Le registre tragique chez Hemingway

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Le registre tragique chez Hemingway

Message par Tenzin Dorje le Sam 24 Mai 2008 - 2:10

Je vous fait cadeau d'un petit bout de texte dont j'ai initié l'écriture il y a un certain temps déjà et que j'ai eu l'occasion de re-travailler au pays du soleil couchant. Hemingway, une de mes plumes favorites.


A chaque instant de notre vie, ce qu’on détient est susceptible de nous échapper. On peut même s’échapper (à) soi-même.
Il arrive que la vérité qu’on croyait posséder « se fasse la malle », emportée par les autres : ces requins. C’est selon les faveurs et les défaveurs de la vie ou de la mer, comme le pensait Santiago : « l'océan c'était toujours [...] quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs » . La vérité déchiquetée par les requins, il ne reste plus d'elle qu'un squelette, tout comme il ne restait plus de l’espadon pêché par le vieux qu’un « triste squelette » : vérité dépouillée, nue, sobre comme le style langagier d'Hemingway.
Il ne s’agit pas d’un hasard : si le langage d’Hemingway est squelettique, c’est qu’il se veut au plus proche de la vérité qu’il prétend traduire, une vérité squelettique. Celle de l’existence qui dispense ou refuse de grandes faveurs … mais toujours dispense. L’espadon rongé n’est donc pas sans rappeler l’économie des mots de la littérature hemingwayienne

L’existence et la plume d’Ernest sont toutes deux crue(lle)s, sobres et limpides. Lorsque qu’il arriva que l’auteur veuille écrire la phrase la plus vraie possible, il imaginait une apostrophe simple, brève et sans artifice. L’équivoque n’a pas de place chez lui. Et l’existence aussi est sans équivoque : elle fait mal, ne nous leurrons pas.
Il imaginait une phrase crue comme la vie, crue comme la chair de l’espadon que les requins se sont fait un plaisir d’engloutir. Si Hemingway pêchait la vérité dans l’océan de l’existence, le vieux va pêcher l’espadon – c’est sa vérité. Comme il le dit « Ce grand poisson-là, faut bien qu'il soit quelque part, tout de même » . Ernest et le vieil homme se retrouvent au final avec, dans les mains, une vérité « toute nue » et immangeable : Tantale et le tragédie grecque se profilent sous cette image. Ce qu’on peut retenir, c’est que dans un premier temps, Hemingway, naviguait sur l’océan de la vie, chassait dans la forêt de l’existence, cherchant à pêcher ou à tirer – au clair – le sens de l’existence : « C'est encore rien le mal que lui fait l'hameçon. Mais la faim, et puis de se débattre comme ça contre quelque chose qu'il ne comprend pas, c'est ça son vrai malheur. »
Dans un deuxième temps, après avoir lutté tant et tant, il se heurtait au rocher de la vérité. Un rocher dur qui ne disait rien d’autre que : la lutte pour la vie est la vie elle-même ; la lutte pour le sens et le sens lui-même ; maintenant va, « Endure ton mal comme un homme[...] » et souviens-toi que « un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu » .

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