La causalité substituée par l'Éternel retour du même.

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La causalité substituée par l'Éternel retour du même.

Message par Came le Sam 13 Sep 2008 - 21:32

Connaître, au sens de conformer ou de rendre conforme à l’étant de manière théorique et scientifique, au sens qu’une répétition est possible, c’est élargir perpétuellement les concepts par l’opération de complétude et/ou de rectitude. L’être, en tant que volonté de puissance, se manifeste donc dans le réel qui joue le rôle de l’étant, ce perpétuel rendu présent grâce à l'être. Le particulier naît donc de cet être, en tant que possibilité de l’être possible. Lorsque nous entendons et voyons quelque chose de vrai, nous assistons à une conformité entre le possible (être) et la possibilité (l'étant). L’opposition que Nietzsche soulève lorsqu’il nous présente l’art comme supérieur à la vérité, n’est que l’illustration d’un problème fondamental relevant de la philosophie elle-même. Il replace le sujet dans une position prioritaire face à l’étant, il favorise l’affect qui naît de la relation sujet-objet et qui prend racine dans cette exposition même du sujet face à l’étant, son objet au présent. Cette inversion platonicienne donne lieu à une refondation de la métaphysique elle-même.


La causalité dont le principe de raison est la synthèse du temps, de l’espace et de la substance inspire la logique qui règne au sein du ressentiment; bien entendu par des analogies triviales, mais bien réelles. Nous avons oubliés aujourd’hui cette relation de cause à effet qui réside au sein de notre moralité et qui prend la forme subtile de la relation entre l’intention et l’action. La causalité, en tant qu’analogie, inspire cette logique du ressentiment qui est celle des esclaves trop ancrés dans le réel pour s’en détaché. (Voir Critique de la chrétienté http://digression.forum-actif.net/nietzsche-f21/critique-de-la-chretiente-t256.htm[/url])

Généalogie de la morale section 10

-L’insurrection des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et engendre des valeurs : le ressentiment d’êtres tels que la véritable réaction, celle de l’acte, leur est interdite [Leur ressentiment est leur réaction par manque de possibilité], qui ne s’en sortent indemnes que par une vengeance imaginaire. Alors que toute morale noble procède d’un dire-oui triomphant à soi-même, la morale des esclaves dit non d’emblée à un «extérieur» [Entre guillemet pour signifier qu’il ne s’agit pas de l’étant mais d’un sortir hors de soi au sens d’une action], à un «autrement» [au sens d’un agir indépendant et autonome], à un «non-soi» [une négation de soi]; et c’est ce non-là qui est son acte créateur [au sens où l’étant devient cause de ressentiments]. Ce retournement du regard évaluateur, cette nécessité pour lui de se diriger vers l’extérieur [en tant que cause] au lieu de revenir sur soi appartient en propre au ressentiment : pour naître, la morale des esclaves a toujours besoin d’un monde extérieur [cause], d’un contre-monde, elle a besoin [la morale des esclaves], en termes physiologiques, de stimuli extérieurs pour agir; son action est fondamentalement réaction.



L’acte lui-même n’est pas porté hors, mais demeure en tant que condition imaginaire une position à l’égard de l’autre, en tant que « le méchant». Le Dieu vengeur, arme de l'esclave, devient sa force. Son acte créateur est un refus d’obtempérer à son propre commandement. Comme le ressentiment est inconnu du noble en lui-même, son acte n’est pas réaction, mais expression de soi, au sens affirmatif, c’est-à-dire langage au sens large, soit un élargissement par un acte de création; l’évaluateur, qu'est le noble, devient artiste. Il conçoit de nouvelles valeurs sur les cendres des anciennes. Le pouvoir de concevoir est toujours, selon Nietzsche, le privilège d’une caste supérieur. Sa dialectique n’est que prétexte à son affirmation, elle se déploie comme une illusion et c’est en ce sens que se trouve valorisé l’art en tant que manifestation de l’affirmation de soi.



