intérieur. Malgré cela, je préfère l'extérieur. Si on devait voir les organes des gens chaque fois qu'on refuse de se crever les yeux, cela serait insupportable. Définitivement, l'intérieur des gens n'est pas beau. Il est malpropre le plus souvent.
Les décorateurs d'intérieur font un mauvais travail. Tiens! Moi. Si j'étais décorateur d'intérieur. Je me la jouerais façon Kandinsky. Pleins de formes géométriques et de couleurs partout. Ce devait être un(e) androgyne lui aussi. Rechercher l'harmonie entre la ligne et la couleur. Autant farfouiller les organes dedans-dehors ou dehors-dedans. L'HOMME C'EST UNE LIGNE ET LA FEMME C'EST UNE COULEUR.
Si vous compreniez plus vite je n'aurais pas eu besoin de hurler. Même si j'aime hurler, je n'aime pas les Harley Davidson. C'est, autant vous l'avouez tout de suite, une des pires chansons de Gainsbourg. La meilleure étant bien entendue celle en duo avec Charlotte. INCESTE! INCESTE! INCESTE! Petite de Ferré n'était pas mâle non plus.
Bref, sur ces considérations sur prise islamiste riant hystériquement tuant une aile je laisse mon leste chien se lester de sa laisse et vous lessive la vessie car trouvant votre intérieur trop peu extériorisé j'ai réglé les réglettes sur broil.
Demain, ou après mon réveil, ou après être allé m'acheter un ticket de métro, je me ferai soit du pain aux bananes et canneberges, soit des biscuits avoine et chocolat, soit des brioches à la cannelle. Une tarte aux pommes ou aux framboises serait plus long et plus complexe. La tarte ce sera pour une autre fois.
En souhaitant qu'un corbeau dévore votre foie,
Je vous laisse sans foi ni loi; ni point; ni virgule; ou tout ça à la fois;

P.S.: Le clafoutis aussi est une option. Mais à quelle saveur?
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Message par samm00 le Lun 5 Jan 2009 - 14:22

Si,Vargas,il y aura toujours débat.
Si je n'aime pas le jaune je ne suis pas obligé de dire "le jaune c'est nul".Je peux simplement répondre"Rouge",et donc alimenter le débat mais avec poésie et finesse.
Est-ce que vous n'aimez pas la subtilité?Vous avez quelquechose contre elle?Béotiens!!!Tous!Je vous aurez tous!Jusqu'au dernier. :gsdgr:
Et dans le même genre d'idées je pense que si la théorie des cordes a le succés qu'elle a c'est parce que le mot"corde" ajoute une touche triviale à ce qui est censé ne pas être trivial,une théorie scientifique.

Pour finir j'accouplerais bien une couleur à J.S.Bach et son oeuvre,un blanc nouveau et inconnu,voire un rose vaporeux,idée d'une idée,fin à l'extrême,vertige ..........................

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Message par Bergame le Mar 13 Jan 2009 - 16:20

Il n'y a rien que je détest eplus que de devoir ne pas parler sans rien dire quel sens cela peut-il avoir, car il en faut du sens, il ne faut, ne pas s'arrêter, tant pis, le sens émerge, le sens gamberge, le sans saute ah ! pris, retour, backwards, trop facile ce putail de touche qui touche l'antérieur, ou le postérieur, qui est devant, derrière hein ? zut, ça va vite, ça carbure, pause.
oui, il a raison, tout reste, c'est angoissant. silence.
Dans les théâtres, il y a toujours une petite lumière qui reste allumée, même la nuit, même vide, comment s'appelle-t-elle, Adèle, blanc-sec, rhum coco.
Bah.
Rien.
Tant pis.
Toujours ça.
Comme disait Corto devant la Faucheuse : "Hé ! un instant !'

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Message par Bergame le Mer 14 Jan 2009 - 17:29

Les mots vivants et les mots morts. En avant.
On aimerait croire que les mots puissent être vivants, aussi vivants que la vie, qu'ils puissent du moins accéder à quelque chose qui soit de l'ordre de l'expérience directe. Il y a cette idée, explicite ou implicite, parmi les défenseurs du plan d'immanence, que le langage peut déboucher sur quelque chose de l'ordre de l'expérience directe du monde. La langue est une médiation, mais qu'est-ce qu'une médiation ? Un tunnel ou une grille ?
Quand je dis "immanence", je pense à Spinoza ou Deleuze, mais à vrai dire, il en est une autre version qui pense la vie de la langue à partir de la transcendance. La vie de la langue ou la vie de l'esprit, c'est pareil, pareil, pour ceux qui pensent dans le langage. Dans la tradition judaïque, comme dans la tradition luthérienne, la langue, c'est la voix de Dieu. Je dis que nous ne comprenons pas cela, nous, Français, qui sommes un Etat et un territoire, avant d'être une langue et une religion. Seul un Français pouvait théoriser le rapport arbitraire entre signifiant et signifié. Il n'y a qu'en France que le structuralisme pouvait naitre et se développer. A comparer avec la philologie et l'herméneutique germaniques.
A quoi espère-t-on accéder par l'écriture automatique ? A quelle vérité enfouie prétend donc conduire l'herméneutique psychanalytique ? Quelle est donc cette idée étrange que l'origine coïncide avec le vrai ? A l'origine était le Verbe créateur, la parole qui fait émerger du néant, le concept. Mais ce néant, où est-il, si ce n'est dans l'esprit de celui qui pense ? Comment ? Il n'y a pas de néant dans l'esprit de celui qui pense ? Mais c'est bien ce que je dis !
D'ailleurs, il y a cet autre passage, qui m'a toujours frappé, où Yahvé présente les animaux à Adam et lui dit : "Nomme-les". C'est par cette opération de nommer la Chose qu'à la fois elle entre dans le champ de la conscience, et qu'à la fois, elle est objet de maitrise, de contrôle, c'est parce que l'homme connaît, reconnaît, qu'il se rend maître et possesseur de la Chose.
Oui, mais les animaux existaient avant que l'homme ne leur donne un nom, aussi étrange que cela paraisse. Oh ! une nouvelle espèce ! Vite, donnons-lui un nom ! Et publions, publions : Hé les gars, j'ai découvert une toute nouvelle sauterelle verte à dos cendré, je l'ai appelée comme ma fille. Dans les années 30, on aperçut au Japon un cygne noir. Enorme retentissement ! Jusque là, les cygnes étaient blancs.
C'est le monde qui se confronte à la connaissance de l'homme, au langage de l'homme, le monde échappe toujours au Logos, il le déborde, il le fissure, les phrases, les paragraphes forment une grille sur la page blanche, un filet qui espère retenir et ensérer, com-prendre le réel, mais celui-ci jaillit d'entre les mailles, d'entre les mots, le réel est un espace, le réel est un blanc.
Où est Heidegger là-dedans, je ne parviens pas à le sentir. C'est le logos qui dévoile de façon toujours plus originelle, car le logos est le mode d'apparition de l'Être. Mais où est l'Etre ? Est-il dans le logos, à sa limite, en tant que son origine et se tenant en retrait ? Ou est-il hors du Logos, tout à la fois le lançant sur le chemin du dévoilement et se laissant peut-être entrevoir, au travers d'une éclaircie ?
Comment penser le Logos ? Comment être dehors et dedans à la fois ? Il y a quelque chose, il y a quelque chose au-delà du Logos, c'est certain, je le sens lorsque parfois, je cherche le mot, je le sens lorsque je tente de me faire accoucher de ce que je pense, Platon, lui, le sait, bon, c'est autre chose, il a mis un nom dessus, ils ont tous mis un nom dessus, ils ont tous cherché à comprendre cette expérience étrange que quelque chose existe en-dehors du Logos et que nous ne pouvons pas le nommer, nous ne pouvons pas le comprendre car il n'existe rien pour l'homme en-dehors du Logos. Mais "rien", qu'est-ce que c'est ? C'est déjà quelque Chose. C'est toujours ça.
Qu'y a-t-il au-delà du Logos ? Qu'y a-t-il à atteindre ? Qu'est-ce que le soleil ? Demandez à Nietzsche. Demandez à Icare. Eux, ils n'ont pas mis de mots dessus, expérience directe. Anéantissement. Fusion. Firmament. Pfff ! Les mots sont morts.
D'ailleurs, c'est la mort qui fait parler. La vie, ça fait vivre, et ressentir, et se taire. C'est toujours un mort qui parle en soi. Vous n'avez pas remarqué ? L'"inspiration" qu'y disent. Et la culture ? C'est quoi la culture ? La longue cohorte des immortels morts. Et la civilisation ? La longue cohorte des étrangers morts. Partout, dans mes mots, dans ma tête, dans la vie, la mort. Une fois, j'ai vu quelqu'un parler à la mort, lui parler, vraiment, les yeux dans les yeux, comme si elle était là devant elle. Je ne sais plus ce qu'elle disait : "Pardon, maman", je crois. Aujourd'hui, elle dit : "Je suis déjà morte." Tu m'étonnes, elle écrit des livres.

