"Dieu est mort" : histoire d'une expression

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"Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Plus Oultre le Mar 12 Fév 2008 - 22:02

C'était une petite interrogation personnelle et, après quelques recherches, c'est devenu ça :

Dieu est mort

« Gott ist tot » : on attribue souvent cette grande annonce, si consubstantielle à notre « modernité », à Friedrich Nietzsche.
Chez lui, en effet, la mort de Dieu, entendue non comme mort du divus, mais comme vacillement des valeurs chrétiennes et de leur fondement, devient un terme prégnant dès le Gai Savoir (1882) :

« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ? »
Le Gai Savoir, § 125, « L’insensé »

Par « Dieu est mort » donc, Nietzsche entend signifier un changement dans l’ordre des valeurs et des représentations, un tournant et un vertige – annoncés en Allemagne par les œuvres philosophico-théologiques d’un Feuerbach ou d’un David Friedrich Strauss (on sait que c’est la Vie de Jésus (1835) de ce dernier, qui avait eu un impact considérable jusqu’en France où il avait été rapidement traduit par Emile Littré, qui avait mis le jeune Nietzsche sur les rails de l’athéisme).
Cette acception nietzschéenne de la formule, comme caractéristique fondamentale de notre modernité, est celle qui a couru tout le long du XXème siècle.

Mais l’expression, indépendamment de son sens profond, a aussi une histoire : Nietzsche ne l’a pas inventée, comme il est pourtant souvent dit.

La première occurrence dans le canon philosophique revient semble-t-il à Hegel, dans Foi et Savoir (Glauben und Wissen, 1802). Elle est reprise dans la Phénoménologie de l’Esprit (1807), où elle apparaît comme le lot de la conscience de soi malheureuse : l’angoisse et l’effroi, « la douleur qui s’énonce comme la dure parole que Dieu est mort (§ « Die Religion », souligné par Hegel).
Selon un article de Eric von der Luft dans le Journal of the History of Ideas (« Sources of Nietzsche’s ‘God is dead !’ and its meaning for Heidegger », vol. 45, n°2, avril 1984), l’expression renvoie à un topos médiéval, qui donnera ses fruits jusqu’à Kierkegaard et Tillich, et qui semble partagé plus généralement par les philosophies existentielles mettant l’accent sur l’angoisse : ce topos, c'est celui de la solitude et de l’angoisse de l’homme sans Dieu.
« Dieu est mort » a alors une signification strictement individuelle : c’est le cri de désespoir de l’homme face au sentiment d’être abandonné à lui-même.

Topos médiéval ou prophétie moderne, drame individuel ou vacillement collectif – et irrémédiable ? –, l’expression ou l’idée a donc traversé l’histoire avec des sens variables.

Mais qui, et quand, fixe précisément cette formule si violemment antithétique, cet oxymore absolu ?

Une première piste nous est donnée par les traducteurs, chez Ga llimard, de la Phénoménologie de l’Esprit, G. Jarczyk et P.-J. Labarrière : « Gott ist tot », passage d’un cantique du XVIIème siècle très connu en Allemagne, aurait fait sa première apparition dans un hymne… de Luther.
Faux, intervient von der Luft dans son article, qui retrace la fixation de cette légende :
« Ever since J.B. Baillie, who published his translation of the Phänomenologie in 1910, told us that Hegel’s use of ‘God is dead’ derives from one of Martin Luther’s hymns, many fine scholars have been misled by this false association »
(« Depuis que J.B. Baillie, auteur d’une traduction de la Phénoménologie en 1910, y a déclaré que l’utilisation par Hegel de ‘Dieu est mort’ se fondait sur l’un des hymnes de Martin Luther, bien des chercheurs ont été égarés par cette fausse association. »)

L’érudit nous donne le fin mot de l’histoire : l’hymne en question n’est tout simplement pas l’œuvre de Luther, mais d’un pasteur luthérien, Johann Rist (1607-1667).
Voici donc, pour conclure, la complainte de notre luthérien :

O grosse Not !
Gott selbst liegt tot,
Am Kreuz ist er gestorben,
Hat dadurch das Himmelreich
Uns aus Lieb erworben.

O, quelle détresse !
Dieu lui-même est mort,
Sur la croix il a succombé,
Et nous a acquis par son amour
Le royaume des Cieux.
Johann Rist, Dichtungen, § 215 : « Ein trauriger Grabgesansg » [« Chanson triste de la tombe », traduit par moi]

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Bergame le Mer 13 Fév 2008 - 22:57

Est-ce que nous avons déjà pensé à te souhaiter la bienvenue, Plus Oultre ? :) Merci pour cette contribution passionnante !

