Rapport minoritaire/Minority report

Aller en bas

Rapport minoritaire/Minority report

Message par Vargas le Ven 7 Sep 2007 - 12:20

Rapport minoritaire (la nouvelle/1953)




Résumé : Anderton est le fondateur et le directeur de Pré-Crime, police employant 3 précogs capables de prédire les crimes avant qu’ils n’arrivent, et ainsi d’emprisonner les personnes avant qu’ils ne commettent leur crime. Les meurtres ont ainsi presque disparu.
Alors que Witwer, futur remplaçant d’Anderton est nommé préfet adjoint, Anderton découvre que le nom du prochain meurtrier est le sien.
Incrédule, il doute de tous, ne sachant pas si le responsable de tout ceci est l’armée, Witwer, le Sénat, sa femme, ou s’il n’est pas coupable en puissance.
L’armée recevant automatiquement une copie de chaque carte identifiant les criminels, il a 24 heures pour s’enfuir ou prouver qu’il s’agit d’une erreur, quitte à prouver la faillibilité du système qu’il a créé.

Amis et ennemis ?

Les suppositions d’Anderton se succèdent et modifient constamment sa représentation paranoïaque de la réalité.
Ainsi, il pense successivement que Witwer cherche à l’évincer, que sa femme Lisa est sa complice de l’intérieur, que la conspiration est plus étendue. Le sénat pourrait se servir de Witwer pour prendre le contrôle de la police.
Puis Anderton se rend compte que le nom de sa future victime n’est pas Witwer mais un inconnu : Kaplan.
Un homme de Kaplan l’alpague et l’emmène jusqu’à ce dernier : c’est un général appartenant à une influente ligue internationale de militaire.
Emmené dans une voiture, un accident de circulation se produit.Un homme, Flemming, le sort du véhicule. Il déclare appartenir à une police des polices (« pour que les chances restent égales »), lui révèle que tout est calculé, que sa femme fait partie de la conspiration. Il lui laisse un message :
« l’existence d’une majorité implique logiquement une minorité. »


- La paranoïa se trouve dans chaque recoin :
La première, affective, concerne sa femme, lui et Witwer. Anderton, à l’orée de la retraite, voit d’un mauvais œil cet homme plus jeune que lui le supplanter. Dans son poste mais aussi auprès de sa femme, Lisa.
La confiance à avoir en celle-ci est un le baromètre de la nouvelle quant à ses doutes sur ce qui l’entoure. Lisa reflète la difficulté à avoir confiance.
Witwer, lui, est à la fois la justice aveugle et l’arrivisme. Il est un autre Anderton jeune et idéaliste.

La seconde s’inscrit dans les enjeux de pouvoir entre Armée, Police et Sénat.
Connaître les intentions de chaque groupe, leur intérêt est le seul moyen pour Anderton de s’en sortir.
Chacun a sa version du réel qui lui est apportée piégée, trafiquée ou obscure.

Entre ces deux niveaux, Anderton doit choisir entre lui et son système, choisissant évidemment le premier en ne croyant pas à sa culpabilité à venir, au début.
Pré-Crime en tant qu’entité est son implication dans la société. S’autonomisant, celui-ci devient le piège qui le condamne, mais aussi celui dans lequel il est le plus à même de se dépêtrer.
Le personnage de Jemming est celui qui véhicule la méfiance, qui conforte Anderton dans ses craintes, qui le pousse à croire toujours plus au complot et à l’implication de sa femme, comme une conscience orageuse.
A la précognition fragmentaire des évènements répond une forme de vouloir-croire.

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Nombre de messages : 772
Localisation : Vocalisation
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Pré-pensée

Message par Vargas le Ven 7 Sep 2007 - 12:26

Précognition et pénalité

Dans ce futur, le système de sentence ( qui ne console pas des pertes) et de peine (qui n’empêche pas le crime de s’accomplir) a été aboli avec Pré-Crime.
Néanmoins, en arrêtant et en plaçant en camp de détention des gens avant qu’ils ne commettent l’irréparable, c’est le statut même de criminel qui est modifié.