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Message par Bergame le Jeu 15 Jan 2009 - 15:42

Les salauds. Depuis que l’homme est homme, il sait qu’il ne faut pas regarder le soleil, que cela brûle et rend aveugle, il le sait par expérience directe, racontée puis testée éventuellement par les plus rebelles, il le sait. Et ces saligauds ne trouvent rien de mieux à faire que d’enseigner la vie contemplative et la sortie de la Caverne. Oh je suis sans doute bien présomptueux, mais je le vois d’ici, l’ésotérisme : Philosopher et enseigner la philosophie, ce sont deux activités bien différentes.
L’œil, vous comprenez. La pulsion scopique. Ce que veut l’œil, c’est voir, savoir, au-delà des apparences, déchirer les voiles, les uns après les autres, aller à l’essentiel, à l’origine. Et en même temps, il ne veut pas, surtout pas ! Quel horrible spectacle ! Tous ceux qui ont vu sont morts. Alors il cherche, il fouille, il scrute, il farfouille, il tourne autour, il circonscrit son sujet, il avance avec méthode… Ca occupe. Il n’y a qu’un seul impératif, c’est que la pulsion soit occupée, il faut bien qu’elle soit occupée. Que voulez-vous, nous sommes en vie, il faut bien vivre. On peut toujours choisir le contraire.
Chercher, c’est le chemin de la vie. La question, décidément, j’aime bien Heidegger même si je n’y comprends rien, ce n’est pas important, n’est-ce pas Martin, de comprendre ? Même s’il a raison, l’autre, il y a toujours quelque Chose avant la question, il y a toujours un voile derrière le dévoilement, je viens d’assimiler l’œil à la pensée, c’est ça.
Je ne comprends pas cette idée de l’angoisse de la page blanche, il est évident que ce n’est pas la page blanche qui est angoissante, quoi, la création est angoissante, le vide ? oui, c’est vrai, le vide aussi, j’ai très peur du vide. Mais la page blanche n'est pas vide. Ce qui est angoissant, pour le convive des dernières fêtes, c’est des soumettre ses mots au regard d’autrui, de livrer sa pensée à l’œil, de présenter sa tête. L’enfant est si faible, n’est-ce pas, lorsqu’il vient de naître, si fragile, et surtout, il n’est qu’une ébauche, il n’est qu’un condensé de vie à un moment donné, une centrale de puissance (et non, pas de domination, je persiste), un précipité, un jeté hi hi, mais il est nécessairement et irrémédiablement insatisfaisant. Il faudrait autre chose, il faudrait qu’il soit à l’intersection, peut-être, il faudrait qu’il soit inutile, pur jeu de l’esprit, pur jeu de mots, car si un sens peut émerger qui s’approche un peu plus près de ce qu’il y a dire, alors ce sens doit émerger du jeu entre les mots, il doit jaillir du blanc, de l’espace.
En réalité, ce qui est déjà mort, c’est le mot écrit, le mot qui dit quelque chose ou prétend dire quelque chose, s’agencer avec les autres dans une démonstration qui désigne et qui montre. C’est tellement différent, dire et montrer. Lorsqu’on dit que la philosophie, à l’origine hi hi, n’est pas un corpus théorique qui prétend dire ce qu’est le monde, mais un art de vivre, une pratique, que veut-on dire ? On veut dire, comme on le peut, avec des mots qui sont déjà morts, que la seule chose qu’on puisse espérer d’un mot, c’est qu’il fasse naître quelque chose dans l’esprit de l’autre. Mais pas un mot. Quelque chose avant le mot, en deça ou au-delà mais quelque chose de plus originel, hi hi, et de plus... vital.
Comment le dire ? Par un mythe, peut-être, ou par une métaphore. Le problème, c’est l’écrit, c’est surtout l’écrit. Ils disent « retrouver la parole vivante » et il y a quelque chose, là, car si la parole peut dire quelque chose de ce qu’il y a à dire, c’est lorsqu’est un échange. Dans l’échange, dans l'espace, dans l'entre-deux, là peut-être, là seulement, la parole est vivante, lorsque je tente une métaphore, et que tu réponds : « Ah oui, je vois ce que tu veux dire, je le dirais plutôt ainsi » et tu cherches à ton tour le mot juste, la bonne métaphore que ni toi ni moi ne trouvons, mais nous progressons, oui, nous progressons sur le chemin de ce qu’il y a dire.
Car il faut que ce soit dit, n’est-ce pas ? Puisque nous sommes en vie.