Bon, donc, là où Rist évoque la mort du Christ, Nietzsche, lui, parle de la mort de Dieu.
D'ailleurs, c'est un peu étrange, cette utilisation du terme Gott pour évoquer le Christ chez un luthérien, me semble-t-il. Non ? Ca n'étonne personne à part moi ?



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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Plus Oultre le Mer 13 Fév 2008 - 23:29

Justement, j'aurais dû préciser dès le début : quand on dit "Dieu est mort", on parle bien de Dieu, donc communément (dans "l'imaginaire collectif") du Père, du Créateur, pas de Jésus.
La mort de Jésus est dans l'Ecriture, comme sacrifice/condition de la Résurrection, très bien ; la mort de Dieu, c'est tout simplement de l'hérésie, ou quelque chose d'impensable d'un point de vue chrétien.

Donc il est bien question de la mort de Dieu le Père, et Rist est justement le premier à employer la formule Gott ist tot.
En lisant l'hymne j'ai eu la même réaction. En regard de la suite, en tout cas, c'est sujet à discussion.
Mais alors pourquoi utiliser "Gott" ?
Je pense qu'il faut vraiment le prendre comme l'abandon de Dieu (qui peut être un renvoi au "Lamah Hazabthani" - Dieu, pourquoi m'as tu abandonné - du Christ).
Il nous faudrait un luthérien :)

Sinon en relisant la contribution je me rends compte que le ton est assez journalistique, ce qui n'est pas l'effet souhaité. Le topo est ouvert aux quatre vents, chacun peut le sabrer ou le dépecer à l'envi.

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Bergame le Jeu 14 Fév 2008 - 0:45

Oui, c'est ça, j'entendais bien : Chez Rist, pasteur luthérien donc, ça me semble un peu étrange, cette utilisation de "Gott" pour évoquer le Christ -parce qu'on est d'accord que pour les luthériens, c'est le Christ qui meurt sur la croix, et non Dieu, bien évidemment. Je crois d'ailleurs que la thèse de Luther est assez claire à ce sujet, qui conçoit la Trinité comme trois personnes en une, avec une définition essentialiste de la "personne" (enfin, en tous cas, je fais là référence à la Confession d'Augsbourg que ton texte m'a incité à vérifier). Donc confondre Dieu et le Christ, écrire "Dieu lui-même est mort sur la croix" et le faire chanter par les fidèles, ça me semble assez étonnant pour un luthérien.
Mais bon, tu as raison, il nous faudrait quelqu'un qui connaisse vraiment bien le sujet et qui nous éclaire un peu, quoi !... :D


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Et Dosto alors ?

Message par Vargas le Lun 18 Fév 2008 - 11:55

Je rajoute un petit quelque chose.

S'il y a une ligne protestantisme-Hegel-Nietzsche, il y en a une autre orthodoxie-Dostoïevski.

Je pense aux Frères Karamazov, son dernier roman de 1880 et au

Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis.


Encore faut-il replacer la phrase dans son ensemble :
elle advient après toute une rumination, des doutes qui n'en finissent pas.
Chemin et créateur absurde en ce sens, pour reprendre un titre de Camus.

On trouve auparavant Dmitri Karamazov s'adressant à Rakitine

Mais alors, que deviendra l'homme, sans Dieu et sans immortalité? Tout est permis, par " conséquent, tout est licite? (XI,IV: L'hymne et le secret)


Enfin, Dostoïevski a écrit, en dehors du littéraire, comme geste physique,

Si Dieu n'existait pas, tout serait permis.



Bref, Dostoïevski est dans l'ère du doute, de l'interrogation, de la polyphonie des conceptions, de la solitude, de l'épreuve quand Nietzsche en est à l'annonce, au défi, à la participation des l'émission des doutes, à la libération ou à la malédiction entrevue, etc...
On pourrait presque y lire 2 lectures modernes du défi pascalien.



Or, Nietzsche a lu et aimé Dostoïevski.
Dostoïevski est la seule personne qui m'ait appris quelque chose en psychologie, écrit-il.
Probablement pas Les Frères Karamazov, mais c'est le cas au moins de Souvenir de la maison des morts (1860-62), et des Carnets du sous-sol (1863)

Je ne m'étale pas sur les rapports Nietzsche/Dostoievski qui sont très riches.
(Chestov a écrit dessus)

Toujours est-il que le passage du rêve du Grand Inquisiteur et l'annonce de la mort de Dieu dans le prologue de Zarathoustra sont 2 moments fondamentaux danns l'histoire littéraire, de la représentation des idées, et de la modernité.

