Changement de paradigme

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Changement de paradigme

Message par Bergame le Jeu 17 Avr 2008 - 14:40

Ca y est, nous sommes bel et bien en train de changer de paradigme. Rendez-vous compte : On est tout juste en train de réaliser que l'économie de marché peut engendrer la famine.
Depuis 50 ans au moins, on répète que le marché est le système le plus efficace dans la répartition des biens industriels et agricoles. Marché = Economie ouverte = société ouverte = institutions démocratiques = bien-être et confort. Amartya Sen, prix Nobel d'économie, et pourtant pas le plus dogmatique des orthodoxes, avait même contribué à ériger en doctrine la théorie selon laquelle il n'y a pas de famine en pays démocratique.
Et par ailleurs, depuis 150 ans, la théorie des avantages comparatifs fonde la doctrine de l'économie mondialisée : Il est toujours plus avantageux pour un pays de se spécialiser dans une production qui lui offre un avantage comparatif sur le marché mondial. Les politiques de développement économique du Tiers-Monde ont essentiellement reposé sur cette hypothèse. Résultat : Dans nombre de pays dit "en voie de développement", l'agriculture d'exportation a pris la place de l'agriculture vivrière.

Ce qui se passe actuellement me semble reposer sur deux choses.
D'une part, le fait qu'un pays donné soit démocratique ou non ne change plus grand-chose à la donne. Le raisonnement de Sen était qu'en gros, dans un pays où les dirigeants étaient élus, leur intérêt ne pouvait être de mener la population à la famine, car l'histoire montre assez que les révolutions qui conduisent à la disparition d'un régime sont toujours d'abord des révoltes frumentaires : Les hommes, au fond, se révoltent peu, sauf si leur survie ou celle de leurs enfants est menacée. Par conséquent, raisonnait Sen, seuls les pays dictatoriaux peuvent se permettre d'affamer leur propre population sans mettre trop en danger le régime. Cette démonstration a par exemple été utilisée pour justifier qu'on comptabilise les famines dans le décompte des morts du communisme.
Seulement c'était une théorie qui pouvait fonctionner dans un système limité à un territoire national. Le problème est aujourd'hui que, démocratiques ou non, les Etats n'ont plus grande influence sur l'approvisionnement des populations, car celui-ci est conditionné par le marché international.
Par ailleurs, et c'est tout le paradoxe, les émeutes de la faim qui sévissent actuellement ont lieu dans des pays de forte tradition agricole. Mais leur production a toute entière été tournée vers l'exportation.
Il y a longtemps maintenant que les conditions sont connues et que les mécanismes sont en place. Ne semblerait-il pas que la machine se soit mise en marche ?

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Re: Changement de paradigme

Message par Vargas le Ven 18 Avr 2008 - 19:10

D'une part, il y a le passage d'une agriculture vivrière en agriculture d'exportation pour les pays dits en voie de développement, émergents, etc... (et encore, le Brésil entre dans cette catégorie, sans qu'on ne puisse plus parler de pays en voie de développement)

D'autre part, il y a le choix de favoriser la production des objets de consommation à forte valeur ajoutée (l'informatique, l'audio/vidéo) pour les pays riches (bien que cela concerne des pays considérés comme émergents (en Asie du Sud-Est).

Ensuite, il y a les biocarburants qui se sont développés pour pallier à la production du pétrole qui se stabilise, et est voué à se réduire dans les toutes prochaines décennies, ce qui diminue les terrains cultivables dévolués à l'agriculture vivrière.

Bref, tous les problèmes se resserrent, se condensent, mettant en lumière que bien des enjeux sont liés.

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Re: Changement de paradigme

Message par SShut7pi le Sam 19 Avr 2008 - 2:39

La nourriture est la "non-marchandise" par excellence. Excellent angle d'attaque sur le système économique. Elle est à la fois "vitale et nécessaire" et "chargée de culture". Elle pose directement, et sans abstraction fortuite, le rapport de l'homme à la Vie (au sens philosophique) et à l'autre (car le régime varié implique la division du travail)

______________________________________________________

L’alimentation, comme les autres événements « vitaux » de l’existence humaine (le sexe, la mort), est frappée de tabous. Manger nous renvoie à notre nature animale et à nos besoins biologiques les plus fondamentaux.