Mon dieu que l’accouchement est chose douleureuse.

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Message par Bergame le Ven 16 Jan 2009 - 13:25

C'est là où Nietzsche n'est pas très bon, quand même. Il est évident, Friedrich, que Socrate n'est pas un "médecin des âmes", qu'est-ce que c'est que cette idiotie ? C'est un accoucheur. Tu ne vois pas la différence ? Je comprendrais, je comprendrais le problème si tu avais l'avais abordé sous l'angle de la violence que Socrate inflige à autrui, des gens qui sont là, à discuter le bout de gras devant la porte le midi au soleil, et le gars qui ramène sa face de parpaing et qui demande : "Mais qu'est-ce que tu entends par là ?" On t'en pose des questions, à toi ? Je suis sans doute bien présomptueux, mais je le vois d'ici, l'ésotérisme. Le problème de Socrate, ce n'est pas tant qu’il dise que la vie dédiée à la philosophie est une longue souffrance, c'est qu’il montre tout le contraire ! Le salaud ! Mensonges ! Dissimulation ! Tromperie !
Mais tout ce que voit Nietzsche, c’est l’œil, l’œil qui pénètre, l’œil qui juge, l’œil qui tranche, oh ça, il le voit. Un jour, il se retournera tout étonné et se rendra compte qu’il n’est plus là, prétendra l’avoir tué et être devenu voyant, mais pour l’heure, un œil sombre le regarde. Voir l’œil ! Il a raison, cela dit, c’est par là que ça commence. Se voir dans l’œil de l’autre qui me voit le regarder m’observant... Pénétrer en l’autre. Dégainer le premier. « Si j’étais vous ». « L'oeil est le miroir de l'âme ». Ah ? mais alors laquelle ?
A dire vrai, Nietzsche est hypnotisé. Il a peur. Il est tellement, tellement, occupé à se chercher, à se jauger, à s’ausculter sous toutes les coutures –bon sang quel sens du destin il faut avoir pour s’apprêter ainsi- qu’il ne voit pas l’à-côté. Ou plutôt, il ne l’entend pas. Il n’est pas là, avec Socrate, en face de Socrate, et discutant avec lui. La seule fois où il entend Socrate, la seule petite fois, c’est lorsque celui-ci compose de la musique. Esprit borné. Même le Démon, il ne l’entend pas. Même la Pythie, il ne l’entend pas ! Faut-il être sourd ! Vargas qui, fut un temps, présentait son cerveau sur une assiette, dirait peut-être que Nietzsche n’entend pas les textes, Nietzsche n’écoute pas les vivants. Il lit des mots morts. Et ça, c’est le problème de Nietzsche.
Pourtant, la vérité de Socrate, c’est qu’il n’a jamais rien écrit. Comme Nietzsche ? Presque.

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Message par Bergame le Sam 17 Jan 2009 - 16:51

Car les écrivains ne disent rien. Vous voyez ? Ils s'étalent sur la page blanche, en longueur et en largeur, ils se mettent en situation, ils se mettent à nu, "mes romans se nourrissent de la vie", petit naïf ! et plus c'est obscène et plus c'est réel et plus l'oeil désire et plus ils se donnent : "regarde, tu as vu cela, c'est beau, non, ça te plait ?" Et que je te l'éblouis, et que je te le charme, et que je te le mouille, l'oeil, car c'est eux-mêmes qu'ils comptent faire jouir à la fin. Sans jamais y parvenir pourtant, car ils ne sont jamais là, présents, sur la page saturée de mots morts ; ils sont toujours ailleurs.
Mais si mais si, il y a de la Salomé chez Nietzsche, la danse des sept voiles, "qu'est-ce que tu veux voir, hmm, qu'est-ce que tu cherches, tu crois pouvoir m'attraper hein et non, je ne suis pas là, hop hop regarde ici d'abord hi hi alors, qui c'est qui est bien attrapé maintenant ?" Oh oui ça veut séduire, c'est certain, ça joue sa femelle mais enfin, même cela, le Socrate qui danse l'a débusqué, alors... Nietzsche s'est tellement cherché, que lui au moins, il sait qu'il n'est pas là. De fait, il est certain que quand on a beaucoup lu Nietzsche, on peut commencer à s'interroger sur la place de l'auteur dans le texte. Mais « l’intime secret du secret », c’est que dans le texte, il n’y a rien. Rien ! Rien d’autre que ce que ton œil y voit, Michel. Et c’est déjà quelque chose. C’est toujours ça. C'est que tu es en vie.
Aussi, moi, je n’ai rien à dire. Et pourtant, vous me lisez. C’est un problème. Si personne ne répond, j'en suis réduit à faire l'article, à présenter un produit fini et déjà mort. C'est un problème. Bien sûr, je peux faire comme tout le monde a toujours fait en ce cas, je fais parler les morts. Si l’histoire de la pensée occidentale est une série d’annotations aux bas des pages de Platon, c’est parce qu’il a inventé le texte polyphonique. Mais nous, nous vivons une grande chance, celle d’une époque où il est possible de donner l’écrit à la vie. Et ainsi, peut-être, de progresser sur le chemin de ce qui doit être dit. Car il faut que ce soit dit, n'est-ce pas ?

N'est-ce pas ?

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Message par Bergame le Mar 20 Jan 2009 - 17:27