A tel point qu'en un sens, on a mélangé les 2 pour en arriver à "Si Dieu est mort, tout est permis."
Signe que la rupture est marquée ; le geste rendu historique, cette mort comprise comme symbolique, son existence ne pouvant être source de certitude .


Les interprétations, elles, continuent à puiser dans un fond séculaire.
Ainsi en est-il de l'idée que la mort de Dieu est volontaire, que le créateur s'est retiré pour laisser aux hommes la charge de la responsabilité de la création dans laquelle réside toute l'essence divine.

Ou encore éclipse des dieux répondant au crépuscule des idoles.
L'absence des dieux est peut-être temporaire.
Le retour des dieux répond alors à des canevas proches de ceux du mythe du retour du roi (Arthur, le sebastianisme, le Quint Empire).
Des auteurs tels que Novalis, Holderlin, Rilke, Pessoa se placent dans ces lectures.

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Pierre Rivière le Mer 5 Mar 2008 - 6:28

Hola! ça commencait à faire longtemps que je n'étais pas passé vous dire bonjour, alors me voici avec une réponse aux deux derniers sujets (sur le nihilisme et la mort de Dieu).

Pour Nietzsche, critiquer un individu en particulier fut toujours un moyen de sans prendre à un archétype culturel (ou psychique); et c'est dans cette optique qu'il faut comprendre ce thème de "la mort de Dieu", selon mon humble avis du moins.
Faisons tout d'abord une mise au point, la biographie et la philosophie s'entremêlent intimement chez Nietzsche; chaque évènement de son vécu personnel est la résultante de l'écho d'un plan d'existence supérieur. C'est l'évolution de l'esprit de Nietzsche qui le détermine à emprunter telle ou telle voie et à percevoir ses expériences de telle ou telle façon; et non l'inverse. Ainsi, la mort de Dieu est un exemple particulier de dévaluation des valeurs, ce que peut expérimenter toute société et qui, dans celle de la 2e moitié du 19e siècle, était représentée par la figure de Dieu. La valeur étant une structure complexe de jugements (de jugements de valeur précisément), il en résulte ce qui fut pensée ultérieurement au 20e siècle comme un désenchantement du monde. Cette phase de désenchantement est enclenchée, selon le terme de Nietzsche, comme une déshumanisation.

Durant cette période, le monde est perçu sous l'archétype du Néant (ressenti comme vide). Le voile d'illusion que constituait l'ensemble des jugements de valeur, et qui avait pour tâche de nous rendre le monde familier et sécuritaire, ne faisant plus effet, alors le monde est perçu comme hostile et étranger. Mais principalement, ce monde est jugé selon une valeur négative puisqu'il est comparé au monde tel qu'il était sous l'effet des jugements de valeur; et lui est jugé inférieur. Ceci est le nihilisme: attribuer une valeur négative au monde sous prétexte qu'il n'est pas ce qu'il devrait être. Cela est à l'origine du ressentiment et de la culpabilité (cette insatisfaction existentielle est soit la faute du monde (ressentiment) ou ma faute (culpabilité)). De la aussi, le rejet du wagnérisme qui palie au désenchantement par une nouvelle symbolisation des valeurs mortes (une forme d'opiacé), ce qui poursuit indéfiniment l'agonie. De même l'antisémitisme de son époque est symptomatique des mêmes maux existentiels: c'est la faute des juifs. Le nihilisme et la déshumanisation sont une phase de purification (qui peut être échouée ou réussie, soit dit en passant).

Ainsi, pour Nietzsche, la mort de Dieu est un évènement qui se répète à travers l'histoire. Je crois qu'il serait même juste d'affirmer que, pour Nietzsche, la première mort de Dieu (selon ce que l'histoire nous relate) a eu lieu par la main de Jésus; qui aurait tué le Dieu Juif et ses "tu dois", ses commandements pour son peuple.

Toutefois, la perspective d'analyse la plus intéressante est que durant ce moment où les anciennes tables sont brisées et que les nouvelles n'ont pas encore été écrites, l'individu humain peut se détacher des considérations temporelles (dont l'illusion ne fait plus effet grâce à la disparition de ce qu'on peut appeler la sémiologie (domaine du sens) culturelle) pour penser l'éternité grâce à la pureté de son regard.

