Enonciation et Rhétorique piétonnière

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Enonciation et Rhétorique piétonnière

Message par lekhan le Lun 31 Mar 2008 - 20:06

1.L’énonciation piétonnière.

La marche pour Michel de Certeau est un espace énonciatif. Elle repose sur un système de signes. Elle est modulable, imprévisible dans l’espace. Elle ne peut se limiter à une transcription géographique, topologique qui la réduirait à un non-temps et nierait son essence.

La marche repose sur trois processus énonciatifs:

Appropriation: Le marcheur s’approprie le système topographique, l’espace, comme le locuteur s’approprie le langage.

Réalisation: Le mouvement est la réalisation du marcheur. Il fait exister le lieu. De même la parole est la réalisation du langage par le locuteur. Dans les deux cas la réalisation est liée à l’appropriation.

Relation: On assiste à un procédé de relation entre diverses positions dans la marche comme existe une relation entre destinateur et destinataire ou locuteur et allocutaire.

L’énonciation piétonnière est nécessairement présente, discontinue et « phatique » (maintient d’un contact).

Le marcheur « fait être » l’espace, ses possibilités. « Le marcheur transforme en autre chose chaque signifiant spatial ». L’énonciation piétonnière est située dans le présent.
De même le marcheur va créer du discontinu par des phénomènes de tris, de sélections, de décalages, de transgression de l’établi. Exemple : marcher à côté du trottoir.
Le discontinu induit donc une rhétorique de la marche (figures, tournures, tropes,...).
Dans sa position le marcheur « fait exister » un ici et un (l’aspect phatique de la marche). « Un proche et un lointain ». Je m’arrête devant cette vitrine (ici), je vais devant le vendeur de boulons et de marteaux (là)
C’est une appropriation de l’espace par un « je ». (L’énonciation c’est l’appropriation d’un discours par un « je ». La marche est le discours.)

Les variations de la marche vont remplir diverses fonctions énonciatives:

Aléthique (l’impossible, le possible ou le contingent), c’est affecter une modalité de vérité.

Epistémique (du certain, du plausible, ou du contestable), une modalité de connaissance.

Déontique (l’obligatoire, le permis, l’interdit), une modalité de devoir-faire, de norme.

Ces variations viennent renforcer l’impossibilité d’une réduction géographique. Dans un même parcours les modalités peuvent varier, et leur transcription est impossible. On ne peut pas tracer la subjectivité du marcheur.

L'acte de marcher est alors à la spatialité ce que le discours est à l'énonciation.
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Re: Enonciation et Rhétorique piétonnière

Message par lekhan le Sam 5 Avr 2008 - 0:19

2.La Rhétorique piétonnière.

« Les cheminements des passants présentent une série de tours et de détours assimilables à des « tournures » ou à des «figures de style» »
In L'invention du quotidien 1. Arts de faire p:151.

Deux pratiques vont faire écho à l’énonciation. Le Style et l’usage.

Le style : "une structure linguistique qui manifeste sur le plan symbolique (...) la manière d'être au monde fondamentale d'un homme".
Flaubert en parle très bien : « Un livre a toujours été pour moi une manière spéciale de vivre ».
L’usage : « Une norme », la norme par laquelle se manifeste en fait le système de communication. Exemple suppression des négations à l’oral : «J’aime pas le goût de Sartre quand il est cuit avec des oignons non épluchés. »

Usage et style définissent une « manière de faire ». Soit singulière, soit reflétant un code, une norme. Ils s’agencent.
Le marcheur oscille entre trope d’usage et singularité. La marche se fait par succession de figures et d’usage, l’agencement est complet. On peut dire que le style et l’usage résonne dans la marche. La marche est le phrasé de la spatialité, à ce titre on peut comparer certains comportements du marcheur à des figures rhétoriques, des tropes.

De Certeau utilise deux figures de styles, deux tropes, qu’il reprend d’Augoyard. La synecdoque et l’asyndète.

La synecdoque : « Employer un mot dans un sens qui est une partie d’un autre sens du même mot ». Couramment c’est aussi ; « une partie pour le tout ».
Exemple chez Verlaine : « Une arbre par-dessus le toit/ Berce sa palme »
L’asyndète : « Suppression des mots de liaisons ». Exemple : je mange un bout de ficelle. Une selle de Cheval.

La marche fragmente, sélectionne. Elle saute de liaisons en liaisons omettant telle ou telle autre partie de l’espace. La marche est une ellipse quand bien même comme dans Quad de Beckett on veut tout explorer.
La synecdoque dilate, amplifie quand l’asyndète crée des absences, coupe. Les deux figurent résonnent. Un phrasé se crée par juxtaposition, trou, vide, distance. C’est « une errance du sémantique ». Il y a distorsion de l’espace.
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Re: Enonciation et Rhétorique piétonnière

Message par Courtial le Mar 7 Avr 2009 - 19:05

Une célèbre asyndète : athanatoi thnetoi, thnetoi athanatoi...
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