Tant pis, je vais donc faire parler les morts, en attendant une réaction des vivants. Toujours ça.
Accoucheur de l’accouché, je me questionne sur l’étonnante indifférenciation sexuelle dans ces textes. Mais il n’y a pas de différence sexuelle dans un texte qui est déjà mort au moment même où il apparaît devant l’oeil. C’est ta question qui introduit la différence sexuelle, car la question est le chemin de la vie. Et je t’en remercie quoiqu’elle fasse souffrir. Bergame est un texte, et il est homme et femme et rien. Mais toi-qui-es-derrière-le-masque, tu es un homme –comme il se doit.
Lorsque je lis les textes des autres, abrités qu’ils sont derrière leur pseudonyme, je me demande toujours s’ils sont un homme ou une femme. Et à vrai dire, je ne me le demande jamais tant cela est toujours évident. N’est-ce pas ? Avez-vous fait cette expérience ? C’est une expérience étonnante, tout de même. Il y aurait donc de la vie dans les mots ? Les mots seraient le reflet de l’âme ?
De fait, à la lecture de ces textes déjà morts, ce qui apparaît à l’oeil, c’est la réciprocité de la pénétration. Vous voyez ? Je suis sans doute bien présomptueux, mais c’est cela que la philosophie cherche à dire, je crois, du moins est-ce une des choses qu’elle cherche à dire : Comment la chose, tout à la fois, pénètre en l’œil et est pénétrée par lui. Et elle ne peut pas le dire, car elle ne peut le dire qu’avec des mots qui sont déjà morts. Vous voyez ? Vous pénétrez en moi et regardez avec mes yeux qui cherchent le texte, le fouillent, et le débusquent en même temps que la chose émerge progressivement à votre conscience. Vous voyez maintenant ? Vous voyez si vous n’avez pas peur de l’œil qui vous pénètre à son tour, et juge, et tranche.
L’homme pénètre et est pénétré. Du moins, cela lui est-il possible. De ce point de vue, la femme se définit effectivement par un manque. Mais la femme peut autre chose : Elle donne la vie. Si ce texte est celui d’un homme-derrière-le-masque, c’est parce qu’il dit que les mots sont morts. Jamais une femme ne dirait cela. Ou bien, peut-être que si ? Je ne sais pas, je réfléchis. Ici, je ne vois plus. Je me tiens devant le Sphinx qui me demande mon nom, et je ne le connais pas. Et je cherche, je cherche car je connais le destin de ceux qui ne savent pas dire leur nom, mais je ne vois rien. « Quel est ton nom ? » Mais je ne sais pas ! Et d’abord pourquoi, pourquoi me soumettre ainsi à la question ? C’est injuste ! Ce n’est pas moi qui me suis donné mon nom ! Tu le sais pourtant ! Tu le sais ! Oui ! Toi ! Toi ! Tu le sais ! Tu sais la réponse ! Menteur, dissimulateur ! Salaud ! Que veux-tu de moi ? Je ne vois pas, je ne vois rien. Mais j'entends les mots qui résonnent en moi. Anéantissement. Fusion. Firmament.
Comment, Martin, que dis-tu ? Ce qui est placé devant soi au sens de ce qui rassemble, ce n’est pas seulement la Terre, c’est aussi la Mère ? Ah nous y voila ! Sacré Martin ! Oui, mais moi, la mère, je l’ai tuée, Martin, et qui sait si ce n’est pas cela, le secret, sortir du ventre de la Terre, se détourner de l’origine. Y as-tu pensé ? N’est-ce pas cela le premier geste ? Oui, bien sûr tu y as pensé, je le vois maintenant. Nous sommes tous projetés dans la lumière, tous, nous refaisons le chemin de Pythagore, incessamment. « Qu’y a-t-il là-bas, au loin, quelle est donc cette lueur ? » Ah l’œil, la puissance de l’œil, la volonté de l’œil ! « Curiosity kills the cat » disent les Anglais avec ce profond sens de l’à propos qui les caractérise. Nevertheless, il te resterait à dire, Martin, pourquoi ce cheminement serait dévolu à l’homme, et uniquement à lui. Car nous sommes bien loin du Logos, désormais, et les mots sont morts. Pourtant écoute celui qui disait "il y a toujours quelque chose avant la question", il demande maintenant : "Et les animaux ?" Interroge l’œil, Martin, interroge la vie : Au regard de Phos, l’homme est une bête, l’homme est fini, l’homme est déjà mort. L’homme n’est rien. Mais « rien », qu’est-ce que c’est ? Un entre-deux. Une médiation. Un tunnel peut-être, ou une grille pathétique au travers de laquelle la vie s’écoule. Je ne sais pas. Mais c’est toujours ça. Toujours ça. Et à l'identique ! Oh tu peux rigoler, va.

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Message par lanK le Mar 20 Jan 2009 - 23:15

Si je peux rigoler je vais me permettre,de toute façon faucon avance,on a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens.
L'Aïn en arabe dit dans le même temps la source et l'oeil,mais gentil n'a qu'un oeil,et au royaume des aveuglements on voudra bien avouer ce qu'il faudra ou bien sauve qui pourra.
Œdipe se creva les yeux.

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Message par Bergame le Mer 21 Jan 2009 - 12:51

Ah ! enfin une voix amie ! Merci, lanK, je commençais vraiment à me sentir un peu seul au milieu de tous ces morts. Nous ne pouvons pas faire la route en arrière, dis-tu. Mais c'est pourtant ce que la philosophie a toujours prétendu, non ? Et d'ailleurs, pourquoi ne le pourrions-nous pas ? Parce que cela nous est interdit ou parce que nous en sommes incapables ? Est-ce un problème ontologique ou un problème éthique ? Ce n'est pas la même chose.
Hannah met le doigt dessus, la cochonne, et il n'y avait sans doute qu'une femme pour le faire. Elle tranche le noeud du Gardien : On ne peut pas revenir dans la Caverne, du moins pas sans grands dommages pour elle. Il fallait bien attendre une femme philosophe pour entendre cela, non ? Mais du même coup, que dit-elle ? Que l'histoire de la philosophie est un malentendu. Et que Socrate n'a jamais quitté la Caverne, qu'il n'a jamais vu le soleil. Par conséquent, qu'il ne connaît pas les réponses, et qu'il n'a rien à enseigner. La théorie des Idées, c'est Pythagore, c'est Platon, c'est la voix du divin. Socrate, lui, il erre dans le noir. Il sent, bien sûr, il pressent qu'il y a quelque chose. Il voit -mais il ne sait pas.
Qui l'a dit mieux que Manu ? Qui a mieux dit qu'il y a quelque Chose et que nous ne pouvons pas l'atteindre, que nous ne pouvons rien en dire d'autre que présomptions, spéculations ? Tiens, lanK, l'aïn dis-tu ? Et sais-tu que le latin "speculatio" (contemplation, observation, espionnage) est dérivé de "specus" (caverne) qui est lui-même dérivé du grec "speos" (antre, caverne, lieu souterrain) qui donnera par exemple la racine "spéléo-" ? Ah on apprend des choses en suivant la trace de Martin. Spéculer, à l'origine, est-ce donc regarder dans la caverne, ou bien à partir de la caverne ? Et si c'était la même chose ?
Mais bref, qui donc a dit mieux que Manu que nous n'étions pas encore nés, qu'il nous restait à entrer dans la lumière, dans la "clarté" ? Depuis le temps que je me demande comment on pourrait penser l'émancipation à partir d'une théorie psychologique ! Hé bien je dis que nul n'a été plus loin qu'Emmanuel dans cette confrontation avec la condition humaine : Nous errons dans le noir. Nous ne sommes pas encore nés -ou bien nous sommes déjà morts. Et qu'aucun de ceux qui l'ont suivi n'ont voulu s'en tenir là. Bien sûr, ce n'est pas humain ! Il faut les lire, Martin, ou Georges-Guillaume (quel prénom idiot ! on va t'appeler Gégé, toi !), lorsqu'ils parlent de Manu, ils n'ont qu'un mot à la bouche : L'abime.
Est-ce un problème ontologique ou un problème éthique ? De fait, il y a une ambiguïté à propos d'Oedipe -enfin, au moins une... C'est Michel qui l'a noté : Il existe différentes versions qui racontent des histoires différentes à propos de son aveuglement. Tantôt, c'est Oedipe lui-même qui s'aveugle pour ne pas voir, tantôt on lui crève les yeux. Ainsi Sigmund disait qu'Oedipe était celui qui avait oublié et ne savait plus, tandis que Michel propose, au contraire, qu'Oedipe est celui qui en savait trop.

