Question sur le Temps

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Question sur le Temps

Message par philodingue le Ven 11 Juil 2008 - 11:35

Ce qui nous donne à penser chez Heidegger ?. Quoi de mieux que l'éternelle question sur le temps ,tiraillée entre l'évidence du bon sens , la rigueur de la physique et les envolées de de l'imagination ? Durée , temporalité, éternité, infinité instant, maintenant , opportunité irréversibilité et destinée etc .. autant de mots qui réfèrent au temps que nous le maîtrisions dans nos horloges ou que nous en subissions les effets dans notre corps . Y -t-il après Aristote , après Kant , après Bergson, après Einstein quelque chose à penser sur le temps ?.Est-il un Être, un étant , une simple condition de la connaissance,, est-il en soi une réalité concrète, autre chose encore , ? Quelque chose en nous ou quelque chose d'extérieur à nous ?

Qu'est ce qui fait temps ?

Toutes ces questions s'emmêlent , se bousculent ,au point que la nature de ce concept , l'être du temps, est toujours plus obscur , les uns sont fascinés par l'éternité, les autres succombent à la sidération du présent , d'autres en réalistes se contraignent à n'en retenir que la continuité physique ,toutes les thèses s'entrechoquent, se contredisent et s'évaporent dès que nous essayons d'en retenir une seule .

Heidegger tente à son tour à partir de ses préoccupations ontologiques fondamentales de nous ouvrir un nouveau chemin . Un chemin vers une conception du temps qui tout en se voulant fondamentale c'est à dire source de toutes les autres ,n'en exclut aucune , les englobe et les justifie à leur niveau respectif à condition qu'elles ne prétendent point à elles seules ,clore le débat sur la question . Ainsi lorsque qu'Aristote pose qu'il y a un lien entre le mouvement et une certaine vision du temps , il se plie aux conséquences directes de ses prémisses métaphysiques , mais il pêche deux fois , une fois en éludant la question de l'extension de ce concept à toutes les approches humaines du temps (notamment le temps opportun des grecs représenté par le Kairos ) et une deuxième fois qu'a très bien saisi Kant lorsqu'il souligne qu'il y a toujours et nécessairement une intuition préalable de ce qu'est le temps en vertu de quoi le mouvement ou même l'objet en soi peut être perçu .Kant fait avancer la question mais reste handicapé par la partialité de sa métaphysique , il ignore plusieurs modalités de ce concept et évite surtout de de s'interroger sur le sens même de sa tripartition entre passé présent et avenir qu'il recueille comme une donnée d'évidence

Heidegger part de son idée de dasein pour reprendre toute çà à la base et ouvrir les voies d'une nouvelle compréhension du temps . Il se demande d'abord ce que l'on entend trivialement par passé , présent et avenir ? Pour qu'une telle tripartition qui concerne l'étant en général , le monde objectif et pragmatique,ait pu s'installer si impérialement il faut d'abord et avant tout que ces termes ait une signification directe et préalable d'être pour le Dasein, qui lui ne comprend que le langage de l'être .Où donc apprendrait-il ce qu'est le passé et l'avenir, comment les distinguerait-il, si cet à priori , comme le soutient Kant, ne peut être lu expérimentalement dans les choses ? ,C'est à partir de la mobilité propre du Dasein en tant qu'être en projet qu'Heidegger entreprend d'exposer le sens premier qu'il donne à ces termes .La démonstration complète est complexe et demanderait une répétition entière des mouvements autocentrés du dasein qui dépasse de loin , le cadre d'une contribution au forum

A titre d'exemple et de mise en bouche je citerai l'un des moments , à mon sens ,le plus curieux et le plus significatif de cette démonstration ,celui qui fait état de l'ÊTRE-ÉTÉ qui n'est pas un être qui a été auquel notre esprit conditionné voudrait inlassablement le ramener mais une structure, une, originale et originaire , un temps propre dans la temporalité du dasein que seule une herméneutique de notre propre existence nous fait découvrir .Phénoménologiquement nous ne sommes pas le résultat de notre passé , mais nous sommes à tout instant , strictement notre passé Penser "l'être-été" en dehors du temps physique , sans référence au passé est , d'après moi, la première et importante difficulté à la compréhension de la dynamique du temps chez Heidegger ..