Schopenhauer dit à la section 34 du Monde comme volonté et représentation :



Lorsque, s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de la façon vulgaire [Ce renoncement schopenhauerien n’est justement pas un renoncement chez Nietzsche, mais une affirmation dans l’optique où l’affect deviens la résonnance issu du choc avec l’étant sur la paroi de l’être.]; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison, les seules relations des objets entre eux, relations qui réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi [la cause], ni l’à-quoi-bon [le motif] des choses, mais purement et simplement leur nature [leur aspect]; lorsqu’en outre on ne permet plus à la pensée abstraite, ni au principe de raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition; lorsqu’on s’y plonge tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice ou tout autre; du moment qu’on s’abyme dans cet objet, qu’on s’y perd [verliert], c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu, sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur [ Ce sujet pur semble être chez Nietzsche l’état originel du noble. Peut-être s’ait-il trompé lui-même là-dessus.], comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet était seul [l’objet de perception]



Ce qui est connut par cet état perceptuel, c’est l’objectité, au sens où elle est cette idée qui s’actualise sur le présent. Une idée en constant renouvellement à l’image du devenir.



Dans l’avant-propos de la Généalogie de la morale, à la section 1, Nietzsche nous fait part de la difficulté que rencontrent les hommes de la connaissance à se connaître soi-même. Cette connaissance dont-il parle est celle de l’immuable, une connaissance comme écrite dans le ciel. Quel contraste avec la réelle connaissance de soi qui va toujours en se renouvelant ! Comment alors est-il possible de composer un système sans s’entortiller soi-même dans ses propres paroles ? En mettant le lecteur au courant qu’il s’agit non pas d’un système, mais d’un processus de création de concepts qui connait l’essence du changement perpétuel. Notre être est en ce sens, un inconnaissable en termes d’immuabilité. Nous est-il possible alors de conserver cette dénomination d’«être» ? Serait-il plus approprié de parler de l’«être» en termes de forme ?



La psychologie est selon Nietzsche une morphologie et une théorie génétique de la volonté de puissance. (Voir section 23 de Par de-là le bien et le mal) Mais qu’est-ce que la morphologie ? C’est une science qui à pour objet d’étude la structure externe d’un corps ainsi que le positionnement de chacun de ses éléments (ou organes) au sein de cette structure même. En soi, la morphologie s’intéresse à la forme et son contenu. En quoi cette forme et le contenu qu’elle sous-entend se trouve-t-elle en relation avec la théorie génétique de la volonté de puissance ? L’art devient, par extension, une morphogenèse puisque l’art est la forme la plus trans-lucide de la volonté de puissance. La morphologie serait en quelque sorte l’étude de ces variations en tant forme trans-lucide. Cette psychologie serait en quelque sorte une physiologie où la structure donnerait l’indice de l’état psychologique. L’art donnerait forme au subjectif et rendrait compte de l’état psychologique de l’artiste, en tant que forme trans-lucide. On rejoint la position théorique actuelle sur l’art.



Nietzsche est ce philosophe des contre-sens qui connaît très bien l’acte de penser qui consiste à une absence de penser lorsqu’elle se limite à penser dans le cadre stricte d’une manière de penser typique à une époque. «… et le plus affranchi d’idées préconçues, et ils ont incontestablement exercés une action nuisible, paralysante, génératrice d’aveuglement et d’illusion.» (PDBM section 23)



«Le sensible est désormais le vrai» Cela implique que la psychologie devienne une lecture des émanations du corps. Nous sommes donc dans l’immanence.



De quelle voie de connaissance s’agit-il ?



L’interprétation du sensible passe donc au premier plan; grâce à la psychologie le sensible doit être interprété à partir de ses manifestations. Le sensible, en tant que totalité émergente se doit de devenir le fondement même de la nouvelle connaissance de l’existence, une existence perçu comme volonté de puissance par sa seule existence. La succession demeure, mais la causalité qui œuvre au sein de cette même succession est maintenant substitué par le concept d’Éternel retour du même. Une fois le cycle accomplit tout reviendra exactement comme cela est maintenant à l’instant décisif où tu es et où l’antérieur et ultérieur ne sont pas.
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