Cette condition animale est parfois difficile à accepter parce qu’elle contredit l’illusion d’un homme parfaitement rationnel pouvant tout comprendre et tout contrôler. C’est ainsi que, dans toutes les grandes religions, les périodes de jeûne sont conçues comme un moyen d’atteindre une plus grande perfection spirituelle, en nous délivrant des « appétits bas », jugés vulgaires et triviaux…animaux et donc amoraux.

Il convient dès lors d’écarter nos propres référents culturels pour envisager le rapport entre la vie et la nourriture tout d’abord, entre les repas et la nourriture ensuite, puis enfin comprendre la nature du lien créé entre moi et les autres lors des repas.

La vie, La nourriture, et Moi

Il existe probablement de nombreux travaux et recherches scientifiques expliquant comment mon corps assimile l’énergie des aliments ingurgités. Des théories pointues qui permettent de modéliser le transfert d’énergie d’un corps vivant à un autre corps vivant, puisque ma nourriture est vivante.

Mais l’explication scientifique du « comment », bien que sans doute très satisfaisante sur le plan de la cohérence interne et de la fiabilité expérimentale, ne peut satisfaire mon envie de croire au charme du « pourquoi ». Il y a en effet quelque chose d’irréductiblement « magique » dans l’incorporation d’énergie, dans ce renouvellement permanent de mes cellules, de mon sang, de mes muscles.

Chez l’enfant, l’absorption d’énergie a une conséquence immédiatement visible : la croissance. L’énergie se voit, elle fait grossir et grandir le corps, elle rend plus fort. On se représente alors l’énergie comme un principe actif qui, en résumé, rend plus fort. Les épinards de Popeye n’ont d’autres mythologies que la conception enfantine de l’absorption d’énergie. Cela a un sens fort et simple, compréhensible par tous.

Cet axe sémiologique est indépendant des notions de goût. C’est plutôt les fantasmes de puissance investie dans les corps vivants qui vont influencer mon envie d’incorporer. Ainsi, on va attribuer au sang de serpent des vertus sexuelles énergisantes, à la corne de rhinocéros noir des effets eux aussi aphrodisiaques. Rhinocéros, serpents, et autres requins sont des signifiants transparents. La tortue et l’œuf sont d’un niveau symbolique plus complexe, plus philosophique peut-être mais l’envie d’incorporation est la même. Il serait facile d’affirmer que les menus typiques n’ont été choisis que par leur effet sur les papilles gustatives. Dès le départ, l’imaginaire travaille l’envie d’avaler.

Un corps vivant qui semble plein d’énergie est convoité dans un but d’appropriation. Que cette énergie soit interprétée comme une force physique ou une maitrise spirituelle (exemple : la tortue et sa carapace) importe peu : Le corps est mangé car l’on veut s’accaparer ses pouvoirs (ce que l’on croit être ses pouvoirs). Seulement, je ne peux garder ce rapport magique pour moi seul car la prise de nourriture a rarement lieu seul.

La nourriture rassemble : le repas.

Le repas se prend rarement seul pour des raisons économiques et pratiques d’abord (un même plat pour tous au même moment), institutionnelles dans un deuxième temps (utilité sociale du rassemblement). Le repas réunit les amis ou la famille autour de l’expérience d’incorporation d’énergie qui devient seconde, par pudeur et retenue.

Et ce partage commence très jeune. Freud note par exemple que la construction psychologique de l’enfant est fortement marquée par l’expérience de la tétée : la succion du sein associe chez le petit d’homme nourriture et plaisir. C’est donc un ensemble complexe et diffus de sens et de signes qui s’active à chaque repas, une expérience partagée par la mère et l’enfant.