« L’accomplissement d’un crime relève de la métaphysique absolue. Nous les proclamons coupables. De leur côté ils se proclament éternellement innocents. »
Dès lors, apparaît l’expression de criminels en puissance. Plus de crime majeurs, mais « un camp de détention rempli de criminels d’intentions. »
En somme l’intention de tuer détectée et la capacité de passer à l’acte prouvée par les préconnaisseurs est leur unique et suffisante charge d’accusation.

Le système fonctionne sur les visions de 3 précogs (Donna, Jerry et Mike). A chacun correspond un rapport traduit de leur prophétie.
Généralement, 2 tombent d’accord et fournissent un rapport majoritaire – le futur à venir. Le troisième différant légèrement devient rapport minoritaire.
Les précogs, comme dans la nouvelle L’homme doré, ne sont pas humanisés. Qualifiés de crétins, comparés à des végétaux, surnommés « les singes », ils ne peuvent que balbutier et une machine s’occupe de retranscrire leur vision.
Détectés très jeunes pour leur don, ils sont formatés par le gouvernement tandis que leur don de précognition a absorbé leur personnalité.

***


- On peut lire la nouvelle comme une transposition du système pénal :
La présomption d’innocence devient présomption de culpabilité. Une culpabilité en intention et non pas en acte.
K. Dick inverse fréquemment les codes d’un système pour le remettre en question (dualité probabilité/multitude des avenirs dans L’homme doré, par exemple).
Dans Rapport minoritaire, c’est le rapport entre jugement et acte criminel qui est altéré. Remplaçant connaître par prévoir dans la sphère du jugement, c’est la certitude pénale qui est touchée.

Si dans la nouvelle, le fait de décider en fonction de préconnaissance ne prévient pas les erreurs, dans la réalité, la certitude pénale ne fonctionne-t-elle pas comme prévision ?
Dès lors, pré-cognition est appliquée par rapport à l’avenir tout comme la pré-disposition est prise en compte par rapport au passé (l’innéisme génétique, par exemple).
C’est l’enjeu libre-arbitre / prédétermination.
Ainsi, Pré-Crime est définie dans la nouvelle comme une organisation prophylactique. C’est-à-dire comme une médication préventive, détection virale.

Or, les 3 rapports des précogs sont un à un périmés au fur à mesure qu’Anderton les lit. Le fait de les connaître modifie son comportement.
D’autre part, l’avenir prévu, la vérité/réalité correspond à la dernière lecture non-contredite. Sous-entendue qu’une nouvelle lecture changerait à nouveau la donne.
Dès lors, même une prophétie entièrement juste est transitoire, dépend de sa connaissance.
Qu’on pense à l’oracle de Delphes dans la tragédie d’Œdipe : c’est le fait d’apprendre son destin qui va le faire s’y précipîter en tentant d’y échapper.


- Ainsi chaque dernière lecture non-contredite est un jugement.
Le fondement pénale est toujours l’assertion d’une vérité, d’un rapport majoritaire.
Dans le cas d’Anderton, celui-ci est le seul à comprendre qu’il y a en fait 3 rapports minoritaires, successifs.

Le majoritaire implique un minoritaire. Le contraire n’est pas forcément vrai.
Chaque groupe d’intérêt lit le rapport qui le conforte dans son affirmation/jugement de l’avenir et agit en conséquence :
- la police en fonction du rapport pseudo majoritaire de Donna.
- Kaplan en fonction de celui de Jerry censé être le seul minoritaire.
- Anderton partant de celui de la police, lisant celui de Kaplan puis, avec le dernier de Mike, comprenant l’ensemble et sachant ce que Kaplan a lu.