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Message par Courtial le Mer 21 Jan 2009 - 16:53

Petite broderie, appogiature sur Oedipe et son exploitation par Sigmund : les amateurs liront avec plaisir le rapport qui en est fait par Vernant, dans Mythe et tragédie en Grèce ancienne. L'article "Oedipe sans complexe".
Ceci était un avis du bibliothécaire.

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Message par Bergame le Dim 25 Jan 2009 - 17:23

On ne pense pas suffisamment Wikipedia. L'homme est ici, assis à son bureau, et regardant les mots apparaître sur le miroir de l'âme, émerger les uns après les autres du néant, se succéder et se nouer comme les mailles du filet sur la surface de ce vide qu'il cherche à pénétrer -vainement, nécessairement vainement. Non, bien sûr, la page blanche n'est pas vide, non bien sûr la pensée n'est pas néant, mais quelle est donc cette limite, quelle est cette frontière qui m'en sépare ? Nous ne pensons pas assez ces mondes virtuels, dans lesquels je ne suis rien, un texte, des mots morts. Mais un nom que je me suis donné à moi-même. La vérité, c'est que je suis sans doute plus vrai, ici, dans ce vide, que je ne le suis auprès des hommes.
Bibliothécaire, qui t'a donné ton nom ? Cela est une question. C'est par le travail que nous nous réalisons en tant qu'homme. C'est par l'oeuvre que nous accédons à l'immortalité. C'est par la fonction que nous participons de l'histoire. Qu'on le sache et qu'on le dise : Tout homme a un rôle à jouer dans cette épopée. Et une place est prévue pour chacun, un gros fauteil de cuir ou un petit strapontin, avec son nom écrit sur le dossier. Mais écrit par qui ? Qui ? Phénomène émergent, agrégat non-désiré, effet pervers. Depuis 10.000 ans ? Quelle persévérance dans la perversité !
Bibliothécaire, qui t'a donné ton nom ? Cela est une vraie question. "Faces and names" disait Warhol, si tout le monde avait le même nom, l'envie disparaitrait du monde. Qu'avons-nous donc, avec les noms ? Quelle folie ! Toute leur foutue science n'est qu'une longue litanie de noms, de discussions sur les noms, de discussions par les noms, de distinctions entre les noms, nous tapissons le monde de noms comme j'aligne les mots sur mon miroir et nous croyons en dire quelque chose. Et à qui le disons-nous ? A nous, bien sûr. Hé, j'ai découvert une toute nouvelle sauterelle verte à dos cendré, je lui ai donné le nom de ma fille ! Oh ben non, c'est pas légitime, elle ressemble à celle que j'ai découverte en Australie, il faut l'appeler Australia. Ah pardon, au regard du droit bien connu dit "du premier arrivé", elle doit s'appeler comme j'ai dit. Taratata, il faut d'abord demander leur avis aux autres. Oh ben moi je suis d'accord. Ah non pas moi. Alors il faut demander à l'autorité. Bien, je décide que nous l'appellerons "Clérance". Hé mais au nom de quoi tu décides, toi, la soit-disant "autorité" ? Hé bien au nom des autres ! Hé mais moi j'ai dit "non" et lui aussi ?! Bien, ça suffit maintenant ! Ce sera "Clérance", un point c'est tout ! Et si tu n'es pas d'accord, je m'occupe de ton cas. Bon bon, j'accepte Clérance. C'est pas mal, finalement, ça sonne bien, et puis il lui faut bien un nom, pas vrai ? C'est bien, tu es un gentil homme, tu es un exemple pour les générations futures, on se souviendra du tien.
Qui ? Qui, à l'origine donne les noms ? Yahvé présenta les animaux à Adam, et lui dit : "Donne-leur un nom." Et Adam ayant donné un nom à chacun, Yahvé dit : "Maintenant, te voila leur maître." Mais à Yahvé, qui lui donna son nom ? Bien sûr, bien sûr, Yahvé n’a pas de nom, mais pourquoi ? Parce qu’il donne la vie, ou parce qu’il donne la mort ? Est-ce que donner un nom et donner la vie, c’est pareil ? Ou est-ce qu’il y a celle qui donne la vie, et celui qui donne un nom ? Il y a la vie de l’esprit, la langue enchantée, la réconciliation et la voix du divin ; et il y a deux formes de vies. Ah voila Friedrich. Qu’as-tu voulu montrer, Friedrich, en parlant d’un monde apollinien et d’un monde dionysiaque ? Qu’est-ce que le soleil ?
Accoucheur de l’accouché, je suis étonné par la dualité qu’expriment ces textes. J’ai avancé sur un chemin et sans que je ne m’en rende bien compte, le chemin s’est divisé en deux. Et négligemment, j’ai suivi chacun des embranchements. Ils se perdent au-delà de l’horizon, et de là où je me tiens, je ne puis apercevoir s'il y a un point où ils se rejoignent. Mais je suis assez confiant pour continuer. Oh tu peux rigoler, Gégé, mais l’origine de la synthèse, ce n’est sans doute pas le déploiement de l’esprit dans l’absolu ; c'est plutôt sa finitude. Comment ? C'est à un immortel que je dis cela ? Mais mon Gégé, tu n'es pas immortel, seul ton nom l’est. Comment ? Ce n’est pas parce que je t’ai donné un autre nom que je t’ai tué pour autant ? Pfff. Voudrais-tu me faire croire que lorsqu'ils invoquent ton vrai nom, lorsqu'ils prononcent les mots justes, d'autres savent te ramener à la vie ? Allons ! Qui donc, ici, espères-tu tromper ? C'est un mort que je fais parler. Tiens, au vrai, je te fais dire ce que je veux. Je peux même te faire dire que tu n’es qu’un énorme Moi boursouflé et naïf qui a espéré que de là où il serait, il continerait à entendre l’écho de son nom lui revenir aux oreilles. N’est-ce pas ? Entends-tu quelque chose, maintenant ? Non, c’est vrai, je ne suis qu’un absolu crétin ; enfin, j’étais. Tu vois, je peux te faire dire ce que je veux. Ah non, suis-je bête, tu ne vois pas. Le seul qui pourrait me reprendre et contester, c’est un Autre, qui s’assiérait là, en face de moi, et discuterait. Mais toi, Gégé, tu es Moi, tu es à Moi, et je te pénètre, oh oui je te pénètre et je te fais parler comme la vieille carcasse desséchée que tu n’es plus. Que veux-tu, les mots sont morts, mais ils ont un pouvoir, un immense pouvoir ! Le pouvoir, c’est la mort, l’autorité c’est la vie. Le pouvoir néantise, l’autorité augmente la taille. Quelle cochonne, celle-là !