L’invitation à dîner demeure d’ailleurs une étape quasiment incontournable de la rencontre amoureuse, permettant de démontrer son bon goût et son sens du raffinement. Le repas devient un contexte, presque un média. D’ailleurs on sous-traite son organisation à des entreprises spécialisées : les restaurants, qui rivalisent d’ingéniosité pour thématiser et « designer » l’expérience de partage que l’on y vit (repas dans le noir, dîners en blanc, ..).
Le repas est donc l’occasion d’un partage d’expériences : la connexion à l’autre y est émotionnelle et ponctuelle. Et cette expérience s’organise autour de la nourriture, mais aussi des ustensiles (vaisselle, fourchettes, baguettes, verres) et de la décoration (chandelles, nappe, musique…).

Le repas est ritualisé. Tout est conçu pour que l’intimité nécessaire à un partage sans accroc soit réunie. Une succession des saveurs trace une ligne directrice pour la conversation : entrée, plat, dessert. Evidemment, c’est aussi lors du repas que peuvent se dérouler des drames familiaux ( voir Festen, de Thomas Vinterberg, 1998). Mais c’est précisément la connexion émotionnelle qui permet de crever l’abcès (c’est encore le repas que choisit Jésus pour prophétiser la trahison de Judas et la lâcheté de Pierre).

Le repas est donc un espace d’intimité, qui permet de lever des inhibitions émotionnelles, et de favoriser une empathie particulière, propice à l’échange d’idées. Les protagonistes, détendus, se comprennent plus facilement. Des signes et des codes sont coproduits lors de ce rituel. Que deviennent ces signes à la suite du repas ?

Le lien créé lors du repas survit et se diffuse.

Le lien entre l’individu et la nourriture a été évoqué sous forme de rapport mystique à l’incorporation d’énergie. Le repas a été présenté comme un sas intime permettant la connexion émotionnelle et l’échange de signes. Il nous reste à comprendre comment la multiplication des repas dans l’espace (dans différents foyers) et dans le temps (jour après jour, …) permet d’ériger une véritable culture alimentaire propre à une entité géo-socio-économique.

Avant le développement accru des échanges commerciaux, un territoire partageait les mêmes types de produits naturels, en fonction du climat, de la nature des sols, etc. : tous les produits consommés étaient produits localement. On peut alors s’imaginer qu’un fruit d’été se trouvait associé dans l’imaginaire collectif à la chaleur et au Soleil ; qu’un produit hivernal était associé à une période de dur labeur, etc. De proche en proche, et par l’effet du temps et de la répétition, les aliments se sont ainsi gorgés de sens, ils sont devenus des signes d’appartenance. Certains sont universels (le lait maternel), d’autres plus locaux.
Bourdieu remarquait d’ailleurs, dans son ouvrage La Distinction ( 1979 ), que les classes d’alors se distinguaient par leurs pratiques culinaires : aux travailleurs physiques amateurs de plats riches en sauce qui « tiennent au corps » s’opposaient les expériences exotiques et diététiques des cadres et professions intellectuelles supérieures. De même, Barthes dévoile les contenus sémiologiques du steak-frites et du vin dans ses Mythologies (1957) : on ne se nourrit pas de frites, mais l’on active des signes d’adoration patriotique et de fierté patrimoniale ; on n’absorbe pas du fromage, mais l’on mange un morceau de France, à la lettre. Ainsi, manger du fromage au lait cru non pasteurisé, c’est aussi s’engager dans un devenir révolutionnaire face à l’assise technocratique européenne.

Le lien crée par le repas se désolidarise de la nourriture pour devenir un lien social propre.
Dès lors, on est tenté de comprendre les troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie) comme un déficit d’intégration sociale. Celui qui ne peut plus décoder les signes des aliments, par manque d’appartenance, ne sait plus comment se nourrir. Il est déboussolé et se trouve dans une situation « anomique ». Durkheim appelait « anomie » la situation d’une société ne parvenant plus à intégrer et à réguler ses membres.