Ainsi la prise en compte des 3 rapports, dans l’acception de la précognition se fait dans le sens des aiguilles d’une montre. Leur lecture, dans la connaissance du passé se fait sans le sens inverse. Les 2 mouvements s’annulent.
Dès lors, l’avenir est indécidé, Anderton sort de la roue des précognitions.
Ironiquement, Dick fait suivre à Anderton l’avenir pré-vu par Mike en toute connaissance de cause. Seul celui de Mike disait vrai car il n’y avait aucun rapport pour invalider ses dires.


Le fait de connaître la sentence, de savoir qu’on sera détecté est justement ce qui fait la réussite de Pré-crime : sa capacité de dissuasion, (auto-suggestion).
Mais dès lors que le système conçoit l’assertion de son jugement comme absolu, qu’il refuse la possibilité que connaître son avenir, en avoir une maîtrise pédagogique permet de le modifier, le caractère arbitraire, sanitaire annihile la possibilité de "répondre" (auto-justification).


Dernière édition par le Sam 8 Sep 2007 - 14:34, édité 2 fois

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Nombre de messages : 772
Localisation : Vocalisation
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L'adaptation au ciné

Message par Vargas le Ven 7 Sep 2007 - 12:41

Minority report (le film/2002)


Modification

Anderton n’est plus le vieil homme directeur et fondateur de Précrime mais le chef de la section et d’age moyen.
Le rapport entre lui et Précrime demeure mais il est dédoublé avec le personnage de Lamar Burgues, vieux politicien « père » de Précrime.
Witwer, souhaitant, désormais ostensiblement, prendre sa place, est quant à lui l’agent du ministère fédérale de la justice censé fouiner en vue de l’iimnent référendum visant à éltendre Précrime de Washington DC à tout le pays.
Les précogs s’appellent désormais Agatha, devenant l’élément-clé des trois et les jumeaux Arthur et Dashiell.

Enfin, il n’est plus question d’armée ni de Kaplan. La désignation d’Anderton comme futur meurtrier est un piège clairement prévu d’avance.
Plus explicitement que dans la nouvelle, et sans le nuage de paranoïa frénétique faisait que presque chaque page venait modifier la compréhension du réel, dans le film il est plus clairement question d’une faille du système employée consciemment.
Les intentions ne sont plus à démeler mais à dévoiler progressivement.


- Quant au scénario, il ne repose plus de façon aussi complexe sur la successivité des rapports. Il n’est plus question de 3 rapports minoritaires. Pour Anderton, il découvre n’y en a aucun pour lui.
En revanche, une seconde affaire basée sur un rapport minoritaire vient recouper le tout. C’est par la résonance entre cette affaire et celle d’Anderton que le scénario se dévoile.
Par moment, on retrouve des références directs à la nouvelle : au sujet du statut du meurtre : « l’acte en soi, c’est métaphysique »
Ainsi, si Anderton revient à Précrime pour trouver le rapport minoritaire, celui indésirable car permettant le doute sur le système, est caché dans la tête d’Agatha. Il s’enfuit avec elle.

Recréation

Le film va plus loin que la nouvelle en fournissant des explications techniques, scientifiques, en développant le cadre juridique.
Ainsi, alors que dans la nouvelle il ne nous est dit que le fait que les prophéties étaient retranscrites par des machines à partir des balbutiements des précogs, le rapport au drogue, les expériences génétiques ratées visant à la base à soigner ceux ayant le don de précognition, le rendu visuel des prévisions et le travail d’investigation à partir de celles-ci (il faut « gratter l’image », la date du crime étant la seule autre données sure), viennent épaissir la consistance du système dans le film.
Les meurtres se divisent entre ceux prémédités prévus 4 jours à l’avance et ceux non prémédités et généralement passionnels prévus seulement quelques heures à l’avance.


D’autre part, les explications ainsi que les tenants et les aboutissants des machinations et des visions sont explicitées en fonction du passé traumatique des personnages. La mise en scène souligne aussi cette dimension traumatique (Anderton, grattant l’image de son futur crime est pris sur le vif, comme s’il était déjà en train de tuer ; le même jeu se retrouve avec Agatha) .