"Hat man mich verstanden ? - Diosysos gegen den Gekreuzigten..." traduction: "M'a-t-on compris ? Dionysos en face du Crucifié...". Toutes les traductions que j'ai vu de Ecce homo traduisent cette phrase finale par Dionysos contre le Cruficié, toutefois la signification de gegen n'est pas ici celle d'opposition, mais de face à face. De l'interprétation du mot gegen dérive deux interprétations complètement opposées de Nietzsche: soit il est un ennemi du christianisme et met à jour un culte dyonisiaque de l'ici-bas, du ici et du maintenant (comme si la transcendance chrétienne n'était qu'un paradis post-mortem...) ou bien Nietzsche cherche à penser un équilibre (où Apollon est la balance créatrice de formes, de symboles) entre l'éternel et le temporel, l'infini et le fini, l'être (conçu comme présence de l'étant) et le devenir. Selon cette deuxième interprétation, qui est la mienne, la mort de Dieu n'est pas un évènement permettant l'avènement de Dionysos contre le cruficié, mais plutôt un évènement tragi-comique (tragique lorsqu'on y fait le premier pas, et comique après y avoir fait le dernier) à partir duquel naît la réflexion de Nietzsche.

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Vargas le Mer 5 Mar 2008 - 9:27

B'jour.


Petite question au passage : t'aurais pas lu Jung ?
(Je suis dedans en ce moment et ce que tu exprimes là me fait penser à certains trucs de lui, du point de vue d'une dynamique).

Dévaluation des valeurs, certainement.
On se retourne sur les anciennes tables des valeurs, on jauge leur impact sur nous, leur influence et notre confiance en elle.
Puis la dépréciation, le passage à la non-valeur et, si de l'affinité à la contrariété, on en reste là, c'est bien le nihilisme qui apparait.
En revanche, là où j'aurais un truc à rajouter dans cette explication (avec laquelle je suis d'accord ensuite), c'est au sujet de cet archétype du Néant sous lequel le monde aurait ensuite été perçu. Ou plus précisément au fait que ceci est à l'origine du ressentiment, de la culpabilité.

Ce n'est pas plutôt de l'énergie inemployée, de l'attente, l'hésitation, la nonchalance, comme un mal de fin de siècle ?
Justement l'ermite que rencontre Zarathoustra en descendant de sa montagne et qui n'a pas appris que Dieu est mort.
Une indigestion des perspectives et l'incapacité de la valeur "civilisation" à aller de l'avant pour au bout du compte tomber dans la facilité des combats et de la guerre ?

S'il y a ressentiment, c'est alors à nouveau, encore, comme retour et conséquence d'un échec qu'il y aurait ressentiment.
Au fond, l'avertissement en filigrane de Nietzsche aux hommes :
"Dieu est mort, et si vous ne trouvez pas quelque chose d'autre (lui pense au chemin menant au surhomme, puis à l'homme supérieur), vous le paierez cher."

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Pierre Rivière le Mer 5 Mar 2008 - 21:32

Je n'ai pas lu Jung directement. Toutefois, j'ai entendu parler de lui indirectement ici et là, et plus récemment dans le cadre du développement de l'idée d'archétype (figures mythiques, symbolisme originel, etc.); je ne serais pas surpris que certains éléments sur lesquels je réfléchi depuis quelque temps puissent se retrouver chez Jung.

Toutefois, cette "énergie inemployée, de l'attente, l'hésitation, la nonchalance" me semblent plutôt symptomatiques d'une régression culturelle. Je m'explique.
Supposons qu'il existe des degrés dans le développement de l'esprit humain. Donc, certains individus perçoivent le monde à partir d'une perspective plus élevée, ils ont un regard plus large, qui voient plus loin; leur horizon sentimental, existentiel et spirituel est déployé dans une plus grande étendue. Bref, ils ont accès à un savoir plus universel. Toutefois, de tels individus ne sont pas des forteresses imprenables et lorsqu'ils affrontent leurs institutions d'accueil (université, écoles, milieux de travail, etc.), de même que leur société en général, ces dernières n'ont pas la capacité d'embrasser le même spectre (au double sens d'une étendue et d'un fantôme) existentiel qu'eux. Ils résulte en eux une contradiction intime, soit se laisser modeler pour s'intégrer aux institutions en place (c'est-à-dire sacrifier une part de leur potentiel, de leur énergie - de là l'énergie inemployée) ou tenter de modeler les institutions (et la culture sociale, en général) selon un archétype supérieur: ce qui signifie rencontrer une profonde résistance de la part de la culture en place.