En guise de conclusion, on peut dire que le rapport à la vie, médiatisé par la nourriture, comporte d’emblée une dimension fantasmatique et imaginaire : on veut s’accaparer les vertus des corps vivants qui nous fascinent. Ce rapport à la nourriture est contrasté par le partage de l’expérience qu’est le repas, puis redoublé d’une couche culturelle permettant d’identifier des aliments à des communautés. On a donc un double rapport à l’aliment : l’envie d’incorporation d’énergie (rapport à la vie) et l’absorption de sens commun (rapport aux autres). Mais ceci n’est rien sans la prise en compte de la charge émotionnelle du contexte : le repas. Qui n'est autre que le partage, le partage d'une expérience émotionnelle.

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Re: Changement de paradigme

Message par Pierre Rivière le Sam 19 Avr 2008 - 5:18

J'ai beaucoup apprécié le texte de Sutupi :cheers:


Pour ce qui est du rapport entre crise alimentaire et biocarburants, j'ai déniché une petite perle gracieuseté de madame Angela Merkel. Vous pouvez voir l'article là: http://www.reuters.com/article/environmentNews/idUSL1721113520080417?feedType=RSS&feedName=environmentNews

Pour ceux qui ne lisent pas l'anglais (car l'article est en anglais), voici le propos. Elle commence par déclarer que l'augmentation des prix de la nourriture est due à des politiques agricoles inadéquates dans les pays en voie de développement, et non à cause des biocarburants. Puis, pour illustrer son propos, elle ajoute que ces jours-ci, en Inde, une partie principale du débat est au sujet du deuxième repas (de la journée). Elle continue en disant que les gens mangent deux fois par jours et que si le tiers d'un milliard d'indiens fait ceci, cela ajoutera 300 millions de personnes. Elle poursuit par cette déclaration magnifique que s'ils consomment soudainement deux fois plus qu'auparavant et que si 100 millions de chinois commencent aussi à boire du lait, alors nos quotas de lait sont faussés, et beaucoup d'autres choses aussi.

J'ai de la difficulté à croire que ces déclarations peuvent avoir été prises hors contexte. Ainsi, on voit bien que le désir de maintenir notre niveau de vie occidental (et notre pouvoir sur les pays pauvres) ne prend même plus la peine de se cacher derrière de fausses apparences humanitaires ou paternalistes.

Soit dit en passant, cela ne signifie pas que je crois que la crise alimentaire soit due à ce que les indiens mangent plus qu'avant. Simplement, la déclaration de madame Merkel me semblait surprenante et à la fois amusante par son cynisme.

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Re: Changement de paradigme

Message par Bergame le Sam 19 Avr 2008 - 11:14

Oui, c'est terrible, d'ailleurs, ce débat biocarburants / nutrition, pour moi, c'est vraiment emblématique de notre situation aujourd'hui. Les biocarburants étaient, il y a encore 2-3 ans, notre chance de réduire l'émission de CO2 dans l'atmosphère, et donc d'impacter significativement l'environnement sans modifier drastiquement notre modèle culturel (ouf !), et voila qu'ils deviennent cause de la famine dans le monde. Ah là là, ces écologistes, quels irresponsables ! Mais heureusement, il y a une solution à ce nouveau problème, et ce sont les OGM : Etendons la culture des OGM, qui augmentent drastiquement la productivité agricole, on augmentera d'autant la production céréalière, les prix baisseront et les pauvres pourront enfin manger à leur faim. C'est la meilleure démonstration de ce que les problèmes que posent la croissance des technosciences à l'espèce humaine sont résolubles grace aux technosciences, et que, selon l'expression consacrée, la science n'est ni bonne ni mauvaise, seule l'utilisation de la science l'est.

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Re: Changement de paradigme

Message par lekhan le Dim 20 Avr 2008 - 11:10

Les OGM n'augmentent pas drastiquement la productivité... Par contre elles augmentent drastiquement la dose de pesticides utilisées et les risques de considération par le corps d'aliment comme corps étranger (c'est un comble quand on vient de lire le très intéressant texte de Sutupi :) )
Augmentation des doses de pesticides qui posent déjà un autre problème, celui de l'eau, tout aussi vital et mythologique que l'aliment. D'autant qu'on notera que la production n'est réellement accru que les premières années d'utilisation et que les indiens justement, tout comme les Argentin, et les Sans Terres du Brésil, reviennent assez vite de cette accroissement de la production des premières années. Malheureusement les terres sont tellement saturées en pesticides qu'on ne peut plus y cultiver grand chose d'autre, etc. etc.