Les précogs ressassent les cas graves, les meurtres même après qu’ils aient été empêchés. Ils sont appelés écho, déjà-vu précog. Ce phénomène recoupe la question du rapport minoritaire.
Anderton, lui, a perdu son jeune fils, probablement enlevé, peu avant que le projet Précrime ne soit démarré et qu’il le rejoigne 6 ans auparavant. Depuis divorcé, il se drogue constamment. Enfin, tout s’explique en fonction d’un crime originel lié à la naissance de Précrime


Des singes aux divinités

Dans le film, le caractère métaphysique de la précognition est retravaillé pour fournir une piste de compréhension. Les précogs, en regard à la paix apportée et au secret qui les entoure, sont déifiées, considérées implicitement par de nombreuses personnes comme possédant un don divin.
D’autre part, ils sont, bien que réifiés dans le système précogs, humanisés par rapport à la nouvelle (dans laquelle ils avaient un corps informe). Ainsi Précrime est né par erreur des tentatives vaines de les guérir de leurs continuels cauchemars de crimes qui se produisaient réellement. Comme par enchantement, dès qu’Agatha est emmené par Anderton, elle peut parler ("Is it Now ?"/ "Il est maintenant ?")

La question de la prédestination et du libre-arbitre soulignée dans le film doit certainement quelque chose au protestantisme.
Mais c’est plus encore la fibre du tragique grec antique qui est employée.
La salle dans laquelle ils se trouvent est surnommée le temple et certains préflics pensent leur rôle comme une intervention dans la destinée humaine (plus proches d’un clergé que de la police telle qu’elle existait auparavant).

Le terme d’oracle revient à quelques reprises et les touches d’humour relèvent fréquemment de l’ironie tragique.
Enfin un jeu sur la vision différant de celui employé par K .Dick est utilisé.
Ainsi, un dealer sans yeux (« Aux royaume des aveugles… »), le geolier des précriminels (« quand on remonte dans le passé, on ressort tout sale) » mais aussi la conceptrice et mère de Précrime, Hineman sont dans leur rencontre avec Anderton comme animés par une parole prophétique.

Le rapport au mythe d’Œdipe est aussi évident : les holopubs se trouvant partout balaient l’empreinte oculaire des passants pour les faire leur marketing en les appellant par leur nom. Pour avoir une chance de ne pas être retrouvé, Anderton devra s’enlever les yeux pour les remplacer.
Enfin, le machination dans laquelle il est victime est bouc-émissaire se base sur le fait de considérer comme une fatalité la prophétie qui le déclare criminel.
Toute la question est de comprendre qu’on a le choix, et si ou, ce qu’on en fera.
Cette leçon se retrouve à la fin du film qui ne suit pas celle, fort cynique, de la nouvelle.

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Nombre de messages : 772
Localisation : Vocalisation
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Rapport minoritaire/Minority report

Message par Iluvatar le Sam 8 Sep 2007 - 14:10

Remarque sur les rapports majoritaires/minoritaires :

Tu dis : "Chaque groupe d’intérêt lit le rapport qui le conforte dans son affirmation/jugement de l’avenir et agit en conséquence"

Je crois que ce n'est pas comme ça que ça se déroule. Tout d'abord, la police ne lit pas le rapport qui la "conforte", elle ne lit que la carte qu'elle a invariablement eu depuis la création de précrime. Ensuite, pour ce qui est de Kaplan et d'Anderton, ce n'est pas à un rapport qu'ils se tiennent, mais à une "lecture", un "décodage", des trois rapports :

-Kaplan pense qu'il existe un rapport minoritaire (Jerry) et deux majoritaires
-Anderton pense tout d'abord comme la police, il ne se fit qu'à son système de carte perforée qu'il a toujours suivit; puis il pense comme Kaplan, enfin il se rend compte qu'il n'y a pas de rapports majoritaires, mais que les trois rapports sont minoritaires.