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Message par Bergame le Dim 15 Mar 2009 - 20:13

La philosophie n'a jamais été autre chose qu'une discussion. Mais une discussion avec qui ? C'est là le problème. C'est là tout le problème ! Si l'histoire de la pensée occidentale est une série d'annotations au bas des pages de Platon, c'est parce qu'il a inventé le texte polyphonique. On ne lit jamais Baruch ou Gégé. On lit Baruch répondant à René ou Gégé dialoguant avec Manu. La philosophie consiste à faire parler les morts et leur répondre avec des mots tout aussi morts. Comment s'étonner, dès lors, que la philosophie ne parle d'autre chose que de la mort du monde ?
Ah ! lui, il est rigolo ! "Pas du tout, mais pas du tout, la philosophie est un dialogue entre des vivants, mais des esprits choisis, élus, qui dissimulent leur parole sous des arcanes dont eux seuls connaissent les clés. La vie de l'esprit ! Ce que toi, tu prends pour la mort, c'est le secret. Car c'est dans l'oeil qui pénètre, qui juge et qui tranche qu'est la mort, non dans ce qu'il ne voit pas !" Tu parles ! Mais de qui parles-tu ? Des Anciens ? Des morts ? Rigoléo !

La philosophie est un dialogue avec les morts. D'ailleurs, c'est toujours un mort qui fait parler. Il faut bien voir que l'âme, chez Platon, elle n'est pas particulièrement vivante, hein ! enfermée qu'elle est dans son tombeau ! Mais si l'on fait parler les morts, pourquoi voulez-vous qu'ils acclament la vie ? Tenez, prenons René. Et prenons-le à plusieurs. Croyez-vous que René ait pu parvenir à anéantir le monde par la pensée s'il en avait discuté avec un autre que... lui-même ? Croyez-vous qu'il ait pu parvenir à son ego cogito s'il s'était assis en face d'un Autre et avait cheminé avec lui ? Mais l'immortel René n'avait besoin de personne, si ce n'est de la clarté de son esprit, pour pénétrer les secrets de l'univers. Et c'est avec des mots morts qu'il a étalé ses idées claires sur la page blanche, pour dire quoi ? Rien. Rien ! Rien !
Mais ce "rien", n'est-ce pas, qu'est-ce que c'est ?

Nous vivons une grande chance, celle d'un temps où l'écrit dialogue, celle d'une époque où il est possible, simplement possible, de donner l'écrit à la vie. Et ainsi, peut-être, de progresser sur le chemin de ce qui doit être dit. Moi, toi, vous, pas des esprits choisis, pas des esprits élus qui vivent dans l'esprit, mais des êtres vivants dans le monde qui, en ce vide habité, se sont donnés un nom à eux-mêmes.
Est-ce important ? Je le crois. Mais peut-être que ce ne l'est pas. Au vrai, je ne suis plus très sûr... et la mort progresse du même pas.

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Message par Bergame le Mer 18 Mar 2009 - 19:01

Alors à quoi bon résister ? Ainsi parlait Gégé. Je comprends, je comprends qui dit que l'arrière-monde est délétère, je comprends qui dit que la contemplation est mortifère, je comprends tout cela, et j'expérimente. Mais du courage ! Ayons le regard dur. Et regardons donc.
Regardons par exemple ce que montre Manu. Manu est bien plus fort que je ne le suis. "Le pot de terre contre le pot de fer" disait l'un de ses amis. Il faut comprendre ce que fait Manu : Il montre. Manu sait que les mots sont morts. Aussi dit-il tout ce qu'on peut dire avec des mots morts, puis, parvenu à la limite, à la frontière, il s'arrête ! et il montre, comme en négatif : "Au-delà, on ne peut rien en dire. C'est... la Chose."
Si Manu est immense, c'est parce qu'il a résisté à lui donner un nom. Quelle maitrise de la pensée il fallait ! Personne, ni avant lui, ni après lui, ne résistera à cette nécessité. Tous le verront ! Fred le voit bien, le négatif. Gégé le voit bien, le néant qui ne voit que le néant. Martin le voit bien, l'abîme. Et tous le "dépassent". Hop ! un petit bond par-dessus le gouffre, ou un large contournement, de toutes façons, comment pourraient-ils faire autrement ? Bien sûr, ce n'est pas humain ! Mais il ne suffit pas de le contourner pour que le gouffre disparaisse.

Et voici qu'arrive Friedrich. Lui aussi, il le voit, naturellement. Et lui aussi a une exigence surhumaine. Il ne le contourne pas, il ne le franchit pas d'un bond, à ses yeux, le gouffre est bien trop large. Sans doute le voit-il plus précisément que ses prédécesseurs. Lui, il plonge, il se jette dedans, il descend. Comment peut-on ne pas voir à quel point Friedrich pense la contradiction ? Il les essaie toutes, les suit jusqu'au bout, les reprend, les retourne, un masque puis un autre, et descend toujours plus profondément. Personne ne s'est cherché plus que Friedrich ! Il l'a dit, pourtant, au début, quand il le pouvait encore : D'où naît la tragédie.
Si Friedrich est immense, c'est parce qu'il a tenté de vivre ce que Manu montrait. Mais il n'a pas pu résister à lui donner un nom. Car d'une manière ou d'une autre, la pensée résoud les contradictions, c'est son rôle, c'est sa raison d'être, c'est ce qui est. La pensée qui se saisit elle-même, et qui découvre sa propre ruse. Allons ! Comment donc ? Parce qu’à l'origine du déploiement de l’esprit, il y a un besoin. Gégé a vu tout cela, évidemment ! Mais ce qui nous sauve, c’est que la pensée est finie, c'est que les mots sont morts. C'est qu'elle ne se déploie pas dans l'absolu, quoiqu'elle en dise et quoiqu'elle en voile. L'intelligence est-elle une qualité, demande-t-on. Bien sûr que non, l'intelligence n'est ni une qualité ni un défaut, elle est par-delà bien et mal, elle est l'origine de tout bien et de tout mal. Il faut "plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel qu'importe", et tâcher en effet de résister à la nécessité du nom. Garder devant les yeux ce que Manu nous montre, comme en négatif. Ce qui compte, c'est le renversement des valeurs, non pas l'immoralisme, oedipes, mais que le positif devienne le négatif et inversement. Alors, peut-être, apparaîtra sur le miroir de l'âme le visage de l'Ennemi. Je n'ai pas peur. Qu'ai-je donc à risquer si ce n'est mon oeil ?
Petite rusée, va.