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Re: Question sur le Temps

Message par philodingue le Sam 14 Mar 2009 - 16:59

Je suis étonné du peu d'intérêt des participants pour cette question du temps .La signification du temps serait-elle si évidente que la philosophie n'aurait rien à en dire ? Faut-il laisser ce thème aux scientifiques aux auteurs de science fiction ou aux poètes ? Pourtant Aristote n'avait pas hésité à s'y attaquer comme à un objet ordinaire de la métaphysique . Sa démonstration du sens du temps comme nombré du mouvement est si éblouissante de virtuosité qu'elle a satisfait 2000 ans de cogitations sans aucune contestation possible . Et puis est arrivé Heidegger et notre rapport au temps à la temporalité ne sera plus jamais tout à fait le même .

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Re: Question sur le Temps

Message par Pierre Rivière le Dim 15 Mar 2009 - 6:22

Je pourrais ajouter une considération afin de faire progresser l'exploration phénoménologique du temps. Ces considérations sur l'être-été m'ont remis en mémoire un développement que je jugeai important au moment où il s'est présenté à moi.

De façon générale, on conçoit que nous sommes dans la situation du présent et que le passé se déroule derrière nous et que le futur s'étend devant nous. Ainsi, nous appréhendons le temps avec une considération spatiale du
déroulement d'une ligne sur laquelle un point, notre présent, progresse.

Pourtant, cette conception se modifie lorsqu'on considère que le passé n'existe qu'en tant que maintenu au présent par notre mémoire ou, pour m'exprimer plus phénoménologiquement, en tant que nous projetons un horizon temporel "devant nous", i.e. au futur, et que nous incluons dans celui-ci la présence du passé. Ainsi, le passé que nous maintenons au présent est en vérité le maintient d'une présence que nous perpétuons à nos côtés dans notre projection temporelle originale vers le futur.

Cette observation a notamment l'avantage de rendre absurde l'idée d'une réversibilité du temps puisque cette idée présuppose la continuité du temps comme le passage du passé vers le futur; tandis qu'en vérité nous nous portons vers le futur sans que le passé ait une existence ontologique. Il n'a qu'une existence fantomatique par la conservation, en notre être temporel, de l'accumulation d'expérience de l'être à partir de l'être (de mon expérience, en tant qu'être, des étants qui sont).

Une question peut surgir à la suite de ces développements : pourquoi maintiens-je mon passé au futur? pourquoi suis-je ainsi formé par une empreinte des évènements qui m'affectent? D'où revient la métaphore d'Aristote comparant l'intellect patient à de la cire vierge dans laquelle on fait une empreinte. Un embryon de réponse viendrait de l'identité, dans mon être comme manifestation de l'être et dans l'étant en tant qu'il est manifesté à l'être, de l'être dans chacun de ces deux cas. D'une certain façon, l'être se réfléchit en lui-même dans l'expérience qu'il fait de lui-même, c'est-à-dire que l'être que nous sommes, présent-au-monde, fait l'expérience des étants manifestant le phénomène de l'être. Ainsi, l'être fait l'expérience de l'être par sa présence dans un monde temporel. Le terme "réfléchit" d'il y a deux phrases peut ici être pris en deux sens. Premièrement dans celui d'un miroir, l'être se regarde lui-même en se manifestant comme présence-au-monde qui sens (sensation) et se représente l'étant qui est. Deuxièmement dans celui de pensée, parce que dans se dédoublement de l'être en lui-même, l'être cherche à se connaître et à s'appréhender lui-même en s'objectivant dans ses manifestations. L'expérience de l'art est ici révélatrice. Afin de connaître l'idée d'une oeuvre, l'oeuvre doit être manifestée dans la matière afin qu'on puisse la saisir consciemment comme cette oeuvre-ci ou cette idée-ci. En se formant dans la matière, elle passe à la détermination.