Il a trois "degrès" de lecture des rapports :
1-Tout va bien, la carte perforée donne le bon déroulement du futur, la notion rapport majoritaire/minoritaire n'est là que pour conforter la théorie des futurs multiples (même si Witwer présente l'inverse dans la nouvelle) et donc permettre à précrime de fonctionner, de changer l'avenir.
2-Le système est erroné, la carte perforée ne donne pas le déroulement nécessaire de l'avenir, la notion rapport majoritaire/minoritaire est essentielle, elle permet de dire que le système fonctionne mal, que précrime a sans aucun doute enfermé des milliers d'innocents.
3-Les trois rapports sont minoritaires, le système n'a qu'un problème, le préfet de police qui peut voir les rapports peut alors choisir quel rapport sera effectif, et donc vrai.

Les deux premiers degrès ont une lecture superficielle des rapports, ils ne voient pas comme au troisième degrès, que si deux rapports concordent quant au résultat final (Anderton tue Kaplan), pour autant, ces deux rapports ne sont pas du tout identiques, et les "fusionner" n'est pas correct.
Si au troisième degrès on voulait rester à la lecture majoritaire/minoritaire, on ne pourrait dire que : rapports à résultat majoritaire/rapport à résultat minoritaire.

Mais Anderton le dit bien, un rapport majoritaire n'est qu'une illusion.

Au final, on remarque tout de même que le troisième degrès n'est pas encore parfaitement correct. En effet, si Anderton fait intervenir une notion de libre arbitre face aux trois rapports et surtout face à la carte perforée qu'il a pu voir, on remarque tout de même que le système est parfait, le résultat est bien celui annoncé par la carte perforée et Anderton a tout de même l'air d'avoir agit selon la "chronologie" déterminante des trois rapports.


J'en viens donc à "l’existence d’une majorité implique logiquement une minorité". J'ai bien l'impression que c'est un peu ironique/parodique cette phrase de Dick (oui oui, ça rime). Le côté grande phrase soi-disant mystèrieuse qui est censée révélée tout la vérité une fois élucidée...
Je suis conforté dans cette idée quand je vois que le film dans son approche sans subtilité tout hollywoodienne prend cette phrase comme élément clé du film, LA phrase choc. En effet le film s'arrête au degrès 2, au r"apport majoritare faux/rapport minoritaire vrai", et permet au passage de tomber dans le féminisme inutile de propagande actuel avec Agatha (le personnage le plus horripilant de toute l'histoire du cinéma).


Bref, croire qu'il existe un rapport minoritaire et deux majoritaires est une erreur d'interprétation. J'y vois le procédé narratif classique de Dick, le héros est face à une réalité qui se disloque, qui est remise en question par ses sens, par un fait, ou par une théorie, et devant ce brouillard, il trouve des interprétations qui permettent d'unifier la réalité, interprétations de la réalité qui se succèdent dans le scénario afin de créer un suspens de tous les instants, mais surtout, et c'est ça qui nous intéresse ici, interprétations qui s'approchent de plus en plus de la réalité, au fur et à mesure que le scénario avance. En l'occurence, l'interprétation "majorité implique minorité" est plus proche de la réalité que la première interprétation que se faisait Anderton ("complot organisé par Witwer"), mais elle reste fausse.

_________________
"-Braddock ! Faites attention où vous mettez les pieds...

-Je mets mes pieds où je veux little John...et c'est souvent dans la gueule."
avatar
Iluvatar
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 35
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur http://moutonselectriques.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Rapport minoritaire/Minority report

Message par Vargas le Sam 8 Sep 2007 - 15:14

Tu joues un peu sur les termes. Mais dans l'ensemble on est d'accord.
J'ai essayé de moins rester dans le texte, moins dans le descriptif pour en relever un niveau qui fait système, quitte à passer sous silence certaines spécificités que tu as relevé.