Pour nous il est difficile de l'imaginer, mais lorsque Être et Temps fut publié pour la première fois il a fait face à un profond mutisme de la part des milieux universitaires, autrement dit personne ne comprenait le contenu de ce livre. Un peu moins d'un siècle plus tard, peu nombreux sont ceux qui peuvent se targuer de saisir jusqu'au bout la démarche d'Heidegger dans ses développement finaux. Cette attente de la venue de l'être chez Heidegger est connotée par cette réflexion qu'à l'époque de la technique, l'esprit est dans un état si piteux que de tels vérités ne lui sont guère accessibles. Heidegger disait de même au sujet de Hegel, qui était en disgrâce à cette époque (principalement par les différentes branches du positivisme), il disait que personne n'avait réfuté Hegel, seulement nous n'étions plus capable de nous élever à son niveau.
C'est aussi le cas de Nietzsche qui a refusé de sacrifier son génie à la médiocrité ambiante afin de créer une oeuvre qu'il disait ne pouvoir être comprises que bien après sa mort; c'est pourquoi il disait être né posthume. Le surhomme n'est pas que l'idéal personnel de Nietzsche, puisqu'il "la valeur d'une peuple est sa capacité à reconnaître et assimiler ses grands hommes" (citation de mémoire de Nietzsche). Ce qu'il a cherché à provoquer est une renaissance culturelle qui permettrait aux grands hommes (génies) d'atteindre un plein développement et au peuple d'être élevé grâce à leur enseignement; plutôt que d'être rabaissés par un pouvoir oligarchique qui ne se maintient que grâce à l'abrutissement de sa population, permettant sa servilité.

L'hésitation et la nonchalance dérivent du même principe, l'éducation mise en place par les élites décourage complètement l'autonomie de l'individu. Notamment parce qu'il est entièrement ignorant des enjeux politico-économiques se tramant derrière le voile évènementiel qu'on lui donne à percevoir via les médias d'information. Ainsi, la population n'a pas d'autre choix que d'agir conformément aux intentions de la classe dominante. La population avec toute la bonne volonté du monde croit s'attaquer aux graves enjeux de la société en combattant pour les droits des homosexuels, contre le réchauffement climatique, contre le terrorisme, etc, mais elle ne fait que mettre en place son propre asservissement. L'hésitation et la nonchalance proviennent de ce que le pessimisme culturel, ainsi que l'ignorance massive, font face à un pressentiment de catastrophe savamment instaurée par une stratégie de la peur. Cette hésitation et cette nonchalance ne rien d'autre que ce qu'on nomme sous le nom de nihilisme passif, une culture de mort (l'expression est de J.K. Chesterton) qui en vient à accepter et même désirer sa propre mort (c'est-à-dire sa régression culturelle). Ceci provient directement des aliments avec lesquels l'esprit est nourri: toute trace de culture classique a été éradiquée.
Tout ceci dans le but de déployer le fascisme à l'échelle mondiale, une tyrannie universelle a toujours été l'objectif des capitalistes... (que, personnellement, je nomme plutôt oligarchie financière)

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Bergame le Sam 8 Mar 2008 - 18:57

Pour faire suite à la première contribution de Vargas sur l'expression "Dieu est mort" en littérature, je cite -avec son accord, bien entendu- quelques extraits de ce qu'avait proposé dans un autre forum le très érudit et très sympathique MyNight à propos du nihilisme en littérature.

MyNight a écrit:
C'est Tourgueniev le premier qui introduit ce mot [nihilisme], dans son oeuvre Père et Fils (1860), en décrivant le personnage Arcadie Bazarov, et lui faisant dire : "Nous n'avons à nous glorifier que de la stérile conscience de comprendre, jusqu'à un certain point, la stérilité de ce qui est."

Cette thèse purement issue du réalisme russe, reprise également chez Pisarv et Bielinski (lui qui affirme "la négation est mon dieu") ne tombe pas du ciel ex nihilo, justement, et prend son ferment dans la crise de conscience que connaît modialement le XIXème siècle. Le nihilisme reste un corollaire de la modernitè, et est chevillé à l'aire industrielle. Il s'infiltre dans tous les mouvements modernistes, jusques et y compris dans l'architecture où il s'oppose au classicisme.