De la même façon, en maintenant notre expérience du passé à nos côtés tandis qu'on s'élance vers le futur, nous nous déterminons en incarnant progressivement notre propre forme avec plus d'exactitude; réalisant ainsi de mieux en mieux ce que nous sommes.
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Message par philodingue le Mar 17 Mar 2009 - 15:58

"Ainsi, le passé que nous maintenons au présent est en vérité le maintient d'une présence que nous perpétuons à nos côtés dans notre projection temporelle originale vers le futur".

C'est à peu prés çà

Mais essayons de transposer l'idée dans un langage un peu plus heideggerien que j'ai cogité et librement transposé à partir d'une phrase qu'il consacre à l'histoire de la métaphysique occidentale Nietzsche II page 10 Gallimard

" L'être-été libère dans son être ce qui en apparence n'est que passé (l'ayant-été)"

l'être-été est un mode de l'être auprés du monde du Dasein en tant qu'ayant-été, cet ayant-été appartient au monde de l'ouvert ,il est partie constituante de ce monde .Cet ayant été est ce en quoi l'être du dasein est d'emblée jeté , il est donc ce avec quoi le dasein doit compter et se pro-jeter dans la futurition de son être .

L'être-été est une disposition du dasein (une stimmung), qui comme toute disposition peut être en mode authentique ou en mode inauthentique . L'être-été en mode authentique ne se raconte pas d'histoire vis-à-vis de lui-même ( St Augustin , confessions) , il se connaît dans sa vérité .C'est parce qu'il se connaît dans sa vérité et seulement par cela ,que le dasein peut se projeter librement en avant de lui-même .C'est dans ce rapport sans concession à soi-même que le dasein trouve et expérimente sa vérité .

L'être-été est donc un existential , une srtucture de l'existence et aucunement une trace d'un passé révolu .L'être-été n'est aucunement l'effet d'une temporalité , il en est bien plutôt la source et l'origine .Il n'y a pas d'existence sans être-été .

Ce n'est donc pas à peu prés çà pour en revenir à votre phrase , c'est tout autre chose .

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Message par Pierre Rivière le Mar 17 Mar 2009 - 17:41

Monsieur, vous écrivez comme une dissertation.
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Re: Question sur le Temps

Message par Bergame le Mar 24 Mar 2009 - 23:06

Mais, je ne vois pas trop le principe d'aborder la question du temps indépendamment du reste, chez Heidegger. Je me demande pourquoi le temps te semble si important, philodingue. J'ai du râter quelque chose.
Je veux dire : A quoi cela sert-il de se questionner sur le temps ?
Il me semble qu'il y a (au moins) deux grandes manières d'aborder la question du temps. La première consiste à la replacer dans le cadre plus large d'une théorie de la connaissance. Le temps devient alors un problème, qui doit/peut être appréhendé en tant que tel. C'est par exemple celle de Kant et, je crois, celle d'Aristote. La seconde consiste à définir le temps comme un phénomène de l'existence, comme quelque chose qui a lieu et qui s'impose, en quelque sorte, à la pensée, qui est . Je crois comprendre que c'est la manière dont Heidegger l'aborde, et peut-être Augustin d'ailleurs.
Mais dans cette seconde optique, pourquoi élucider ce qui, de toutes façons, est là et ne pourrait pas ne pas être là ? Et surtout : A quoi peut conduire, en fait, cette élucidation ? Le temps est être-été plutôt que passé/présent/futur ? Ou Ereignis ? Il est quadri-dimensionnel plutôt que tri- ? Bon, admettons. Et alors ?
Alors, ou j'ai raté quelque chose, ou le questionnement sur le temps n'a de sens chez Heidegger qu'en lien avec la question de l'être. Non ?
Enfin, j'ai surement raté quelque chose, hein.
En fait, je ne vois tout simplement pas ce que nous apprend l'élucidation de Heidegger sur le temps. Sur l'être, oui, je crois, mais sur le temps, j'en vois pas la portée. :?:

Edit : Ah si ah si, d'accord, je crois que c'est ce que tu essaies d'expliquer albino L'être-été est d'importance au regard de l'authenticité du Dasein. C'est cela ?