Mais je crois avoir décelé une remarque cynique de ta part dans l'image d'une régulation capitaliste appliqué à la science, l'invention régule l'invention, si c'est pire on trouvera autre chose...

Concernant le biocarburant le problème n'est pas très différent. Il y a le poids des compagnies céréalières d'abord qui tente de faire du bénéfice du surplus de semences en développant le biocarburant via l'alimentaire (colza, blé, betteraves, cannes à sucre), et puis d'autres par la plantation, notamment en Colombie (palme), qui réduit et appauvri considérablement les terres, provocant écoulement d'eau et déforestation...

Et puis il y a les solutions responsables et expérimentales avec des plantes comme le miscanthus (ratio 1litres de pétrole pour 30 litres de biocarburant dans ma mémoire) (Par ailleurs le miscanthus est philosophiquement très intéressant puisqu'il se diffuse grâce à ses rhizomes pense-t-on, ce qui compense sa stérilité apparente... Hum si Deleuze et Guattari avaient connu ça...)
Ce qui permet de réduire les surfaces et de prospérer vivre avec des surplus de confort une agriculture vivrière...

Et évidemment des solutions qui touchent notre confort, développement des transports en commun, réduction de l'utilisation des voitures et toutes les taxations fantasmes...
Sans oublier les maisons écologiques sur le long terme bien plus rentable et moins cher qu'un délicieux pavillon de couleur saumon d'un goût douteux.

Mais il ne sert à rien de multiplier les exemples puisque le problème est autre...
Le problème est la petite mort des systèmes économiques locaux au profit du géant marché déréglé...

Problème qui se régulera de lui même, espérons le :)

Mais soyons heureux au moins on pourra se baigner à Paris en suçant allégrement des glaçons provenant du glacier Breton^^.

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Re: Changement de paradigme

Message par Bergame le Dim 20 Avr 2008 - 12:25

lekhan a écrit:
Mais je crois avoir décelé une remarque cynique de ta part dans l'image d'une régulation capitaliste appliqué à la science, l'invention régule l'invention, si c'est pire on trouvera autre chose...

Bien sûr que c'était de l'ironie. Wink Et oui, le problème fondamental, selon moi, est que les questions environnementales sont aujourd'hui traitées sur le modèle économiste. Ce qui me frappe, c'est -de manière quasi-obsessionnelle, je l'admets :D - l'utilisation du modèle de l'effet pervers : "L'intention première des biocarburants était louable, sans doute, nous dit-on en substance, mais hélas, voyez donc, voyez quelle est la conséquence : Une menace de famine mondiale !" Mais heureusement -et effectivement, tu as raison, il y a bien là-derrière, le modèle de l'auto-régulation également- les OGM sont là, le génie humain est sans limites, et le marché reste efficace puisqu'il apporte toujours de lui-même la réponse adéquate aux problèmes non-prévus qui surviennent.

Ce qui me conduit à infléchir ma réflexion première : Non, nous n'avons pas encore changé de paradigme. Au contraire, pour l'instant, nous sommes toujours dans l'idée d'une efficacité du marché et de l'idée que le remède aux problèmes que posent l'industrialisation de masse et l'explosion des technosciences est à trouver par les technosciences, dans l'industrialisation de masse. Si la situation en arrive en effet à une famine mondiale comme s'en émeut le FMI, il sera toujours loisible de pointer les irresponsables écologistes du doigt. Qui a dit que le marché était inefficace ? Ce qui rend le marché inefficace et entraine les dysfonctionnements, comme chacun sait, c'est lorsqu'on veut le réguler et introduire des réglementations contraignantes -même si c'est avec les meilleures intentions du monde.