Oui, la police est confortée car il n'y a pas de remise en cause de son système (et au début, ça se joue sur la carte perforée, mais ensuite c'est le coup monté qui prend le dessus, et donc les enjeux, l'opposition Kaplan/Anderton).
Pour Kaplan et Anderton, les décodages dont tu parles dépendent entièrement du rapport qu'ils ont lu en dernier.
Tout décodage part et s'éloigne d'un rapport, d'un point de vue, d'une autorité.

En somme, ces rapports, expriment aussi des durées, des points de vues.
On peut rapprocher ça du rôle de l'observateur en épistémologie (celui de Schrodinger, par exemple", du principe de réfutabilité.
Mais aussi du status provisoire d'une vérité établie (juridique, historique, etc...).

Il y a juste un point sur lequel on n'est pas d'accord, mais il est de taille :
le système n'est pas parfait. Anderton ne suit pas la prévision : il l'utilise à son avantage (importance du moment et de l'ordre de la lecture du rapport, mais aussi des intentions) afin que le sytème ne soit pas remis en cause, et qu'il puisse s'en sortir.

De même, la question du majoritaire et du minoritaire va dans ce sens :
on écrase les différences pour justifier un quadrillage.
Il ne s'agit pas seulement de conforter la thèorie des futurs multiples.
Il est aussi question de hiérachie, de rapports de force, de codes.
Dans beaucoup d'oeuvres de Dick, on retrouve une lutte entre entités aux rangs disproportionnés, et dont l'équilibre donne souvent le rythme, le ton et l'intrigue de l'ensemble (Ubik, le Dieu venu du Centaure, etc...).

Cette idée d'un majoritaire et d'un minoritaire on la retrouve chez Deleuze au sujet de Kafka entre autre. Et elle a une base schizophrénique.
Or K.Dick est souvent dans ce ton, dans ces angoisses.
Ici, aussi tension, instabilité :Anderton, en tant que fondateur de Pré-crime est dans le majoritaire. Seulement le fait qu'il soit accusé d'un futur meurtre l'amène à passer dans le minoritaire. etc...

Jusqu'à en jouer d'ailleurs : la longueur des noms très syllabiques donne souvent son statut au personnage.
Donc cette phrase "Une majorité implique une minorité" est à la fois parodique car elle exprime le lieu commun de la conspiration, de la paranïoa, à la fois révélatrice en ce sens que la majorité écrase les autres points de vue, fait oublier le fait qu'il puisse y avoir d'autre "points de vue" minoritaires indépendants.
D'ailleurs par qui cette phrase est-elle énoncée ? Un agent de la conspiration, un oracle de Delphes actif et mauvais.

Vargas
e-Vok@teur
e-Vok@teur

Nombre de messages : 772
Localisation : Vocalisation
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Rapport minoritaire/Minority report

Message par Iluvatar le Sam 8 Sep 2007 - 15:38

Oui, je suis d'accord sur le fait que le majoritaire/minoritaire est un élément tout de même important, car il permet de décrypter une des grandes lignes de Dick, la réalité double (voire multiple). Une écrasante, majoritaire justement, et une écrasée, minoritaire. C'est là où cette nouvelle et cette formulation rapport majoritaire/minoritaire est en effet très intéressante.

J'ai au passage oublié dans ma précipitation de dire que c'était "Un agent de la conspiration, un oracle de Delphes actif et mauvais" qui énonçait le lieu commun "Une majorité implique une minorité" alors que ça allait dans mon sens, merci de l'avoir rappeller.

Et c'est aussi vrai que je joue beaucoup sur les mots.

_________________
"-Braddock ! Faites attention où vous mettez les pieds...

-Je mets mes pieds où je veux little John...et c'est souvent dans la gueule."
avatar
Iluvatar
Digressi(f/ve)
Digressi(f/ve)

Nombre de messages : 35
Date d'inscription : 01/09/2007

Voir le profil de l'utilisateur http://moutonselectriques.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Rapport minoritaire/Minority report

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum