Theologie du voyage

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Re: Theologie du voyage

Message par Vargas le Mar 3 Juin 2008 - 21:00

Petite distinction : la parole est la mort quand elle est parole usée.

Je pense par exemple à Ricoeur qui parle de métaphore vive, partie poétique à réhabiliter au sein de la pensée, du concept et de la communication, éclair à la René Char,
par opposition à la métaphore usée, ancienne métaphore vieille comme le monde, usée jusqu'à la corde (comme l'objectif en Bolivie qu'évoque Adam) jusqu'à en devenir expression proverbiale.

On peut recouper avec le lisse et le strié, les machines de guerre elle-même capturées chez Deleuze et Guattari, notamment dans Mille plateaux.

Bref, c'est un processus, il y a une alchimie du verbe comme de la parole.
Non on n'a pas encore tout écrit, tout pensé, tout dit.
Oui, la parole emprisonne, pétrifie (Wilde-Kierkegaard connection) .
Bataille Socrate-sophistes à tous ages.

La moutarde de la vie qui tourne au comique, c'est cette usure, le détournement du créer, la balle qu'on ne prend plus au rebond.


Il y a un hétéronyme de Pessoa, Alberto Caeiro, qui invoque la vie avec les sens par opposition avec la pensée qui triche, qui se trompe en raisonnements.
Chez lui, la parole est simple. Elle désobstrue, elle ne fait que dire que les choses ne sont que ce qu'elle sont.
Et pourtant, dans cette parole qui effectue son contraire (la pensée et le langage qui s'évacue, évoque les sensations, mais comme remède à une conscience trop active, réfléchie, véritable voix des poèmes), il y a poésie et lettre ouverte, pratique sur le monde, pratique du vécu.


Pour revenir au voyage, il faut bien ne pas croire que l'usure n'est pas irrévocable pour aller. Sans quoi, ici ou ailleurs...
Même la misère parait moins pénible au soleil Wink

S'il s'agit de quitter plus que de l'aller, mettre les voiles et lever l'ancre hors de sa vie quotidienne, le temps avec l'écart de l'espace peut faire quelque chose à l'affaire :
L'usure s'oublie et les morts qui parlaient ne sont plus que morts.
D'autres re-naissent ailleurs. Parfois dans une autre langue.

Vargas
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Re: Theologie du voyage

Message par Pierre Rivière le Mar 3 Juin 2008 - 21:41

Vargas a écrit:La moutarde de la vie qui tourne au comique, c'est cette usure, le détournement du créer, la balle qu'on ne prend plus au rebond.

Surtout lorsqu'on joue avec soi-même.

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Re: Theologie du voyage

Message par Tenzin Dorje le Mer 4 Juin 2008 - 2:05

Cedric : La parole est un ancrage dans le monde, c'est une partie de la vie.

Adam : La parole ne traduit rien d'autre que le comique ou la mort (elle réifie, elle travaille son objet), elle ne traduit ni le vivant ni la vie.

Ça fait un peu dialogue de de sourds, j'appelle ça "un dialogue monologique". Je parle de ce que la parole traduit, cedric parle du champ (de la vie) dans laquelle elle s'inscrit.
Cela dit, tu as le mérite de vouloir toucher à l'existence, tout comme moi.

Quant a Pierre Rivière, en évoquant le principe de thèse / antithèse = synthèse, même si c'est pour rire, je pense que tu fais du sujet un sujet épistémologique et que ça t'éloigne de l'existence.

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Re: Theologie du voyage

Message par Pierre Rivière le Mer 4 Juin 2008 - 6:31

Je ne crois pas. Je voulais simplement raccorder vos deux points de vue dans une perspective globale du rapport entre créateur de paroles et lecteur de paroles (il me faudrait 2 meilleures expressions...). La boutade était seulement une expression de mon narcissisme silencieux qui vous phagocyte tous deux.

Ceci dit,
cedric a écrit:La parole est tout de même un ancrage dans le monde.

La parole, tout en nous "ancrant" dans le monde, le délimite. C'est tout de même embêtant d'être récipiendaire de ce matériau inerte. De ne jamais pouvoir dire originellement le monde et d'être l'héritier d'une langue déjà parlée, plutôt que de faire soi-même l'expérience qui a vu naître la parole. Cette tare rend le monde quotidien et familier, plutôt qu'étonnant et étrange. C'est une des raisons pour lesquelles il y a tant d'"intellectuels" désagréables, ils n'ont pas une seule pensée pour eux-mêmes. Tous peuvent puiser dans ce monde de signes pour y bricoler quelques idées par-ci par-là et en revendiquer la souveraineté.

Par ailleurs, la parole tout en nous "ancrant" dans le monde, nous met à distance de lui. De là résulte une confusion entre le mot et la chose (zut..., je dois éviter l'épistémologie...). Le sentiment d'angoisse, pour moi du moins, résulte en partie de l'impuissance du langage à traduire le monde (et bang! de retour dans l'existentiel:o). Une infinie distance, ce hiatus infranchissable, entre la parole et ce qu'elle devrait exprimer. Par contre, ceci est seulement la dimension négative, car, dans sa dimension positive, cette distanciation effectuée par la médiation symbolique du langage permet un dépassement de la conscience sensible (l'immersion dans l'immédiateté sensorielle) vers la conscience de la forme idéel (la formulation est laborieuse, mais je n'ai pas encore trouvé le terme juste). Autrement dit, cette conscience linguistique permet de dépouiller une expérience de son caractère particulier et d'exprimer la forme commune à tous les hommes ou à tout l'être. Ainsi, au niveau du monde, même si elle nous le rend étranger (ce qui est à la fois positif et négatif), la parole nous fait aussi prendre conscience de la communauté (au double sens de groupe et de similitude) des esprits qui habitent le langage et le monde. Elle révèle soi et l'autre comme étranger au monde et unit leur communauté de destin en ce monde. (C'est drôle comme tout le texte dit exactement la même chose que la dernière phrase seule. Si on n'avait pas besoin de s'expliquer pour se faire comprendre, on pourrait résumer tout les livres en environ 1 pages.)

Je ressasse un peu le thème, mais se répéter est un bon moyen d'approfondir et de clarifier son sujet.

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Re: Theologie du voyage

Message par cedric le Mer 4 Juin 2008 - 8:23

Adam a écrit:
Adam : La parole ne traduit rien d'autre que le comique ou la mort (elle réifie, elle travaille son objet), elle ne traduit ni le vivant ni la vie.

Prenons l'exemple d'un amoureux qui parle à sa belle. Le désir qui passe par sa voix, qui peut le faire bafouiller, écorcher les mots, dire les choses trop vite, trop basses, le désir qui rythme et module sa voix, ne traduit ni le comique ni la mort mais le désir, à l'occasion la joie, le bonheur, la folie, l'allégresse.

Et même si tu lies le désir à la mort, le désir n'est pas la mort, il en est bien distinct.

La voix, la parole est un pont. Certes, le domaine du sens gravite tout autour d'elle, passe par elle et renvoie au non dit, à des choses qui tentent de se montrer ( gestuelle, attitude, regard...). D'ailleurs, une des "modalités" de la parole est, minimalement, de demander implicitement de l'attention, parler simplement pour que l'autre entende ce qui n'est pas dit, faire un pont. On voit bien ça lorsqu'un individu parle à un autre simplement " pour parler ", c'est à dire pour maintenir quelque chose qui n'est pas dans la parole, pour maintenir le pont.

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Re: Theologie du voyage

Message par Moi le Mer 4 Juin 2008 - 16:04

La parole, c'est l'expression de la vie. Ou du moins on le pense.
De nombreuses personnes ne parlent que pour se sentir en vie, pour que la vie s'installe dans le rapport avec le monde.
Pour moi la parole permet la communication entre les êtres, et une communication vivante. Je ne pourrais jamais "parler" avec d'autres personnes sans rien dire. Je ressentirais un manque. Mais il vrai que cette parole peut être considérée comme incomplète. En effet il faudrait une maitrise absolue du langage et de notre voix pour exprimer exactement ce que l'on pense ou ressent. Et là interviennent d'autres sortes de communication : gestes, expressions du visage...et même silence qui souvent en dit plus long que n'importe quoi... Et si l'on reprend l'image des amoureux, souvent on voudrait que notre amour se passe de mot, car ceux-ci ne sont pas suffisants...

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Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
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Re: Theologie du voyage

Message par lanK le Mer 4 Juin 2008 - 19:31

je me disais que pour exprimer que
Le silence est l'éloquence.
la parole est encore nécessaire.
Peut-être qu'Adam distingue entre parole et bavardage ?
Et puisque nous avons toujours plaisir à lire Adam,c'est qu'il n'abandonne pas complètement la parole....

y a plus que l'espace qui me parle ...--> j'file ,j'trace

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je ne me soumettrais jamais à ces comportements crapuleux ...!!!

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Re: Theologie du voyage

Message par Pierre Rivière le Mer 4 Juin 2008 - 22:23

"Sitôt qu'on me nomme je disparais.
Qui suis-je?

- Le silence"

-Guido, La vita è bella

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