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Message par Bergame le Ven 20 Mar 2009 - 15:01

La peur. La douleur. Ce sont des émotions très intéressantes que la peur et la douleur. Jean-Paul, obsédé qu’il était par l’Autre, et d’autant plus obsédé par son besoin de l’abolir, Jean-Paul disait que les émotions étaient des signaux adressés à autrui, ce qui le conduisait vers des absurdités assez rigolotes. Je pense que les émotions sont des signaux adressés à soi-même, ce qui est déjà pas mal. C’est le signe que quelque chose ne va pas. Qu’est-ce qui ne va pas ?
J’ai peur de ce que j’écris, et cela me coûte. Je pressens qu’il serait plus simple d’écrire ailleurs, que la place de ces textes n’est pas ici. J’ai trouvé mon chemin, je pourrais le suivre, nourrir ma pensée et écrire des livres. Je sens comme elle veut de l’espace, comme elle fait le vide. J’entends que, de toutes les façons, je suis seul, et qu’il faut m’y résoudre. Je vois bien comme elle m’isole. Et mes appels restent vains. Je n’en veux à personne –à qui pourrais-je en vouloir ? D’ailleurs, je ne sais pas moi-même qui j’appelle. Je n’ai jamais offert que des romans de Hesse. Peut-être cherchai-je un maître ? Mais je n’ai jamais eu de maître. Peut-être que je n’en cherche pas vraiment. Je cherche un homme. Oui, c’est ça, je cherche un homme.
Ca y est, je le vois ! je le vois, l’Insensé ! Bon sang, comme Friedrich est pénétrant ! Plus puissante la Métis, plus forte la résistance. Il le faut ! Quel effarement ce dut être ! C’est bien cela : Le pire est qu’il est le seul à le voir. Mon dieu ! « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Comme je les envie ! Pourquoi ne suis-je pas capable, moi aussi, de fermer les yeux ? Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je dois faire. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que je reste ici. Je ne veux ouvrir les yeux de personne. Surtout pas. Je veux juste trouver un homme. Ou bien, peut-être que si. Peut-être qu'il faut être ensemble. Peut-être que votre oeil suffit. Je ne sais pas. Je ne sais plus qui parle en moi. J’ai peur. Lui était de la dynamite, moi, je le dis, car je suis très présomptueux : C’est la mort que je porte en moi. Car je ne suis qu’un homme. Et il en faudrait si peu pour qu’un homme devienne semblable à tout autre homme. Si peu. Il suffirait de montrer de quel point de vue ils sont identiques. Au regard de Phos, l’homme est une bête, l’homme est fini, l’homme est déjà mort. L’homme n’est rien. Mais il fut un temps où Phos était amour et son regard était bienveillant. Il fut un temps où la contemplation était promesse de bonheur. Qu’est-ce que Phos aujourd’hui ? Qu’est-ce que le soleil ?
J’ai peur. Et je sais ce qui ne va pas. C’est qu’elle ne demande qu’à répondre. Moi ou un autre, n’importe quel autre, je le sais maintenant, je le vois : elle parlera.
Mon dieu ! Où suis-je ?

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Message par Bergame le Ven 20 Mar 2009 - 17:13

Hé bien, que ce soit un autre ! Hier stehe ich ! Ich kann nicht anders.

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Message par lanK le Ven 20 Mar 2009 - 19:38

Autrement moi, j'aime ce que tu écris et bien que cela soit avec des mots morts il n'en demeure pas moins qu'ils résonnent,et il faut bien du vide pour ça

C'est un peu court ,jeune homme !! lui asséna-t-il avant de reprendre la main ou le flambeau .
Depuis le temps que je déblatère à perdre salive dans le désert même
pas un chien pour aboyer après la voix.Tu recherches un homme à tout
faire la preuve parle image : eve du beau flanc jaillit (
ADAMA, c'est ADAM MA, l'homme-quoi, l'homme qui pose des questions
) et endossa dès lors le rôle de l'autre.
Non ,ici tu n'es pas seul

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Message par Bergame le Mar 24 Mar 2009 - 22:34

Eve aurait-elle donc les réponses ?

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Message par lanK le Mer 25 Mar 2009 - 18:13

Ben ouais,tu savais pas ?
Elle est de mèche avec les esprits,elle entretient une connexion directe mais qui n'est pas de l'ordre du discours,donc on pourra rien lui soutirer vu que l'affaire ne se traduit pas ,elle est hicule .
C'est elle qui nous fait société,nous porte en son sein .
C'est elle qui nous divulgue l'inquiétude de la béance à la manière dont elle panse .
Il est peut-être commode de penser qu'elle soit sortie d'une pentecôte ,mais elle avait déjà fait le nid,je crois .

Donc,je n'en sais rien .

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Re: en avant

Message par Bergame le Dim 29 Mar 2009 - 15:14

Mais si nous savons. Nous savons beaucoup de choses. Mais nous ne les disons pas. Et nous savons même pourquoi nous ne les disons pas.