Notre ami Dostoïevski, dans Crime et Châtiment, n'hésite pas à faire dire à Raskolnikov, une fois que ce dernier prend conscience de l'infâme arbitraire de ses actes : "Le nihilisme, c'est la bassesse de la pensée. Le nihiliste, c'est le laquais de la pensée."

Historiquement, le nihilisme sert de support à la destruction du vieux monde pour en créer par la révolution un nouveau où la liberté absolue est le moteur (Bakounine). Les bureaucraties totalitaire s'appuieront sur le nihilisme pour affirmer un socialisme militaire au nihilisme efficace et immergé dans le rendement (Tkatchev). Terrorisme étatique et nihilisme sont liés historiquement. Anatole France en fait une très belle description sous les traits de l'ange Arkade dans La Révolte des Anges.

Dès lors, Dieu est mort, métaphore dans Ainsi parlait Zarathoustra de la libération de l'homme et de son pouvoir créateur des terreurs sociales insinuées par la religion, ne représente pas la liberté absolue, puisque son fondement est issu d'un meurtre, ni plus ni moins. Dans Le Gai Savoir : "nous sommes tous les assassins de Dieu", "la croyance en le dieu chrétien est tombée en discrédit !" (V,271). Cette équivoque, Dostoïevski la montre bien dans Les Possédés , où Kirilov se substitue à un dieu lui-même, par le blasphème et la transgression, il remplace un chaos par un autre à son image. C'est aussi ce que montre Anatole France dans La Révolte des Anges.

On lira avec profit l'oeuvre d'Hermann Broch, (Les Somnambules et Le Tentateur) à propos des tentations induites par ce nouvel ordre des choses, et de Rauschning qui dans la Révolution du Nihilisme parle de "La mort de la liberté, la domination de la violence et l'esclavage de l'esprit." Ce faisant, il décrit le nazisme. Nietzsche dans Le Gai Savoir ne dit pas autre chose en affirmant que l'étape de prise de conscience n'est en aucun cas une fin en soi : "si nous ne faisons pas de la mort de Dieu un grand renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes, nous aurons à payer pour cette perte" (XII, 167).

Bref, je me méfie beaucoup de ce courant de pensée, qui pour romantique qu'il puisse paraître, reste lié à une libération ultime qui a été prétexte à l'instauration d'ordres excessivement durs (jusqu'au nazisme). Le constat d'un ordre nouveau libéré de tout soubassement métaphysique n'est d'ailleurs pas le seul fruit du nihilisme, le courant de l'absurde l'avait déjà cerné - et beaucoup de discussions existent quant aux interférences de chacun de ces deux mouvements sur l'autre. C'est dire si l'espace vidé, il faut encore le remplir, et qu'on est là à l'opposé du "rien n'est vrai, tout est permis".

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Bergame le Sam 8 Mar 2008 - 19:11

Et puisqu'il a rapidement été question d'Heidegger, j'aimerais pour ma part évoquer le texte que le "roi secret de la pensée" a consacré au "Mot de Nietzsche "Dieu est mort"" (Chemins qui ne mènent nulle part). Parce que cette expression a aussi une histoire après Nietzsche, et parce que Heidegger présente l'intérêt, pour notre discussion, d'envisager cette expression justement dans une perspective historique -la sienne. En fait, ce que dit Heidegger dans ce texte est que Nietzsche comprend le nihilisme comme le vrai nom de la philosophie occidentale (càd "de la Métaphysique", en termes heideggeriens) :

    Le domaine de déploiement et d'avènement du nihilisme, c'est la Métaphysique elle-même -étant convenu que par Métaphysique nous n'entendons pas une doctrine ou une discipline particulière de la philosophie, mais la structure de base de l'étant dans son entier, dans la mesure où celui-ci est divisé en monde sensible et monde suprasensible, et où celui-ci détermine celui-là.
    [Sur le Mot de Nietzsche "Dieu est mort", in Chemins qui ne mènent nulle part, Tel, p.266]
Mais, note Heidegger, il y a ambiguïté dans la pensée nietzschéenne du nihilisme : Le nihilisme est à la fois le processus selon lequel "les valeurs les plus haut placées se dévalorisent" (Volonté de Puissance, §2) mais aussi le mouvement inconditionnel contre cette dévalorisation.
Pourquoi ? Parce que, comme le dit Vargas, une fois Dieu mort, la place du suprasensible restée vide demande à être occupée par autre chose. Tel est le rôle des doctrines du bonheur, du socialisme, de la musique même, voire, comme le suggère MyNight, de la violence.
Aussi l'inversion nietzschéenne des valeurs n'est-elle pas un remplacement des valeurs, mais un renversement de la façon de valoriser, qui nécessite par conséquent un nouveau point de départ. Seulement, où trouver ce point de départ ? Puisque dans le suprasensible, toute vie a désormais disparue, où réside donc désormais la vie ?