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Re: Question sur le Temps

Message par philodingue le Mar 19 Mai 2009 - 22:21

tentative de réponse un peu tardive
pourquoi cette primauté de la question du temps chez Heidegger ?
On peut avancer tout d'abord une raison logique et pédagogique même si ce n'est ni la seule ni la plus importante . Dans sa tentative de déconstruction de la tradition métaphysique et notamment du sous bassement aristotélicien quant à l'approche de l'être, une perception du temps est constamment présente . Pour résumé ,l'une des principales détermination de l'être c'est la présence subsistante , autrement dit pour définir l'être dans sa substance ou dans son acte nous recourons au temps pré-sent . Quand plus tard Aristote vient nous raconter que le temps en tant que nombré du mouvement, est quelque chose du mouvement et que le mouvement c'est un changement de ou dans la substance alors il apparaît qu'Aristote navigue en vérité dans un cercle et qu'il définit sans le savoir le temps par quelque chose qui contient déjà du temps . Il apparaît ainsi par cette remarque que pour parler de l'être il y a lieu en priorité de comprendre le temps et notamment ce qu'implique cette idée de présent ou de présence constante à travers la substance .Ceci dit pour rester dans le champ de la métaphysique traditionnelle .

Mais il est une raison plus fondamentale pour qu'H fasse du temps l'objet principal de ses investigations . C'est dans le courant de son analyse existentiale qu'il rencontre le temps sous la forme de la temporalité du Dasein .Comme tu le sais le dasein a sa propre mutabilité qui n'a rien à voir avec l'idée du mouvement de la métaphysique .Il n'est pas question de reprendre ici tous les mouvements spécifiques de cet étant , le dasein, en recherche infatigable pour la "propriété " de son être , sous la constante menace du néant, mouvements qu'il baptise existentiaux par opposition aux catégories traditionnelles de la métaphysique .H redécouvre ici la pensée néo-testamentaire à travers Paul et Augustin , à savoir l'angoisse du vivant , son insécurité fondamentale , et sa liberté . Le Dasein a à chaque fois à être ce qu'il doit être et il doit l'être dans un monde dont il doit par ailleurs se défendre pour ne pas être submergé par le "ON" .C'est dans l'épaisseur d'une situation saisie d'un coup d'oeil que son être propre se joue , dans le "ou bien, ou bien" d'une décision toujours tardive toujours erronée , toujours à côté de la plaque que le dasein se cherche lui-même , pour se perdre systématiquement .Par ce coup d'oeil le dasein anticipe son être possible à travers la situation concrète qui s'impose à lui , mais cette situation est fugitive car elle dépend elle même entièrement de la mutabilité tournoyante du dasein . Il est toujours trop tard pour être ce qu'il doit être ( ce que sa conscience lui dicte) , le moment opportun passe par quoi le Dasein prend conscience de sa fugitivité et de l'irrévocabilité des situations successives ,deux traits originaires du temps , qui ouvre la voie à la compréhension du temps d'abord comme moment opportun ( le KAIROS des grecs)applati chez Aristote en (passé, présent, futur, le CHRONOS)

Tu comprendras que contrairement à ce que tu avances "que le questionnement sur le temps n'aurait de sens qu'en lien avec la question de l'être " c'est bien du temps pour H que l'être tire son sens à travers la temporalité du Dasein et donc son importance.

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