Merci, lanK, merci ! Ce n'est pas ce que je voulais. Où est-il, le lièvre avec son gyrophare sur la tête ? Et le meurtrier de sa famille ? Et les autres ? On ne bâtit rien, seul.
Tant pis.
Toujours ça.
Je me suis trompé. Je suppose que l’homme, chaque fois, fait la même erreur. Il découvre un nouveau monde, et y contemple le reflet de son âme. Il croit qu’il peut créer, concevoir, bâtir librement, à l’image de ce qui lui semble beau et bien et juste. Mais la page blanche n’est jamais vide. Il faut apprendre. Comme lorsqu’on voyage, de cité en cité, il faut se dépouiller de ce qu’on était. Il faut mourir, d’abord. J’avais oublié. Maintenant, je ne souffre plus.
La mort, finalement, hi hi, c’est une pensée réconfortante. C’est la pensée qu’en dernier recours, acculé de toutes parts, dos au mur et submergé par le nombre, il reste toujours une issue. « Vous ne m’aurez pas vivant ! » Je suis sans doute bien présomptueux, mais voyez-vous, c’est la parole du Héros, de celui qui peut combattre jusqu'à la fin, car lui, et lui seul, sait qu’il y a toujours une fin. C'est la parole du Noble, également, pour qui la vie ne prend son sens que dans une ultime charge meurtrière et désespérée, de celle qu'on quitte dans un nuage de sang et couvert de la gloire des armes. Elle nait ici, la liberté, la véritable liberté de l'homme libre, celui qui sait que tout chemin a une fin -et qu'il peut la choisir. Hue donc, Rossinante, et reprenons la route.
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. »
Petite futée !

Evidemment, Martin a vu quelque chose, là, je le soupçonne d’avoir voulu, en quelque sorte, remettre Friedrich sur la tête. Il y a quelque chose qui parle à l’homme. Ce n’est rien de naturel, non non ! même si cela en a toute l’apparence. Car la nature ne parle pas, la nature ne dit rien, et cela, il est vrai, Friedrich l’avait bien vu.
Aussi, chez Martin, est-ce suffisamment magnifique, c’est la chose elle-même qui, dans l’infinie diversité de ses manifestations, s’approche de l’homme et lui égrène doucement ses multiples noms à l’oreille. Pour peu que l’homme les entende et sache les prononcer à son tour, hop ! voila qu’elles apparaissent devant l’œil, l’espace d’un éclair, avant de se fondre à nouveau dans l’indicible et le retrait de l’être. Comme les choses sont timides sous le regard de Martin ! Et comme l’homme est grand.
Mais il faudrait alors se demander : Pourquoi les choses sont-elles si timides ? La réponse viendrait d’elle-même –et elle est d’ailleurs bien plus effrontée avec moi qu’avec lui !- elle ne l’est pas. Elle vient, elle parle, elle appelle, elle est là, présente, offerte, donnée. Elle ne demande qu’à advenir, la mignonne, mais c’est l’homme, hélas, qui ne sait plus l’écouter. Pauvre petit homme !...
Voici ce que l’homme est, et voilà ce que nous voudrions qu’il soit. La philosophie a-t-elle jamais eu un autre discours ? Mais je le demande, et je le demanderai encore : Qui parle ? Tel est le chemin. Et sans doute le demanderai-je toujours à l’heure dernière. Car n’en doutons pas : L’intelligence de l’homme est extraordinaire ! Toutes les questions trouvent leur réponse.

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Message par Bergame le Lun 30 Mar 2009 - 13:09

Je pleure. Je regarde ce qui naît, et je pleure. A peine né et déjà mort. Je pleure. Accoucheur de l’accouché, je sais maintenant que je me suis trompé : C’est pour la sage femme que la vie est une longue souffrance. Adam, lui, d’une manière ou d’une autre, meurt en couches. C’est sans doute ce qui rend les interlocuteurs de Socrate si peu crédibles : Ils acquiescent sans comprendre, comment le pourraient-ils ? Nevertheless : J’aurais vraiment préféré trouver un homme ! Mais lorsque je regarde Eve, je comprends qu’elle fasse peur. Je comprends tout. Et je pleure.

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Message par Bergame le Lun 30 Mar 2009 - 17:44

Masculin/féminin, un/multiple, moi/autre, connu/inconnu, vie/mort, que me reste-t-il à détruire ? Où te caches-tu donc ? Ah bon.
Supposons que quelque chose "vive" en moi, que je sois "habité". Comment pourrais-je le savoir ? Je ne le pourrais pas. Je ne pourrais tout au plus, peut-être, éventuellement, que le voir. Pour cela, il faudrait que je redevienne animal un instant. Il faudrait que je puisse faire appel aux vieux instincts enfouis. Il faudrait que je devienne boeuf et rumine longuement, mollement, patiemment cette idée. Il faudrait que je devienne aigle, qui des plus lointaines hauteurs, aperçoit le détail et reconnaît la proie. Et il faudrait que je devienne serpent, tortueux, rampant, victime et endurant, celui qui juge d’en bas. "L'instinct ne trompe pas", et il me trompe d'autant moins que c'est lui qui, à l'instant, me parle. Il me dit que tout n’est qu’une question de moment et qu’il sait ce qui est bon, maintenant.

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Message par Bergame le Mar 31 Mar 2009 - 11:21

Ce matin au réveil, une idée vint à ma rencontre, une idée simple et claire, comme les premiers rayons d’un soleil printanier.
- Et si tu te trompais, me dit-elle. Regarde mieux le geste de Pythagore : Il se détourne de son maître. Tu le vois ? Il tourne le dos à ce culte d’un autre âge, et marche vers la grande lumière.
Je fus comme stupéfait de cette évidence.
- Oui, oui, je le vois, répondis-je, oui, cela est vrai. Il tourne le dos, et sort de la Caverne. Son regard, alors, se porte sur le monde, n’est-ce pas ?
- Exactement. Souviens-toi les mots de Socrate : « La poésie est la principale concurrente de la philosophie. »
- Mais oui, je le vois, je le vois maintenant. Mais alors, la philosophie, c’est… la science ?
Elle eut la voix tendre et généreuse d’une mère devant l’accomplissement des premiers pas.
- C’est bien cela. Tu le savais, n’est-ce pas ? La philosophie, ça n’a jamais été que le premier nom de la science.
Bien sûr que je le savais ! Maintenant, tout me revenait à la mémoire. Le voile se déchirait enfin, et je fus étonné de respirer plus librement. Comme je m’étais fourvoyé !
- Alors… Le gouffre ? L’abîme ?
- Jolis mots de poète.
Voici donc les paroles qui sauvent ! Voici la magie qui commande l’univers ! Voici les deux moitiés réunies et la confiance retrouvée ! J’accueillais en moi le Verbe qui s’engouffrait comme un vent puissant, se répandait en brises nouvelles, et faisait résonner doucement, une à une, les cordes de mon âme prodigue. La dernière, pourtant, la plus petite, la plus aiguë, rendit un son circonspect.
« Hé ! un instant ! Dis-moi encore une chose : Lorsque le poète écrit « je n’aurais qu’à souffler, et tout serait de l’ombre », qui parle ?
- Petit futé ! » sourit la bouche sombre.

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