Heidegger se lance ici dans une démonstration serrée qui tend à montrer que, chez Nietzsche, la conservation et l'accroissement qui caractérisent la vie, sont les attributs du devenir, et que l'essence du devenir, c'est la volonté de puissance, trait fondamental de la vie.

    "Volonté de puissance", "devenir", "vie" et "être" au sens le plus large signifient, dans la langue de Nietzsche, le Même. A l'intérieur du devenir, la vie, c'est-à-dire le vivant, se concentre en diverses formes, à chaque fois durables, de la volonté de puissance [...] C'est comme telles que Nietzsche comprend l'art, l'état, la religion, la science, la société.
    [ibid, p.278]
La valeur, ce n'est alors jamais que le point de vue favorable au renforcement (ou à l'affaiblissement) de ces "centrales de domination" (noter au passage comment Heidegger passe de la "vie" à la "domination" et on peut se demander, au moins là, si tel était bien le propos de Nietzsche).

Reste à définir ce qu'est la volonté de puissance, essence de la vie. La "méditation" de Heidegger conduit à cette conclusion : Il n'y a pas d'un côté le vouloir, comme sensation psychologie du manque, et de l'autre, le pouvoir, comme faculté de combler ce manque, mais presqu'au contraire : "Vouloir, c'est ordonner". Et l'étymologie renseigne donc sur le lien profond entre pouvoir et ordonnancement, classement, évaluation.
Par conséquent, argumente Heidegger,

    dans l'ordre, celui qui ordonne obéit -avant même celui qui reçoit l'ordre -à ce choix de dispositions ou plutôt à cette faculté de disposer, s'obéissant ainsi à lui-même. De la sorte, celui qui ordonne est au-dessus de lui-même en ce qu'il s'ose lui-même.
    [ibid., p.283]
La volonté se veut elle-même, elle se surpasse elle-même. Il ne s'agit pas d'acquérir du pouvoir, il s'agit de croître en puissance. Car en se surpassant elle-même, la volonté ne fait jamais que devenir elle-même.

    La volonté de puissance est l'essence de la puissance. Elle démontre le caractère absolu de la volonté qui, comme volonté pure, se veut elle-même.
    [ibid., p.283]
Dans cette perspective, les valeurs sont donc les moyens de la volonté de puissance, elle-même essence de la vie.

Dans la Métaphysique, l'être est pensé comme ce qui est constant. Ainsi, dit Heidegger, la volonté de puissance de Nietzsche est à la fois le principe qui achève la Métaphysique et en dévoile l'origine.
Selon Heidegger, il faut donc comprendre la pensée nietzschéenne comme une pensée historique. Le moment de la révélation de la mort de Dieu constitue à la fois le parachèvement du nihilisme et le début d'une nouvelle histoire.

    Il n'y eut jamais acte plus grandiose -et ceux qui pourront naître après nous appartiendront, à cause de cet acte, à une histoire plus élevée que ne le fut jamais aucune histoire !
    [Nietzsche, Le Gai Savoir, §125 dit "de l'Insensé"]
Cette histoire, c'est celle du Surhomme, c'est-à-dire

    l'homme qui est homme à partir de la réalité déterminée par la volonté de puissance et pour cette réalité [...] L'homme dont l'essence est celle qui est voulue à partir de la volonté de puissance -voila le surhomme.
    [Sur le Mot de Nietzsche "Dieu est mort", p.304]
Autrement dit, c'est celui qui assume la volonté de puissance en tant qu'être de l'étant, càd qui accueille en sa volonté propre la volonté de puissance comme trait de tout l'étant. Ce faisant, il s'affirme comme maitre de l'étant, c'est-à-dire maitre de lui-même et de l'autre (qui est Même au regard de la volonté de puissance comme essence de l'étant) :