Peut-être peut-on alors continuer sur le texte de sutupi : Moi, ce qui me frappe dans ton texte, sutupi -effectivement très bon au demeurant- c'est que tu commences par la prémisse selon laquelle la nourriture est la non-marchandise par excellence, et que j'ai le sentiment que toute la suite dit le contraire. Je me trompe ? :D Serait-ce éventuellement parce que tu conçois le repas comme une forme de partage que tu es conduit à dire que la nourriture n'est pas marchandisable ? Ou un pas plus loin : Ne sommes-nous pas tous les jouets d'une représentation de la nourriture comme "naturelle", ne vivons-nous pas toujours le fantasme, d'une manière ou d'une autre, du fruit qu'on cueille sur l'arbre et qui nous apporte joie et santé -fantasme entretenu bien entendu à profusion par l'industrie elle-même lorsqu'elle nous vante les mérites de ses produits ?
Ce qui me fait penser que nous vivons tous plus ou moins dans ce fantasme est l'horreur qui nous étreint lorsque nous découvrons la réalité, l'arrière-scène. Ou bien est-ce seulement moi ? J'ai vu récemment des images des abattoirs américains, je dois dire que cela a été une découverte édifiante. Et j'ai tendance à penser que l'émotion provoquée par l'épidémie de la vache folle était surtout liée à la levée d'une partie du voile qui recouvre les process de l'industrie alimentaire.

Bref, la nourriture, une non-marchandise ? Il me semble que nous n'en sommes plus là depuis longtemps, non ?

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Re: Changement de paradigme

Message par lekhan le Dim 20 Avr 2008 - 12:42

En marge :

Mes yeux ramassent ses regards
sur le spectacle
du vide écumant dans mes tripes.
Et je ne m’inquiète point.
Ton aumône n’aura pas le temps
de commettre son forfait
que la faim


en coulisse

m’aura totalement consommé.

*

J’habite inconfortablement,
mais dangereusement,


mon ventre creux.

Apprenez que la faim justifie les moyens.

*

Interrompez le courant d’air, madame.
Les fleurs se mordent les lèvres.
L’année d’en haut, ma femme a dilué la
nuit dans un verre d’eau pour m’empoisonner.
Mais, je renais matin - coquet
à côté de mon acte de déchets.
De m’avoir toujours si bien menti,
j’ai cru vraiment que le lobe de l’oreille de Van Gogh
lui tenait lieu de clitoris.
Alors, j’ai fouillé son sexe à coups de pinceaux
frénétiques, retouché la chute de ses cris
jusqu’au jour où elle n’envisage que ma mort.
Échouée, elle est partie en pleurs.
Depuis, j’attends chaque soir que m’arrivent
ses larmes dans lesquelles je ferai bon plonger.


Par Robenson D’HAITI in remue.net

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Re: Changement de paradigme

Message par Vargas le Dim 20 Avr 2008 - 13:20

Juste un petit point sur les OGM :
Pour un certain type d'OGM, l'un de ses arguments est justement qu'il n'est plus consommable par divers parasites. Les pesticides sont donc moins utilisés pour ceux-ci.


Mais ça, c'est du détail par rapport aux problèmes de la contamination des terrains non OGM qu'il est impossible d'empêcher.
Depuis quelques années les affaires de contamination de territoire se multiplient
(ainsi que des espèces venant d'autres continents, qui apparaissent là où elle ne devrait pas, ce qui met en péril l'équilibre d'écosystèmes au niveau local, la plupart du temps en la faveur de l'utilisation d'OGM, comme par hasard).

Et surtout le fait que des semences OGM ne fournissent pas de nouvelle semence réemployable ensuite. Un comble en agriculture.
C'est le principe d'obsolence propre aux théories mercantilistes. Les agriculteurs sont ainsi obligés de passer par la firme multinationale qui vend ces semences.

Ce qui ouvre sur un problème encore plus vaste : la brevetabilité du vivant.

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Re: Changement de paradigme

Message par SShut7pi le Dim 20 Avr 2008 - 23:16

Vargas a écrit: Ce qui ouvre sur un problème encore plus vaste : la brevetabilité du vivant.
...

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