    Tout étant est en tant qu'institué en cette volonté.
    [ibid., p.306]
En clair, "Dieu est mort" ne veut rien dire d'autre, selon Heidegger, que le réel, désormais, est autre. Car le monde suprasensible est devenu sans vie, il est devenu irréel. Mais il ne faudrait pas croire que c'est donc l'homme (le surhomme) qui occupe sa place. En fait, dit Heidegger, "quelque chose de bien moins rassurant peut arriver".
Car Dieu est d'abord, pour la Métaphysique, "le lieu de l'efficience causale et de la conservation de l'étant en tant que créé." La place vide ouvre sur la conscience de soi du sujet en tant qu'efficient pour lui-même. Et ainsi la conscience de soi et le dévoilement des choses, la connaissance, n'est-elle qu'un autre instrument du vouloir qui veut à partir de la volonté de puissance.
Par conséquent, accepter la volonté de puissance comme volonté propre est-il nécessaire pour répondre à la question : Qu'est-ce qui est, maintenant que Dieu est mort ? Or, institué en la volonté de puissance, l'être est une valeur. Mais il n'est qu'une valeur, moyen de la volonté de puissance. De l'être, il n'est donc rien. Et la Métaphysique, vrai nom du nihilisme, est l'histoire de l'oubli de l'être.

En fait, le plus étonnant n'est pas que Dieu soit mort, dit Heidegger, il est que les hommes l'aient tué. Car il ne s'agit pas là d'un Dieu qui se serait éloigné des hommes jusqu'à disparaitre de leur horizon, mais à l'inverse :

    Mais comment avons-nous fait cela ? [...] Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon tout entier ?[Nietzsche, ibid.]
Comment ont-il fait ? Comment les hommes ont-ils pu s'élever à sa hauteur et tuer Dieu ? Et bien, ils l'ont érigé en valeur, c'est-à-dire ils ont nié la réalité en soi du monde suprasensible.
Mais par cet évènement, l'homme, lui aussi, devient autre ; il devient celui qui met de côté l'étant en soi, celui qui transforme l'étant en objet.

    La suppression de l'étant en soi, le meurtre de Dieu, s'accomplit par la confirmation de l'effectif, par quoi l'homme s'assure des effectifs matériels, corporels, psychiques et spirituels, et cela pour sa propre sureté, laquelle veut la domination sur l'étant en tant qu'objectif possible, afin de correspondre à l'être de l'étant -à la volonté de puissance.
    [Heidegger, ibid., p.316]
Je passe sur l'idée que cette mise à l'écart de l'étant est aussi un dévoilement de l'être : L'Insensé, d'après Heidegger, est aussi celui qui crie après Dieu, qui cherche Dieu. Signe que pour lui, et au contraire des "voyous publics", Dieu n'est pas encore impensé puisqu'impensable (le bavardage, autre nom du "véritable nihilisme").

Mais il me semble que, sans s'élever à ces hauteurs, l'une des questions que pose Heidegger est celle-ci : Comme le notait Plus Oultre, l'expression "Dieu est mort" est, dans sa formulation même, fondamentalement problématique, un surprenant oxymore. Comment concevoir un Dieu mortel ? En fait, cette expression laisse entrevoir comme en négatif le présupposé de la pensée humaniste (dirons-nous "moderne" ?) : Dieu est, essentiellement, le Même de l'homme. Mais alors, elle incite dans le même temps à se demander : Si Dieu est mort, l'homme n'est-il pas mort avec lui ? Et de fait, n'est-ce pas ce qu'entend Heidegger ?
Nous sommes alors peut-être ramenés à la question de départ, à l'ambiguïté première de cette expression que Plus Oultre a fait émerger : Qui, exactement, est mort ? Dieu ? Le Christ ? L'homme ?

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Re: "Dieu est mort" : histoire d'une expression

Message par Pierre Rivière le Dim 16 Mar 2008 - 6:30

Ce qui est mort est l'homme ayant besoin d'une justification afin d'exister et d'agir.
La valeur d'une valeur se mesure au nombre d'homme prêts à mourir pour elle, disait Nietzsche. Les valeurs ayant pour fonction l'organisation de la société, elles orientent le potentiel des hommes selon ses propres besoins. L'homme pour qui l'espace vide de la transcendance s'est résorbé dans l'immanence assiste au déploiement de son plein potentiel pour lui-même et non en fonction de ce qui est voulu de lui. Autrement dit, la puissance se veut elle-même et n'est plus voulu pour autrui.
La volonté de puissance est la forme même de l'homme tragique, son pathos étant le dépassement de soi.

Nietzsche n'a jamais parlé que de lui-même, c'est lui qui est mort afin de renaître autre. Tout ce qu'il a dit au sujet de la culture ou de la civilisation n'était qu'une analogie avec sa vie intérieure, la richesse de celle-ci lui permettant de comprendre celle des cultures et des civilisations.

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